Erskine, Laird de Dun, l'un des compagnons de John Knox
s'en retourner et part demain. Et m^est venu visitter céans deux foys et la dernière, il y a deux jours, luy ayant demandé s'il passoyt paz par France à son retour m'a dict qu'il ne sçavoyt encores s'il feroyt le chemin de France ou d'Âllemaigne. Et depuis ayant miclz gentz après tant que j*ay peu pour sçavoyr quelle commission il avoyi icy, je n'en puis rien descouvrir. Toutefoys, Sire, pour ne vous rien celer de tout ce que j*ay sceu de luy, j'entendz qu'estant naguère en compagnie privée de quelques italiens où il se parloyt de vous, Sire, et de l'union de vostre duché de Bretaigne à vostre couronne, ledict gentilhomme dict que ledict duché ne pouvoyt estre uny et que le vray droict en apparienoyt à Madame la duchesse de Ferrare sa maîtresse *, qui faict que je ne puys rien penser qui vaille de sa légation, attendu l'honneur que Ton luy fsdct icy, les longues et secrettes audiences qu'il a euez et le séjour qu'il y a faict, joinct que d'avoyr passé en venant par Paris à cinq lieues de Sainct- Germain où vous. Sire, estics, sans vous faire la révérence et saluer de la part de son maître, il est assés estrange. Et ne l'est guère moins ce qu'il m'a confessé de n'avoyr aussy veu monseigneur le cardinal de Ferrare* en passant sy prez de luy, combien il m*est dict qu'il luy portoyt des lettres lesquelles il n'avoit eu loysir luy bailler et les luy voulloyt envoyer ainsy qu'il disoyt, de quoy je me suis esbahy trouvant assés nouveau qu'il ayst porté des lettres jusques icy pour les renvoyer en France dont il ne faict que venir et où il doibt retourner comme il m'a mandé tout présentement envoyant sçavoir sy je y voulloys escripre et qu'il s'estoyt résolu de prendre son retour par là. Et pourroyt Ton penser, Sire, qui vouldroict prendre les choses au piz, que ceulx cy pourroint estre entrez en quelque capitulation avec le duc de Ferrare pour vous esmouvoyr quelque trouble en Piedmont et leur faire quelque ayde de ce costé là le caz advenant que vous entrassiez en guerre avec eulx suscitans ledict duc par l'espérance de faire quelque chose pour luy du costé de Bretaigne, ou bien que ledict duc mesme leur auroy t par adventure envoyé icy faire offre à bon marché de quelque maulvaîse querelle pour tirer quelque chose d'eulx, dont toutesfoys je ne parle ny puis parler que par conjecture et souspesson avec par adventure assés débile fundement. » « De Londres, ce /a**»* may v A'Z.v//. » Vol. 0, P 171 v<», copie du xvi« siècle, 4 p. 3/4 in-f°.
SELVE AU CONNÉTABLE
167. — Londres, 9 mai, — La dépêche au roi terminée, Selve vient d'être averti par l'ambassadeur d'Ecosse « que les scellés doibvent estre d'aulcuns qui ne sont paz gentz de grande authorité en leur pays
1. Renée de Valois, fille de Louis Xll et d'Anne de Bretagne, mariée en 1527 à Hercule d'Esté, duc de Ferrare.
2. Hippolyte d'Esté, archevêque de Milan, cardinal, dit le cardinal de Ferrare.
[mai 1547] M. DE SELVE 143
qui se sont retirez au chasteau de Saînct-André pour évitter la pugnition des oppinions nouvelles quUlz ont touchant la foy desquelles il m'a mandé que Fevesque de Rosse qui est en France et le frère du gouverneur d*Escosse ' sont fort entaschés et que pour cette raison ilz ont tousjours favorisé tant qu'ilz ont peu secrettement les dessusdicts personnaiges et les ont aydés à se saulver et garder d'estre pugnitz ».
