‹ Correspondance politique de Odet de SelveChapitre 142 sur 201 · En réalité du 17 et du 21 août. (Voir ces dépêches · texte numérisé non relu

En réalité du 17 et du 21 août. (Voir ces dépêches

2. Voir l'allusion & cette dépêche du roi dans la dépêche de Selve au roi en date du 25 août.

280 NÉGOCIATIONS DE [kêvRIER 154»!

debvoint poinct escripre aulx mabtres el que Foq ne leur vouidroyt pas dire sy Ton pensoyt qu'ils lez escrîp vissent. » L'entretien s'est terminé par un échange de répliques sur rancienneté des titres des rois d'Angleterre sur rÉcosse.

Nouvelles u Sire, il y a grande apparence qu'il est nouvellement arrivé quelquesbieo ^^cî^comT* maulvaises nouvelles d'Escosse par ung angloys nommé maîstre Palmer quy vient il y a deux jours de Portincraig et y fust hyer comme aucuns disent redespesché en grande diligence '. De la ville de Dondy reprinse, tous les angloys la confessent, mais veuUent fait entendre que ce a esté par la composition, et néanmoins disent que monsieur de la Ghappelle a este tué à le prinse d*icelle ce qui ne sçauroit estre advenu à mon advis que les angloys n'y ayent esté fort bien frottez '. Et de faict ainsy le disent aulcuns et qu'il est vray qu'il y est mort ung gentilhomme françoys mais que sa mort a esté bien cher vendue car ladicte ville a esté prinse et tout ce que Ton a trouve d'angloys dedans tué et en quelques aultres places d'autour faict de mesmes et Portincraig incontinent assiégé et dès ceste heure comme plusieurs disent prins '. Toutes foM Berleville m'a faict dire que pour certain Portincraig n'estoit poinct prins et que le frère du conte de Warvich avoyt mandé qu'il le tiendroit contre toute la puissance quy estoyt devant et contre toute celle d'Escosse * pourveu que vous, Sire, n'y envoyssés poinct de secours mesmement par mer et n'en esloyt voullu sortyr combien que l'on luy eust mandé de le faire et d'en laisser la garde audict maistre Palmer quy en est venu porter ces nouvelles. Et a affermé ledict Berteville la prinse de Dondy et la mort dudict sieur de la Ghappelle, et oultre dict que milord Grey a eu ugne autre estraincte sur la frontière où il a esté en très grand danger de sa personne et bien blessé avec perte de presque tous ceulx quy estoint en sa compaignie quy cstoint envyron cent chevaulx ce qui m'a encores esté confermé d'aultres endroictz *. Avant hyer vint à moy Richard Martin quy me dict que Paget l'avoyt faict appeler à luy el luy avoyt demandé s'il avoyt jamais veu et congneu en France ledict sieur de la Ghappelle et quel homme c'estoyt. Et il luy dict que non. Sur quoy l'aullre luy donna charge de regarder en devisant avec quel-

1. Sir Thomas Palmer, naguère trésorier de Guioes, puis capitaine du fort de VOld Man à Boulogne, chargé d'un commandement dans l'armée anglaise opérant en Ecosse. Il se trouvait & Berwick le 24 janvier et était de retour & Newcastle le 11 février. {Calendar of St, P., Scotland, t. I, pp. 76 et 18.)

2. Le bruit de la mort de la Chapelle, qui devait finalemeot se trouver conlrouré, remplit abondamment plusieurs dépèches de Selve. Le capitaine pris pour M. de la Chapelle parait avoir été en réalité un autre gentilhomme français, M. de Chauvigny. (Voir la dépêche du 19 février.)

3. Le bruit de la prise de Broughty-Craig avait un instant couru au quartier . général de l'armée anglaise. (Dépêche de lord William Grey au prolecteur, datée de Warkworth, 24 janvier. Calendar of St. P., Scotland, t. I, p. 76.)

4. Ce sont les propres termes en usage dans les dépêches de la pinpart des capitaines anglais. (Lord William Grey au protecteur, Newcastle, 29 janvier. Ibid,^ p. 76.)

