Wight
136 NÉGOCIATIONS DE [a\'RIL 1S47]
SELYE AU ROI.
Aiu!!Î!^ ^®^- — l'Ondrenj 2'j avril. — Selve a reçu le malin même la dépêche du roi en dale du 22, faisant mention du sieur d'Auzis, qui n*est pas encore arrivé le soir ; selon les ordres du roi, il a fait entendre au chancelier de Saxe les intentions du roi relativement à Taide secrète de 200000 écus que le roi compte donner aux princes protestants d'Allemagne au cas où les anglais leur fourniraient eux-mêmes 150000 écus. Le chancelier, qui a paru fort troublé à celte communication, a affirmé que le feu roi de France n'avait pas promis d'aide conditionnelle, mais à son voyage en France lui avait garanti un secours formel et absolu, et que, d'ailleurs, les anglais ne voudraient non plus jamais s'engager avant de connaître l'aide promise par le roi de France. « En sorte, comme il m'a dict en latin, » dit Selve, « que il pourroit intervenir aulx princes d'Aïlemaigne ce qui intervint aulx Saguntins qui furent ruinés de Hanibal cependant que l'on disputoyt à Romme s'il les falloyt secourir ou non, et que sy lesdicts princes estoinl ruinés il n'y auroit prince de la cbrestienlé quy y gaignast et qu'encores y gaigneroyl moins Voslre Majesté que nul aultre. El ma tenu plus de deux heures sur telz propoz ». Malgré les conseils de Selve, qui le pressait d'écrire au roi et lui promettait d'envoyer les lettres par voie sûre, le chancelier a préféré partir en poste pour aller trouver le roi et lui parler. Son départ a lieu le lendemain.
« Sire, j*ay ce jourd'huy entendu qu'il a esté chargé à V mille[s] d'icy sur la rivyère deux navires d artillerye, bouUetz et pouldres pour porter a BouUoigne, et m'a l'on dict pour certain que il se faict monstres universellement par tout ce royaulme et description du numbre de gentz de guerre qui se trouveront en chasque lieu. Du parlement de maistre Briant j'ay entendu, Sire, qu'il debvoyt estre à ce soyr... » « De Londres y ce xxvw^ apvril \'^ xlvij, »
L'envoyé du duc de Ferrare dont il a parlé au roi dans sa derm'ère dépêche a parlé dimanche dernier avril au roi d'Angleterre et au prolecteur, et a été longuement lundi au conseil. On dit qu'il est venu pour faire entrer au service du roi d'Angleterre un jeune frère du duc de Ferrare K
Vol. 6, f° 164, copie du xvi« siècle, 3 p. in-P.
161. — Londres, 21 avril. — Le chancelier de Saxe, qui s'est décidé à aller trouver le roi, a paru très troublé de ce qui lui a été communiqué. Selve en avise le connétable.
a De Londres, ce aa»//— apvril V'^xivn. »
Vol. 6, P 165 v°, copie du xvi« siècle, i/2 p. in-f».
1. Francesco d'Kste, frère cadet d'Hercule, duc de Ferrare, alors au service de l'Empereur (?).
[mai 1547] M. DE SELVE 137
SELYE AU ROI.
162. — LondreSj 4 mai — Sel ve a reçu le 28 avril très tard la dépèche Ligaa du roi datée du 19. « Et depuis », dit-il, « n'ay cessé suivant vostre com- ^**»"«^^«mandement de vous faire escripre les doubles des lettres et instructions mentionnés en vos dictes lettres, lesquelles, Sire, je vous envoyé présentement par ce porteur avec le traicté de ligue deffensive, car de celluy
des limittes et fortiflications je ne Tay veu depuis que monsieur de la Garde remporta au feu roy à Rambouillet, au retour duquel voyage il ne m'a raporté sinon ce que je vous renvoyé, qui est ledict traicté de ligue delTensive, la commission du roy d'Angleterre sur icelluy, et le transumpt du pouvoyr de monsieur le protecteur d'Angleterre avec ung pouvoyr que le feu roy envoya pour traie ter tant ligue deffensive que offensive qui est ce que à présent je vous envoyé, ensemble ung ample discours par lequel, Sire, je vous rendz compte fidèlement et à la vérité depuis le commancement jusques à la fin do ceste négotiation en laquelle. Sire, je prie Dieu de me faire la grâce d'estre trouvé par Vostre Majesté aussy exempt de faulte et coulpe qui ne soyt excusable et supportable comme j ay toujours désiré et tascbé d'estre aulx choses de vostre service. »
Selve se justifie longuement du faux rapport fait au roi de France par l'ambassadeur d'Angleterre, à savoir qu'il aurait déclaré que l'intention du roi de France était d'entretenir les deux traités. Depuis la mort du feu roi François I", Selve n'a parlé qu'une fois au roi d'Angleterre, au protecteur et aux membres du conseil ; cette audience a eu lieu le 5 avril et l'ambassadeur y a seulement notifié la mort du roi en montrant les lettres que le nouveau roi venait de lui écrire, sans en excéder d'un mot la teneur. D'ailleurs les anglais continuent à exiger qu'il ait de nouvelles lettres de créance et auraient jugé eux-mêmes, s'il avait tenu le propos qu'on lui prête, qu'il parlait sans mandat.
