Annoncée dans la dépêche du 18 avril
[mai 1548] M. DE SEL Y E 339
de Ghastillon a naguères faicte delà la mer que je luy ay déclaîrée ainsy qu*il vous a pieu la me mander pour ne le laisser en Toppinion que je voyois qu'il en avoyt conceue tout au contraire par quelque faulx que l'on luy en peust avoyr falot. Sur quoy, Monseigneur, il m'a tenu plusieurs longs propoz me disant qu'il n'y avoyt nulle apparence à mondict seigneur de Ghastillon de doubter ne craindre que ceulx de Bouloigne Youlsissent faire entreprinse sur nostre fort le jour qu'il avoyt faict ladicte embuscade car ledict jour le cappitaine ne celluy qui tient son lieu en son absence qui est le trézorier n'estoint poinct dans la ville S daveniaîge qu'il n'y eust aulcun soldat angloys qui sortist dudict Bouloigne ne qui s'allast meelre en embuscade ou quy feist aulcun acte ou démonstration pour faire souspessonner qu'il y eust entreprinse délibérée contre ledict fort là où il est certain et nottoyre que de noz gentz il en vint jusques aulx portes de Bouloigne quarante ou cinquante estantz armez de chemises de mailles soubz leurs cappes et portantz chascun oullre leur espée et dague ugne de cez petites hacquebutles que l'on appelle pisloletz \. quy vindrent demander le cappitaine. Et leur estant respondu qu'il n'y ^ estoyt poinct demandèrent le trézorier duquel leur feust aussy dict qu'il estoyt absent et lors s'en retournèrent voyant que les angloys estoint ehacun très bien sur leurs gardes et que c'estoyt à heure de basse mèr et que de nostre costé il y avoyt en embuscade certain numbre de gentz de cheval avec bon numbre de gentz de pied derrière des maisonnettes - quy ont esté faictes au dessoubz de nostredict fort et que il ne failloyt poinct faire tout ce mistère pour se garder d'ugne chose dont il n'y avoyt ugne toute seuUe apparence d'avoyr doubte et qu'il m'en vouloyt parler ouvertement et m'en déclairer Tadverlissement qu'il en avoyt eu non seulement de Flandres, mais de France mesmes quy estoyt que les premiers qu'il dict estre venuz demander le cappitaine jusques à la porte avoînt délibéré sy l'on leur eust ouvert et que ledict cappitaine feust venu à eulx de faire chascun leur coup avec leurs pistoletz et puys soubdain mectre la main aulx espéez et tenir la porte jusques à ce que les gentz de cheval eussent peu courir jusques à eulx, après lesquelz 8uivoyt bon numbre de gentz de pied et que par ceste ruze l'on s'atlendoyt de prendre la dicte ville et qu'il estoyt adverty que monsieur de Ghastillon mesmea avoyt dict qu'il avoyt tenu à bien peu de chose pro^^ de
qu'elle n'eust esté prinse Au surplus, Monseigneur, j'ay faict dili- duBieiei
gence pour trouver tesmoins quy ayent veu le sieur de Vervins à Calaix *
1. Sir John Bryd^es, lord dépulé de Boulogne, et sir Richard Cotton, Irèsorier de Boulogne.
2. Henri II, dans sa dépêche du 20 avril, avait évidemment fait donner charge à Selve de faire une informalion personnelle sur les actes reprochés à Thomas de CoQcy-Vervins, gendre du maréchal du Biez, qui avait laissé Boulogne tomher aux mains des Anglais en 1544. Son procès et celui du maréchal du Biez s'instruisaient à cette époque en France. La suile de la correspondance de Sclve contient de nombreux détails sur celte affaire. (Voir notamment ci-dessous, 3 mai.)
