Firth of Forth
[octobre 1541] M. DE SELYE 329
J*entendz que ce gentilhomme du roy de Portugal duquel je vous ay par cy devant faict mention est encores iey et ne se peust bonnement sçavoyr la cause de sa venue ne de son sesjour, sinon que ce soyt pour affaires de marchandises ^ »
« De Londres^ ce xxvi"* octobre v* xlvii. »
Vol. 7, r» 67, copie du xvi« siècle, 6 p. in-f<>.
SELVË AU CONNÉTABLE.
248. — Londres, 26 octobre. — Le protecteur, après l'entretien que ResUtation Selve raconte au roi, est revenu sur les propos qu'il avait tenus à Selve ^® avant de partir pour TÉcosse et qu'il avait continué depuis à lui faire tenir par Paget en le priant de les communiquer au connétable. Selve ayant répondu qu'il en avait constamment entretenu le connétable et que quatre ou cinq jours avant le retour du protecteur il avait fait entendre à Paget la réponse de celui-ci, le protecteur a manifesté son clonnement des difïicultés que le roi mettait à ouvrir le premier les négociations relatives à la restitution anticipée de Boulogne, jurant pour sa part qu'il était prêt à commencer lui-même les ouvertures, n'était la gravité de la responsabilité qu'il encourrait. Il ne peut en effet mener la négociation à bien sans la communiquer à trois ou quatre des principaux membres du conseil, et il ne manquerait pas d'éveiller leurs soupçons en s'en ouvrante eux<;omme de son propre mouvement et sans fondement, ce qui gâterait tout. « Il ne pouvoyt entrer en termes », dit Selve, « sy vous ne luy vouUiés subministrer quelque petit fundement quelque coulleur si légère que vous vouldriés dont il peust prendre commencement, comme seroyt ce. m'a il dict sy vous me voulliés tant seuUement commander de luy dire de bouche de vostrc part, prenant occasion sur cez petits différentz qui surviennent journellement, qu'il vous sembleroytbon de regarder d'en osier la source et la racine d'ugne part et d'aultre et d'adviser d'esclaircir ce point de la restitution de Boulloigne et de rendre le roy satisfaict de cela, puisqu'aussy bien fautil qu'il le soyt quelque jour, et d'adviser des moyens honnestes et convenables pour ce faire d'ugne part et d'aultre ou par mariages ou par argent ou par aultres voyes telles que vous vouldriés dire et proposer ou quelques aultres telles parolles sy générallcs et universelles ou sy réservéez et retenues qu'il vous plaira. Car de luy il ne les demande sinon pour commencer soubz ceste umbre d'en parler aulx troys ou quatre qu'il désire, et qu'ayant ceux-là de son advis comme il s'asseure d'avoyr après leur avoyr exposé sa conception il mectra la chose en '^*^<*** termes aulx estatz de ce royaulme qu'ilz appellent icy Parlement qui Parlement.
1. Voir la dépêche de Selve et de la Garde en date du 17 janvier J547.
8*a8semblent en ceste ville en ceste Toussainctz, et que là il est asseuré faire sy bien qu*il aura et par le conseil et par lesdictz estatz non seullement puissance mais bonne et expresse charge d'entrer en ceste négotiation et de la conclure comme bon luy semblera. »> Le protecteur demande qu'il n'en soit parlé au roi de France en son nom, et ne veat du connétable ni lettre ni écrit « se donnant au diable sy aultre chose l'avoyt meu de mectre cecy en avant sinon le jugement qu'il faisoyt que c'estoyt le bien et repoz de la chrestienté. » Pas d'autre nouvelle, sinon le bruit d'une surprise des anglais par les écossais qui auraient repris l'île de l'entrée du Petit Leich S et la nouvelle de la prise de Sienne par le pape répandue par des marchands italiens. » « De LondreSy ce xxv7" octobre vxlyu. » Vol. 7, P 70, copie du xvi* siècle, 4 p. 3/i in-f».
SELVE AU CONNÉTABL-E.
