Iluli
[juillet 1547] M. DE SELVE 469
vous ne les tenés deçà que pour ceste On. Et me vient Ton de dire, Sire, qu'ilz ont secrettement faict attiltrer gentz en Escosse pour corrumpre et persuader les forsaires des gallayres de se faire prendre au combat, leur mectant devant la liberté et le bon traictement qu*ont icy ceulx du baron de Sainct-Blancquard qullz trouvent moyen de leur faire tesmoignersoyt par lettres soyt de bouche par ceulx mesmes quy sont icy, ce que je trouve fort malaysé de pouvoyr exécutter, toutesfoys. Sire, je vous en mande tout ce que j'en puys entendre comme je feray à vostre ambassadeur en Escosse s'il m*est possible. Pour sçavoyr plus cerlainement le temps que ladicte armée de mer pourra estre preste, j'ay envoyé homme exprès incongnu tout le long de ceste rivyère où j'entendz que s'esquippent les principaulx grandz navires affin de vous pouvoyr mander en quel estât les choses y sont. Quy est. Sire, tout ce que pour ceste heure je vous puis mander.
<' De Londres y ce xxii^* juillet vxlvii. »
Vol. 6, f» 207 V», copie du xvi» siècle, 2 p. 3/4 in-f^.
SELVE AU ROI
192. — Londres, 25 juillet. — Selve envoie au roi le double du mémoire relatif aux marchands français auquel il faisait allusion : le protecteur est reparti ce jourd'hui pour Shyness sans lui parler.. « Le conte de Vuarvich est aussy party ceste après disnée et s'en va droict en la frontyère d 'Escosse, et combien qu'il faigne se trouver mal et aller en charriot en sa maison de Vuarvich et aist faict publier le bruict te), la vérité est au contraire. A ce que j'entendz, Sire, il y a icy nouvelles d'au- sidge du jourd'huy que voz gentz des gallayres sont en terre devant Sainct-André g^^^^j^ et ont coagnencé de battre ledict chasteau *. L'on me vient aussy de dire que l'on a secrettement porté en la grosse Tour de ceste ville toutes les bagues, joyaulx et plus précieulx meubles de ce roy, quy sont signes de peu d'asseurance, quy est ugne maladie. Sire, de laquelle je voy icy ce me semble les grandz aussy mallades que les petitz à ceste heure, quelques bravades qu'ilz monstrent de voulloyr faire. »
« De Londres y ce xxiii'^* juillet x^XLVir. »
Vol. 6, f» 209, copie du xvi« siècle, 3/i p. in-P.
SELVE AU CONNÉTABLE
193. — Londres, 23 juillet. — Selve cherche à employer tous les NouTeiie» moyens qu'il peut imaginer pour découvrir quelque chose sur les prépa- ^'Écowe.
1. Le château de Saint-André ne fut en réalité attaqué que le 30 juillet, et pris le premier jour du siège. (Voir ci-dessous, 5 août.)
ratifs de guerre, « voyant que ceulx-cy courrent ce semble à furie à la guerre, non seulement contre les escossois, mais contre le roy mesmesen voullant s'ilz peuvent endommaiger sez gallayres ». Il a fait venir un français, nommé Jean Ribauld, plus au courant que tout autre étranger des choses de la marine et de la guerre. Ce personnage est venu le trouver ce malin au point du jour et lui a exposé comment il n'avait pu payer sa rançon pendant les dernières guerres et avait dû, pour se libérer, accepter contre son gré les olTres du feu roi d'Angleterre, ayant perda par suite de procès tout son bien en France. Selve lui a promis de s'entremettre pour lui obtenir sa grâce du roi en raison des services qu'il lui rendrait, et voici ce que Jean Ribauld a révélé. « Il m'a dict qu'il estoyt certain qu'ilz voulloint aller rencontrer [les gallayres du roy] en la mer et que s'il faisoit vent et qu'ilz les trouvassent en la haulte mer qu'ili estoint résolus de les aller aborder, et qu'il le sçavoyt pour ce qu'il debvoyt aller en cesle entreprinse et que l'on la luy avoyt communicquée et demandé sy lesdictes gallayres pourroint paz bien faire le tour d'Escosse et s'en retourner par le Ouest, à quoy il avoyt respondn que ouy, mais que le chemin seroyt bien plus long et plus malaisé d'aultant qu'elles auroint la mer de ce coslé-là beaulcoup plus haulte et plus rude, et que la vérité estoyt telle. Au moyen de quoy il pense que les angloys mectront toute leur force du coslé du Norlh quy pourra bien estre, ce dict-il, d'ung LX navyres, mais qu'il n'y en aura pas plus de trente de guerre, lesquelles seront comme il dict fort bien esquippées d'artillerie et de toutes aullres choses fors que d'hommes dont ilz ont grande faulte et n'en peuvent quasy finer à demy de ce qu'il en faudroit