et en ceste ville en l'an M V^ XLV et n*en ay trouvé paz ung ny mesmes quy ayt ouy parler que ledict Vervin ayt esté en aulcun desdits lieux. Bien se trouvent plusieurs françoys icy habitantz qui m'out dict en les interroguant là-dessus que c'estoyt chose certaine que le mareschal du Biez avoyt vendu ladicte ville et estoyt fort bon angloys, duquel dire ilz ne m'ont sceu rendre aultre raison particulière sinon que c'estoyt chose comme partout et que durant les guerres il avoyt envoyé des messaigers de deçà dont je n'ay peu sçavoyr les noms. A quoy je feray encores la meilleure diligence que j'en pourray et vous en manderay ce que j'en pourray sçavoyr. Quant à Tassin d'Allencourt natif d'Abbeville je l'envoyé présentement à Monsieur de la Rochepot luy ayant donné à entendre tant seulement que le roy se vouloyt servir de luy en quelque chose où il luy pouvoyt bien aysément faire service sans aulcun danger et qu'en le faisant il ne perdroyt paz sez poynes et que par ledict seigneur de la Rochepot il entendroit que c'estoyt et seroyt quicte pour s'en excuser s'il ne s'en vouloyt mesler et ne laisseroy t néanlmoins d'estre très bien contenté de sa poyne pour avoyr passé delà la mer ce qu'il m'a accordé faire et partir dez demain, sans lequel interroger, le meetant de loing en propoz sur la perte de Bouloîgne, il m'a dict tous les maulx du monde dudict mareschal du Byez et qu'il avoyt deslruict et trahy sod propre pays et qu'il ne m'auroyt en pièce compté les choses qu'il en avoyt entendues mais qu'entre aultres il sçavoyt que quand le comte de Warvich lors admirai d'Angleterre passa en France il avoyt porté audit mareschal du Byez ung présent de vaisselle que le roy d'Angleterre luy envoyoit de la sienne propre à laquelle il avoyt faict changer les armes ce qu'il dict sçavoyr pour ce qu'il congnoist celluy mesmes qui changea lesdictes armes, et aussy pour ce qu'il ayda à empacqueter ladicte vaissaille et alla en France avec ledict admirai d'Angleterre pour luy servyr de truchement, qui est tout ce que pour ceste heure j'ay peu apprendre de ceste matière n'ayant rien de nouveau à vous dire dadventaige, sinon qu'il debvoyt partyr hyer ou aujourd'huy ung gentilhomme de la chambre du roy d'Angleterre nommé maistre Hobby qui va ambassadeur pour résider prez de l'empereur * et ung aultre gentilhomme de la chambre nommé Belingembe s'en va debitis en Hyrlande au lieu de celluy qui soulloyt estre *.
« Monseigneur, etc.. »
« De Londres^ ce premyer may i 548. »
1. Sir Philip Iloby, gentilhomme de la chambre privée, remplace, en qualité d'ambassadeur auprès de Charles-Quint, Thomas Thirlby, èvéque de Westminster ea fonctions depuis 1545. Ses instructions sont datées du 15 avril. (CalencUtr of SLP., Foreign Séries, Edward F/, p. 20.)
2. Edward Bellingham, gentilhomme de la chambre privée, remplace, en qualité de lord député d'Irlande, sir Anthony Saint-Léger, en fonctions depuis 1540.
[mai 1548] M. DE SELYE 341
« Monseigneur, Ton me vient de dire tout présentement que lez navyres angloys qui estoint en Escosse se sont touz relirez à Neufchaslel et à la coste de ce royaulme et aussy que milord Grey a esté repoulsé avec grande perle de sez gentz dont je vous manderay plus amples nouvelles par la première depesche s'il en est quelque chose et que j'en puisse entendre la vérité à quoy je mectray poyne. De Berleville il ne dict plus rien et sy semble qu*il fuye lez occasions dont je luy trouve assez de faire parler à luy. Je vous envoyé le double de ce que j'escriptz à monsieur de la Hochepot affin, Monseigneur, que vous entendiez le surplus dez propoz que j'ay euz avec monsieur le prolecteur. Monseigneur, ainsy que ce courrier partoyl, monsieur le protecteur m'a mandé qu'il escripvoyt au cappitaine de Bouloigne de délivrer à moasieur de la Rochepot ou a celiuy qu'il commectra les soldatz françoys qui ont esté requis lesquelz des ceste heure doibvent être audict Bouloigne et requiert que l'on veuille faire le semblable des angloys qu'il a demandés. Tout à ceste heure l'on vient de faire ugne cryée que quiconques vouldra servir ce roy en Escosse qu'il se retire dès demain à ung certain lieu de ceste ville et que là sera enrooUé et recepvra argent. Geste proclamation et la délivrance desdicts soldatz où l'on avoyt tant faict de difQcullé me faict quasy penser qu'il soyt quelque chose des maulvaises nouvelles de milord Grey. »
Vol. 7, f« 2^5 V, copie du xvi* siècle, 4 p. in-f«.