249. — Londres, Ji7 octobre. — Berteville, revenu d'Écosso depuis quatre ou cinq jours, s'est rendu ce jourd'hui auprès de Selve et lui a répété les mêmes offres de service. Selve lui a communiqué la réponse du connétable, dont il s'est montré reconnaissant, en demandant si le roi et le connétable persistaient dans les mêmes intentions, a Entre aultrès choses m'a faict le discours de la guerre d'Escosse conforme à ce que j'ay dernièrement mandé, et oultre m'a asseuré que le conte Baudouel d'Escosse ' avoyt faict serment .au protecteur, conduict secrettement vers luy pendant qu'il estoyt audict pays d'Escosse par ung nommé Bronston ', qui se mesle fort des practicques des angloys par delà. »
« De Londres, ce xxvii** octobre \* XLVii. » Vol. 7, f» 72 v», copie du xvi« siècle, 1 p. 1/4 in^f*.
SELVE A M. DE LA BOCHEPOT
250. — Londres^ 27 octobre. — Selve accuse réception de la dépêche que M. de la Rochepot lui a envoyée par son courrier à lui, et envoie à M. de la Rochepot un double de la dépêche qu'il adresse au roi touchant les prohibitions dont se plaignent les anglais. Il ne leur fera de réponse que lorsqu'il sera directement informé de l'aiTaire.
« De Londres, ce xxvii^* octobre \'^xlvii. » Vol. 7, fo 73, copie du xvi« siècle, 3/4 p. In-f».
1. LMle de SaintrCombe^s Inch, signalée par de Selve dans sa dépêche du S octobre. Elle était encore aux mains des Anglais, au moins le 30 novembre. (Calendar ofSt.P» Scotland, t. I, p. 71.)
2. Patrick Hepburn, quatrième comte de Bothwell, déj& mentionné plusieurs fois par râmbassadeur.
3. Alexandre Grichton, laird de Brunston, qu'on trouve en correspondance continuelle avec lord William Grey. (Calendar of St. P., Scotland, t. I, pp. 71 cl suivantes.)
[novembre 1547] M. DE SELVE 231
SËLYE AU ROI.
261. — Londres^ 9 novembre, — Selve rappelle au roiqu^il lui a écrit Négociations les 18, 19, 20 et 26 octobre, et qu'il n'a pas encore reçu d'instructions ie*comt« sur la conduite à tenir, ce qui Ta empêché de répondre au comte de ^« Huntiey. Huntley par Tintermédiaire de Jean Hay autrement qu'en termes généraux sur la bonne volonté du roi à son égard. Le comte de Huntley, auquel le protecteur et le conseil doivent ce jour même assigner la date de son départ pour TEcosse, craint de se voir obligé d*alier attendre fi Newcastle la communication des intentions du roi, qu'il affecte de désirer vivement connaître. « En somme, Sire, » conclut Selve, « je croy que Yoslre Majesté peut juger par le langaige dudict conte ce qu'il a au cueur. De moy, Sire, je crains que sa résolution ne soyt desjà toute prinse et manifestée à ceulx cy et que ce qu'il difTëre pour entendre vostre intention ne soyt que pour servir et gratiffier par deçà quand il Taura sceue, et par adventure mesmes luy faict Ton icy jouer ce rooUe. D'ugne chose, Sire, pouvés vous estre certain, qu'on luy faict icy tous les honorables et gratieui traictementz et bonnes chaires qu'il est possible, et semble qu'il s'y complaist et trouve merveilleusement bien. Luy et le seigneur de Maxwell furent il y a troys jours tout le long du jour avec le protecteur, et le lendemain de grand matin, comme j'ay sceu depuis, ledlct Maxwell depescha en poste ung de sez gentz en Escosse dont il s'est très bien gardé de me faire advertir ne maistre Jehan Hay aussy quy dict n'en avoir rien sceu qu'après le parlement dudict courryer, ce que je ne eroy paz. Quand tout est dict, Sire, j'ay belle peur que tout y va d'ung bransle et qu'il n'y a guère de fiance en cez gentz, j'entendz de ceulx que je voys icy, car des aultres ne puis ne veuix je parler. L'homme que je avoys escript. Sire, avoyr esté par cy devant depesché par ledict Maxwell qui debvoit revenir dans huict jours n'est encores de retour comme m'a dict maistre Jehan Hay, dont je ne sçay que croyre, et sy suys en doubte sy les lettres que par luy j'escripvoys à vostre ambassadeur en Escosse auront esté seurement portées; au piz aller elles estoint toutes très bien en chiffre.
