Le Cellier aux Charmettes
tandis que cette cabane prétentieuse et toute neuve, avec rien autour, aTairâ^une boite de carton qui aurait été jetée là au hasard, par un passant. Je n'en veux à aucun prix.
Je suis heureux, mon cher Gojon, d'apprendre que vous êtes débarrassé de vos tristesses. —Ily abien peu de choses qui en vaillent la peine. Vous devriez venir ici où l'on n'a pas le temps d'être triste et où l'on a la ressource inestimable de pouvoir changer de relais. Les aventures les plus exorbitantes et souvent les plus tristes passent si vite qu'elles ont l'air d'être arrivées à un autre et ne laissent d'autre impression que celle d'un roman varié et amusant à force de rapidité. 0^9, étais-je la dernière fois que nous avons causé (blé? Ma parole d'honneur, je m'en souviens à .—Je touchais au dénouement le plus attachant. — Cela a fini au contraire de la façon la plus burlesque. — Au lieu de perdre mon temps à rêver làdessus, je n'ai eu qu'un pas à faire et je me suis retrouvé en plein tourbillon. Depuis lors, Dieu sait par quelles péripéties j'ai passé. Gela, en somme, est sain et fortifiant. On échappe à la stagnation, à l'inertie de l'idée fixe, on ne donne au monde que ce qu'il mérite et on reste son propre maître, ce qui est l'essentiel.
J'ai eu hier la visite (non pas tout à fait fortuite) de B. qui na^a paru avoir bien peu de cheveux I II m'a assuré être arrivé le matin et repartir le soir même. Je ne dis pas le contraire, mais il m'a paru avoir bien peu de cheveux !
A M. CHARPENTIER. 137
Je vous serre bien affectueusement la main.
Donnez-moi de vos nouvelles.
A M. CHARPENTIER
Mon cher ami,
J'ose à peine accepter votre amicale proposition pour demain, car je serai forcé de me sauver honteusement aussitôt après le dîner pour différentes- corvées que je ne puis remettre. Votre amitié m'excusera. Je vous porterai tout le reste de mon maQuacrit jusqu'au 18 brumaire. Je crains fort que cdaP plus de 450 pages (en tout). Notre pauvre n'était guère brillante cette fois-ci. Les cinq rë inévitables de la fin ressemblent à quatre hommes et un caporal. Quant au cours de Laboulaye, si vous voulez le suivre jusqu'au bout, pour Dieu ! effacezlui au moins son titre de leçon et que le lecteur ne croie pas qu'il s'expose à un pensum s'il le lit avec distraction.
Votre ami affectionné.
L'admiration de Guéroult pour Bismarck ne doit pas vous étonner — entre coquins cela se doit.
A MADAME PLANAT DE LA PAYE
Paris, 29 juin 1866
Chère madame Planât,
Vous êtes mille fois trop bonne de vous occuper de moi dans de pareils moments. Quant à moi, je suis honteux d'avoir à songer à ces misérables soucis de santé. On m'envoie à Gauterets, dans les Pyrénées, et je partirai ces jours-ci. Gependant, je vais beaucoup mieux. Ce que vous m'écrivez de Georges Manin est un vrai miracle, comme ces grandes émotions ont seules le privilège d'en produire. Au reste, ie JÉiik&ie, perdue par les Italiens, a peut-être itîci plus d'effet qu'une victoire. Il ne faut pas dSsëspérer d'un pays qui fournit de tels soldats. Jusqu'à présent presque personne ici ne croyait à l'armée italienne, aujourd'hui tout le monde sait qu'elle existe. Maintenant que va faire ce vieux chiffon des Tuileries? Depuis la défaite des Prussiens, il y a beaucoup de chance pour qu'il lâche tout. Mais, s'il fait cela, il ne l'emportera pas en paradis. A bientôt, chère madame. Mille affectueux remerciements, et que votre sollicitude pour la santé des autres ne vous fasse pas oublier la vôtre. J'aurai le plaisir de vous voir demain.
A M. BEBERT. 139
A M. BEBERT.
Je vous suis reconnaissant du fond du cœur de toutes les marques de sympathie que je reçois de vous, mon cher Bebert. Vous êtes pour moi un véritable collaborateur, car c'est une grande force pour un écrivain de se sentir appuyé par des esprits intelligents et droits. Vos remarques, en ce qui concerne la Revue Nationale^ sont parfaitement justes, abstraction faite de ce qu'elles ont de trop bienveillant pour moi, et je les ai souvent suggérées moi-même à rhomme qui la dirige, toujours inutilement, bieii entendu. C'est un homme qui ne manque p«Bj^ prit, mais qui a le caractère très inconsistant de suite dans les idées et qui éloigne les talents au lieu de les attirer. Ces inconvénients sont aggravés par son désir excessif et malentendu de rester seul propriétaire de cette Revue, ce qui le force à des économies déplorables. De là cette abondance de travaux universitaires, quelquefois estimables, mais toujours ennuyeux. Par suite de cette maladroite direction, une entreprise, qui a été fondée dans d'excellentes conditions de succès', risque fort de rester dans un état de stagnation et d'immobilité.
Adieu, mon cher Bebert, restez fidèle à la cause que vous avez si généreusement embrassée, c'est la bonne, et son jour viendra, soyez-en sûr. Voyez
140 C0RRE8P0NPANCE DE P. LANFRET.
comme la brèche s'agrandit! Encore un douze novembre et nous pouvons donner Tassaut.
Je vous serre bien affectueusement la main.