Les fortifications du port de Boulogne sont continuées avec beaucoup d'activité. « Sy telles choses se font de la perfection et durée que j'ay ouy dire, » dit Selve, « c'est bien mauvais signe que ceulx cy nous veullent rendre BouUoigne comme ilz sont tenuz et nous veullent faire croyre, car s'ilz en avoint envye ilz n'y vouldroint consumer le temps ne la despence qu'ilz y employent. Et est Toppinion de ceulx de deçà qui sont affectionnés au service du roy que jamais les angloys ne feront la restitution vouluntairement pour argent que Ton leur sache offrir quelque chose qu'ilz en proumectent s'ilz la peuvent mectre en estât de la pouvoyr garder et deffendre, ce qu'ilz ont presque faict et parachèverontaysémentsinonqueleroyfacefortiffierlapoincteàrentréedu port de Boulloigne qui est le seul moyen au jugement de ceulx de deçà de faire perdre ausdictz anglois Tespérance de garder et deffendre ladicte ville. »
Il rend compte d'une nouvelle visite du dieppois Jean Roze. « Et m'a diet qu'il avoyt ugne carte de tout cedict pays et ugne aultre d'Escosse très bien faictes lesquelles il m'a proumictz de porter au roy et à vous s'il s'en va en France. » Selve l'y a beaucoup exhorté et s'est enquis de la vérité de ses récits sur sa présence en Angleterre, qui lui a été confirmée. Ce personnage demande qu'il lui soit permis de rentrer en France chez son père, ce qu'il attendra l'autorisation du roi pour faire, bien que Selve lui ait dict qu'il n'y avait aucun inconvénient à ce qu'il passât dès maintenant en France pour porter au connétable les cartes qu'il possède.
Selve a fait entendre à l'espagnol don Michel, de Perpignan, que le roi n'avait aucun souvenir de services rendus par lui. « Néanlmoins », ajoute Selve, « il a esté encorez sy eshonté qu'il m'a envoyé par ung de mes gentz qu'il a trouvé par la ville ung pacquet pour vous faire tenir, ce que je n'ay voulu faire ne feray qu'il ne me soyt par vous commandé, vous pouvant bien certifGer, Monseigneur, qu'après les lettres que le roy m'a escriptes de luy je me fusse très bien gardé de recepvoyr ledict pacquet s'il me l'eust porté ou que je luy eusse peu faire rendre '. »
« De Londres^ ce /r- may p xlvii. »
Vol. 6, f« 173 v*>, copie du xvi« siècle, 4 p. in-f°.
1. John Hamilton, frère naturel du comte d*Arran, trésorier d^Ecosse et archevêque de Saint-André (?).
i. Le recueil intitulé : Calendar of State Papers, Foreign Séries, Edward VI, est interrompu de mai à décembre. La correspondance de Nicholas Wotton, en particulier, offre une lacune qui va du 16 mai 1547 au 6 mars 1548. Celle interruption empêche le contrôle des dépêches de Selve par celles de Wotton, qui ne pourra avoir lieu pendant toute cette période.
[mai 1547]
Ligna défentire.
NoQTelles
d*Éc0886.
SELVB AU ROI.
168. — Londres^ 23 mai. — Selve envoie au roi dans ce paquet une dépêche adressée à Févêque de Ross par le gouverneur d'Ecosse, comme ce dernier Ta prié de faire par une lettre que vient de lui apporter Tarnbassadeur d'Ecosse.
L'ambassadeur d*Écosse vient de lui raconter qu'il a été la veille demander au protecteur son congé pour s'en retourner en Ecosse, autorisation qui lui a été refusée en l'absence de toute lettre de rappel émanée de la reine ou du gouverneur. Le protecteur lui a en oatre longuement parlé des maux que la guerre ferait éprouver aux écossais, disant qu'il était mieux informé des affaires de France que ceux do conseil du roi, et que d*ailleurs si le roi voulait faire la guerre à an enfant il n'y gagnerait rien, car Boulogne avait été tellement fortifié que le roi ne l'aurait jamais. Sur une question de Selve, l'ambassadeur d'Ecosse avoua que le ton du protecteur laissait entendre que le roi n'aurait jamais Boulogne en anticipant sur les délais du traité. L'ambassadeur d*Ecosse doit retourner le lendemain vers le protecteur pour lui parler, selon l'ordre de la reine et du gouverneur, de la délivrance des prisonniers écossais faits depuis la compréhension de l'Ecosse dans le traité de paix, et pour Tentretenir des autres griefs des écossais contre les anglais, « dont il s'asseure de n'obtenir aulcune raison ».
