Danbar
[décembre 1547] M. I»E SELYE 243
son lit à la Rye, malgré le jour et les deux nuits d'avance qu'il avait sur ceux qui le poursuivaient ; mais il a commis la faute de s*arrèter en route, d'emmener avec luy sept ou huit serviteurs ou mariniers, et de choisir pour s'évader le passage de la Rye qui est le plus fréquenté, au lieu de prendre en toute hâte et seul la voie de Flandre comme il avait été convenu. Encore était-il sauvé, malgré ses imprudences, sans Berteviile avec lequel il était logé et qui a immédiatement averti le protecteur. Jean Ribauld a allégué pour excuse qu'il avait voulu faire enlever un de ses fiis qui est à Dieppe et qu'il n'était allé à la Rye que dans ce but : on pourrait, dit Selve, donner corps à cette explication en prévenant le vicomte de Dieppe de prendre les mesures nécessaires pour faire simuler un enlèvement du fils de Jean Ribauld, sinon il n'y a aucun remède à son cas. Néanmoins cette aventure empêchera les anglais de pouvoir utiliser ses services.
« De LondreSy ce xx////«- novembre v* xlvh, »
Vol. 7, f« 90 v<>, copie du xvi« siècle, 3 p. 1/4 in-fo.
SELVE AU CONNÉTABLE
258. — Londres, 24 novembre. — Selve rappelle au connétable qu'il lui a écrit les 9, 16, 21 de ce mois.
« De Londresj ce xxni^ novembre vxlvii. »
On vient de Tavertir que le protecteur a conseillé aux marchands anglais prêts à se rendre à Bordeaux de ne pas partir et de trouver moyen de faire porter les vins qu'ils attendent par des navires français.
Vol. 7, f» 92 v«, copie du xvi« siècle, 1/2 p. in-fo.
SELVE AU ROI
259. — Londres, /"' décembre. — Le protecteur a mandé Selve chez n^jn^g lui, la veille après dîner, et lui a dit qu'il avait reçu la nouvelle que le deu gouverneur d'Ardres * faisait fortifier Fiennes, et que, requis par les ofQ- ieFiennc». ciers du roi d'Angleterre de faire suspendre ces travaux jusqu'à ce qu'on
sût les intentions du roi de France, il avait répondu qu'il continuerait Tœuvre jusqu'à commandement contraire du roi. Procédé que le protecteur déclare étrange, Fiennes étant compris dans les limites anglaises du Boulonnais, comme il le répète encore. Selve s'est contenté de répondre qu'il en avertirait le roi, mais qu'il serait préférable que le protecteur lui en fit parler par l'ambassadeur d'Angleterre en France, et que d'ailleurs
1. M. de Blérencourt, mentionné plusieurs fois déjà au cours de celte correspondance. La dépêche suivante de Selve annonce qn'en revanche les Anglais fortifient Ilardinghem.
les commissaires régleraient le fait. Sur quoi le protecteur a répliqué qull ne servirait de rien d'envoyer des commissaires si le roi se fortifiait sans attendre leurs décisions, « et qu'il prouveroyt et feroyt apparoyr devant tout le monde que ledict Fyennes de tout temps est de la seneschaulsée de Boullenoys tant par anliens tiltres qu'il a recouvertz de Flandres que par les antiens registres mesmes de la court de ladicte seoeschaulsée quy ont esté trouvés à Boulioigne mesmes, mectant en avant plusieurs faictz dont il tenoyt ung mémoyre par escript en angloys tendant à fin de prouver que Fyennes est du Boullenoys. » Selve ne peut se souvenir, parmi tous les arguments du protecteur, que de ceux-ci, à savoir : « que toutes les causes tant civiles et criminelles entre des habitants de Fyennes ont de tout temps accoustumé de resortir en la jurisdiction de Boulenoys et non d'Ardres; que Tinstitution et destitution et correction des officiers de la justice de Fyennes appartient au seneschal de Boullenoys ; qu'en matyères de partalges et divisions d'héritaiges la coustume du Boullenoys et celle d'Ardres sont différentes et contraires et néanlmoins qu'au lieu de Fyennez les partaiges et divisions se font selon ladite coustume de Boullenoys et non selon celle d'Ardres; que le roy d'Angleterre a tousjours tenu et possédé ledict lieu de Fyennes depuys les dernières guerres; que lez habitants d'icelluy lieu ont prins leurs terres et maisons dudict seigneur roy d'Angleterre et des officiers et commissayres d'icelluy... et ont faict le serment de fidélité. » L'ambassadeur d'Angleterre répétera sans doute au roi ces arguments avec les autres, entre lesquels Selve se souvient « qu'il y avoyt ugne dame d'Aigremont en Flandres de la maison de laquelle estoyt venu ledict Fyennes. » NoiiTeUes Ensuite