‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 24 sur 36 · A M. CÉRÉSOLE · texte numérisé non relu

A M. CÉRÉSOLE

tauration monarchique, — qu'ils ne songent à rien de pareil, — qu'ils ne toucheront à l'ordre actuel des choses que pour le consolider par une àdipinistration à la fois ferme et libérale, — que leôr seul but est de reprendre le programme que Thiers n'a pas su réaliser, c'est-à-dire de gouverner avec l'appui des deux centres; — qu'enfin, ils demandaient à être jugés, non pas sur leurs paroles, mais sur leurs actes. J'ai opposé à ces belles assurances toutes les objections qui se présentent naturellement à l'esprit; mais comme, en somme, ils sont hors d'état de tenter autre chose, j'ai résolu de les attendre à l'œuvre. Je ne me sépare pas de mes amis politiques. Si par leurs concessions les chefs du gouvernement parviennent à regagner l'appui du centre gauche, je reprends mes fonctions, sinon, non. Je n'ai pas retiré ma démission et je ne me dissimule pas qu'on peut d'une heure à l'autre me donner un remplaçant. Je dois dire toutefois que le duc de Broglie, dans le seul entretien que j'ai eu avec lui, le lendemain de la chute de Thiers, m'a répété avec insistance qu'il laisserait le poste vacant jusqu'à ce que j'aie pu me faire, sur ses actes, une opinion motivée. Voilà, mon cher ami, la détermination à laquelle je me suis arrêté. J'espère que vous ne la désapprouverez pas. Ce rapprochement entre les deux centres se réalisera-t-il? Je crois qu'il nous épargnerait bien des déchirements. Thiers a pu le faire et ne l'a pas voulu. Par un entêtement de vieillard ou d'enfant, il a perdu la plus magnifique par-

lie. Je doute qu'il retrouve jamais Toccasion perdue. 11 est A un âge où la fortune ne pardonne plus.

Au revoir, mon cher Président. Veuillez, je vous prie, dire à messieurs vos collègues combien je leur suis reconnaissant de l'intérêt qu'ils ont bien voulu prendre à ma position, et croyez à mes meilleurs sentiments d'estime et d'affection.

A M. CHARLES DOLLFUS.

Paris, 4 juin 1813.

Merci de votre excellente lettre, mon cher Dollfus. Les choses sont, en somme, beaucoup moins sombres qu'elles l'ont semblé au premier abord. Le nouveau gouvernement va, je le crois, tenter ce que M. Thiers n'a pas voulu faire, — c'est-à-dire de gouverner par l'union des deux centres. 11 ne peut entreprendre autre chose dans l'état actuel des partis. Il n'est pas impossible que je revienne sur ma détermination, si ce pronostic se réalise.

Affectueusement à vous. .

Berne, le 9 octobre 1873.

C'est bien aimable à toi, mon cher Milan, d'avoir pensé à me donner de tes nouvelles ; je regrette seulement qu'elles ne soient pas meilleures. Je n'ai, à mon vif regret, aucun souvenir de t'avoir parlé d'un

remède particulier employé ici et concernant la goutte. Je n'ai jamais entendu mentionner rien de semblable à Berne et les informations que j'ai prises ont été sans résultat. En général, je ne erois pas aux spécifiques — et pour la goutte moins encore que pour toute autre maladie. — j'ai eu beaucoup d'amis goutteux, et comme ils sou firent beaucoup ils étaient naturellement exploités par des charlatans. Mais, en somme, je ne les ai jamais vus soulagés sérieusement que par trois choses : le régime, l'exercice et les eaux. — Ces trois choses combinées donnent souvent des résultats merveilleux. — Ainsi il y a des eaux à Kropina, en Croatie, près de Gratz, qui produisent des effets surprenants et rendent frais et dispos des malades absolument contorsionnés par la goutte. Il paraît que ce sont les meilleurs qui existent, mais il faut y aller en été. Comme remède nouveau et à la mode, tu sais que ce sont ceux-là qui réussissent le mieux, on emploie beaucoup en Allemagne une substance chimique appelée la lithine. — Cela doit être connu de nos médecins. Mais quant à moi je ne crois qu'aux trois choses que je t'ai dites. Malheureusement le régime n'est pas toujours facile à observer dans votre cher pays. Mais à ta place, plutôt que de m'exposer à ces atroces souffrances, je renoncerais absolument à l'usage du vin. Tu veux maintenant que je te parle de la situation politique de notre pays. C'est un sujet qui va en effet assez bien avec la goutte. Mais ta goutte, mon bon Milan^ n'est qu'un mal à l'eau de rose auprès des

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quatre ou cinq maladies mortelles qui le rongent à tour de rôle: radicalisme, socialisme, cléricalisme et césarisme. Dans ce moment c'est la pestilence cléricale qui remporte, car c'est elle seule qui a fait la fusion. Je suppose que nous en venions à bout, ce qui est loin d'être certain — nous aurons travaillé au profit d'un autre de ces fléaux; probablement du césarisme, de même que nous n'avons vaincu les radicaux qu'au profit du cléricalisme. Tout cela est comme tu vois bien consolant et encourageant. Quant à moi je voudrais être né Huron, vivre au fond des bois et n'avoir jamais entendu parler de la France.