Il écrit au connétable les nouvelles dont il est informé.
« De Lotidres^ ce ///— may v^ xlv/i. »
Il reçoit à l'instant les dépèches du roi en date des 28 et 30 avril. Vol. 0, f« 105 v», copie du xvi« siècle, 2 p. 1/2 in-f».
SELVE AU CONNÉTABLE
163. — Londres, 4 mai. — Selve a reçu le 28 avril au soir très tard ppéparâUf» la dépêche du connétable en date du 19 et demande au connétable de le **• k"*"'^ justifier auprès du roi.
« Des nouvelles de deçà, ces seigneurs continuent à monstrer tous les
signes du monde de deffiaDce de l'amylié du roy, car, comme je vous ay par cy devant mandé, les monstres se font par^tout ce royaulme de genU qui peuvent porter armes. La plus part des navires de guerre sont prestz en divers poriz et les aultres se préparent. J'cntendz qu'ilz ont envoyé pour fortifier à Porcemut ' et aulx aultres descentes du costé de la Normandye et font reddresser sur les lieux haultz par tout ce pays les fanalz, car aultrement ne puis-Je nommer cez tabernacles dont ilz usent en ce pays pour faire feuz affln d'assembler en ung instant tous ceuls dudict pays et leur monstrer quelle partie ils doibvent aller secourir et deffendre. Hz ont grande quantité de bouletz faictz en la Tour de ceste ville, et néanlmoins m'a l'on dicl qu'ilz en onl ces jours icy ordonné faire encores grand numbre, et font faire aussy grande quantité d'artillerye, vray est que c'est de fer. De pouldres j'enteadz qu'ilz en sont plus mal pourvus icy que de tout le reste, toutesfoys l'on m'a dicl qu'ilz ont moyen d'eu recouvrer de Flandres à toute heure. De deniers ilz font courir le bruicl entre eulx qu'ilz en ont beaucoup trouvé au feu roy d'Angleterre, mais l'altération et détérioration de leurs monoyes tant d'or que d'argent montre ce me semble le contraire. Bien est vray que ce roy, si l'on ne luy en faict tort, en pourroyt assembler, pour le peu de despence ordinaire qu'il faict, joinct le retranchement de plusieurs despences voluntayres que le feu roy son père souloyt faire en bastimentz, achapt de bagues, et pensions qu'il donnoyt à estrangers.
a Sabmedy dernier, monsieur le protecteur accompaigné de plusieurs grandz seigneurs de ce royaulme leva sur les fonz pour le roy d'Angleterre ung filz dont la femme de l'ambassadeur de l'empereur est accouchée. Et fust ledict protecteur au logeis dudict ambassadeur où y eust grand triomphe. Madame Marye qui estoyt la commère y envoya aussy tenir son lieu, qui est, Monseigneur, tout ce que je sçay de nouveau,
•< Monseigneur, j'ay entendu le commandement qu'il vous a pieu de me faire par Auzis louchant le port de la Hic '. Il y a ung painetre fran- Çoys ^ par lequel je vous ay escript ung mot de lettre, qui m'a proumiclz aller passer par là et vous en porter des nouvelles. C'est ung homme d'entendement et qui si;aura très bien faire cela s'il veull. De ce que j'en ay congnu jay occasion de le penser fidelle et affectionné au service de son prince, toutesfoys je n'en vouldroys rien asseurer ne d'homme que j'aye sy peu congneu et hanlé que luy. Et monsieur de la Garde qui l'a congneu icy comme moy vous en pourra tesmoigner ce qu'il en sçayt. »
Sclve rappelle au connétable l'offre du Dieppois Jean Roze dont il avait déjà parié au feu roi, el qui saurait bien rendre compte de tous les ports cl lieux de descente de la côte d'Angleterre. De Londres, ce m- inay v xlvii. »
Ici lieux de descente at H De Londres, ce i I, Porlsmoulh.
