‹ Correspondance politique de Odet de SelveChapitre 121 sur 201 · Sur ce personnage, voir V Introduction qui précède · texte numérisé non relu

Sur ce personnage, voir V Introduction qui précède

2. On voit (lue les divergences qui s'étaient produites entre les commissaires français et anglais, au mois do septembre précédent, se renouvelaient encore. (Voir la dépêche du li septembre.)

des intentions pacifiques du roi, et en les assurant que ces secours aux écossais n'avaient aucun caractère d'hostilité.

« Là-dessus, Sire, arrivèrent deux gros pacquetz, Tung du protecteur, et l'aullrc de l'ambassadeur du roy d'Angleterre vers l'empereur, ainsy que Ion m'a dict, qui feirent lever lesdictz seigneurs du conseil, lesquelz par bien longtemps en ma présence vacquèrent à la lecture de leurs lettres et puys me menèrent disner avec eulx.

« Sire, sur l'issue du disner, Paget envoya plusieurs des lettres qui s'addressoient à luy aux aultres seigneurs du conseil avec lesquelz je disnois, et luy qui avoit disné à part vint bien tost après en la salle où nous estions, et estantz occupez les aultres à la lecture desdictes lettres luy feust ordonné de m'accompaigner ce pendent et mener en la chambre du conseil, ce qu'il feist, où estantz tous deux seuls me furent par luy tenus plusieurs propoz que j'escriptz par le menu à monseigneur le connestable, pour vous faire entendre, au meillieu desquelz, Sire, survindrent les aultres seigneurs du conseil pour parler encores à moy qui interrumpireiît les propoz dudict Paget, qu'il m'acheva depuis leur département, monstrant par la contenance quand il les veist entrer de n'estre paz trop content de ceste interruption et cachant en sa poche soubdainement ugne lettre du protecteur qu'il me monstroit lors et en tirant ugne aultre qu'il montra tout à l'heure aulx aultres seigneurs du conseil, leur disant tout hault en françoys dès qu'il les veist entrer cy propres parolles : Messieurs, monsieur l'ambassadeur me demandoyt icy des nouvelles de monsieur le prolecteur, et je luy monstroys comment des lundy dernier il entra en personne dans le pays d'Escosse dans lequel son armée avoyt commencé à marcher dez le sabmedy et le dimanche, et comme il n'avoyt trouvé ne trouvoyt aulcun empeschement et emperoyt bien tost parachever son enlreprinse et néanlmoins avoyt mandé au gouverneur d'Escosse que s'il se voulloyt mectre à raison pour les oultraiges et dommaiges qu'il avoyt faictz au roy d'Angleterre qu'il seroyt prest d'y entendre. Après lesquelles parolles, Sire, se meirent ung peu à deviser ensemble en leur langaige angloys, puys me feirent faire responce au faict des articles de vos subjectz par ledict Paget qui s'excusoyt fort de porter la parolle, requérant messieurs les grand maistre et admirai l'ung après l'aullre de ce faire ce que tous deux remirent sur luy. »

Cette réponse finale a été que si le roi voulait faire ramener à Douvres la pinasse anglaise prise par les galères du roi, le roi d'Angleterre libérerait tous les navires de marchands français séquestrés à Douvres où ils sont au nombre de 22 ou 23 : quant aux navires arrêtés dans le reste du royaulme d'Angleterre, les anglais offrent de les mettre en liberté le même jour où le roi de France libérerait les navires anglais saisis en France, réserve faite des actions réciproques déjà intentées. Selve a fait toutes les réserves nécessaires sur la ratification du roi.

Il a pu envoyer jusqu'au protecteur le paquet du roi adressé à Tarn-

iOO NÉGOCIATIONS DE [SEPTEMBRB 1547]

bassadeur de France en Ecosse, en demandant au protecteur libre passage pour le porteur par une lettre dont il envoie le double au roi. 11 a choisi pour cet office le gentilhomme que le roi lui a récemment envoyé, qui entend bien l'anglais et pourra en tout cas rapporter des nouvelles. Selve lui a bien recommandé d'avertir les écossais de la crainte où le roi tient les anglais par ses préparatifs de guerre maritime. Depuis trois jours un Allemand est venu trouver Selve, se disant établi à Lubeck, et se prétendant connu de MM. de Guise et d'Aumale. Il se dit à même de rendre au roi <c un service si grand que cent par adventure de sa nation n'en sçauroint tant faire » et a prié Selve de témoigner seulement au roi de sa visite à lui : ce dont celui-ci avertit le roi.