5. La déroute dont Selve a parlé dans sa dépêche du 26 janvier.

[février 1548] M, DE SELVE 281

ques françoys mesmement de nos gentz s'il en pouToyt parler à quelcun de sçavoyr quel homme c'estoyt et de quelle stature. Et par là sembleroyt qu*ilz ne fussent pas icy fort certains que ce soyt ledict sieur de la Chappelle quy aye esté tué. En quelque sorte que ce soyt, Sire, il me semble que c'est grand signe que les affayres de deçà n*y vont paz bien puisque le protecteur ne m'a rien dict de ceste mort ne parlé d*aulcunes desdictes nouvelles. Du conte de Hontelay, Sire, je m'y gouverneray comme il vous plaist me commander. Des préparatifz quy se feront pour Escosse, j'useray de toute la diligence qu*il me sera possible pour les entendre et les vous mander. En quoy Berteville proumect de vous faire tout le service qu'il pourra. Et jusques icy il dict qu'il est advisé que le protecteur n'yra poinct en Escosse ni le conte de Warvich aussy sy vous n*y envoyés quelque grand secours pour reprendre ce que les angloys y tiennent qu'il leur suHira de garder et conserver jusqu'à ce qullz voyent quelque aultre occasion à leur adventaige. Sur tout il dict qu'ilz usent icy grande diligence à descouvrir quelle force vous mectrez sur mer et que pour cest eflect soubz ugne coulleur trouvée y a ung homme du protecteur quy parle fort bon françoys qui ne bouge de vostre ville de Nantes long temps a et mande icy tout ce qu'il peust sçavoyr et qu'allieur^ aulx portz de vostre royaume il y en a d'aultres qui font le semblable. De celluy dont il m'a faict parler je le congnoys de veue, si c'est celluy que je pense et est ung homme de grande et forte taille ayant la barbe rousse que ledict protecteur a aultresfoys icy envoyé à moy me demander quelque lettre de recommandation pour le recouvrement d'ugne sienne espinasse qu'il disoit lui avoyr esté prinse en France depuis la paix et me mandant qu'il la voulloyt envoyer par delà pour en faire la poursuitte. »

« De Londres, le viii'»* febvrier v« XL\n. » Vol. 7, P 11)1, copie du xvi* siècle, 9 p. in-f°.

SELVE AU CONNÉTABLE

299. — Londres, 8 fcvriei\ -^ « Monseigneur,... j'entendz que l'on jj^j^^u^^ tire tous les jours ugne merveilleuse quantité d'armes et munitions de de u gaerre guerre de la Tour de ceste ville et plus grande comme disent aulcuns *^^***** que l'on n'a poinct veu de faire en nul temps de guerre par deçà. Et les envoyé l'un par mer et par terre par divers chemins qui est bien signe que cela va en plusieurs endroictz de ce royaume lesquelz ilz vcullent comme il est vray semblable pourvoyr pour le double où ilz se trouvent qui ne peust estre sans ugne grande distraction et division de forcez. J'ay aussy cejourd'huy ouy dire qu'ilz commencent peu à peu d'envoyer et acheminer à la fisle quelques soldats vers la frontière d*Escosse, mais ce n'est encores grandes chose de ce qui s'en peust voyr. Au surplus,

Monseigneur, maistre Jehan llay me vient demander que le conle de Hontelay luy avoyt dict avoyr parlé à maistre Palmer quy est venu d*Escosse et qu'il n*esl rien de la mort de monsieur de la Chappelle et que c'est ung aultre gentilhomme françoys quy a esté tué dont il ne sçayt le nom. Ledict Hay m'a aussy advcrty que Ton avoyt mictz en prison bien estroictement en la grosse Tour d'icy le cappitaine de Dombarre pour ce qu'il avoyt conseillé de retourner en Elscosse à ung frère bastard du gouverneur quy s'est rendu angloys il y a je ne sçay quanU moys et depuis s'estoyt tousjours tenu avec le conte de Lenox sur la frontière de ce royaulme de la part du Ouest jusques à présent qu'il est venu en cestc ville où le dict cappitaine luy a donné ce conseil . Je vous envoyé présentement, Monseigneur, ugne epistre exortatifve du protecteur d'Angleterre aulx escossoys par laquelle j'entendz qu*yl coyde séduyre tout le peuple d'Escosse et en a faict imprimer ugne grande quantité qu'il faict relier en petitz livres tous telz que celluy que je voos envoyé que je mictz poyne de faire desrobber à quoy il a prou affaire car il defTend que Ton n'en vende et les faict tous retirer à mesures qu'ilz s'achèvent, en intention comme je pense d'envoyer semer cela par le pays d'Ëscosse dont toutesfoys j'espoyre qu'il ne verra pas lever grand fruyct. Je vous eusse faict icy translater ledict livre, n'estoyt, Monseigneur, que je n'ay vouUu différer à ugne aultre foys de le vous envoyer. Yilleneufve escript h monsieur le mareschal de la Marche et requiert qu'il plaise au roy les faire payer de ce qu'il luy a pieu ordonner pour son entrelenement aultrement qu'il ne sçayt de quoy vivre dont, Monseigneur, il m'a prié vous escripre en sa faveur. « Monseigneur, etc.. »

« De Londres, ce viir»» febvrier \* xLVJr. » Vol. 7, fo 155 v», copie du xvi« siècle, 2 p. in-r».