ï. U Rye.
i. Voir la dÉpécbe du |:
[mai 1547] M. DE SELVE 139
« Monseigneur, la présente escripte j*ay recjeu celles qu'il vous a pieu m'escripre des XXVIIl* et dernier du passé. Ce qui m'avoyt meu dernièrement de dépescher courrier exprès estoyt, Monseigneur, qu'il se disoyt icy que le roy envoyoyt deçà ung gentilhomme et il me sembloyt estre bon devant que eestuy là partist que ledict seigneur fust informé de Tallée de maistre Briant, et doubtoys que le pacquet ne feust arresté ou longuement retenu en chemin s'il estoyt porté par l'ordinaire; car ainsy Tayje veu advenir souvent depuis que je suis icy. »
Vol. C, fo 167, copie du xvi« siècle, 3 p. in-f*.
SELVE AU ROI
164. — Londres^ 6 mai — Selve a eu la veille audience du protecteur Ligue au conseil et lui a remontré ce dont le roi lui avait donné ordre par ses <^*'«»^«dépêches du 28 et du 30 avril, au sujet des incursions récemment faites par les anglais dans le comté de Guines. Le protecteur a répondu qu'il n'avait pas entendu parler de faits de ce genre et qu'il en référerait au député de Calais. Le protecteur ayant ensuite demandé si le roi de France voulait entretenir les deux traités d'alliance, Selve a répondu conformément] à l'acte du conseil privé du roi de France qui lui a été envoyé, acte qui contenait la réponse faite sur ce sujet par le conseil privé à l'ambassadeur d'Angleterre. A quoi le protecteur a répliqué qu'il avait reçu le texte de cette réponse envoyé par ledit ambassadeur, qui lui annonçait aussi la venue d'un envoyé spécial du roi de France.
Le protecteur a voulu savoir quelle obscurité ou difficulté le roi trou- jy^^^^j^ vait aux deux traités pour ne pas vouloir les ratifier. Puis, revenant sur d'Allemagne. le récent voyage de M. de la Garde en Angleterre, il a insinué que celuici n'avait pas été envoyé par le feu roi de France pour trancher quelque difficulté inhérente aux traités, mais bien pour savoir quel secours le roi d'Angleterre voulait prêter aux princes protestants d'Allemagne. Selve l'ayant nié, le protecteur lui a raconté la nouvelle qu'il venait de recevoir de la défaite et de la prise du duc de Saxe '. « Me disant », ajoute l'ambassadeur, « que l'empereur seroyt bien tost et aysément à bout de son entreprise d'Allemaigne et qu'il avoyt reprins desjà ce que le duc Maurice avoyt perdu et avoyt envoyé summer les villes du duc de Saxe. » Enfin le protecteur a déclaré qu^on trouvait très étrange en Angleterre que le roi de France n'eût pas envoyé au roi d'Angleterre un ambassadeur spécial à l'occasion de la mort du feu roi François I", comme il lui en avait été envoyé un à lui lors de la mort du feu roi Henry VIll, et, en outre, que le roi de France n'eût pas renouvelé les lettres de créance de son ambassadeur à Londres, depuis son avènement au trône. Selve a
1. Bataille de Mûhlberg (24 avril 1547], où Jean Frédéric, duc de Saxe, fut défait el pris par Charles-Quint.
140 NÉGOCIATIONS DE [mai 1547]
répliqué qu'en réalité Tambassadeur anglais qui avait notifié la mort du feu roi Henry VIII n'avait pas eu seulement cette mission spéciale, et que, quant aux lettres de créance, le nouveau roi de France, selon « Tusance de France », ne les avait renouvelées à aucun de ses ambassadeurs. Ce dont le protecteur s'est déclaré satisfait. Minorité « Sire, jc n'ay failly de parler audict sieur protecteur du saufconduit d'EdooardVL ^^jit il VOUS a plcu m'escriprc et n'ay peu avoyr de luy aultre responce sinon que le feu roy d'Angleterre à son trespaz avoyt très expressément commandé à luy et à tous aultres de son conseil de garder durant la minorité de son filz tant les loix que tout le demeurant de Testât du royaulme en la sorte qu'il Tavoyt laissé sans y rien changer, et qu'il n y avoyt chose que tout le peuple de ce pays eust tant à cueur que l'exemption de la puissance du pape, et que accordant saufconduit pour venir deçà à quelcun de ses ministres le peuple penseroyt que l'on voulsisl faille quelque mutation et se pourroyt esmouvoyr ou eslever à ceste occasion. Et en fin m'a dict que c'estoyt chose qu'il ne pouvoyt faire que d'octroyer ledict saufconduit et qu'il vous mercieoyt grandement pour la part du roi son maistre d'en avoyr faict faire la requeste ainsy modestement et gratieusement... »
« De Londres^ ce v/- tnay v^xlvii. »
Vol. C, r» 1C8 vo, copie du xvi« siècle, 4 p. 1/2 in-f^.
