‹ Correspondance politique de Odet de SelveChapitre 139 sur 201 · SELVE A M. DE BIRON, AMBASSADEUR DE FRANCE EN FLANDRE · texte numérisé non relu

SELVE A M. DE BIRON, AMBASSADEUR DE FRANCE EN FLANDRE

291. — Londres ^ 18 janvier. — Selve a reçu la dépêche de M. de Biron en date du 7 par laquelle celui-ci Tinforme de la charge qu'il a plu au roi de lui confier en remplacement du sieur Livio.

Il lui fait sommairement part des nouvelles d'Angleterre et d'Ecosse depuis l'arrivée de M. de la Chapelle.

« De Londres^ ce xviii'^* janvyer ^'^XLV^. »

Les dernières nouvelles qu'il a eues du roi sont du 10. Le roi était alors à Fontainebleau, attendant pour le surlendemain l'arrivée de l'évèque de Vérone, légat du pape en Ecosse, qui devait aussitôt continuer son itinéraire vers l'Ecosse en compagnie de M. d'Oysel, tous deax porteurs d'importantes sommes d'argent.

Vol. 7, fo 437, copie du xvi« siècle, 3 p. 1/4 in-f^.

[jATtYIER 1548] M. DE SELVE 273

SELVE AU ROI

292. — Londres, 21 janvier, — Selve a eu audience du protecteur à incursions Shyness. Après lui avoir fait part de laboane volonté que vient de lui BoJJÔnnai». témoigner le roi en relâchant le gentilhomme anglais de sa maison arrêté à Paris, l'ambassadeur lui a l'ait de nouvelles représentations sur les déprédations dont les marchands français continuaient à se trouver victimes. Le protecteur a répondu en revendiquant les droits du roi d'Angleterre sur les places du Boulonnais que M. de la Rochepot avait fait attaquer, et en se plaignant vivement, entre autres griefs, d'une lettre récente de M. de Biérencourt, gouverneur d*Ardres, « par laquelle il mandoyt que sy les angloys prenoint ung mouton ou ugne vache qu'il en prendroit dix sureulx ». Une interminable discussion a eu lieu sur ces questions, Selve et le protecteur répétant les arguments déjà si souvent allégués.

Le protecteur a ensuite parlé du terme des pensions du roi d'Angle- RestuuUon terre qui venait d'échoir ', disant que lorsqu'il en avait été parlé au roi de * Affa^?*^ France, il avait été répondu que la question du reliquat de 500000 écus d«"

W) fWk Anna

et celle de la restitution de Boulogne devaient être réglées avant le payement desdites pensions. A quoi Selve a répondu que le terme de la Chandeleur, fixé par les anglais eux-mêmes pour nommer les commissaires chargés de régler ces deux questions préalables, n'était pas encore échu, et qu'il n'y avait lieu de faire aucune réclamation antérieurement à cette date.

Comme Selve prenait congédie protecteur le retint pour lui demander s'il était vrai que le roi eût envoyé en Ecosse des capitaines et de l'argent, disant qu'on était résolu de sommer Tempereur de se déclarer contre le roi, comme il y était obligé par les traités, si le fait était reconnu pour vrai. 11 est ensuite revenu sur la situation des prisonniers anglais faits à Saint-André et retenus sur les galères du roi, demandant encore à Selve de requérir leur délivrance. Échange de répliques sur ces deux questions.

« De Londres y ce xxt^* janvyer y^^lvii. » Vol. 7, f» 138 v«, copie du xvi« siècle, 9 p. in-f».

SELVE AU CONNÉTABLE

293. — Londres, 2i janvier, — Selve avertit le connétable des particularités de son entretien avec le protecteur. « Lesquelz propoz m'ont

1. Voir sur cette question le long mémoire explicatif envoyé à Marillac pendant son ambassade en Angleterre, en novembre 1541. {Corr, poL de MM, de Castillon et de Marillac, pp. 357-363.) .