le protecteur s'est plaint de ce qu'un serviteur de Tambassadear ^^dTfeoSscr* ^^ France en Ecosse ait été trouvé, Tavant-veille, porteur d'un paquet adressé à Selve, infraction déraisonnable, a-t-il dit, puisqu'il s'était excusé au roi par M. de Gordes de la fermeture de la frontière d'Ecosse. Selve lui a objecté que l'ignorance où l'ambassadeur de France était de cette prohibition ne devait pas amener la saisie de sa correspondance, que le protecteur a fini par restituer. Selve envoie au roi une dépèche à son adresse qu'il a trouvée dans le paquet et retient le porteur jusqu'à la réponse du roi pour le faire repasser en Ecosse s'il y a lieu, ce Ledict homme dict. Sire, qu'il y a envyron neuf ou dix jours que Portincrag est assiégé et que le gouverneur et les seigneurs du pays sont devant avec III M hommes et espoirent l'emporter, mais le protecteur qui m'en a parlé faict bien son compte au contraire car il dict que le lyeu est fort et qu'il pourra bien attendre secours qu'il y envoyé, et que par mer les escossoys sont foybles, et par terre le lieu est bien fortif&é, oultre dict que six ou sept navires angloys sont suffisantz là avec la faveur de la fo^ teresse de garder d'en approcher XX voyre trente, car c'est ugne poincle de terre qui entre en la mer dont la venue par terre est fort estroicte et malaisée. Maistre Jehan Hay m'a cejourd'huy dict, Sire, que le comte de
[décembre 1541] M. DE SELVE 24S
Warvich avoyt mandé au conte de Hontelay que les escossoys avoint envoyé pour battre ladicte place par mer cinq meschantz petitz navires qu'ilz avoint à grande poyne amassés deçà et delà, et qu'il croyoit que son frère qui est dedans les garderoyt bien, mais que s'il y estoyt prins ou tué il mectroyt poyne d*en faire vengence bien tost. » Le protecteur, se rappelle Selve, s'est plaint de la concession de deux lettres de marque, Tune à Guillaume Le Gras, marchand de Paris, l'autre à des Bretons.
« De LondreSy ce premier décembre v XLvn, »
Vol. 7, P 92 V», copie du xvi« siècle, 5 p. in-P.
SELVE AU CONNÉTABLE
260. — Londres, /•' décembre. — Un capitaine espagnol qui avait fait venir du camp de l'empereur jusqu'en Flandres 250 à 300 soldats de sa nation pour le service du roi d'Angleterre, offre au roi de faire passer ce corps de troupes à son service en Ecosse, étant décidé à quitter l'Angleterre à cause d'injures qu'on lui a faites. Il a demandé à Selve une lettre pour le connétable que celui-ci lui fera remettre dans quatre ou cinq jours. Des Français pillés en mer viennent journellement se plaindre, et le protecteur rejette sans cesse la faute sur de prétendus pirates pour la poursuite desquels il délivre des commissions, mais qui en réalité sont très bien accueillis dans tous les ports du royaume. « Je ne vous veulx Affaires pas aussy celer, Monseigneur, que monsieur le protecteur, à ceste der- ^^^^î^ nière foys que j'ay esté vers luy en son logeis où il m'avoyt assigné, ne «t le s'y est poinct trouvé à l'heure qu'il m'avoyt mandé, en sorte qu'il m'a faillu retourner chez moy et puys le lendemain encores retourner vers luy qui m'avoyt remandé. Quy est ugne courtoysie qu'il m'a faicte à mon advis en revanche de ce qu'il dict que l'ambassadeur d'Angleterre ayant esté naguères vers le roy où il avoyt esté assigné a esté contremandé et remictz à ung aultre jour ^ Quy est ugne petite attache qu'il m'a couUée en me faisant excuse de ce qu'il ne s'estoyt trouvé chez luy, disant que quelquesfoys l'on avoyt des affayres et que celamesmes estoyt bien avenu à l'ambassadeur du roy d'Angleterre naguères. A quoy, Monseigneur, je n'ay pas oublié de respondre que ledict ambassadeur ne sçauroyt faire raport véritable de traictement quy luy soyt faict par delà aultre que gratieulx et honneste, et que quand en cela l'on vouldroit prendre revenche que j'en feroys le rapport au roy mon maistre et quand l'eu feroyt le contraire comme il me sembloyt que l'on faysoyt je n'en vouUoys poinct advertyr ne empescher mondict maistre duquel la grandeur estoyt telle et sy congneue qu'elle ne pouvoyt amoindrir ne augmenter pour mine ne contenance que l'on sceust faire à ung sien ambas-
i. La lacune qui a déjà été signalée dans la correspondance de Nicholas Wollon, ambassadeur d'Angleterre en France, ne permet pas de contrôler cette allusion.
