‹ Correspondance politique de Odet de SelveChapitre 158 sur 201 · Voir la dépèche suivante du 7 mai · texte numérisé non relu

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[mai 1S48] M. DE SELVE 345

royaulme où j'ay envoyé homme exprez pour s'en informer par le menu et à la vérité et luy ay donné charge d'essayer s'il se faict armée angloise de trouver moyen de la suivre soubz couleur de mercerye et marchandise ou aultre semblable soubz umbre de laquelle il puisse aller et venir par foys du camp à Barrvich ou Neufchastel et de là manxier ce qu'il aura apprins par homme seur et non congneu quy ira et viendra entre luy et moy ce qu'il m'a proumictz de tenter et au piz aller s'il ne trouve moyen de s'arrester là luy mesmes me viendra advertyr de ce qu'il aura apprins. Au surplus, Sire, je me suys enquis tant que j'ay peu s'il estoyt quelque chose que milord Grey aye receu naguères la perle que l'on m'avoyt dicté comme je vous ay mandé par mez lettres du XXVI IP du passé et ne m'est possible d'avoyr là-dessuz aulcune certitude car la plus part disent disent icy que ledict milord Grey a assiégé le chasteau de Dombarre et tel est le commun bruict de ceste ville auquel toutesfoys j'adjouste peu de foy. Et aultres disent secrettement que ce bruict est faulx et que l'on le faict semer expressément affin que l'on puisse plus tost recouvrer et lever quelques gentz pour envoyer audict pays d'Ëscosse desquelz l'on ne fineroyt paz ayséement s'ils sçavoint que ledict Grey y eust esté repoulsé et battu comme ilz afferment qu'il a esté de fraische datte. Mesmes me vient d'advertyr tout présentement ung marchant françoys icy demeurant et naturalizé qu'il avoyt entendu d'ung marchant angloys venant du North que pour certain ledict milord Grey avoyt faict grande perte contre lez escossoys et principalement de sez gentz de cheval desquelz la plus part avec leurs chevaulx y estoient demeurez et ung aultre dict avoyr entendu semblable nouvelle par aultre personne venant dudict pays du North, lesquelles nouvelles, Sire, je ne vous puys ny veulx donner pour plus certaines que je les reçoy, ne voulant cependant faillir de vous en advertyr et pareillement d'ung aultre advys que l'on me vient tout à ceste heure de donner qui est que ceulx cy sont aprez à trouver gentz ou françoys ou italiens quy voysent en France mectre le feu s'il est possible en voz gallayres et navires ou aulx principaulx desdictz vaisseaulx et que pcust estre en ont ilz desjà depesché pour cest effect de quoy ne m'a esté possible de sçavoyr plus avant nouvelles par celluy qui m'a donné cest advertissement quy ne m'a voulu aultre chose dire sinon que je me pouvoys asseurer qu'il avoyt esté parlé de ceste matière en bon et grand lieu et qu'il m'en avoyt bien voulu adviser incontinent. Quy m'a faict tout à l'heure depescher ce porteur pour en advertir tant vous *, Sire, que monsieur de la Rochepot pour le faire entendre là où besoing

i. Il est assez singulier d'observer que, de son côté, Nicholas Wotton avertit le gouvernement anglais de l'existence d'un engin destructif du môme genre, destiné, assure-t-il, à Tanéantissement de la flotte anglaise : « a sort of Greek fire », dit-il dans sa dépêche du 18 mars. (Calendar of St. P., Foreign Séries, Edward K/, p. 16.) Voir les détails donnés ci-dessous, dépêche du 13 mai.

346 NÉGOCIATIONS DE [mài 1548]

sera à quoy m'a semblé que je ne debvoys faillyr combien que par adventure ledict allarme soyt faulx et quand il seroyt vray est sy bien pourveu comme je croy qu'il n'en adviendra poinct d'inconvénient au plaisir de Dieu. J'ay aussy sceu que cejourd'huy ont esté envoyéez lettres par tous les portz pour deflendre à tous cappitaines maistres de navyres et mariniers de ne se partir ne leurs navires et n'excepte Ton que les pescheurs lesquelz encores par lez mesmes lettres sont admonestez de se garder de navires françoys. Oultre j'entendz que le trésaurier de la marine a eu commandement de faire préparer tous les navyres qui sont à Porsemut et l'isle d'Ouich.

