Sir William Petre, devenu premier secrétaire d'État
7. Ils formaient le conseil laissé par le protecteur à Londres pour administrer le royaume en son absence.
[aolt 1547] M. DE SELVE 187
n'estoyt pas seur que vous luy voulsissiez payer son argent, au mt^yen de quoy il avoyt interest de posséder son gaige seurement jusques au payment de ses deniers, ce qu'il ne pouvoyt faire sans fortiffications attendu que lediet gaige estoit à vostre porte et en lieu où le roy d'Angleterre ne le pouvoyt secourir sans passer la mer. » Après une longue discussion sur ce sujet, au cours de laquelle le protecteur a encore répété qu'il était prêt à rendre Boulogne au roi, si le roi était prêta lui payer l'argent, et après s'être étonné de l'appui prêté par Henri II aux plaintes des écossais, le protecteur en est venu à parler des anglais pris en France. « Il avoyt ouy dire que l'on avoyt mictz à la chaîne dans voz gallayres les angloys qui avoint esté prins au chasteau de Sainct-André et que sy ainsy estoyt que tous les françoys et escossoys qu'il prendroyt en Escosse il les feroyt pendre car il n'y avoyt poinct en Angleterre de gallayres pour les mectre, et que sy la guerre revenoyt avec vous qu'il en feroyt de mesmes de voz subjectz qu'il prendroyt, parce que l'on tenoyt encores à la chayne dans vosdictes gallayres les angloys qui avoint esté prins durant les dernières guerres. A quoy. Sire, je luy ay respondu... quant aulx escossoys que je pensoys qu'ilz ne se laisseroint ne prendre ne pendre et qu'ilz avoint bonne cause et de bons amys. Sur quoy il m'a interrogé comme j'entendoys cez amys. Je luy ay respondu que j'entendoys de Dieu et de toute la court céleste quy avoyt en recommandation spéciale les Veufves, pupilles et orphelins et que les princesses contre lesquelles il alloyt faire guerre estoint de ceste qualité
Pinablement, Sire, il m'a dict, quelque chose qu'il y aist qu'il joue au seur en l'entreprinse qu'il va faire audict Escosse et qu'il gaigera mil contre cent d'en venir à bout...
« Sire, voylà ung long dialogue des propoz que j'ay euz avec lediet protecteur. A quoy. Sire, il m'a semblé bon et à propoz pour vostre service de ne me monstrer ny mol ny muet en tellez matières ausquelles selon mon oppinion, ne parlant que comme de moy mesmes et avec la raison en la main, je. ne sçauroys rien gaster de respondre ung peu vifvement car c'est quelquesfoys le meilleur moyen que Ton aist de faire desgorger les gentz de ceste nation... »
« De Londres^ ce dimanche xv/— d'aonst v xlvii. »
Vol. 7, f» 18, copie du xvi« siècle, î> p. \fl in-f°.
SELVE AU CONNETABLE
211. — Lo7idrPSy 21 août. — Le protecteur, à la fin de l'entretien que Selve raconte au roi, a recommandé à Selve de ne faire parvenir qu'à lui seul la réponse que le connétable pourrait envoyer touchant les moyens de restituer Boulogne avant l'époque fixée par le traité, dont Selve a parlé au connétable dans sa précédente dépèche.
de guerre.
188 NÉGOCIATIONS DE [aoIT 1547]
Préparatifs « ftonscigneur, jo cn\v que vous enlendés par ce que je vous ay escript par cy devant le grand appareil qui s'est faict contre les escossoys et comme dans troys ou quatre jours toute la trouppe se doibt trouver ensemble sur la frontière où le protecteur s'en va demain en diligence, et m*a dict que son voyage sera d*ung moys ou six sepmaines. De Tarmée de mer, ugne partie est desjà aulx portz de ladicte frontière d'Escosse, mais les principaulx navires jusques au numbre de XVIII ou XX estoinl encores il y a quatre ou cinq jours à Germut et Arrvich prestz et en cbemin pour aller trouver les aultres. Et m*a Ton dict que du costé da Ouest il y a quelque aultre numbre de navyres esquippez et entre aultres ceulx de Thommesson de Calais quy est le pirate rebelle quy a tenu fort contre le roy d'Angleterre en Tisle de Surlingues, lequel Ton dict estre maintenant revenu au service dudict roy avec XVII navires et bien cinq ou six centz bons mariniers et qu'il a eu son pardon, ce que je croy facillement s'il est voullu revenir, mais je ne croy rien du numbre de navires et mariniers. Aulcuns disent que lesdicts navyres du Ouest ne bougeront pour la defTence de celle coste et aultres estiment que c*est pour aller encores par ledict costé du Ouest faire ugne descente dans le pays d'Escosse et que l'on en fera ugne aultre du costé du North prez Sainct- André ou au Petit Leich. Il y a commandement tant en ceste ville que en toutes les villes et villaiges de ce royaulme par chascune paroisse de faire monstres de tous ceulx quy peuvent porter armes le mieulx empoinct qu'ilz peuvent estre, et à ladicte monstre sont enroollés et leur faict Ton commandement de ne s'esloigner de leurs maisons et de se trouver prestz et armez h toutes heures au lieu et soubz le cappitaine quy leur est nommé, et disent que par les roolles qui s'en portent à monsieur le protecteur s'en trouve ung grand nombre nonobstant ceulx qui sont allez en Escosse. Au surplus. Monseigneur, je suys adverty que il y a envyron quinze jours qu'il est arrivé icy quelque espion venant de Bretaigne lequel l'on faict tenir fort secrettement à quinze mil d'icy en la maison d'ung gentilhomme quy est au roy d'Angleterre, nommé maistre Cardin, duquel ung des serviteurs s'est laissé eschapper qu'il y avoyt un breton chez son maistre auquel sondict maistre faisoyt fort grande chère et qu'il proumectoyt de faire de grandes choses...