« Sire, le Hll* de ce moys commencèrent en ceste ville les estatz qu'ilz aénnion appellent icy le Parlement, et s'y trouva le roy d'Angleterre en grande Parlement, cérémonie vestu de son manteau réal avec les hermines mouchetéez et accompaigné des ducz, marquiz, contes et barons et seigneurs de ce royaume aussy vestuz de leurs habitz solempnelz telz qu'ilz les portoint le jour du couronnement dudict seigneur, aussy y estoint les prélatz de cedict royaume, et ainsy accompaigné alla ouyr la messe à Wesmester comme l'on dict qu'il est accoustumé faire icy à l'entrée et ouverture des parlementz, où ledict seigneur a de coustume ce dict l'on de se trouver le premier jour et le dernier, aussy à la closture et fin d'icelluy dont l'on
ne sçayt encores le jour ne le temps. Des nouvelles d'Escosse, ceulx cy en tiennent en cela leurs choses sy secreltes qu'il n'est possible d'en rien entendre. Bien y a apparence que les escossoys leur doibvent avoyr donné quelque eslraincte ou faict quelque dommaige depuis peu, ou bien qullz se remuent et appareillent pour leur en faire. Car ceulx cy dès cesle heure fout gentz le plus secrettement et diligemment qu'ils peuvent et ont donné charge à Gamboa leur maistre de camp de leur recou- \Ter des estrangers par tout où il pourra jusques au numbre de deux mille. Et sy m'a l'on dict qu'ilz arment et envictuaillent leurs navires qui ne peust estre sans grande occasion... »
Les navires français arrêtés ont été délivrés à Douvres, à Londres : on a assuré Selve qu'il en était de même dans le royaume; un navire breton chargé de vins qui est en procès à l'amirauté sous prétexte de piraterie a seul été retenu à Londres. Le protecteur a promis de faire prompte justice à tous les plaignants encore de procès à raison de ces saisies.
a De Londres y ce ix^ novembre 1547, »
Selve reçoit à l'instant par un chevaucheur la dépêche du roi en date du 3. 11 s'y conformera et parlera au protecteur dès qu'il lui sera possible. Jean Hay vient de venir le trouver, et Selve a cru bon de lui communiquer la réponse du roi au comte de Huntley que contenait précisément la dépêche. Le roi, a-til dit, ne doute pas que le comte de Huntley n'ait plus d'égards pour son honneur que pour toutes les vaines espérances dont on cherche à le repaître, mais ne voit pas la nécessité d'informer de ses intentions d'autres personnes que la reine, le gouverneur et le conseil d'Ecosse. Jean Hay lui ayant demandé s'il ne voulait pas requérir le protecteur de libérer le comte de Huntley pour une rançon raisonnable, Selve a répondu que cet élargissement était en somme déjà accordé, puisqu'il ne restait plus qu'à choisir les otages, et, pour conclusion, ne s'en est tenu qu'à des encouragements généraux. Entrelien que Jean Hay doit répéter au comte -de Huntley. Le bruit court que quelques-uns des grands navires du roi d'Angleterre sont au guet autour de l'île de Wighl et sur les côtes de l'ouest pour empêcher le passage de la flotte française en Ecosse.
Vol. 7, fo 73 v«, copie du xvi» siècle, 7 p. 4/2 In-K
SELVE AU CONNETABLE
252. — Londres, 9 novembre. — Selve rappelle au connétable qu'il lui a écrit les 18, 19, 20 et 26 octobre et qu'il n'a pas encore reçu de réponse.
(( De Londres^ ce /v- novembre i 547. »
Vol. 7, f« 77, copie du xvi« siècle, 1/4 p. in-P.
[novembre 1547] M. DE SELVE 233
SELVB AU AOf.