SELVE A M. DE LA ROCHEPOT

300. — Londres, 8 février. — Selve a reçu le paquet du roi et la dépêche de M. de la Rochepot en date du 3. Il lui renvoie son courrier et l'avise de la nouvelle instance du protecteur pour la nomination de commissaires, ainsi que des nouvelles d'Ecosse.

« De Londres, ce vni^* febvrier v xlvii. »

Vol. 7, r» 156 v», copie du xvi« siècle, 3/4 p. In-fo.

SELVE AU ROr.

Aflkin» 301. — Londres, 9 février. — Le protecteur vient de mander Selve

direnes pour lui donner réponse sur la question de la nomination des commis-

BooioDiMis. saires. Il lui a fait entendre que pour la restitution du Boulonnais, le roi

[février 1548] M. DE SELYE 283

d'Angleterre avait déjà désigné par le passé ses commissaires, à savoir ceux déjà ctiargés de négocier la paix entre les deux rois, le comte de Warwick, Paget et Wotton * : il attend que le bon plaisir du roi soit de désigner les siens propres. Quant aux commissaires chargés de régler le reliquat des 500 000 écus, il attend, pour nommer les siens, que le roi ait procédé à son choix. Après s'être encore plaint que sur les frontières du Boulonnais les gens du roi « prinsent pour ung mouton dix et rendissent pour un dommaige dix », il a, changeant de question, déclaré que le traité ne permettait pas au roi de secourir les écossais sans porter atteinte à l'amitié jurée entre les deux princes.

« Et à ce propos m*a dict qu'il avoyt eu nouvelles que monsieur de la Nouvelles Chappellc avoyt esté tué d'ugne harquebouzade en Escosse devant Por- ^•^.^ ^"^ tincraig en ugne escarmouche où il estoyt descendu de cheval et s'estoyt jecté à pied parmy les gentz de pied avec ugne picque au poing faisant tout le debvoyr d'homme de bien et vaillant qu'il est possible de penser. Bien m'a dict qu'il n'avoyt paz certitude que ce fust luy, mais qu'il l'estimoyt ainsy pource que l'on luy avoyt dict que cestuy là qui a esté tué estoyt bien et richement armé et en poinct plus que nul des aultres lequel Ton hiy a figuré estre ung homme grand et fort et la barbe espoyse ung peu tirant sur le noyr. Au demeurant, Sire, il m'a dict quant à la prinse de Dondy dont je luy parloys qu'elle avoyt esté facilie ayant esté ladicte ville abbandonnée, réservé quarante ou cinquante angloys qui estoint demeurés dans le clocher, et que tout le reste s*en estoyt parly et sy avoint amené Tartillerye quy estoyt dedans, mais je me double qu'il desguise en cela les matières et qu'il a je ne sçay quoy dont il ne se vante paz, car il m'a parlé de tout ce faict merveilleusement froydement et sobrement réservé de la mort du dict sieur de la Chappelle laquelle toutesfoys encores aujourd'hui maisire Hay m*a dict que le conte de Hontelay luy avoyt asseuré n'estre poinct vraye parce qu'il en a entendu du gentilhomme mesmes quy a porté les nouvelles d'EiSCOSse. Ledict sieur de Hontelay, Sire, m'a envoyé ugne lettre que je vous envoyé pour l'évesque de Rosse laquelle il m'a fort faict recommander et dict qu'elle est d'importance. Quy est, Sire, tout ce que je sçay pour ceste heure. »

« De Londres y ce /a— febvner r axv//. »

Vol. 7, f° 157, copie du xvi« siècle, 3 p. in-f».

SELVE AU CONNÉTABLE

302. — LondreSy iO février. — A la suite de l'entretien de la veille, Féie» le protecteur a fait prier Selve à dîner pour le surlendemain dimanche ^ ï* cour.

i. Leur nomination avait été annoncée par l'ambassadeur dans sa dépêche au roi du 17 août précédent. (Voir ci-dessus.)

da eomte de HoDtley.