a Monseigneur, il y a icy ung horrologien francoys que le feu roy d'Angleterre avoyt nourry jeune et en faisoyt grand compte, et de faict il est homme de fort bon esprit et excellent en son art. Il m'est venu quelquesfoys visitler et monstrer de ses ouvraiges, et entre aultres choses en devisant de plusieurs inventions m'a dict que depuis ung an il en avoyt trouvé ugne qu'il est seur n'avoyr jamais esté veue ne practiquée par homme du monde pour mectre le feu à jour et poinct nommé et heure précise en quelque lieu tel que l'on vouldroict, feust en ville ou villaige ou maison, ou en camp ou navires, et que de soy mesmes le feu se prendroit en endroict où homme vivant ne se sçauroyt donner de
[août 1547] M. DE SELVE 189
garde. Et m'a faict de grandz sermentz d'en avoyr faict des preuves secrettes à par soy, et que jamais ne s'en esloyt descouvert à homme ne f eroyt que pour le service du roy qui estoyt son prince naturel et que sy je le voulloys asseurer que il ne demeureroyt poinct despourveu et que le roy le prendroyt en son service qu'il estoyt prest à laisser tout quant qu'il a icy pour aller vers Sa Majesté et luy monstrer à sez despentz la preuve de ce qu'il dict, laquelle il fera pour moins de cinquante escus. » Selve demande des instructions à ce sujet.
c< De Londres,, ce a'av— aoust v^ XLvn, »
Vol. 7, fo 20 vo, copie du xv!»^ siècle, 2 p. 3/4 in-P.
SELVE AU ROI
212. — Londres^ 23 août. — Selve a reçu à la fois les dépèches du roi en date du 16 et du 19. Selon le contenu de celle du 16, il est allé la veille voir le protecteur qu'il a trouvé prêt à partir pour l'Ecosse, et lui a fait entendre en détail l'affaire des marchands français dont le roi fait mention, en lui remettant en mains propres la requête même présentée au roi par les plaignants, que le roi a jointe à sa lettre. Le protecteur a déclaré que les anglais arrêtés naguère à l'instance des marchands français plaignants, et élargis par autorité de l'amiral d'Angleterre, seraient repris quelque part où ils seront trouvés. Selve en a profilé pour lui représenter de nouveau la longueur des instances entamées en Angleterre par les français. « En somme, Sire, » dit-il au roi, « ilz prennent tous les jours icy de voz subjects ce qu'ilz peuvent à bon compte. Et de fraische datte ont prins et arrêté à Douvrez XXI ou XXII navires bretons dont je feictz hyer la plaincte audict protecteur quy pour toute résolution me deist que vous aviés faict semblablement arrester les angloys par tous les portz et lieus de vostre royaulme et que sy vous les faisiés délivrer par delà l'on feroyt de mesmes. » Selve lui a proposé une restitution mutuelle, à laquelle les sujets du roi auraient plus à gagner, ditil, vu le nombre de leurs navires saisis : le protecteur a répondu en proposant à cette opération un délai d'un mois, ce qui montre son peu d'empressement.