253. — Londres^ / 6* novembre. — Selve a eu le 10 une audience du Limites protecteur auquel il a fait entendre les remerciements du roi pour ses juridièûon bons ofûces et les réponses du roi aux plaintes des anglais sur les prohi- de pienoes. bitions de M. de la Rochepot. Le protecteur ayant dans sa réplique détourné la discussion sur TafTaire de Fiennes et allégué que cette ville faisait partie du Boulonnais, Selve a soutenu énergiquement que Fiennes dépendait du comté de Guines, et que d*ailleurs les prohibitions ne s'adressaient qu'à des sujets français, et, sur de nouvelles répliques du protecteur, a coupé court à Tentretien en disant que ce n*était qu'un incident et une dépendance du principal et qu'à ce propos il pouvait lui communiquer la dépêche que le connétable lui avait écrite à ce sujet, en date du 4. Il écrit directement au connétable leur entretien spécial à cet égard.
Le protecteur alors exhiba à Selve une dépêche qu'il venait de recevoir de Tambassadeyr d'Angleterre en France dans laquelle était rapportée la conversation du roi avec l'ambassadeur, en date du 10, sur Taflaire de Fiennes. 11 a fait entendre que dans la réponse qui serait faicte sous peu à cet ambassadeur, avant deux ou trois jours, il serait prouvé que le roi d'Angleterre a eu la possession de Fiennes depuis les dernières guerres, y a installé des habitants et a reçu le serment de ceux qui y ont résidé comme ses sujets. « Et ainsy que je départôys d'avec luy, m'a dict, Sire, que le gallyon du roy d'Angleterre que vous avés naguéres faiet délivrer s'estoyt perdu et rompu en voslre coste de Picardye où il avoyt esté contrainct par tormente de donner en terre pource qu'il faisoyt eaue de toutes partz, et que quelques ungs disoint que ledict navire avoyt esté expressément percé par dessoubz et plusieurs endroiclz et les trous estouppés d'estouppes couvertes d'ung peu de poix pour le faire perdre et que cela avoyt esté faict à Dieppe par quelques malicieuses personnes de voz subjetz de ladicte ville ou bien de vos gallayres, ce que toutesfoys il ne pouvoyt croyre et n'en vouUoyt aultrement faire plaincte qu'il n'en entendict la vérité. Après, Sire, m'a requis vous advertir qu'il estoit encore demeuré sur voz gallaires deux hommes de ceulx qui avoint esté prins dans ledict gallyon qu'il vous prie vouUoyr faire délivrer suyvant l'accord dernièrement faict. » Selve lui a demandé leurs noms et l'a assuré que le roi ferait rigoureusement justice de la perte du galion, s*il était prouvé qu'elle fût due à des manœuvres criminelles.
Jean Hay lui a dit il y a deux jours qu'il avait trouvé le comte de Hun- NégocUUon» tley fort troublé de ce que le roi ne lui faisait aucune communication »▼«« particulière et décidé à faire venir ses quatre fils à Bervvick où il se ren- de Honiiey. drait la semaine prochaine afin de pouvoir aller passer quelque temps en Ecosse; le protecteur réclame en outre de lui comme otage, paraît-il, le
fils du gouverneur d'Ecosse. En entrant aujourd'hui chez le protecteur. Selve a trouve le comte de Huntley qui en sortait, et qui, ce soir encore, vient de lui faire mander par Jean Hny le résultat de son entretien : le protecteur, dit-il, Ta pressé de partir pour TÉcosse et de livrer ses otages, cherchant à le dissuader de Taliiance française et se montrant sûr de conquérir tout le pa^'S avant Pâques; le comte de Huntley fait prier Selve de demander au roi s'il vaut décidément mieux qu'il demeure à Londres ou parte pour l'Ecosse, départ qu'il peut encore retarder de dix à douze jours. « Voylà, Sire, » conclut Selve, k ce qui vient de luy. Aalcuos m*ont adverty qu'il s'est accordé de sa délivrance avec ceulx cy en leur livrant sez terres et les tenant pour eulx et tout ainsy qu'ilz ont demandé et vouUu, leur proumectant ostaiges qu'il envoyé quérir par ung sieo homme qu'il dépesche en Escosse, laquelle depesche d'homme. Sire, est vraye ainsy que j'ay esté adverty par maistre Jehan Hay à qui j'ay baille ung mot de chiffre pour vostre ambassadeur auquel il m'a proumietz le faire tenir par ceste voye. Et aultres m'ont dict que ledict conte n'avoyt rien vouUu proumectre par deçà combien qu'il en aist esté fort pressé et qu'on luy aye à ceste fin monstre ces jours passés lez traictés faictzpar cy devant soubz les grandz seaulx d'Escosse touchant le mariage de la royne. Je ne sçay qu'en croyre, mais j'ay peur qu'il y a plus de mal que de bien.