pour mectre dedans. Et sera comme il dit ladicte armée à la voyle d'icy à douze jours et ira droict vers Neufchastel où l'armée de terre doibt se trouver preste à marcher dans ledict pays d'Escosse le XXIIIP du prochain moj^sy l'on ne s'advise de la haster plus lost. Et pense que l'on ira drolbt au Petit Leich et par mer et par terre, d'aultant que ceulx-cy en feirent ainsy durant les dernières guerres avec les escossoys esquelles ilz prindrent ledict Petit Leich lequel il les a ouys maintesfoys repentir qu'ilz n'avoint fortiffîé, car c'est chose comme il dict fort aysée à faire, et dict qullz embarquèrent leurs gentz de pied en la frontière et que la cavallerie seulle avec quelque leigère artillerie feist le chemin par terre en ung jour jusques audict Petit Leich en sorte que quasy en mesme temps eulx et ceulx qui alloint par mer se trouvèrent audict lieu, et qu'il pense qu'à présent ilz pourroint bien faire des mesmes pour ce que ce ne sont paz gentz quy changent voulentiers leurs fassons de faire et mesmement à la guerre. Sy a il opinion, ainsy qu'il m'a dict, que sy les gallayres se trouvent audict Petit Leich qu'elles sont suffisantes de garder ledict port contre toute l'armée du roy d'Angleterre, car l'entrée du for d'Escosse est estroicte de sorte que les gallayres la peuvent aysément defifendre et se tenyr là dedans comme dans ugne rivyère. Et dict que sy les escossoys
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font par terre tant soyt peu leur debvoyr que ceulx-cy ne leur sçauront nuyre en cest endroict. Bien pense il que sy les gallayres sont à Sainct- André que l'armée de mer du roy d'Angleterre se yra monstrer pour donner cueur à ceulx du chasteau et mesmes pour endommaiger et faire reculler les gallayres sy elle les treuve à l'adventaige, et sy elles ne sont rencontrées là il estime qu'elles seront guettées à Holilande ^ du costé du North par l'armée angloysp, et du costé du Ouest m'a dict que l'on tiendra XV ou XX navyres à Bristoch ' esquippées en guerre pour leur donner la chasse, me disant d'adventaige qu'il pensoyt que sy le vent ne venoyt fort impétueuz sur la mer que lesdictes gallayres se saulveront tousjours devant ladicte armée angloyse et qu'il failoyt qu'elles feissent ainsy ou qu'elles hyvernassent en Escosse ou bien que l'on leur envoyast quelque numbre de navires au devant, mais comme il me semble. Monseigneur, ne fauldroit paz que ledict numbre feust foyble, aultrement ceulx-cy servont gentz pour addresser leurs forces là. Au demeurant, Monseigneur, je vous advise qu'il m'a asseuré qu'il n'y a forteresse en port ne descente de ce pays qu'il n'aist visitée et qu'il ne congnoisse dedans et dehors et quel numbre de gentz et d'artillerye il y a et en paix et en guerre, et qu'il sçayt deux ou troys descentes qu'il oseroyt asseurer estre seurres en les faisant, comme il diroyt bien et monstreroyt au doigt et à l'œil. Et à vous dire, Monseigneur, ce que j'en ay apperceu de ceste seulle foys que je l'ay jamais veu, c'est ung homme de très grand esprit et quy sçayt beauleoup de la force de ce pays et mesmement de celle de mer et croy que vous prendriés plaisir à l'en ouyr deviser ainsy mesmement comme il a faict avec moy quy ne vous en mande à cause de brîefveté pas la tierce partie de ce qu'il m'en a dict. > Le connétable avisera s'il veut que Selve lui envoie ce personnage.
« Monseigneur, j'ay entendu pour chose certaine que le duc de Nouvelles Plaisance ^ faist icy mener ugne practique d'entrer en quelque estroicte d'i^'»eligue et amytié avec le roy d'Angleterre pour la conservation de son estât lequel il tient mal asseuré de posséder pour l'advenir sans quelque trouble du costé des successeurs du pape et semblablement de la part de l'empereur et du roy mesmes s'il venoyst à avoyr Testât de Milan, et propose, ce m'a l'on dict aydes d'artillerye et de gentz jusques à la concurrence de IIP M escus de despence quand il en seroyt besoing, requérant aussy en caz semblables aultres faveurs et assistences pour la conservation de sondict estât. Laquelle practicque estoyt suz piedz, comme j'entendz, dès le vivant du feu roy d'Angleterre qui monstroit à ce que j'ay ouy dire d'y prester l'oreille beauleoup plus voulentiers que ne font ceulx cy à présent et donna au premier quy luy en parla présent de
i. Holy Island.