« De Londres, ce viii^* septembre V" axv//. » Vol. 7, f* 35 V», copie du xvi« siècle, 8 p. 1/4 in-f».

SCLVB AU CONNÉTABLE.

221. — Londres, 9 septembre, — Selve a écrit au roi une partie de son entretien avec Paget.

rmUIoUod ^^ outre, celui-ci lui a notifié le contenu de la lettre qu'il venait de de recevoir du protecteur. Ce dernier reconnaît avoir tenu à Selve les propos que celui-ci a mandés au roi par sa dépêche en date du 17, et recommande à Paget de faire savoir à Selve qu'il reconnaît les avoir tenus. Il désire rendre Boulogne au roi de France, mais ne peut entamer cette affaire sans avoir gagné les autres membres du conseil, ce qu*il espère pouvoir faire dès son retour, qui aura lieu dans un mois. Il lui semble donc bon qu'il plaise au roi de mettre le premier en avant les termes de la négociation, ce qui lui faciliterait les ouvertures qu'il compte faire à cet effet aux membres du conseil et empêcherait de croire qu'il a fait les premières avances. « Voylà, Monseigneur, » conclut Selve, « ce que j'ay recueilly de la response du protecteur par les parolles dudict Paget, lequel m'a en certains endroictz monstre et interprété la lettre qu'il avoyt receue dudict protecteur qui estoyt escripte en angloys et fort longue, laquelle il m'a juré et asseuré que personne des aultres du conseil n'avoyt veue ne verroyt, me disant qu'il me parloyt comme Paget et amy, et non comme du conseil du roy d'Angleterre et qu'il me prioyt que ce qu'il me disoyt ne fust jamais qu'entre luy et moy, mais qu'il estoyt par adventure seulle cause et autheur des propoz premiers que m'avoyt tenuz ledict protecteur et du langaige quil parloyt et de la voulenté qu'il avoyt touchant ceste restitution de Boulloigne. » C'est le grand maître et l'amiral d'Angleterre qu'il s'agit de gagner, a dit Paget; mais, pour bien mener cette affaire, a-t-il encore repété de lui-même, il faut que le roi ouvre le premier les négociations, « se donnant à tous les diables qu'il voudroit qu'elle eust esté au fondz

Boulogne.

[septembre 1S47] M. DE SELVE 20i

de la mer quand elle fust prinse. » Puis il demanda à Selve si celui-ci était bien assuré de la volonté du roi, et si on ne lui faisait pas parler un langage que Ton était prêt à désavouer en lui en laissant toute la faute. L'ambassadeur lui ayant à son tour exprimé des doutes sur sa propre sincérité, il s'empressa de protester et de déclarer qu'il ne parlait pas pour gagner du temps, car il savait bien que le roi de France devrait en tout cas attendre quelques mois pour déclarer la guerre, « jusques à la primevère et au temps que l'on commence à remuer mesnaige de tous costés. » Paget a enfin promis d'envoyer un exprès au protecteur pour réclamer le sauf-conduit de l'évéque de Ross.

« De Londres^ ce /A"« septembre vxlvii. »

Ludovic de Montz vient de venir trouver Selve pour dire qu'il était obligé de rentrer en France à la suite de l'entretien qu'il avait eu il y a deux jours avec Paget, et où celui-ci lui a dit que le roi mettait entre les mains de Selve l'affaire pour laquelle il était venu en Angleterre en lui faisant entendre qu'il eût à repartir; Paget était sans doute mécontent de ce qu'il n'eût pas voulu reconnaître avoir été envoyé par le roi.

Vol. 7, fo 39 vo, copie du xvi« siècle, 5 p. 3/4 in-fo.

SELVE AU ROI

222. — Londres, i 0 septembre. — Selve envoie au roi les dépêches ci-jointes de l'ambassadeur de France en Ecosse, qui viennent de lui être apportées par un Français qui sert de messager aux marchands de Londres. Le protecteur qui était le samedi précédent * à Berwick sur le point d'entrer en Ecosse, l'a fait retenir deux jours, mais sans le fouiller et en lui donnant un passeport pour se rendre en France, sur son affirmation qu'il ne portait aucune dépêche. « Dont je ne sçay, Sire, que l'on doibt croyre ; » dit Selve ; « il m'a fait les forces angloyses fort grandes, et pour me le faire mieulx croyre m'a allégué que le protecteur les luy avoyt comptées. En summe. Sire, j'ay oppinion que c'est ung rustre quy n'a paz eu grande peine à passer et qui ne compte rien de véritable, qui me gardera de vous dire aultre chose des belles nouvelles dont il faict merveilles de compter lesquelles je pense n'estre que leçons estudiées qu'on luy a aprinses. »

« De Londres y ce x^* septembre v xlvii. »

Vol. 7, f<» 42 v«, copie du xvi« siècle, 1 p. in-f».