Le protecteur a encore voulu reparler de ses ouvertures précédentes. Selve estime qu'on peut interpréter ces propos de trois manières diffé- da rentes, comme destinés ou à tromper le roi et à l'empèchcr de les troubler dans leur entreprise, ou à faire croire à l'empereur que leur alliance est recherchée par le roi et s'en prévaloir auprès de lui, ou bien à obtenir du roi les conditions les plus avantageuses possibles, s'ils ont envie de restituer le Boulonnais. « Quy sont poinctz, Sire, » conclut Selve, « ausquelz la prudence de Vostre Majesté et de ceulx quy sont prez d'elle ont Tœil trop plus der voyant que ma rude ignorance. Quelque chose (ju'il
Restiialion
de guerre.
190 NEGOCIATIONS DE [aoct 1547]
y âist, Sirc, il semble au contraire qu'ilz craignent grandement conmie
ilz doivent craindre d'entrer en guerre avec vous , mais je pense.
Sire, que toute leur assurance est en la faveur de l'empereur et aussy que pour ceste année il seroyt malaisé que vous puissiés faire dommaige à leurs places delà la mer... Quant à ce royaulme ils estiment la saisoa trop tardifve pour y faire enlreprinse, et sy ne peuvent penser que vous ayez assez navires armez et prestz à présent pour y rien entreprendre de cest esté mesmement, faisant leur compte que voz gallayres, quy est ce que plus ilz craignent quelque mine qu*ilz en faccnt, venant le maulvais temps, ne vous serviront en ceste mer. » Telle est TappréciatioD de l'ambassadeur.
Préparatifs « Sire, il cst malaisé de vous pouvoyr dyre à la vérité quelle est l'armée que les angloys envoyent en Escosse, car elle a esté assemblée en divers endroictz de ce royaulme et le plus secrettement que l'on a peu et ne se doibt trouver ensemble qu'à Neufchastel le XXIIII'"*' de ce moys quy est le jour de demain. Par ainsy, jusques à ce qu'elle soyt assemblée, ne se parle certainement encores du numbre, lequel aulcuns font merveilleusement grand comme de XL ou L^' hommes dont ilz disent y avoyr X^* gentz de cheval ce quy n'est aulcunement croyable pour beaulcoup de raisons et entre aultres pour ce que je sçay qu'ils sont en double du costé de l'isle d'Ouych et de la part du Ouest où ilz ont envoyé grandes quantités d'armes et munitions de guerre et laissé numbre de gentz de guerre et de navyres et ordonné la garde de ce costé là à l'admirai d'Angleterre. Et oultre fault néccssayrement que [pour] leur armée de mer du costé du North laquelle l'on dict estre, pour le moins d'ung, [de] XXX navires de guerre, ilz ayent faiet distraction de quelque nombre de gentz de guerre, au moyen de quoy ne se peust faire que le numbre par terre soyt sy grand que l'on le faict. Et de faict. Sire, maistre Briant devisant à ung de mes gentz auquel il n'est pas à croyre qu'il ayst faict les choses moindres qu'elles ne sont luy a dict qu'il y avoyt XXV mil d'hommes de pied et V mil gentz de cheval, dont il me semble que l'on pourroyt plus tost rabattre que y adjouster. Vray est. Sire, que à faire le compte de cez gentz de cheval l'on regarde en ce pays seuUement au nombre des chevaulx, encores qu'il n'y aist que des valletz sur la plus part desquelz les ungs sont armés et les aultres poinct ainsy comme moy mesmes ay veu en aulcunes trouppes et comme il m'a esté dict par ceulx quy le sçavent encores mieulx. Bien est vray que la dernière compaigoie quy est partie d'icy quy est celle de milord Grey en nombre d'envyron deux centz chevaulx comme l'on disoyt estoy t bien armée et bien montée etnassez bon e squippage... Quant à ce quy se dict de la prinse de Sainct-André, je vous puys asseurer, Sire, qu'ilz en sont par deçà plus marrys et esbahys qu'ilz n'en font le semblant estantz estonnez que cela se soyt si secrettement conduict et sy soubdainement et bien exécutté... Aulcuns estiment que l'armée de mer ira audict chasteau pour regarder
[aolt 1347] M. DE SELVE 191
de le fortifGer et que l'on assauldra ledict pays d'Escosse par divers endroictz pour diviser les forces dlcelluy. »
« De Londres, ce xxni^^ d'aoust v xlvij, »
SELVE AU CONNETABLE
213. — Londres, 25 août. — Selve a reçu la dépêche du connétable en date du 19 et remercie le roi des vingt francs par jour de provision qui lui sont accordés à titre de don. « Et de ce bien de libéralité du roy, Monseigneur )>, dit-il au connétable, «je vous suys infiniment obligé à vous estre perpétuellement très humble serviteur comme je vous suys de père en fik et de frère en frère et quasy à manière de parler dez le berceau. »