284 NÉGOCIATIONS DE [février 1348

à Grcenwich, où le roi (rAnglelerre se rend le lendemain. « Et dicl Ton qu'il y a là quelque bastion dressé quy doibt estre assailly et defîendu. Et y aura comme Ton dict d*aulres partyes à courre la lance sans licez pour donner passelemps audict seigneur cez troys jours de carnaval. Je croy, Monseigneur, que ceste inusitée courtoysie du protecteur ne luy procedde que de ce que je luy ay vifvement contrasté en ceste pénultième audience depuis laquelle je Tay ce me semble trouvé ung peu plus gratieux. »

ération Jean Hay est venu Tavertir que le comte de Huntley avait obtenu un sauf-conduit pour un homme qu*il envoie en Ecosse : Selve en profitera pour écrire à la reine. Les pourparlers continuent pour faire signer au comte de iluntley les articles que le protecteur lui propose. « 11 veult essayer de se saulver et osier d'icy sans ran^jon ne rien proumeclre par le moyen de quelque légère barque quy pourra venir en ceste rivière soubz couUeur de marchandize dans laquelle en ugne nuict ayant le veuî et la marée à poinct il espoyre de se tirer d'icy, car il a la commodilf d'estre logé joignant ladicle rivière et sy a telle liberté d'aller et venir qu'il veult. Et pense ledict Hay à ce qu'il m'a dict que ledict sieur de Honlelay escript à réves(|ue .de llosse pour luy recouvrer et envoyer ladicte barque de France avec quelques gentz fidelles et advisez dedans qui sçaichent bien conduyre ceste menée. »

« De Londre%^ ce a— febvrier \"* XLVir, »

Vol. 7, f« iîiS v®, copie du xvi« siècle, i p. 1/â in-f°.

SELVE AU ROI

Fêtes 303. — Londres, i 5 février. — « Sire, depuis ma dernière depeschc

à la cour, du IX™' de cc moys je n'ay aprinses nouvelles qui vous doibvent esirc mandéez sinon que hyer à Grenvlch fust faict Tassault d'ung bastion, auquel spectacle lez ambassadeurs de l'empereur et de Venise et moy fcusmes convyez et fort gratieusement recueillis du roy d'Angleterre mesmes qui nous parla en latin,... et, pour ce qu'il s'addressa et de parolle et de regard à moy seul comme s^il n'eust poinct cogneu les aultres quy aussy ne luy respondoynt rien, je luy ficlz responce... Le dict passetemps. Sire, fust assez beau et dura longuement, car il y eust au commencement dez saillies de chevaulx légers et puys de gendarmerie et de harquebuziers sur lez assaillants et après la place fust assiégée et battue de force arlilleryc quy y fist deux grandes bresches avec l'ayde de cculx quy estoint dedans qui desmolissoint à mesure que l'arlillerye tiroyt. Et en fin furent donnez plusieurs assaultz et combatu main à main à la bresche. Et fust la fin du jeu et de ce mistère que le roy d'Angleterre manda dire par plusieurs foys aulx assaillantz et aulx defTendantz qui ne se voulloint départir qu'ilz se levassent et retirassent et qu'ilz n'y auroint poinct 'de

[février 1548] M. DE SELVE 285

lieshonneur ne lez ungs ne les aultres ayanlz sy bien faict tous leur debvoyr et à assaillyr et à deffendre qu'il n'esloyl possible de mieulx et ([u'il les tenoyt tous pour très gentz de bien et vaillanlz. Et ainsy se retirèrent honorablement lez assaillantz de devant la place et après s'en furent de mesmes ceulx qui estoint dedans.

