‹ Correspondance (volume 2)Chapitre 27 sur 36 · Madame "' éuît gravement malûdu · texte numérisé non relu

Madame "' éuît gravement malûdu

-2<)0 CORRESPONDANCE DE P. LANFRET.

Chambèry, ce 7 août 1875.

Madame et chère amie,

Merci de ^'9.|||^9p^ lettre. Je n'ai qae quelques instants PjÉBSSBb^ M <^ > mais je ne veux pas attendre un ii|Umnt|gM^r TOUS remercier. J'ai eu tous les malheurs en chemin. Un torrent a emporté une partie du chemin de fer. Il nous a fallu faire un kilomètre à pied dans Teau et la boue et j'ai eu un retard de cinq heures. Je suis arrivé ici au moment même où la cérémonie avait lieu, et je me serais rencontré avec le convoi si des amis n'étaient venus m'emmener précipitamment de la gare. Si j'étais arrivé à l'heure ordinaire, j'aurais eu la consolation de revoir ma pauvre chère mère, morte il est vrai, mais nullement défigurée et comme endormie et même souriante. Ça été un grand soulagement pour moi d'apprendre qu'elle n*a pas souffert un instant. Elle s'est éteinte en une demi-minute, en se levant de table, après une journée où elle avait été très animée, mais d'une excitation douce et gaie, pleine de santé et sans le moindre pressentiment même d'un malaise. Vous savez que j'ai toujours considéré ce genre de mort comme le plus désirable et en quelque sorte comme la récompense d'une vie bien remplie.

Nous avons ici beaucoup d'inondations, mais aujourd'hui le soleil à reparu*

A MADAME *** 2dl

Chère madame, chère amie, j'espèr© de tout mon cœur que vous avez retrouvé sl^ÊÊÊÊ^slu temps, qui est si nécessaire à votre rétab^^PI^Wâg^nezvous avec une attention de tous les iri^ÉJj^P^^t la façon de réussir. Vous savez combien ce6x qm%us aiment le désirent, et vous nous Tavez promis î

Ne vous fatiguez pas à ^'^pSKÊffÊÊÈ^àë^^^ lettres. Seulement deux mots V^^^-^^^^fÊK ^^^^

vous portez. Voilà ressentie!. -^^''^ '^^^^

Adieu, bien chère madame, ma meilleure amie.

Soignez-vous.

Je vous baise tendrement les mains.

Je pense rester ici quelques jours encore. Une huitaine au plus.

Chambéry, ce 10 août 1875.

Madame et chère amie. Je n'ai rien reçu de vous, ni dimanche, ni lundi, ni aujourd'hui. Je ne puis croire que vous soyez plus malade, car le temps est redevenu magnifique et vous devez en éprouver la bonne influence. Je ne puis cependant me défendre d'une certaine inquiétude, connaissant tous les caprices de cette maladie.

J'ai terminé ici toutes les tristes affaires qui m'y retenaient, et je compte repartir pour Paris dès demain mercredi. Je serai donc de retour jeudi matin.

392 CORRESPOHDANCE DE P. LANFRET.

J'espère que tous serez assez bonne pour me faire savoir de su||tafeyos nouvelles, afin que je n'aie pas à attendre le'wlièn de la journée pour aller m'en assuref pâùr moi-même. J'espère que vous avez reçu ma lettre de samedi. Elle vous a fait connaître toutes les circonstances essentielles de ce malheureux voyage, et je u'^^u à y ajouter. Je suis resté enfermé tou^ji^lJ^pKm derniers et n'ai lu aucun journal. Je né sais par conséquent rien de ce qui s'est passé dans le monde depuis une semaine.

Même jour.

Je reçois à l'instant votre chère lettre de hier lundi, qui était un peu en retard, ce qui m'a fait croire que je ne la recevrais pas. Je suis bien heureux de voir que votre santé est toujours meilleure. Nous allons avoir un magnifique automne qui achèvera de vous rétablir (puisque vous me dites que vous en avez maintenant la volonté).

Mille et mille tendres respects.

Votre dévoué et affectionné.

J'ai reçu beaucoup de témoignages de sympathie et d'amitié.