SELVE A M. DE LA ROCHEPOT
369. — Londres^ /" mai, — Le protecteur a promis d'écrire au premier jour à Brydges au sujet des deux navires encore retenus par lui à Boulogne. Les anglais arrêtés à Saint-Yalery, dit-il, ne sont coupables en rien : le plan trouvé sur eux est celui d'une place d'Ecosse qui était envoyé à Boulogne à un ingénieur et maître des œuvres qu'on appelle à Londres surveilleur * ; les navires qu'ils montaient étaient chargés de blés et de farines d'Angleterre à destination de Boulogne. Selve avise M. de la Rochepot du résultat de ses recherches sur le sieur de Yervins et lui annonce qu'il fera partir demain le personnage demandé sous prétexte que le roi réclame ses services : il portera un mot à M. de la Rochepot. « De LondreSy ce /" may i 548. »
Le paquet à l'adresse du roi est de grande importance. Dans celui de M. de la Rochepot est une lettre de l'Italien qui se prétend connu de lui et dont Selve a déjà envoyé une missive '.
Vol. 7, f* 227 V*, copie du xvi" siècle, 1 p. in-K
1. John Rogers, « surveyor » des forliOcations de Boulogne en 1548. (Calais Papers.)
2. Personnage désigné i>ar Selve dans sa dépêche du 6 avril sous le nom de « Joan Baptistes ».
SELVE A M. DE LA ROCllEPOT.
360. — Londres^ i" mai. — Comme le courrier chargé de la précédente dépèche allait partir, le protecteur fait mander à Selve qu'il écrit au capitaine de Boulogne de remettre à M. de la Hochepot les soldats français déserteurs et prie celui-ci de lui faire livrer les anglsds qu'ail réclame.
[« De Londres, ce i^^may io48, »] Vol. 7, r» 228, copie du xvi« siècle, 1/2 p. in-f*».
SELVE A M. DE LA ROCUEPOT
361. — Londres, h^ mai, — Un porteur venant de se présenter et offrant de revenir en hâte à Londres, Selve en profite pour avoir de plus fraîches nouvelles de M. de la Rochepot par le retour de ce courrier.
« De Londres, ce i"maij iô48. »
Vol. 7, fo 228, copie du xvi« siècle, i/2 p. in-f».