« Sire, à noslre retour, l'ambassadeur de Venise avec lequel j'ay siège quelque amylié et privaulté me compta que Paget Tavoyt asseuré que ^* monsieur le protecteur avoyt eu nouvelles le jour précédent que les craig. escossoys avoint levé le siège de devant Portincraig et s'estoint retirés avec trefves de XX jours qu'ilz avoint faicte avec ceulx de dedans pendant lesquelz XX jours lez angloys avoint liberté de fortiffîer tant dedans la place que là où bon leur scmbleroyt dans deux mille prez de ladicte place, quy est chose, Sire, que je ne puis bonnement croyre estre passée de cesle sorte ne que lesdicts escossoys ayent faict telles trefves ne qu'ilz se soint retirés du tout dudict siège '. Et m'a dict oultre, Sire, ledict ambassadeur que Paget aussy luy avoyt asseuré la mort de monsieur de la Chappelle estre vraye, me disant icelluy ambassadeur que pour mieulx vériffîer cez nouvelles il avoyt faict en passant ung mot de congratulation au protecteur des bonnes nouvelles qu'il avoyt euez d'Ëscosse et que ledict sieur protecteur luy avoyt respondu qu'il avoyt donné charge n Paget de les luy faire entendre et quelles estoint certaines et véritables. Bien est vray, Sire, que de troys ou quatre endroictz me feust bien asseuré le contraire il y a deux ou troys jours, m'estant dict que ledict Portincraig avoyt eslé prins d'assault et que le frère du comte de Warvich quy en est cappilaine et tous ses gentz avoint esté tuez dont je ne vous ay jamais rien voullu mander que je n'en sceusse mieulx la vérité, ce quy m'est sy malaisé en ce pays qu'il n'est possible de plus. Et lorsque me fust donné cest advertissement j'avoys quelque occasion d'en croyre quelque chose, car l'on fist tout soubdain partyr les soldatz espaignolz pour aller en grande diligence à Barvich où quelques gentz de cheval aussy de milord Grey s'en alloint disant qu'il leur estoyt commandé sur poyne d'estre pugnys et cassés de s'y trouver dans dix jours, quy estoint signez et argumentz de quelques affayres pressez. Toutesfoys il y a apparence d'estimer qu'il n'est rien de ladicte prinse de Portincraig car sy elle estoyt advenue ledict prolecteur et Paget ne sont paz sy eshontez d'en compter ce qu'ilz en ont dict audict ambassadeur de Venise. Bien est vray qu' aussy ne faut-il paz tenir tout ce qu'ilz disent pour évangille. Cez jours passez ilz ont eu icy nouvellez que les navyres angloys avoint esté arrestez et detenuz à Anvers Ton ne sçayt pourquoy. Bien est vray que l'ambassadeur de l'empereur m'a dict qu'il estoyt seur que cest arrest n'avoyt poinct esté faict du commandement ne du sceu dudict

1. André Dudiey avertit le protecteur de la conclusion eïTective de cette trêve, par une dépêche datée de Brougthv-Craig, 5 février. (Calendar of St. P., Scotland, t. I, p. 77.)

empereur et que ce debvoyt estre seuUement pource que lesdicts nav}Tes par adventure s'estoinl trouvez chargez de robbe prohibée d'enlever et emporter comme de munitions et provisions de guerre et telles choses. > Selve a reçu tard la veille au soir la dépèche du roi en date du il et a envoyé à Greenwich demander au protecteur une audience. Il a vu la veille le comte de Huntley « fort privé et carressé », et n*a aucune noovelle du comte de Bothwell dont la fidélité lui parait fort suspecte. Jean Hay est occupé à payer sa rançon de 500 écus et a prié Selve de lui obtenir un sauf-conduit pour aller plaider en France au sujet de la succession du cardinal de Saint- André son oncle. Le bruit court que le protecteur va prochainement aller visiter les ports du Sud et de TOuest, Portsmouth, Southampton et Bristol : Selve y envoie un exprès.

« De Londres, ce .yv- febvrier v^ XLvri. »

Vol. 7, f° loO, copie du xvi° siècle, 3 p. 4/2 in-P.

SBLVE AU CONNÉTABLE.

304. — Londres, i 5 février, — Selve a reçu la veille au soir très tard la dépèche du connétable en date du il. Il fera entendre au protecteur ce que le connétable lui mande sur les saisies de navires français. Affaires « Monscigncur, dimanche dernier, l'ambassadeur de l'empereur convya emagne. ^^n^y j^ Vcnisc et moy à disner chez luy où il nous festoya très honnestement. Et le lendemain je luy voulsis bien rendre la pareille céans en compaignie aussy dudict ambassadeur de Venise. Et après le disner icelluy ambassadeur de Tempereur quy est ilament et homme quy parle voulentiers et librement mesmement après ung peu de bonne chère, combien qu'il soyt au reste homme de sçavoyr et de vertu, se mict à parler de la guerre des angloys contre les escossoys, me disant qu'il s'esbahissoyt comment nous n'avions traicté la compréhension des escossoys en termes plus clairs qu'elle n'est et pourquoy en l'article de la compréhension nous n'avions mictz ces motz : sans préjudice des traictés que ung chascun des deux princes prétend avoyr. A quoy je ne voulluz que sobrement parler et respondre, luy disant seuUement que de nostre costé nous trouvions ladicte compréhension assez claire et expresse. Et pour ce que l'ambassadeur de Venise l'interrogea sur ceste matière désirant de l'entendre il se mict à luy en faire le discours bien au long, lui disant en summe que l'empereur estant entré en ligue avec le feu roy d'Angleterre estoyt aussy entré en guerre avec luy contre les escossois avec lesquelz ne Tung ne l'aultre ne pouvoyt faire paix sans le consentement de tous

deux Au surplus, Monseigneur, milord Guillaume, frère du duc de

Nortfolch *, chercha fort hyer à Grenvich l'occasion de parler pryvéement

i. William Howard, lord Howard d'Effingham, ambassadeur d'Angleterre en France en 1541.