A MADAME PLANAT DE LA PAYE

Chambéry, ce mardi 10 août 1875.

Merci de votre bon souvenir, chère madame Planât. J'ai eu la douleur de perdre ma chère mère

A M. EDOUARD GRENIER. 293

avant même de quitter Paris. Je n*aipas même eu la consolation de pouvoir rembr^MBine dernière fois, ayant été arrêté en chemin pefiSffiht suL^heures par un torrent qui avait emporté une j^stfH^ltQf/c^emin de fer. Mais, dans mon malheur, c'a éi6 nh soulagement pour moi d'apprendre que ma mère n'a pas soufTert un seul instant ; fljfriflhfcnÉteitfte en une

demi-minute en se levant de tafeffllHmDie m'a pas attendu et appelé en vain dansses derniérsinoments. Cette crainte qui me déchirait le cœur ne s'est pas réalisée. Elle a eu la fin que j'ai toujours considérée comme la plus enviable, comme la récompense d'une vie honnête et bien remplie. Elle était âgée de 86 ans. Je compte partir d'ici demain mercredi, j'aurai donc très prochainement la consolation de \ous voir. Vous avez toujours été si bonne pour moi, chère madame Planât, que ce sera un grand bien dans ces tristes circonstances pour

Votre tout affectionné et dévoué.

A M. EDOUARD GRENIER

Paris, ce 17 août 1875.

Merci mon cher, mon bon Grenier. Vous êtes poète par le cœur comme par l'esprit. Aucun sentiment généreux ne vous est étranger. Puissiez-vous conserver encore longtemps votre mère, car vous avez bien raison de dire que c'est la seule perte dont on

ne se console pas. C'est un amour que rien ne rem-

place. Votre souveDir sympathique m'a fait beaucoup de bieuj^KïO^est du fond du cœur que je vous en remérei&.

. ." Votre ami affectionné.

Paris, ce 18 décembre 1875.

Je te remercie bien affectueusement, mon bon et cher Milan, de la part que tu veux bien prendre à ma réussite. Tu es de ceux qu'on retrouve toujours inébranlables dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. Tu sais qu'ils ne sont pas très nombreux dans notre cher pays, mais leur sympathie a un prix infini à mes yeux. Elle m'est d'autant plus chère dans les circonstances actuelles, que je sais, de source parfaitement certaine, qu'aucune place ne m'avait été réservée dans les candidatures pour les prochaines élections. Les bonnes âmes qui en ont disposé ainsi ont voulu sans doute m'épargner le fardeau de la reconnaissance. J'aurais cependant aimé à leur devoir quelque chose, ne fût-ce que le grade de caporal dans la garde mobilisée. Heureusement pour moi, l'Assemblée nationale m'a jugé avec plus d'indulgence que ces austères patriotes. Je t'amuserais bien si je pouvais te raconter les péripéties de la dégringolade de certain individu répugnant que je n'ai pas besoin de désigner autrement, La surprise, le dégoût et enfin l'indignation ont été inexpri-

A M. MILAN. VP5

mables. Celte pauvre assemblée a pa^^^^n quelques jours par tous les -tourments d'un ^^mHp ^luquel on a fait prendre un vomitif à son instï!nCeU,^mjCQmmencé par de vagues angoisses, puis sont 'v^Spjfivi les nausées, puis les tressaillements et enfin elle n'y a plus tenu, elle a vomi et a été immédiatement soulagée. ^^ÎÊÊÊt Je te demande pardon d'une o^/lffffyon aussi

peu séante, mais elle seule peut rendre compte de ce qui s'est passé au sujet de ce personnage. Il faudrait d'ailleurs un volume pour détailler convenablement les intrigues qui l'ont fait figurer un instant en qualité de premier rôle sur une scène où il ne jouera jamais que celui des valets.

Inutile d'ajouter qu'une partie de ceci est entre nous, et je laisse à ton tact la mesure dans laquelle tu peux en parler.

Adieu, cher ami et merci encore. Présente mes meilleurs compliments à madame Milan, et croismoi toujours

ton ami.

PariH. c« 9 janvier 1876.