« Sire, etc.. »

« De Londres^ ce VJi* may i 548. »

Vol. 7, r> 230, copie du xvi« siècle, 3 p. 1/4 in-f».

SELVE AU CONNÉTABLE

365. — Londres^ 7 mai, — Les marchands français qui étaient en instance à Londres se sont enfin lassés de leur procédure inutile. Selve rappelle au connétable qu'il a dû faire une avance à l'émissaire qu'il a envoyé à la suite de l'armée anglaise en Ecosse et dont il a parlé au roi.

« De Londres^ ce vu* may i 548. »

Vol. 7, fo 231 v<», copie du xvi« siècle, 3/4 p. in-P.

SELVE A M. DE LA ROCHEPOT

366. — Londres, 7 mai, — Selve avertit M. de la Rochepot du projet d'incendie de la flotte française qu'il vient de signaler dans sa dépêche au roi.

« De Londres, ce vii' may i 548, »

Vol. 7, fo 231 v*», copie du xvi« siècle, 1/2 p. in-P.

SELVE AU ROI

367. — Londres, i 0 mai, — Selve envoie au roi une dépèche de l'ambassadeur de France en Ecosse, qu'il vient de recevoir par un Écossais qui se dit archer de la garde royale et s'en va en France avec un sauf-conduit.

ouArre *< Sire, depuis ma dernière depesche je n'ay apprins aultres nouvelles

d*Éoo88e. sinon qu'il se dict que depuis peu de jours milord Grey avec quelque

numbre de gents de cheval a coureu jusques devant Lislebourg et pillé

quelque bestial qu'il a trouvé dehors et sans aultre chose faire s'en est

retourné incontinent à Adinghton où il faict continuer le fort dont je

[mai 1548] M. DE SELVE 347

vous ay par cy devant escript, lequel ceulx cy disent et publient leur

> estre de grande importance et adventaige, de quoy toutesfoys le susdict

< escossoys dict le contraire. L*on envoyé de jour à aultre quelque petite

' trouppe de gentz de pied vers le dict pays d'Escosse, mais de cavallerye

t ils n'y ont encores envoyé que je sçaiche aultre que celle qui y estoyt

^ d'ordinayre bien long temps a de laquelle ilz s'aydentavcc celle qu'ilz

!'• font des escossoys des frontières qu'ilz ont tous à leur dévotion mainte-

î nant à cause qu*llz sont les plus fortz pour ceste heure sur les terres des-

i dictes frontières. Vray est qu'à ce que j'entendz dans peu de joui*s se

feront les monstres des genlishommes pensionnaires de la maison de ce

roy, après lesquelles se pourra veoyr et entendre quelque chose à mon

advys du numbre de cavallerye quy ira audict pays d'Escosse où je ne

puys penser quelque bruict que j*oye faire que cez gentz soint pour aller

employer grandes forces qu'ilz ne voyent en quelle part ira tumber la

nuée qu'ilz sentent lever en vostre coste de Bretaigne, de laquelle sans

poinct de faulte. Sire, ils doubtent quelque grand oraige et d'efifroy tous

lez jours se donnent dez allarmez à eulx mesmes de la venue de vostre

armée de mer laquelle de ce qui se peust comprendre ilz ne sont poinct

' délibérez d*empescher de passer en Escosse, mais sur le retour pourroyt

• estre qu'ils font leurs dessaings d'adviser s'il y aura moyen d'en avoyr

i'adventaige Ml me fust hyer dict que le protecteur en devisant de ladicte

armée entre les seigneurs de ce pays disoyt qu'au piz aller il n'y sçauroyt

avoyr VUÏ^* hommes de pied et tout au plus dix et huict cents chevaulx

tant de voz ordonnances que de chevaulx légers et qu'à ung besoing il

trouveroyt en ce pays quarente mil hommes de pied bonnes gentz de

guerre et huict M chevaulx qui monstreroient bien à voz gentz qu'ilz

n'avoint paz la peau plus dure qu'eulx. Qui est, Sire, tout ce que pour

ceste heure je sçay digne de vous estre mandé.