SELVE AU CONNÉTABLE
165. — Londres, 6 mai. — Selve craint de n'avoir pu ùter toute défiance aux gens du conseil du roi d'Angleterre au sujet de la guerre dont ils se croient menacés.
M. de Combas lui a apporté une lettre de ta reine d'Ecosse par laquelle celle-ci lui donne charge de requérir la délivrance de l'abbé de Dryburgti, naguère fait prisonnier à bord du Lion d'Ecosse. Selve a déclaré au protecteur que l'intention du roi comme celle du feu roi était qu'il s'employât aux affaires de la reine d'Ecosse comme à celles du roi» mais il n'a rien pu obtenir. Le personnage nommé Jean Bodon qui devait lui remettre des lettres destinées au roi est toujours à la Tour et cherche une caution parmi les marchands anglais pour répondre de ses dettes et quitter Londres.
« De Londres, ce v/- may y^XLVJi. »
Vol. 6, fo 170 v^, copie du xvi« siècle, i p. 1/2 in-F.
SELVE AU ROI
NouTaiies 166. — Londres, 9 mai. — Selve a reçu la dépêche du roi en date du 2, <rBoo8se. g^ depuis sa dépêche du 6, a été informé de nouvelles importantes de
[mai 1547] M. DE SELVB 141
rÉcosse. Un des courriers venus du château de Saint-André vient d'y être renvoyé. Le Dieppois Jean Roze est venu avertir l'ambassadeur « qu'il luy avoyt esté dict en grand secret par ung escossoys renyé qui est long temps a au service du roy d'Angleterre et qui guydoit les Angloys durant les denûères guerres quand ilz allèrent brusler la ville de Lislebourg ' que dans peu de temps il esperoyt se trouver encores au brusiement de ladicte ville, et que monsieur le protecteur estoyt desjà saisy de XXVII scellées d'aulcuns personnaiges dudict pays d'Escosse par lesquelles ilz s'obligeoint de faire bon service aulx angloys s'ilz venoint avec armée audict pays, ce qu'ilz les prioint de faire le plus tost que faire se pouroyt et user de diligence et que lesdictes scellées et obligations avoint esté apportez par ceulx qui estoint dernièrement venuz dudict chasteau. » Selve lui a recommandé de tâcher de découvrir ces noms et a averti de ce fait l'ambassadeur d'Ecosse.
Selve croit que, sous prétexte d'une guerre à craindre de la part du roi de France, les anglais ne préparent une guerre contre PËcosse. Des munitions ont été depuis longtemps envoyées à Berwick, comme il en a averti le feu roi. Les allées et venues de Londres au château de Saint- André et les bruits continuels de pillages attribués aux écossais montrent que les anglais ne cherchent qu'un prétexte de guerre. Ils auraient plutôt l'intention de la déclarer à la fin de l'été, pour pouvoir prendre pied en un instant à Saint-André avant que le roi secourût les écossais.
Il a entendu dire qu'il y a deux jours on a enfermé à la Tour « ung qui avoyt prédict véritablement la mort du feu roy d'Angleterre parce qu'il a dict que le roy son fîlz qui est à présent ne seroyt paz en vye dans ung an et demy ou deux ans ». Les anglais se montrent très affligés de la victoire de l'empereur sur le duc de Saxe.
« De Londrei^ le /.r- may v xlvii. »
« Sire, depuis ma lettre escripte, Jehan Roze me vient tout présentement d'envoyer les noms qu'il a entenduz de quatre des XXVII Escossoys qui ont baillé leurs scellées, qui sont le scheray d'Ayr ', le conte de Gaseles% le comte de Marschall ^, le lord de Dun ^. Et à ce que j'entendz pour vray celluy qui a esté renvoyé en Escosse qui se nomme Henry Benoist ne partist qu'hyer de ceste ville et porte présentz à chascun desdictz XXVII personnaiges.
« Sire, je ne veulx oublier à^vous dire que ce gentilhomme du duc de Ferrare duquel je vous ay escript par cy devant a esté depesché pour
1. Expression couramment employée pour désigner Edimbourg, dans la suile de cette correspondance. AUusion à l'incendie d'Edimbourg pendant la dernière guerre, en 1543.