Angletbrrb. — i$i6-15i9. 18

274 NÉGOCIATIONS DE [jAKYIER 1&48J

esté diclz d'entrée avec ugne sy brave contenance et sy esloignée et celle quy m'avoyt esté monstrée par cy devant qu'il fault dire ou qu'il se soyt depuys asseuré de Tempereur ou qull a sy maulvays jeu quH n'y trouve aultre remède que d'y faire bonne mine. Ce qu'il semble y avoyr apparence de présumer d'aultant qu'il s'est montré beaulcoop plus mol et remictz aprez que je luy ay réplicqué qu'il n'avoyt faict auparavant. » Selve à ce propos rappelle au connétable la scène qui se passa au conseil du roi d'Angleterre, le 27 novembre 1546, où l'ambassadeur de l'empereur déclara devant les ambassadeurs écossais que l'empereur était en guerre contre les écossais tout autant que le roi d'Angleterre; Selve s'en réfère à sa dépêche d'alors *. Pas d'autres nouvelles, sinon quelques renseignements que Villeneuve envoie au maréchal de la Marche et le bruit de la nomination de l'évèque de Winchester, qui ne fait que sortir de prison, comme ambassadeur d'Angleterre auprès de l'empereur '. Les préparatifs maritimes continuent à Portsmoutb.

« De Londres, ce xvi*^* Janvyer \* xlvii. » Vol. 7, f» 113, copie du xvi* siècle, 1 p. 1/2 in-K

SELVE AU ROI

NégociaUoM ^^^' — Londres 26 janvier, — Selve a reçu la dépèche du roi en

arec (Jate du 19. Il ne compte pas demander d'audience au protecteur avant

de Hantiey d'avoir reçu réponse à sa dernière dépèche au roi en date du 21, car il

eiMaxweU. ^g \^i semble pas bon de revenir auparavant, le premier, sur les propos

échangés pendant la dernière entrevue.

Il a pu se procurer par Jean Hay le double de la lettre envoyée par le comte de Huntley à l'évèque de Ross, en feignant que le roi eût été très satisfait de son contenu, mais doutât qu'elle fût du comte de Huntley laimême. Le comte a donné ordre à son secrétaire de montrer seulement la lettre à Jean Hay qui s'en est fait donner un double par celui-ci, à rinsu de son maître, et Jean Hay a communiqué la pièce à Selve, sur l'assurance de ce dernier que le texte était conforme à celui dont parlait le roi. En réalité, il y a plusieurs passages altérés par l'évèque de Ross; le roi le verra par la traduction de l'original dont Selve envoie une version française chiffrée.

Selve a fait dire à lord Maxwell, par Jean Hay, ce que le roi lui a prescrit de faire savoir à ce personnage, lequel s'est répandu en remerciements à l'adresse du roi. Il y a deux ou trois jours, le comte de

1. Voir la dépêche de Selve au roi, du 28 novembre 1546. L'envoi d'un mémoire explicatif est annoncé dans le corps de cette lettre, mais la pièce jointe fait défaat

2. Assertion erronée. Le successeur de Thirlby comme ambassadeur auprès de rempereur, six mois plus tard, fut sir Philip Hoby, gentilhomme de la chambre du roii dont Selve a déjà plusieurs fois parlé. (Voir la dépèche de Thirlby, d'Augsbourg. 11 juin 1548. Calendar of St, P., Foreign Séries, Edward VJ, p. 25.)

[janvier 1848] M. DE SELVE 278

Huntley a fait dire à Selve, toujours par le même Jean Hay, que le protecteur le pressait de plus en plus de signer les articles dont Selve a parlé, et le menaçait en cas de refus de le traiter comme les prisonniers anglais de Saint-André étaient traités en France. Le protecteur avait encore ajouté un article à tous ceux qu*il lui avait proposés, « c'est qu'au traicté qui se feroyt avec les escossoys fust comprins Tempereur comme perpétuel amy et confédéré du roy d'Angleterre sans faire aulcune mention de Yostre Majesté ». Selve a également communiqué la réponse du roi au comte de Bothweli qui en remercie le roi et paraît s'en contenter : il a envoyé, paraît-il, un exprès en France pour s'occuper de l'affaire de sa pension et a dit à Jean Hay qu'il s*étonnait de ne pas le voir encore de retour.

« Au surplus, Sire, je n'ay aultre chose à vous dire sinon qu'il y a quatre ou cinq jours qu'ilz ont icy faict monstre de troys ou quatre centz espaignolz comme Hz disent combien que je me doubte qu'avant que le jour de la monstre feust passé la trouppe estoyt fort diminuée, car j'ay vériiïyé pour certain que il s'y trouva grand numbre de gentz empruntez et louez pour ce seul jour comme mariniers portugoys qui sont icy et d'aultres gentz de nation estrangère serviteurs de marchantz qui n'ont paz délibéré d'aller en Escosse où l'on dict que Ton envoyé les aultres qui ne se trouveront paz comme je puys entendre deux centz soldatz espaignolz qui feroyt bien le compte. De Berthyer *, Sire, il vous rendra compte de son voyage h son retour et vous portera ceste depesche sy le protecteur n'est cause de le faire séjourner icy trop longuement. »

« De Londres y ce xxvi** janvyer y^xLvii. »

Vol. 7, fo 44i, copie du xvi« siècle, 5 p. 1/4 in-P.