Mon cher Milan ,

Aujourd'hui que je ne puis plus être suspect d'aller quémander un siège législatif aux radicaux de Marseille, je me dispose à aller faire ma première visite

296 CORRESPONDANCE DE P. LANFRET.

à la Ganneb^tee, pour remercier mes électeurs. J*aî riDleution fl^passer quelques jours et d'y voir les persèjuies qui m^ont fait Thonneur depatromier ma « candidature, afin de leur expliquer pourquoi je n*ai pas fait plus tôt cette démarche. Jeté serai fort obligé de vouloir bien me donner l'adresse d'un certain h6tel que tu m'avMHBjpommandé vivement il y a quelque temps et doM^ironblié le nom. Tu me feras plaisir, par la même occasion, de me dire la suite et la fin de rhistoire d'un certain crachat, dont je n'ai plus entendu parler à mon grand étonnement. J'en étais resté au moment le plus palpitant, provocation, duel au sabre décidé, massacre général, etc. Mais depuis le départ de Costa, qui m'avait communiqué ce programme dramatique il y a bientôt quinze jours, on ne m'a pas soufflé mot sur cette affaire. Seraient-ils tous restés sur le champ de bataille? Je ne puis croire à un dénoûment aussi féroce et je te prie d'achever de me rassurer.

11 me paraît singulier dans tous les cas qu'une aventure aussi extraordinaire ait fait si peu de bruit.

Parle-moi aussi de la tournure que prennent les élections dans ce cher pays. Je te serre bien affectueusement la main.

A M. MILAN. ri]^ ^...

Paris, 12 janvier .ipk' •

Cher ami,

11 est fâcheux pour ce plan, quijMggurît infiniment, que je me sois engagé à èt^e^HB^seille pour le 30 janvier, afin d'y prendre part au vote pour le Sénat, en ma qualité de député. Gela rendrait notre rencontre à peu près impossible, car je ne compte pas m'arrêter à la Gannebière plus que le temps nécessaire pour distribuer une douzaine de cartes et manger deux ou trois bouillabaisses. Si donc, comme je le crains, tu as le préjugé des noces (que je considère comme un des fléaux de Thumanité), il est fort probable que j'aurai le regret de ne pas te rencontrer. Tu aurais une manière très simple d^rranger cela. Ce serait de dire que tu as un cousin du beaufrère de ta tante très dangereusement malade à Marseille, et de te mettre en route le 27 ; le 28 nous tombons dans les bras l'un de l'autre sur la Gannebière. Nous passons là quelques jours ensemble à. nous promener sur la Gorniche. Le 14 février tu envoies à Python une dépêche télégraphique constatant que ton parent est au plus mal, et le 16 madame Milan qui est restée à Ghambéry et qui a assisté à la noce (ce qui est toujours un très vif plaisir pour les femmes), vient te rejoindre à Marseille.

Voilà comment les choses se passent aujourd'hui

dans le monde civilisé. Il n'y a plus que les peuplades très iaSpHérées chez lesquelles on ait conservé rhabitqâe barbare d'assister à ces sacrifices humains qu'on appelle des noces. Je vois que vous êtes au point de vue électoral entre la corde et le poison — sauf en ce qui concerne Carquet, qui est un brave homme quoi ^igfu n peu faible. Je suis bien enchanté, quant à moi,^re n'avoir pas à faire un choix entre ces candidats — car ma main se dessécherait plutôt que de voter pour un coquin.

Adieu, mon cher Milan, je te serre bien affectueusement la main.

A M. BEBERT François.

Paris. 14 janvier 1876.

Je VOUS suis bien reconnaissant, mon cher Bebert, de tous les renseignements que vous avez bien voulu me transmettre sur notre mouvement électoral et les épisodes tragi-comiques qui s'y sont mêlés. Le manifeste de notre ami G est d'un beau fanatisme et je doute qu'on trouve rien de pareil dans le reste de la France. Si, comme il le dit, toute la politique se réduit à une question de dévotion, il ne doit guère être content de ses propres candidats. — C'est parmi les bedeaux de sacristie qu'il aurait dû les choisir ou au couvent des capucins. Je reconnais cependant que ce factum est très habilement rédigé