NonveUes « Sirc, la levée d'estrangers que je vous ay dernièrement escript que *^ d'ÉcoMir* ceulx de deçà font faire est à ce que j'entendz de mille hommes de pied espaignolz tant seullement, et sy n'est pas chose preste ne fort asseurée car comme l'on m'a dict ilz ne sont encores icy et les fault faire venir d'Espaigne ou de Flandres où je ne pense paz qu'il s'en trouve tant à poinct nommé au commandement des angloys. L'on m*a aussy adverty qu'ils ont quelque espérance et font poursuite d'avoyr mille chevaolx clevois pour ce renouveau. Au demeurant, depuis deux ou iroys jours l'on lève à grande haste des harquebusiers, je ne^sçay bonnement quel nombre, et disent aulcuns que c'est pour envoyer sur les frontières d'Escosse pour favoriser quelque révolte que les nouveaulx évangélistes escossoys ont proumietz faire leur pays, aultres disent que c'est pour mectre dans les navires du roy d'Angleterre. A quoy il y auroyt plus d'apparence sy la nouvelle que me manda Berteville dimanche dernier estoy vraye, qui est que monsieur de Warvich lui venoyt de dire que l'on avoyt descouvert au Pas-de-Calais six de voz galliaires, accompaignées de six gallions et de quelques navires, qui passoint tenantz la routte d'Escosse et du Norlh ^ etque l'on envoyoit à toute diligence après huict grands navires du roy d'Angleterre et ung vice admirai qu'ilz appellent Windent
1. Nouvelle prématurée seulement, comme on le verra plus loin, mais dont le bruit anticipé montre Tinquiétude des Anglais à cet égard. C*est seulement daos Tété suivant que les galères de France accomplirent, en contournant TÉcosse, U périlleuse expédition qui permit & Marie Stuart de passer de Dumbarton en France.
[novembre 1547] M. DE SELVE 338
qu'on dict aultresfoys avoyr esté à l'empereur et a voyrfaict quelque faulte à son service pour la quelle il s'est icy retiré et l'estiment à ce m'a Ton dict grand homme de marine ^ Depuis, Sire, et encores aujourd'huy, ledict Berleville a confermé ceste nouvelle à mon homme que j'ay faict parler à luy, et oullre luy a dict qu'il ne pouvoyt penser que ceulx cy feussent Noav«Uet guères bien avec l'empereur, car il avoyt il n'y avoyt que deux jours ouy «i'aum»»»»»' parler en assés maulvays termes de ces seigneurs à l'ambassadeur dudict empereur et qu'encores piz avoyt il ouy dire de l'empereur à monsieur de Warvich qui luy avoyt privéement dict comme à ung des meilleurs angloys du monde tous les maulx qu'il est possible du dict empereur, Tappellant le plus ingrat prince du monde, et que le feu roy d'Angleterre avoyt faict infinies choses pour luy qu'il avoyt très mal recongneues, et que sy l'amitié estoyt ugne foys bien asseurée avec vous qu'on luy monstreroyt bien qu'on ne l'aymoyt guères icy et qu'il vouldroit que cela feust bien faict et que vous voulsissiez le mariage de la royne d'Escosse avec le roy d'Angleterre et que l'on vous rendist Boulloigne sans payer l'argent pour ce proumictz. J'ay faict interroger ledict Berteville s'il sçavoit que voulloint dire des allées et venues que Paget et aultres de cez seigneurs faisoint ces jours passés chez ledict ambassadeur de l'empereur, et m'a mandé que c'estoyt pour des plainctes que madame Marie avoyt faict audict seigneur des innovations qui s'estoint faictes par deçà au fait de la religion depuis la mort de son feu père dont ledict empereur avoyt fait quelque remonstrance assés aigre à ce conseil et que l'on estoyt après à radoulcir cela, quy est chose, Sire, qui ne me semble poinct croyable; davantage