[février 1548] M. DE SELVE 287

à moy ce qu'il feist et entre aultre chose me monstra d'avoyr grande afTection de faire service au roy me jurant tout baz qu'il estoyt meilleur françoys qu'angloys. Et se plaîgnist à moy des maulvays traictements que son frère et sa maison avoint. Je lui dictz tant seuUement qu'il se conservast en ceste bonne voulenté et qu'il verroyt qu'il ne s'en repentiroyt poinct. Puys luy demanday quelle armée alloyt en Escosse et quand il me respondist qu'il n'y en alloyt poinct eucores et que Ton ne se bastoyt paz tant que l'on en faisoyt le semblant. Et mesmement que pour ce que Ton en oyoit nouvelles des préparatifz que le roy faict en France et qu'il se pouvoyt bien asseurer que s'il ne demandoyt poinct de noyse qu'encorez faisoyt l'ont moins par deçà et qu'il en estoyt fort mal la saizon pour ce pays. Combien, ce me dict il en la fin, que Dieu nous aydera comme je pense car nous ne sommes poinct hypocrites et n'allons plus à messe ne à matines et ne jeusnons ne mengeons poisson le charesme et sy faisons tous les jours bes^ulx édictz et constitutions toutes nouvelles. Ce sont, Monseigneur, les mesmes propoz quasy qu'il me tint sinon qu'en se déparlant il me dict qu'il avoyt envye de venir veoyr ung jour de ce charesme si Ton mangeoyt de bonnes sallades chez moy. J'ay aussy ouy dire que l'admirai d'Angleterre a eu de grandes paroUes avec le protecteur son frère qui sont proceddées à cause de la royne à présent sa femme et de la femme dudict protecteur ', et me semble qu'en ceste nouvelle y a quelque vérisimilitude car hyer à ce triumphe quy fust faict à Grenvich n'y estoyt lediet seigneur admirai ny sadicte femme combien que tous les aultres seigneurs et dames y feussent mieulx assemblez qu'ilz ne furent longtemps a et mesmes y estoyt ladicte femme du protecteur. »

« De Londres, ce xv** febvrier v* xlvti, » Vol. 7, r> 161, copie du xvi« siècle, 3 p. 1/2 in-r>.

SELVË AU ROI.

305. — Londres, i 7 février. — Selve a eu, la veille, une audience du Affaire» protecteur et lui a rapporté la double réponse faite par le roy à l'ambas- diverse» sadeur d'Angleterre, le 7 de ce mois. Il lui a en même temps adressé de Boulonnais, nouvelles remontrances sur les actes de pillage commis envers les français et lui a communiqué le double de la lettre de M. de la Meilleraye envoyé par le roi.

Sur le premier point, le protecteur a répondu que si l'on nommait de part et d'autre des commissaires sur le fait de la restitution de Boulogne il lui semblait qu'on pourrait en même temps leur confier le différend relatif aux limites du Boulonnais, mais toutefois qu'il remettait sa réponse

1. Thomas, lord Seymour, frère du protecteur dont Selve a annoncé le mariage avec Catherine Parr, veuve de Henry VUl. La duchesse de Somerset, femme du protecteur, était Catherine Woodland.

388 NÉGOCIATIONS DE [fÉ\'RI£& 1548]

jusqu'à Tépoquc où il aurait connaissance du délai de nomination et du nom des commissaires français, ce qu*il espérait obtenir dans trois oq quatre jours. Sur le second point, à savoir Texploitation du sable de la grève de Boulogne, il s'est déclaré satisfait de la réponse du roi. Quant à ce que Selve ajoutait relativement à de nouvelles saisies de navires fran* çais, il a affirmé qu'il rendait exacte justice à tous. Les actes de piraterie dont se plaint M. de la Mcilleraye sont dus, a-t-il déclaré, à des pirates écossais qui se déguisent en marins anglais, tandis que d'autres écossais viennent de piller impunément un navire anglais à l'entrée de la Loire : il n'y a d'ailleurs autour de Jersey et de Guernesey aucun navire auglais armé en guerre, comme l'aflirme à tort la lettre de la Meilleraye. A la fin de l'entretien, le prolecteur a dit avoir entendu parier de la révocatioo de Tambassadeur de France en Flandre. A quoi Selve a répondu qu'Use pouvait que le roi l'eût mandé près de lui pendant Tabsence de la reine de Hongrie.