Ouerre d'EcosM.

Forces de

Tarmée an-

glaÎM.

i. Samedi 3 septembre.

202 >IÉGOCIATIONS DE [SBPTKMBRE 1547]

SELVE AU CONNÉTABLE

223. — LondreSj i 0 snptpmbrc. — Selve n'écrit au roi que ponr expliquer l'envoi des dép^che8 de Tambassadeur de France en Ecosse.

« De Londres^ ce -Y- septembre v^ XLTTi, >

Vol. 7, fo 42 V», copie du xvi« siècle, 1/4 p. In-fo.

SELVE AU ROI

224. — Londres, i 5 septembre, — Paget est venu trouver Selve, le jour précédent, entre neuf cl dix heures du matin, pour le prier d'avertir le roi (jue le conseil venait d'être informé de la publication de la foire de Fiennes, faite par M. de Blérencourt, gouverneur d'Ardres, et pour loi faire part de son étonnement au sujet de ce fait, le roi ayant précédemment approuvé le projet 4^ remise de cette assemblée jusqu'à la décision des commissaires, afin d'éviter les débats qui pourraient survenir entre les habitants du pays. Selve vient de recevoir la dépèche du roi en date du iO et en exécutera le contenu : il envoie le présent porteur pour les causes que le roi entendra de lui.

« De Londres y A'V*— septembre v xlvii. »

Vol. 7, fo 43, copie du xvi« siècle, 3/4 p. in-fo.

SELVE AU CONNÉTABLE

225. — Londres, 15 septembre, — Selve vient de recevoir la dépêche du connétable en date du iO. Il retient le chevaucbeur qui Ta apportée jusqu'à ce qu'il sache l'intention du conseil. Il envoie cependant en hâte le présent porteur, aux dires duquel il prie le connétable d'ajouter foi.

« De Londres^ ce av"* septembre Vc xlvii, »

Vol. 7, P 43 V», copie du xvi« siècle, 1/2 p. in-f».

SELVE A M. DE LA ROCHEPOT *

Correipon- 226. — Londres, i 7 septembre. — Selve a donné charge au présent

d»noe de porteur, cu qui il se ï\e comme en lui-même, d'avertir M. de la Rochepot

uRochepot. des nouvcllcs d'Angleterre, et lui a recommandé de rapporter à son

retour un chiffre pour correspondre avec M. de la Rochepot selon Tordre

du connétable.

« De Londres, ce xv^' septembre v xlvii. » Vol. 7, fo 44, copie du xvi« siècle, 4/2 p. in-fo.

i. M. de la Rochepot venait de remplacer eu Picardie Oudart du Biez, dont le procès s'instruisait. C'est avec lui que Selve aura désormais à correspondre.

Oaerre

SELVE AU ROI

227. — Londres^ i 7 septembre, — Selve a fait demander son audience pour y exposer la teneur des lettres du roi en date du 10, et malgré tous ses efTorts n'a pu encore se la faire assigner. Il n'a pas voulu cependant retenir plus longtemps le chevaucheur du roi.