A M. BEBERT. 299

au point de vue des passions de ce ch«r et aimable pays. Que je me trouve heureux 4|8|p^^oir rien à démêler avec tout cela ! Je partage arooliyaa^eQt vos appréhensions au sujet de l'issue de cetteli^lÉàl Si, comme il y a lieu de le craindre, les bigots l'emportent, ce sera en grande partie par suite de la faiblesse des hommes libéraux et modérés, qui subissent toujours leurs candidats au U^Hv les choisir. Je plains un parti réduit à aller au combat pour un champion qui ne lui inspire ni sympathie, ni estime. C'est être vaincu à l'avance que de voter dans de telles conditions. Ces élections générales m'inquiètent beaucoup, je l'avoue. Ce serait presque un miracle si nous échappions au danger que nous a créé la Constitution, en organisant deux Chambres, dans des conditions si différentes. Elles seront élues dans un esprit tellement opposé que leur antagonisme paraît presque inévitable, et alors Dieu sait dans quelles complications elles peuvent nous jeter, surtout si leur rivalité est exploitée par un gouvernement qui aura tout intérêt à l'envenimer. Je souhaite vivement que ces prévisions soient démenties par l'événement, mais jusqu'ici je ne partage pas, je dois le dire, l'optimisme du plus grand nombre de mes collègues et amis politiques. Dans tous les cas, si notre bonne fortune l'emporte, si nous avons des élections sagement républicaines, si nous obtenons non pas une victoire trop complète parce que notre parti en perdrait la tôte, mais purement et simplement une bonne et saine majorité constitu-

300 CORRESPONDANCE DE P. LANFRET.

tionnelle, c^ élections resteront, je le crois, une date mémoqdble dans l'histoire de France.

Je vous remercie encore, mon cher Bebert, de la part que vous prenez à tout ce qui m'intéresse. J*ai bien l'intention, comme vous Tavez supposé, de me mêler un peu plus activement que je ne l'ai fait jusqu'ici aux Questions politiques, et cela autant que possible jBfe renoncer au grand travail que je tiens beaucoup à terminer.

Votre affectionné.

Marseille, 28 janvier, soir, 1876.

Madame et chère amie, je vous écris un mot ce soir avant de me coucher parce que je prévois bien que demain j'aurai très peu de liberté pour le faire. Mon voyage a été parfait, sauf deux ou trois petits accrocs qui n'étaient pas dans mon programme. Ainsi 1° j'ai dû me passer complètement de dîner, le train rapide partant à 7 heures 15 au lieu de 8 heures. On m'a pris jusqu'à la dernière minute pour l'enregistrement des bagages. 2** Je n'ai réussi à attraper au passage une bouchée de pain que vers minuit et c'a été tout mon diner jusqu'au café au lait de Lyon. 3° Il a plu à verse toute la nuit et toute la journée d'aujourd'hui. Il faut venir à Marseille pour savoir ce que c'est que la boue, mais je ne suis sorti qu'en voiture. A part ces anicroches, tout

s'est passé à merveille et j*ai donni;jB^yec un aplomb surprenant^ J'ai déjà refusé deuj^JSivitations pour lundi, ce qui me donne une situation inattaquable pour refuser les autres, s'il en vient. J-!ai va quatre ou cinq Marseillais qui sont des hommes de sens et agréables, mais celui que j'aurais eu le plus de plaisir à voir et dont j'avais fait la connaissance à Bordeaux est mort. Demain sairHJP j 'irai entendre hurler les loups radicaux dans la réunion projetée. Dimanche je vote et lundi je m'évapore. — Tâchez, chère madame, que je trouve une lettre de vous en arrivant à l'hôtel Chauvin à Nice.

Je déjeune demain matin avec mon collègue Frayssinet (ce n'est pas M. de Preycinet), qui est très bien sous tous les rapports. 11 a l'intention de parler à la réunion et sera tout à fait à l'aise pour cela, n'étant pas candidat.

Adieu, bien chère madame et amie, soignez-vous bien pour ceux qui vous aiment et pour obéir à l'excellent docteur Frémy.

Je baise vos belles mains

A los pies de Usted

Nice, ce 4 février 1876.

Madame et bien chère amie, voici je ne sais combien de jours que je veux vous écrire et qu'une foule

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