SELVE AU ROI
Guerre 3®^- — Londres, 3 mai. — « Sire, ayant eu advis et par Villeneufve dleoMe. et d'aultres endroictz qu'il se disoyt que milord Grey estoyt devant Dombarre et le tenoyt assiégé j'ay incontinent envoyé pour vériffîer ceste nouvelle vers l'ambassadeur de Venise qui m'avoyt mandé cez jours passez que le protecteur luy proumict luy faire part des nouvelles qui luy viendroint dudict Grey m'asseurant qu'il les me feroyt sçavoyr incontinent, lequel ambassadeur, Sire, m'a mandé que ledict protecteur venoyt de luy envoyer ung secrétaire par lequel il luy avoytfaict entendre lez nouvelles qu'il venoyt d'avoyr dudict Grey escriptes depuis quatre jours. Qui sont, Sire, qu'il estoyt à Âdingthon où il faisoyt faire à grand diligence la forliffication qui luy a esté ordonnée qui est celle pour laquelle il a dernièrement esté envoyé dans le pays d'Escosse et que s'il ne luy estoyt donné grand empeschement il esperoyt Favoyr bien tost parachevée et fournie pour la bien garder et deffendre estant toutesfoys adverty que le gouverneur d'Escosse avoyt bonne envj'e de l'en empescher et de le venyr combattre mais que les françoys qui estoiot avecques luy l'en gardoint et n'estoint paz de cest advis n*estant poinct en plus grand nombre que de troys ou quatre centz. Par là. Sire, me semble qu'il ne doibt rien estre du siège dudict Dombarre, car, s'il estoyt vray, le protecteur ne l'eust poinct à mon advis celé audict ambassadeur, mais plus tost luy eust enrichy le compte luy donnant à entendre qu'il eust esté bien prez de l'avoyr en sez mains. Quoy que ce soyt. Sire,
[mai 1548] M. DE SELVE 343
je ne veulx difFérer de vous mander ce peu que j'apprens à grande dif* ficulté à mesure que je le puys entendre, espérant dans deux ou troys jours recouvrer homme que j'envoyeray sur la frontière et au camp mesmes dez angloys s'il est possible pour vous en mander certaines nouvelles. A quoy je n'ay cessé de travailler depuys qu'il vous a plu me faire escripre. Au surplus, Sire, j'entendz que Ton faict mectre en ordre encores quelques ungs des navires qui sont demeurez à Porcemuth mais non pas tous car il y en a cinq ou six qui se sont trouvés sy gastés que Ton ne s'en sçauroyt servyr sans lez refayre quasy tout de neuf et encores aulx aullres que Ton prépare m'a esté dict que Ton n'y faict paz fort grande diligence de sorte qu'il ne semble paz que l'on haste par deçà fort lez choses de la mer réservé les navires que je vous ay desjà mandé estre prestz avec lesquelz se pourra comme je suys adverty trouver assez bon numbre de piratiez et corsayres dont il n'y a paz faulte en ce pays ausquelz Ton m'a dict avoyr esté donné non seulement permission mais encores commandement secret de s'armer et mectre en mer avec leurs vaisseaulx comme plusieurs ont desjà faict et font journellement. Quant aulx choses de terre l'on les haste plus que Ton n'a poinct encores faict et se lèvent de jour en jour gentz que Ton achemyne.dès qu'ils sont levez, en manière. Sire, que l'arrivée de vostre armée seroyt comme je pense dès ceste heure bien à propoz audict pays d'Ëscosse où ceulx cy vont renforçant la leur tous les jours. « Sire, etc.. »
« De LondreSy ce m* may i 548, »
Vol. 7, P 228 v°, copie du xvi» siècle, 1 p. 3/i in-P.
SELVE AU CONNÉTABLE
363. — Londres y 3 mai. — « Monseigneur,... le grand escuyer de ce ^^ pays qui se nommoyt Broun ^ est mort cez jours passez et ne se dict du Biex et poinct encores quy a sa charge. Monseigneur, j'ay envoyé à monsieur ^«'^'°•• de la Rochepot comme je vous ay mandé Tassin d'Allencourt et ne m'est possible de trouver aulcun tesmoing quy aye veu icy le sieur de Yervins mesmes m'ont dict tous ceulx de quy je m'en suys enquis qu'ils croyent qu'il n'y soyt poinct venu. Vray est que s'il a esté à Calaix ilz n'en sçavent que dire et n'en ont poinct ouy parler. En m'enquérant de eesle matière quelcun m'a dict qu'il y avoyt icy au greffe de l'amiral uDg clerc angloys qui aultresfoys auroyt servy le secrétaire du conte de Warvich lorsqu'il estoyt admirai d'Angleterre qui avoyt quelques lettres fie plusieurs françoys escriptes audict admirai durant lez dernières guerrez. Au moyen de quoy j'ay mictz poyne de faire parler audict