proieotear.
sadeur. Après lesquelles parolles il s'est fort excusé à moy, me jurant que ce qu'il en avoyt faict n'estoyt poinct par revanche. Qui est, Monseigneur, tout ce qui s*est passé là-dessus entre nous que je ne vous ay paz voullu obmectre. »
Jean Hay est venu dire à Selve que le feu roi de France lui avait accordé des lettres de naturalité pour tenir bénéQce en France, qui lui ont été depuis confîrmées par le roi régnant, sur le rapport de M. de Milly, maître des requêtes. Il demande à l'ambassadeur de prier le connétable de parler en sa faveur au chancelier, auquel il écrit lui-môme, lequel fait quelques difficultés pour l'expédition de ces lettres.
« De Londres i ce premier décembre v^XLXii, »
Vol. 7, P 9î), copie du xvi« siècle, 2 p. 8/4 in-f».
SELVE AU ROI
261. — Londres^ 5 décembre. — Selve a reçu à la fois, le 2 au soir. les dépêches du roi en date des 49, 24 et 27 novembre. La veille, après diner, il a eu audience du protecteur auquel il a fait les réponses prescrites par le roi sur la perte du galion anglais et sur les pirates écossais des côtes de Normandie, en lui communiquant la provision que le roi avait donnée sur ce point.
Affaires Sclvc a fait cnsuitc ses représentations sur les fortifications que Godol-
do Pi«iiiim phin * a fait commencer à Hardinghem *, en requérant la démolitioD,
Hardinghem. puisquc ce Hcu appartient au comté de Guines. Ce lieu a toujours été tenu par le roi d'Angleterre, a répliqué le protecteur, mais il ne s'y trouve aucune fortification commencée par les anglais*, qui n'y ont mis garnison que pour le garder; mais si le roi voulait faire arrêter les constructions en cours à Fiennes, on ferait de même à Hardinghem pour les travaux passagers de défense que la garnison pouvait avoir entrepris. A quoi Selve a répliqué que Hardinghem étant sans contestation possible du comté de Guines, ainsi du reste que Fiennes, tout échange de ce genre était impraticable et trop inégal. Quant aux navires anglais ea observation à l'île de Wight, le protecteur a affirmé sur l'honneur qu'ils étaient désarmés, en assurant également qu'il ne mettait aucun empêchement au départ de la flotte anglaise pour Bordeaux.
NégoeiaaoDfl Selve a fait connaître au comte de Huntley, par l'intermédiaire de Jean vfu Hay, la réponse que le roy l'a chargé de communiquer. Le comte de
de^Huiiey. Huntley l'a prié de ne pas encore présenter au protecteur les lettres du roi, car il attendait dans deux ou trois jours un de ses gens d'Ecosse qui
1. Sir William Godolphin, conlrôleur des forêls du domaine d'Angleterre dans le Boulonnais. (Calendar of St. P., For. Seriet, Edward VI, Calais Papers, p. 307.)
2. Hardinghem, lieu situé Yers les sources de la Siack, & une lieue environ au sad de Fiennes, que sir William Godolphin faisait fortifier en représailles des travaux exécutés à Fiennes par M. de Blérencourt.
[décembre 1547] M. DE SELVE 247
lui donnerait des nouvelles, selon lesquelles il se servirait ou non de ces lettres. « De luy, » a-t-il dit, « il ne sçavoyt quel conseil vous donnoint la royne ^ et le gouverneur et aultres seigneurs du pays d'Escosse, mais que pour sa part il ne vous vouldroict jamais conseiller de perdre argent et gentz pour la deffence dudict royauime sy vous ne vouUyés quand et quand vous déclairer ouvertement contre le roy d*Angleterre, et non seullement vous déclairer, mais faire descente dans ce royauime et en entreprendre la conqueste laquelle ne deppendoyt que d'ung bon effort
et d*ugne bataille seulle ', car il falloyt, que vous. Sire, dominissiés en
Angleterre ou bien que les escossoys fussent en continuelle guerre pour jamais. » Seive lui a fait répondre que ces arguments ne lui semblaient pas fort urgents, en développant assez longuement ce thème que le roi estimait trop Thonneur des écossais pour croire qu*ils s*abandonneraient eux-mêmes. Selve insiste de nouveau sur la certitude où il est que le comte de Huntley a déjà pris son parti, en dépit des remerciements qu'il prodigue et qui « ne vallen t pas Tencre que Ton deppendroy t à les mander. »
« De Londres^ ce v*« décembre v xivii. »
Le protecteur vient de lui envoyer les noms des six anglais pris au château de Saint-André et retenus encore sur les galères du roi. Villeneuve le prie de rappeler au roi la pension que le roi lui a récemment accordée et de le faire informer de la manière dont il la recevra.