« Sire, maistre Paget me vient demander qu'il y a aujourd'huy huict jours qu'il y eust ugne rencontre en Escosse * entre les escossoys et les d'Ecosse, angloys qui estoient en nombre de IX** hommes de pied et IIII** che- g^. .^^ ^^ vaulx escossoys, et IIII** hommes de pied [et] VI** chevaulx angloys, Knkie. qui furent commencez d'assaillyr par lesdictz escossoys, lesquels pour fin de l'histoyre ont esté deffaictz comme il dict jusques au nombre de XV** hommes et la plus part tués, durant ainsy qu'il m'a mandé et tenant la tuerie et les corps des mortz bien l'espace d'environ IIII mil de pays le long duquel il dict qu'on ne voyt que des corps mortz gizant en terre, et que des angloys n'en est poinct mort plus de III^ aiantz lesdictz escossoys perdu leur artillerie et baguage qu'ilz avoint avec eulx, et que de cela sont cejourd'hui venues nouvelles certaines par ung gentilhomme qui estoyt à la deffaicte, m'ayant mandé ledict Paget qu'il me compteroyt le caz plus en particulier et par le menu quand il me verra, mais s'il me faict son compte de ceste sorte, j'ay délibéré, Sire, de luy respondre que c'est trop tué d'escossoys aux angloys d'en tuer XV** où il n'y en avoyt que XIII. Voylà, Sire, ce que ledict Paget m'en a mandé. Quant à moy j'ay mictz poyne d'en entendre quelque chose d'aillieurs, et ay sceu que ledict gentilhomme qui est venu confesse luy mesmes des angloys mortz jusqu'au nombre de deux ou troys mil des plus aguerris et meilleurs soldatz qui fussent en l'armée angloyse, estantz la plus part de ceulx qui ont esté tués des garnisons de delà la mer, et dict que le conte de Hontelay * y a esté prins qui estoyt celluy qui avoyt la charge de ceste trouppe d'escossoys deffaictz, de laquelle deiTaicte se donne la principalle louenge au comte de Vuarvich par lequel disent avoyr esté gaigné l'artillerie desdictz escossoys qui avoint comme l'on dict sans cest inconvénient du meilleur et avoint commencé de reculler bien fort les angloys et leur cavallerie mesmes combien que celle des escossoys se feust toute jetée à pied comme l'on dict estre leur coustume de faire. Il se dict aussy, Sire, que par mer lesdictz escossoys ont esté contrainctz se retirer avec leurs navires de devant l'armée de mer angloyse par laquelle ont esté prins deux navires escossoys avec perte d'ung navire angloys jecté au fondzpar lesdictz escossoys. Il s'estoyt faict bruict hyer et avant hyer que le gouverneur d'Escosse avoyt esté prins, mais il n'en

1. Récit de la bataille de Pinkie, livrée le 10 septembre 1547, et gagnée par le comle de Warwick sur l'armée écossaise.

2. Georges Gordon, quatrième comte de Huntley, cbaacelier d'Ecosse depuis 15^(6.

204 NÉGOCIATIONS DE [SEPTBMBRB 1547]

est rien et ne se parle d'homme de nom prins que dudict conte de Hontelay. Bien est vray qu'aulcuns disent le seigneur de Humes ^ et son fils aisné ' avoyr esté tué. Du demeurant des deux armées ne se parle aultrement sinon que ce peuple faict miles discours. Les ungs disent que la ville de Lislebourg est assiégée, aul très que l'on est desjà devant le chasteau d'Estrelin ', et aultres que la royne et le conte d'Arguelle * emmenoient la petite royne bien avant dans le pays des saulvaiges '^ et que Ton Tyra chercher jusques là et que le protecteur ne reviendra jamais qu'il ne Tayt. Quelque chose qu'il y aist, je ne voy poinct ce me semble fidre fort grande feste ny démonstration de joye publicque de ceste vicloyre. Et de moy je ne puis penser qu'elle puisse avoyr esté telle sans ugne grande perte, et qu'estant Tarmée escossoyse de XL^ hommes comme on la faisoyt par deçà, le reste qui ne s'est trouvé à ceste delTaicte ne dessaigne de faire et entreprendre quelque chose. Quy est, Sire, tout ce que je vous puis dire pour le présent, sinon que pour vray se lièvent en ce pays Vl^ hommes, et dict l'on que c'est pour Escosse, mais je ne le croy pas ou il fault dire qu'ilz en ont plus perdu des leurs qu'ilz n'en confessent. »

« De Londres, ce i 7"" septembre i 547. »

Vol. 7, f» 44, copie du xvi» siècle, 2 p. i/4 in-f".

SELVB AU CONNÉTABLE.

228. — Londres, i 7 septembre. — Selve n'a pas voulu retenir plus longtemps le chevaucheur du roi.

« De Londres, ce / 7"' septembre i 547 , »

On vient de l'avertir que le protecteur a décidé de ne laisser aller et venir aucun courrier en Ecosse.

Vol. 7, fo 45 v», copie du xvi« siècle, i/2 p. in-f».

SBLVE AU ROI. Saisie de

MTireg. 229. — LondreSy 22 septembre, — Selve n'a pas pu obtenir son audience plus tôt que la veille après-dîner, à Hamptoncourt. Il a fait entendre aux gens du conseil tout ce que le roi lui mandait par ses lettres en date du 10. Après avoir délibéré dans une chambre voisine» ceux-ci sont rentrés en séance et Paget a porté la parole pour tous. Il a

i. George, quatrième lord Home, gardien des marches orientales d'Angleterre.

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