Adieu, cher ami, remercie madame Milan de son aimable souvenir et présente mes amitiés à Bebert, Emile Rey, Henry et aux autres.

Crois-moi toujours ton aff'ectionné.

VersaiUes, ce 9 novembre 1873.

Madame et chère amie.

Voici deux billets dont vous ferez l'usage qu'il vous plaira. Je vous les envoie d'ici afin qu'ils vous arrivent plus tôt. La séance de demain sera probablement intéressante. Si vous pensez y assister, je serai très heureux si vous voulez bien disposer de | moi pour vous accompagner.

Dicey m'écrit que le temps aff*reux qu'il fait à

Londres le décide à retarder son voyage de quelques jours et à renoncer au plaisir de dîner chez vous jeudi. Il me charge de vous exprimer ses vifsregrets avec ses excuses. Au reste, il vous écrira lui-même.

J'ai fait route ce matin avec le petit B... Il m'a fort amusé. Dans notre wagon se trouvait une belle jeune femme blonde, fort élégante et dont les manières étaient à ladernièremodeaussifquej -appellerai genre hommasse, renfoncé d'une teinte de précieuse rarficale). Elle était accom[)agnée de deux de mes collègues à la chambre, en parfaite camaraderie, d'où la gène était absolument exclue. Le petit B... en était stupéfait. Sur ce, arrive madame de X...'(la distinction même comme vous savez., elle était avec son frère. La présence de madame X... a suffi pour imposer un peu de réserve à nos premiers compagnons de voyage. B... m'a dit : « Voilà la démonstration à priori des bonnes et mauvaise:s manières dont nous parlait madame *** avant-hier au soir. Je vais surveiller mes sœurs ! ! ! » 11 y a quelque chose de touchant chez ce garçon lorsqu'il se souvient de ses devoirs de chef de famille. Je crois qu'il y aurait quelque chose de mieux à faire de lui qu'un attaché d'ambassade. Usez donc de votre influence sur lui.

Je viens de causer avec M. Thiers. Il m'a paru fatigué. 11 m'a parlé des événements présents sans aigreur, mais avec un peu de découragement. Ce qu'il m'a dit m'a montré la bonté de son cœur. J'ai été profondément ému en écoutant ce vieillard attristé par tant d'ingratitude. 11 s'en est aperçu, car

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en me quittant il m'a serré fortement la main à deux reprises co^i^ quelqu'un qui vous dit : Allons, vous me comprenez !

A dejSÎaiD, je Tespère, chère madame et bien chère amie, à moins que nous ne soyons retenus par une séance de nuit, ce qui pourrait fort bien arriver.

Mille tendres respects.

A MADEMOISELLE LAUBÉ.

Paris, 10 novembre 1874.

Tu as bien raison, chère Thésie, je suis vraiment criminel de ne vous avoir pas écrit plus tôt comme j'en ai eu tant de fois la pensée. Mais j'ai tant travaillé depuis mon retour ici que je n'ai trouvé de temps pour rien et ne me rends plus compte de ce que je fais ou ne fais pas. Je ne suis pas sorti une seule fois de chez moi avant qu'il fût nuit close. Enfin mon volume est presque terminé et je pourrais commencer prochainement l'impression. Nesoisdonc pas si féroce à mon égard — cela ne va pas bien à une femme. — J'étais sûr que ma mère devait se bien porter par ce beau temps. Mais c'est maintenant qu'il faut avoir des précautions parce que les saisons de transition sont toujours les plus dangereuses. Tu ne me dis rien de ta santé. J'espère qu'elle est bonne. Gela dépend beaucoup de toi. Si tu savais te passer de café et de vinaigre, je suis sûr que tu arriverais en peu de temps à te porter très

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bien. Pais toutes mes amitiés à Françoise * et donnemoi quelques nouvelles du pays. 4^-

Adieu, chère Thésie. Dis à ma mère que je Tembrasse bien tendrement. "4 *

Ton cousin affectionné.

A M. CHARLES DOLLEUÎ^

41, rue Abbatucci, ce 2 décembre 18' 4.

Mon cher ami,

Voici au juste où j'en suis avec la Bulozerie. L'année dernière, au mois de janvier, je publiai un premier article dans la Bévue à la suite duquel le fils Buloz vint chez moi presque tous les jours pendant plus de deux mois pour m'en demander un second. J'étais alors fort occupé d'autre chose, cependant je cédai à l'obsession et leur remis cet article au mois de Maf's dernier. Je m'y occupais du septennat, alors dans sa fleur. Je disais que la majorité qui l'avait fait ne vovlait pas et ne pouvait pas faire des lois constitutionnelles ; que M. Thiers était tombé pour avoir voulu faire quelque chose d'analogue; que de Broglie tomberait également en cherchant à l'imiter ; que cette impuissance étant constatée une fois de plus, le plus sage serait de retourner devant les électeurs avant que le pays ne s'exaspérât tout à fait» tout ce que je disais dans cet article s'est réalisé

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