« De Londres^ ce xvi/^' febvrier i 547. » Vol. 7, r» 102 vo, copie du xvi^ siècle, 3 p. 1/4 in-f*>.

SELVE AU CONNÉTABLE

Noareiie» 306. — Londres, i 7 février. — « Monseigneur, ce que je sçay pour le ^VécSk"* présent de nouveau est que Berteville m'a faict dire cejourd'hui que ceulx qui estoint devant Portincraig avoint faict ugne grande faulte de n*avo)T fortiffié ugne petite montaigne et lieu hault qui est fort voysin dudict Portincraig et quy le tient en telle subjection qu*il n*cust sceu résister troy jours sy les escossoys se fussent mictz là dont il dict qu'ilz se sont retirés et ont laissé prendre et occuper ladicte montaignette à ceulx de Portincraig qui la fortiffient à grande diligence et parce moyen rendront la place beaulcoup plus forte et defTensable... H m^a aussy mandé que le bruit quy a esté cez jours passez de la prinse dudict Portincraig «loyl proceddé de quelques espaignolz quy estoint dedans quy avoint voulla rendre la place aulx escossoys et dict qu'ilz ont esté descouvertz et prius. D'avantaige, Monseigneur, m'a adverty qu'il n'y a que deux ou troys jours que monsieur le protecteur le feist appeller et luy demanda quelles forces le roy pourroit envoyer en Escosse à son adviz et que de luy il estoyt adverty qu'il y envoyoit monsieur de Lorges * avec III<^ hommes d'armes et envyron VII ou VIII M hommes de pied mais qu'il ne luy seroy t pas aise de passer des chevaulx en Escosse. A quoy ledict Berteville dict avoyr respondu qu'il estoyt très ayse de passer chevaulx et que sy la

1. Gabriel de Montgomery, seigneur de Lorges, capitaine de la garde écossaise du roi de France. Il avait commandé en 1545 les forces françaises envoyées en Ecosse. L'expédition nouvelle qui se préparait alors devait avoir pour chef André de Montalembert, seigneur d'£ssé.

[février 1K48] M. DE SELVB 289

force qu'il dîsoyt y alloyt lez angloys esloint sans poinct de faulte trop foybles contre les escossoys et que le meilleur seroyt qu'ilz se contentassent pour ceste heure de tenir et fortiffier ce qu*ilz ont gaigné sans auUre chose entreprendre se réservant à quelque aultre meilleure occasion. Sur quoy luy fust réplicqué comme il dict par ledict protecteur que quelque chose que le roy sceust faire qu*il esperoyt de venir à bout de son entreprinse et qu'il Tasseuroyt sur son honneur qu'il yroyt en personne. Au surplus, Monseigneur, il asseure que le conte de Huntelay a proumictz deux choses par deçà desquelles Ton s'attend bien pour le moins à la première quy est que sy tost qu*il sera en son pays il se déclairera luy et tous les siens avec toute sa puissance pour le roy d'Angleterre. La secunde est qu'il trouvera moyen de mectre la roy ne entre les mains des angloys quy est chose dont l'on ne voyt paz qu'il puisse sy aysément venyr à bout. Quant au conte Baudouel, il asseure sur son honneur et sur sa vye qu'il a faict le serment au roy d'Angleterre et qu'il luy a veu faire. Au regard des appareilz de guerre par la mer, ce qu*il en peut sçavoyr pour cesle heure est qu'il y a comme il dict XL navyres de guerre à Porcemut que Ton esquippe en bonne diligence, et que celluy qui sera chef de l'armée de mer est milord Clinthon quy avoyt aussy ceste charge au dernier voyage quy fust faict naguères en Escosse et cuyde encores à ce qu'il dict qu'il sera faict admirai d'Angleterre ' et que à celluy qui Test à présent sera donné ung duché en ce pays ', et que mercredy ou jeudy pro- 'cbain le protecteur partira d'icy et Paget en sa compaignie pour aller visittcr lesdicts navires et le lieu de Porcemuth qui est celluy dont ilz se doublent et craignent le plus par deçà s'ilz ont guerre avec le roy comme le protecteur luy a dict qu'il pensoyt que l'on auroyt. J'ay sceu aussy de plusieurs endroictz. Monseigneur, que ung gentilhomme angloys nommé maistre Brcnt* quy avoyt esté envoyé en Dannemarch pour lever quelques gentz de guerre est revenu il y a deux ou troys jours. Et dict Berteville qu'il a porté nouvelles que le roy de Dannemarch en avoyt accordé levée de TIII^ hommes pour envoyer par mer en ce royaulme ou en Escosse amsy que le roy d'Angleterre aymeroyt myeulx, mais que c'esloy t soubz ceste condition s'il n'estoit poinct empesché en guerre avec l'empereur lequel il dict avoyr refTuzé tout à plat le passaige d'aulcunes gentz de guerre par sez terres, de sorte qu'il ne pense paz que les angloys puissent avoyr aulcuns estrangers avec eulx s'ilz n'ont lesdicts IIP* hommes de Dannemarch. Quy est. Monseigneur, ce que je vous puys dire à présent, sinon que l'on m'a dict que le navyre nommé le Grand Henri est