« Sire, ce qui s'entend de nouveau par deçà est que le commun bruict est que l'on fera de bref quelque entreprise en Escosse et par mer et par terre et que monsieur le conte de Warvich quy est le grand chamberlan en sera le principal chef. De moy, Sire, sy entreprinse se faict je croyroys que ce seroyt plus tost par mer que par terre, car lez plus grandz préparatifz quy se sont faictz dont j'aye ouy parler jusques icy sont de navires et sy entendz que les munitions et vivres ont esté conduictz à Barwich et aulx aultres lieux maritimes, joinct que la voye de la mer semble estre plus propre que celle de la terre pour faire en ung instant quelque soubdain exploict par surprinse dans ledict pays d'Escosse, ce que je ne trouve apparent ny vray semblable qu'ilz soint pour entreprendre de ceste année sy ce n'est par quelque bonne intelligence avec ceulx du chasteau de Sainct-André ou aultres dudict pays, ce que Ton m'a fort asseuré qu'ilz ont, ainsy. Sire, que je vous ay adverty par nos lettres du IX* de ce moys, lequel advertissement loutesfoys, Sire, l'ambassadeur d'Escosse estime n estre véritable combien qu'il m'aye confessé que les quatre dont je vous ay mandé les noms sont de ceste nouvelle doctrine que l'on punist en Escosse et que Ton favorise par deçà, et que l'ung d'iceulx Bstoyt obligé par son seing et scellé au feu roy d'Angleterre, quy sont arguroenlz qui conferment plus ledict advertissement que ilz ne fortiffient Toppinion contraire qu'a iccltuy ambassadeur.
[biai 1347] M. DE SELVE 145
« Au surplus, Sire, il est icy bruîct de quelque sublevatîon de peuple NouTaiies faicte de nouveau au pays d'Yrlande contre ce roy, et parlent aulcuns de '**''^»*»^e' quelque murmure populaire dans ce royaulme du costé de North à cause des nouvelles choses qui s'attentent tous les jours par ces nouveaulx gouverneurs contre l'ancienne religion approuvée. Et à ce propoz, Sire, vous puys dire que ces jours passés y a eu ung prescheur lequel publicquement comme m'a esté récité s'est desdict en la grande église d'icy des choses qu'il avoyt autresfoys preschées selon la tradition de l'Église et a parlé le plus irrévéremment des sacrementz et des sainctz et le plus licentieusement du caresme et de toutes les constitutions ecclésiastiques qu'il est possible, et incontinent a esté icy imprimé ce beau sermon en angloys et se vend publicquement en ceste ville et aux seigneurs de ceste court. Du protecteur, Sire, plusieurs estiment que non seulement il favorise telles choses, mais qu'il les introduit. Ugne chose, Sire, vous puis asseurer pour véritable, qu'en ung bastiment qu'il faict faire en ceste ville l'on n'y intermect la besoigne ne dimanches ny festes et encores y besoignoyt l'on le propre jour de TAssention dernier. »
Selve envoie au roi un écrit que lui a apporté Jean Bodon, de Reims, dont Selve a déjà parlé au roi. Ce personnage, qui attend des secours de marchands d'Anvers ses amis, s'offre toujours à servir le roi, mais plusieurs marchands français afQrment que ses récits sont mensongers.
« De Londres f ce xxiii*» de may F« xlvii. »
a Sire, celluy qui s'appelle Claudio de Franco en l'escript de Jehan Bodon est celluy mesmes qu'il nomme au commencement Jacques de la Borde * quy estoyt comme il dict ung soldat ou cappitaine natif de Ne vers quy rinvita à venir par deçà pour le service du roy soubz couleur de faire marchandize de quelques touelles de canevatz pour douze centz escus lesquelles avoint esté achaptées mesmes des deniers du feu roy par ung nommé Joseph Chevalier. Et pour couvrir mieulx les menées qu'ilz venoint faire icy pour y gaigner quelques intelligences et sçavoyr des nouvelles des portz et havres de ce pays, ilz faignoint que ledict de la Borde estoyt marchant compaignon dudict Bodon et l'appelloint Claudio de Franco, ainsy, Sire, que ledict Bodon m'a déclairé, me disant que ledict la Borde l'envoya icy devant avec lesdictz canevatz et debvoit venir après et depuis n'en ouyt parler à cause de son emprisonnement.
« Sire, je vous envoyé quelques cartes et ung livre de la navigation d'Escosse que j'ay eues d'ung painctre françoys dont j'ay aultresfoys escript à monseigneur le connestable '. Bien est vray. Sire, que ledict livre qui estoyt en langaige escossoys ne se trouvera paz comme je crains des mieulx traduitz, car celluy quy s^en est meslé est ung Escossoys qui