m'est ad vis qu'il ne faudroit point tant de conférences pour ung tel radoulcissement, au moyen de quoy je croyroys plus tost que ce fust comme aultres m'ont dict pour la liquidation de quelques interestz et dommaiges de marchants et marchandises prinses par cy devant dont la poursuitle se foisoyt dès le vivant du feu roy d'Angleterre qui ne vouUut uncques entendre à en faire raison pource que cela montoyt à ugne grande summe de deniers, laquelle comme j'en tendz a esté ces jours cy accordée à payer à quatre termes et partie en laynes et draps et aultres marchandises de ce pays, qui monstre bien que ladicte summe est grande ou que les eaues sont fort basses par deçà comme il est a3rsé à croyre par le mauvays payment et contentement que l'on a faict à ceulx qui ont servy en ceste dernière guerre d'Escosse quy n'ont la plus part poinct esté payés. »
« De Londres y ce xvi^ novembre i* xlvii. »
Vol. 7, f» 77 v«, copie du xvi« siècle, 8 p. 4/2 in-f».
1. Ttiomas Wyndham. (Voir sa correspondance avec le protecteur dans les CaUndars of Si. P., Scotland, t. I, p. 72 et suiv.)
SELYE AU CONNÉTABLE.
iUttitatioQ 254. — LondreSy 1 6 novembre. — Selve rend compté au connétable B9^!L^ dô la partie de son entretien du 10 avec le protecteur relative à la restitution de Boulogne. Le protecteur a lu deux ou trois fois la dépêche du connétable en date du 4, que Selve venait de lui communiquer, et a fait remarquer que le connétable n*y parlait pas d'anticipation de restitution, mais seulement de la forme de ladite restitution, cas qui devait être décidé par la commission que Ton était convenu de nommer de part et d'autre avant la Chandeleur. Selve lui fit alors observer que l'intention du roi d'avancer la restitution était suCRsamment marquée par les mots suivants, tirés du texte même de la dépêche du connétable, à savoir le passage : « esclaircissant ce point de la restitution de Boulloigne et rendent le roy satisfaict de cela puisqu'aussy bien fault il qu'il le soyt dedans le temps contenu par le dict traie té. » Il remontra ensuite au protecteur que le connétable lui fournissait pour ouvrir les négociations une occasion plus évidente que le protecteur ne l'avait lui-même demandé. A quoi celui-ci répondit qu'il ferait entendre, après réflexion, son avis dans deux ou trois jours.
Le protecteur promène ensuite Selve dans une longue galerie et lui demande s'il pensait que le roy eût prêt l'argent nécessaire pour la restitution de Boulogne. Sur la réponse affirmative qui lui est faite, il insinue que peut-être le roi aimerait mieux employer ailleurs une si forte somme, à la conquête du duché de Milan par exemple, demandant si le roi n'y avait pas droit. A quoi Selve répond seulement que le roi ne pense qu'à vivre en bonne intelligence avec tous ses voisins.
L'entretien du 10 finit ainsi et a repris ce jourd'hui IG, où il a duré toute l'après-midi jusqu'à la nuit. Après s'être excusé d'avoir dépassé le terme de deux ou trois jours, et s'être plaint du peu d'empressement des termes de la lettre du connétable, — réserve si excessive qu'elle l'empêchait de s'en ouvrir au conseil, — le protecteur a déclaré « qu'en premier lieu il failloyt faire ces présuppositions qu'il y avoyt ung traicté entre le roy et le roy d Angleterre par lequel la possession de Boulloigae debvoyt demeurer encores environ sept ans un peu moins audict roy d'Angleterre et qu'au bout de ce temps luy debvoyt estre baillée la somme spéciffiée audict traicté qui est grande et oultre Y^ mil escus ».