295. — Londresy 26 janvier. — Selve a reçu la dépêche du conné- j^^^^ jj ^ table en date du 19 et fera entendre au protecteur ce dont le connétable de u guerr.^ lui donne charge, la première fois que le protecteur lui parlera de l'en- ^^*^*^ tretien de l'ambassadeur d'Angleterre et du roi. « Le comte de Hontelay vient de mander que icy estoint venues nouvelles que mylord Grey avoyt eu la chasse bien aspre par ung seigneur d'Escosse nommé Bourdon revenant de piller sez terres pour ce qu'il ne s'estoyt vouUu rendre angloys et qu'à bien peu avoyt tenu que ledict milord Grey n'eust esté prins auquel l'on avoyt tué XVIII ou XX hommes de sa compaignie et aulcuns bien près de luy quy avoyt esté contrainct se saulver dans ung lieu nommé Cotingneu *. D'advenlaige que la royne et le gouverneur

\ . Courrier de cabinet. (Voir la dépêche du 13 mai.)

2. La correspondance de lord William Grey avec le protecteur pour le mois de

lleprîM <le Dondee.

Siège

de

Broogfaty-

Craig.

[février 1548,

d'Escosse, après ung conseil tenu depuis Tarrivée du sieur de la Chappelle, entendantz qu'il y avoyl quelques angloys quy avoint esté receuz dedans la ville de Dondy y eslanlz conduidz et menés par ung escossoys Iraistre nommé Grey *, y avoint envoyé le conte d*Ârguil avec quelque numbre de genlz lequel avoyt faict sy bonne diligence qu'il avoyt prins ladicle ville et encores bruslée comme Ton pensoyt et tous les angloys quy y esloinl tuez ou prins hors miclz ledict Grey qui s'estoyt saulvé *, duquel ung chasteau nommé llontelay voysin de ladicte ville qu'il avoyt cy devant mictz entre lez mains des angloys avoyt aussy esté prins par ledid seigneur d'Arguil et comme Ton pensoyt bruslé ', et que maintenant le mesme seigneur d'Arguil lenoyt assiégé Portincraig *, d*aultrc part que le gouverneur en personne estoyt allé du côté du ouest et avoyt jà remicli en son obéissance à sa seullc venue tous ceux quy avoint par cy devant faict serment à ce roy qui s'estoint vouleulairement allez rendre à luy et le suyvoint partout. » Le maire de Londres et cinq ou six marchands anglais ont envoyé faire plainte de la saisie d'un navire en Normandie.

« De Londres y le a.yvt^» janvyer v XLVii. » Vol. 7, P 146 v», copie du xvi<^ siècle, 1 p. 1/2 In-r».

DélimiUUoD

da port de Boologne.

SELVE AU ROI

296. — Londres, 1*^ février. — Le protecteur a envo^'é chercher Selve, la veille après dîner, pour lui faire diverses plaintes, notamment au sujet de lettres de marque accordées par le roi à plusieurs sujets français contre les anglais et les portugais et au sujet des reproches adressées par le roi à l'ambassadeur d'Angleterre touchant le maintien de la saisie des navires français en Angleterre, reproches que le rai devait mieux que personne savoir être sans fondement aucun. Selve, après avoir justifié le roi du premier grief, a répliqué que deux ou trob Français attendaient encore justice et que 7 à 8 navires demeuraient détenus à Ncwcastle. Après échange de répliques, le protecteur s'est ensuite fortement plaint que le capitaine du fort français de Boulogne ait empêché les anglais de tirer du sable sur la grève. « A quoy, Sire, il dict que les angloys respondirent que par le traicté de paix tout le port de Boulloigne debvoyt demeurer audict roy d'Angleterre jusques là où s'estend le plus grand flot et la plus haute mer tant du coslé de Bonijanvier ne contienl aucune allusion k ce combat. (Calendar of Si, P., Scatlandf 1. 1 pp. 74-77. Cf. Selve au roi, 6 février.)

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