Le protecteur s'est plaint à Selve, la veille, de la réponse un peu rude saisie» de faite par le connétable à l'envoyé de l'ambassadeur d'Angleterre en °*^»f<'«' France qui lui demandait si Tambassadeur devrait suivre le roi dans son présent voyage à la frontière. Selve expose quelles explications il en a données. Les saisies de navires marchands français continuent. Selve s'en est encore plaint au grand maître d'Angleterre, garde des sceaux, qui lui a répondu en se plaignant à son tour des arrêts de navires anglais opérés à Bordeaux, en Bretagne et en Normandie : réponse déOnitive doit être donnée le lendemain au conseil qui se tiendra à Hamptoncourt, où réside actuellement le roi d'Angleterre. « Au demeurant », ajoute-t-il, « tous les prisonniei's escossoys quy estoient icy en quelque peu de liberté sont bien fort reslrains depuis deux jours, et entre aultres le seigneur de Maxouel ^ et ung nommé maistre Jehan Hay nepveu du feu cardinal de Sainct-André quy estoyt ambassadeur en France il y a XIII ou XIIII moys, lequel feust prins dans le navire du Lyon d^Fscosse et lequel j'avoys trouvé moyen de faire eslargir par ceste ville et modérer sa rançon à Y^ escus, et néantmoins ilz le remirent hyer au soyr bien tard en la Tour * et me double que cela ne se faict que pour vengence de ceulx quy ont esté prins dans le chasteau Sainct- André '. »
« De Londres, le xxiii'^* d'aoust v* XLyii. »
Vol. 7, fo 25, copie du xvi'^ siècle, 2 p. in-fo.
1. Robert Maxwell, sixième lord Maxwell, depuis longtemps déjà captif à Lon« dres en qualité d'otage (Selve au roi, 22 juin.)
2. John Huy, dont la captivité a été mentionnée par Selve, dans ses dépêches des 18 et 21 mars et dans celle du 15 juin.
3. On verra dans la suite de cette correspondance les relations de lord Maxwell et de John Hay avec Selve devenir de plus en plus fréquentes.
SELVE AU ROI
214- — Londrrs, 2ô a<n\t, — Sclve a reçu la dépèche du roi en date (lu 21 et a iinraédialemenl envoyé à Ilamploncourt pour demander une audience, qui lui a été assignée au dimanche prochain *. Préparatîf» « Sipc, j'ay dcpuis mez dernières lettres, faict diligence de sçavoyr le e guerre. j^Qj^j^p^» j^g gcutz dc ccstc armée quy va en Escosse laquelle plusieurs font fort grosse, mais ung angloys mesmes quy a grande conversation avec les principaulx seigneurs de ceste court asseure qu'elle n'est poinct de plus de XVI"* hommes de pied et quatre ou cinq mil chevaulx. El quant aulx navires dict qu'il y a bien fort peu de gentz de guerre dedans et que lesdictz navires sont plus pour porter vivres pour le secours dc l'armée dc terre que pour aulcune aultre entreprinse, et que monsieur de Vuarvych avec dix mil hommes de pied et deux ou troys mil chevauli marchera et entrera le premier dans ledict pays d*Escosse, et monsieur le protecteur le doibt suivre de prez avec six mil hommes de pied et deux mil chevaulx. »
Selve n'a pas fait le voyage d'Ecosse avec le protecteur. Tous les autres ambassadeurs sont demeurés à Londres, et il pense mieux servir le roi en y restant, car il est à croire qu'il eut toujours fait loger Tambassadeur du roi en quelque lieu à l'écart où il n'aurait eu connaissaoce de rien.
« De Londres^ ce .yav"» d'aoml v^ xlvil » Vol. 7, P 2G, copie du xvi« siècle, 1 p. 1/i in-f®.
SELVE AU CONNÉTABLE
215. — iMndrcSy 25 août, — Ludovic de Monts est venu trouver Selve la veille au soir très tard et lui a demandé des instructions, d'après Tordre du connétable môme, a-t-il dit, au sujet de la négociation pour laquelle il venait de se rendre auprès de ce dernier. Selve lui a répondu qu'il devait mieux savoir que personne ce qui touchait à son office el que, pour sa part, il ne pouvait que l'encourager à faire son devoir. «U me sembloyt », dit Selve, « ou peu content de ce qu'il vous avoyt pieu luy ordonner de s'addresser à moy ou en quelque oppinion que je feussc de ceulx qui ne sravent trouver moyen d'acheminer ugne bonne chose d'eulx mesmes et sy ne peuvent souffrir que aultre y mecte la main qu'eulx. » 11 doit aller trouver Paget et le bien disposer, a-t-il dit, à gagner les autres ; il a engagé Selve à parler à Paget comme de lui-