Oui, a répondu Selve, s'ils sont dus. A quoi il a riposté « que ceste partie estoyl trop chère. » Puis, continuant son discours, après de longues considérations sur l'excellence de ce traité, il a dit qu' « il estoyt encores prest d'entendre à la décision de la forme de la restitution de Boulloigne et du payment des deniers ainsy que par cy devant il avoyt dict et déclairé, mais... qu'il est bien raisonnable que luy présente quelque commodité et adventaige qui contrepoyse à Tadventaige que le
[novembre 1S47] M. DE SELVE 337
roy reçoyt de ladicte restitution. » En outre, il pense faire beaucoup pour le roi de France en traitant cette affaire pendant la minorité du roi d'Angleterre, qui, une fois devenu majeur, pourrait vouloir garder cette belle ville et ce beau havre cédés par un traité dont il n'aura pas eu connaissance.
Le protecteur confie alors à Selve que puisque le roi de France ne État mettait le premier aucun moyen en avant, il en trouverait un lui-même **de*^ « se donnant au diable s'il n'avoyt regardé de plus près au bien du roy Boniogne. qu'à celluy de son maistre ». — « Lesquelz préambules flniz, » continue Tambassadeur, « m'a dict qu'il avoyt pensé que ce seroyt grandement l'avantaige du roy d'avoyr dans demy an ou ung an ou tel temps qui seroyt advisé la ville et havre de Boulloigne en Testât et fortiffication qu'il est de présent, avec les fortz d'entour, qui sont en très bon poinct, car il y a la Basse Boulloigne qu'il appelle la Citadelle *, il a le fort de la Tour d'Ordre ' et ung aultre qu'on nomme le Petit Paradis entre ladicte Tour et Citadelle ', et puys de l'aultre costé le fort du Boulemberg *, et qu'en cela consiste toute l'importance du pays de Boullenoys car tout le demeurant n'est rien, de sorte que le roy ayant cela auroyt tout ce qui est de bon en ce quartier et sy auroyt son royaulme plus fort de ce costé là que de part du monde, oultre auroyt tout le pays contigu jusques près d'Ambleteux qu'il appelle le Hable Neuf ^ à certaine limitte qui seroyt la désignée, en laissant toutesfoys audict roy d'Angleterre le fort et havre dudict Ambleteux qu'il dict estre de nulle valleur et semblablement la rivière qui va à Marquize ^ avec ledict lieu de Marquize ^ et de
1. Les forlidcations de Boulogne comprenaient la Haute-Boulogne, correspondant h. la Haute Ville d'aujourd'hui, quadrilatère de murailles à peu près régulier dont un angle ctail occupé par le château, et la Basse-Boulogne. Les documents anglais contemporains désignent ces deux groupes sous les noms, toujours plus ou moins défigurés, de High- Boulogne et de Base-Boulogne, (Voir Calais Papers, et notamment la note remise aux plénipotentiaires français lors des conférences d'Ardres, le 2 juin 1546, State Papers, t. I, p. 193.) High- Boulogne, ou Boulogne-Haute, est souvent confondu avec le fort de Bolemberg ou Boulemberg, fautivement appelé Boulogneberg ou Boulognebourg. (Voir la dépêche de Selve au roi, du 19 septembre 1546, note 2.) On peut se demander si, dans ce présent passage, Selve ne confond pas, de son côté, la Basse-Boulogne avec la Haute-Boulogne, à laquelle semble mieux convenir l'expression de la Citadelle,
2. La Tour d'Ordre,au N.-O.de Boulogne, immédiatement près de la côte, désignée par les documents anglais sous le nom de Tower of Order. (Calais Papers, p. 337.)
3. Le fort dit du Petit-Paradis, dont les dépêches anglaises ne font aucune mention, à moins qu*on ne veuille l'identifier avec Tun des deux forts de TOId Man et du Young Man, dont l'emplacement exact est difficile à définir. (Voir notamment la dépêche de lord William Grey de Wilton, capitaine de Boulogne, au Conseil Privé, du 4 février 1547, Calais Papers, p. 294.)
4. Le fort de Bolemberg, sur la hauteur connue aujourd'hui sous le nom de Mont- Lambert. (Voir Selve au roi, 19 septembre 1546.)
5. Ambleteuse, appelée par les Anglais Newhaven, ou Havre-Neuf, à l'embouchure de la Slack.