1. Edward Clinton, lord Clinton, plus tard comte de Lincoln. Il fui créé amiral d*Angleterre deux ans plus tard, en 1550.

2. Thomas Scvmour, frère du protecteur, amiral d'Angleterre depuis l'avènement d'Edouard VI.

3. Sir John Brend, chargé d'une mission à Brème de janvier 15iS à janvier 15i9. {Calendar of SL /'., Foreign Séries, Edward VI, pp. 14, 2S.)

A.xGLCTERRC. — 1546-1549. 19

290 NÉGOCIATIONS DE [FÉ\-EnE l&i8]

encores en cesle rivière et forces ouvriers dessus quy le rhabillent, de sorte qu'il ne sera paz prest pour servir bien tost. Et ung aullre navire nommé la Mignongne * quy est aussy ung des plus grands de deçà est mictz par pièces comme^Ton m'a dict à ung port nommé Briclesay * qnr est près la bouche de ceste rivière lyrant vers le North où Ton le reffaid tout de neuf qui ne doibt paz cstre chose preste. De la Gallayre qu'ilz oot je l'ay moy mesmes veue en terre sur le bort de ceste rivière à lll oa un mil d'icy où elle a esté aussy mise en pièces et refaiete de neuf et m'est adviz qu'elle ne sera pas bien tost preste à servyr. D*aultre parti! fault qu'il y aye quelques navires du coslé du North comme à Neufchastel et Barrvych pour aller et venir pour le secours de Portincraig et des aultres lieux que les angloys tiennent sur la marine en Escosse. De sorte que je puis croyrc (ju'il y ayt XL grandz navyres de guerre à Porcemutb dont je verray de sçavoyr la vérité par homme exprès pour la tobs mander incontinent. L'on m'a aussy dict pour certain que maistre Obbr gentilhomme de la chambre de ce roy se prépare pour aller ambassadeur ordinaire vers Terapereur '.

« Monseigneur, etc.. »

« De Londres^ xYii' febvrier 1 547. »

Siège << Monseigneur, depuis ceste lettre eseripte j'ay esté adverty qae

^\i ^^^^^^ ^^ comtesse de Warvich contoyt hyer à quelque personne (jœ

craig. les dcrnièrcs nouvelles que Ton avoyt icy de Portincrag estoing qa'ib estoint fort estroitement encloz et assiégés dedans du costé de terre mais qu*ilz avoint la mer libre par où ilz pouvoint mander de leoR nouvelles et estre secouruz et que monsieur le protecteur leur donaoyt bon couraige et leur avoyt mandé qu'ilz seroint secouruz par la merde tout ce qu'il leur seroyt besoing. Par ainsy, sy ledict advertissementest véritable et que les choses y voysent de ceste sorte, Paget desgaisoyt bien fort les matières dernièrement qu*il en a parlé à l'ambassadeur de Venise comme je vous ay mandé par ma dernière depesche. Et sy y auroyt apparence que Berteville ne faict paz moins, duquel l'advertissement de l'espion que le protecteur lient à Nantes que je vous ay mandé par mez lettres du VIll de ce moys n*est guères seur car le personnaige qu'il me disoyt est icy de retour depuys deux ou troys jours et est celluy qui a esté emprisonné naguères au Chastellet de Paris pour avoyr vollu semer par delà maulvaise doctrine lequel le roy a faiet délivrer en faveur dudict protecteur et de cellui qui revyent de Danne-

{.La Mignonne ne figure pas dans Télat de la flotte anglaise de 1544. (State Papen. t. I, pp. 811-813.)

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