Vol. 7, P 96 v«, copie du xvi« siècle, 6 p. 1/2 In-fo.
262. — LondreSj 5 décembre, — Selve a reçu le 2 les dépêches du RestUuUdn connétable en date du 23 et du 27 novembre, et la veille, après dîner, il „ ?• a communiqué au protecteur la teneur de la dépèche du connétable en date du 23, lui donnant à entendre que c'était chose que le connétable conQait à sa foi et désirait être tenue secrète. Le protecteur a répondu qu'il ne voulait plus insister sur les difficultés éprouvées par le roi pour trouver la sonmie d'argent nécessaire; — que la partie des 500 000 écus encore due Tétait sans conteste, pour argent prêté en vue de la rançon du feu roi de France et de ses fils, le roi régnant et le feu dauphin frère de celui-ci ; — que l'accélération de la restitution de Boulogne, qui serait toute à l'avantage du roi de France, et sans profit pour le roi d'Angleterre, lui serait imputée à lui « à pusilanimité et vilité de cueur » ; — que l'offre proposée par le roi de France, à savoir la cession de Calais, Guines et Hames ', était beaucoup trop à l'avantage de ce dernier, et
i. Il s^agit ici de la reine régente, Marie de Lorraine, et non plus de Marie Stuart.
2. Celte allasion à un projet de descente française dans la Grande-Bretagne par !a voie de TÉcosse, au seizième siècle , est à relever.
3. Aujourd'hui Hames-Boucres, sur la route de Guines à Sangatte. (Gant, de (iuines, arr. de Boulogne.)
248 NÉGOCIATIONS DE [DÉCEMBRE 1547]j[i>£
que, quant à lui, il ne conseillerait pas au roi d'Angleterre de la faille • pour dix millions d'or; — enfin que le roi d'Angleterre n'aurait qui perdre en se prêtant à ces conditions pour obtenir le concours du roi| I en vue de son mariage avec la reine d'Ecosse; « car il se peust ai qu'il a iedict royaulme d'Escosse en la main, et ne fault poinct en alléguer les exemples du roy Robert ne du temps passé auquel la gue ne se menoyt pas comme elle faict à présent, car les conquestes et perl des royaulmes deppendoint du hazard d'ugne bataille et ne faisoyt ToiKen poinct de fortiffications de sorte que l'on n'estoit jamais asseuré difiti^ guarder ce que Ton avoyt conquis, mais que luy ce faict et espoyit faire tout le contraire. » Après échange de plusieurs répliques, le pnhWle tecteur conclut enfin « qu'il ne vouldroit jamais ouvrir ne entamer por^b deçà le dict party ne le trouver bon quand ung aultre le conseilleroyt. » Toutefois il en reparlera plus amplement dans deux ou Irob jours à Selve, qui informera le connétable par le courrier qu'il relientftle à cet effet. K^"^
Le capitaine espagnol dont il a parlé dans sa dépêche du 1" se nomme Sancho Lopez et est parti la veiUe pour Bruges où un autre |de capitaine nommé Carlos Nogara rassemble les soldats espagnols venas du camp de l'empereur pour les faire passer déguisés et un à un ai f ta Angleterre. Il a promis à Selve d'attendre à Bruges, « à renseigne de li Teste d'or », les instructions du roi : le porteur lui remettra, comme signe de reconnaissance, un écrit que Selve envoie au connétable avec cette présente dépêche. « Au surplus, Monseigneur, Ton ne dict rien d'Escosse. Aflkires Maître Belimgambe * est revenu d'Hirlande où il a paciffié toutes choses reigienset. ^^jj^jj^^ j^^j^ ^^^^ gj prins lez principaulx mutins. Il y a cuydé avoyr ce
dict l'on quelque esmotion en ce parlement pour le sacrement de l'autel que Ton voulloyt abolyr quy toutesfoys demeurera pour ce coup comme l'on pense combien que le protecteur et les principaulx seigneurs n'en usent plus ne leurs familles chez eulx où ilz font aussy mal ou piz que les sacramentaires en Allemaigne. »
« De Londres j ce y^« décembre v^'XLVII, »
Vol. 7, f° 100, copie du xm» siècle, 5 p. 1/4 in-f».
SELVE AU nor.
263. — Londres, i 0 décembre, — Selve a reçu le 7 la dépêche du roi en date du 2. Il avait déjà rempli, comme le roi a pu le voir par sa dernière dépèche, les instructions que le roi lui donnait sur le cas des marchands anglais empêchés de se rendre à Bordeaux. En réalité, ils ont reçu ordre secret du protecteur de ne pas se mettre en route, et ce sont des navires flamands et étrangers qui vont charger à Bordeaux les vins