« Sire, etc.. »

« De Londres, ce a'« may i 548, »

368 . — Londres, i 0 mai, — L'Ëcossais qui lui arrive porteur de la g^^j^j^ ^ lettre de l'ambassadeur de France en Ecosse a dit avoir vu à Newcastle naTiret. le comte de Huntley, dont Selve n'avait eu aucune nouvelle depuis le départ de Quiriace. Les anglais le disent plus à eux que jamais, bien

i. Allusion aux préparaUfs maritimes que le gouvernement français pressait avec ardeur pour opérer la descente projetée en Ecosse, et dont le protecteur était averti par les rapports continuels des ^gouverneurs anglais de Boulogne, Ambleleuse et Calais, qui entretenaient de nombreux espions. {Calendar ofSt. P., For, Ser,, Edward VI, Calais Papers, pp. 339 et ss.) La lacune signalée dans cette correspondance cesse le 3 mai.

qu'on l*ait soupçonné d'avoir voulu s'évader de Newcaslle. Les marchands français sont tous les jours pillés en mer. « Encores n'y a que deux joun qu*il en est venu à moy deux de Dieppe ausquelz depuis quinze ou seize jours en çà a esté pillé pour envyron X** franez de marchandise qu'ik avoint chargée à la Rye pour porter audict Dieppe, et ne 8*en est gnères failly qu'ilz n*ayent perdu les personnes avec le bien, car les angloysles vouloinl jecter tous en la mer comme ilz ont faict d*aultres ainsy que je suys adverty desquelz les navyres sont arrivés vuydez en la coste de France. » Le protecteur leur a accordé des lettres pour aller chercher leur bien dans les ports d'Angleterre, mais bien inutilement sans doute.

Richard Martin, qui se vantait de rendre de tels services au roi, eM venu se plaindre à un Français séjournant à Londres de ce que Paget n'ait tenu aucun compte de Taveu qu'il était venu faire, en avertissant que le roi de France lui promettait 800 écus par an pour tirer des renseignements d'Angleterre : il a trahi ainsi le roi de France et le roi d'An* gleterre et se plaint néanmoins d'avoir été ruiné des deux côtés. Le capitaine italien Gamillo, venu naguère de France avec son compatriote Conte, a été renvoyé par le protecteur en France pour y servir d'espion, but dans lequel on le soupçonnait d'être venu par deçà. Selve a déjà envoyé des émissaires à Berwick et en expédiera d'autres qui ne sachent rien les uns des autres pour être mieux renseigné.

« De Londres, ce x-« may i548. »

Vol. 7, fo 232 v*», copie du xyi« siècle, 2 p. 1/2 in-P.

communi- 369. — Loiidrcs, i 3 mai — « Sire, je receuz hyer la dépesche qall ^{^ •^•® vous a pieu me faire faire par Berthyer et ce jourd'huy iray vers monsieur le protecteur pour luy faire entendre ce qu'il vous plaist me commander par rinstruction que m'a portée ledict Berthyer, affîn, Sire, que ledict protecteur estime d'aultant moins faincte ladicte instruction de laqaeile il a entendu le contenu par ung secrétaire qu'il a envoyé au-devant dudict Berthyer jusques à dix mil de ceste ville. Et pour aultant, Sire, que icelluy Berthyer à son arrivée m'a adverty d'avoyr veu entre les mains de milord Choban à Calaiz certaine manière de paste composée qui brûle en l'eau comme il en veist faire l'expérience ainsi qu'il vous comptera plus amplement à son retour et que cela me conûrme aulcunement l'oppinion que j'avoys que cez-gentz de bien tendent à user de quelque subtilité de feu s'il leur est possible pour endommaiger vox forces de mer qui ne leur plaisent sans poinct de faulte guères *. Je n'ay

1. Voir ce que Selve en a dit dans ses dépêches des 7 et 10 mai.

[mai 1S48] M. DE SELVE 349

voulu faillyr ne différer de vous mander ledict advertissement et vous ad viser, Sire, comme ca jourd*huy j'ay depesehé Jehan Roche en Ëscosse avec le petit pacquet qu'il vous a pieu m'envoyer pour la royne et y a environ deux jours que j'ay depesehé ung aultre homme pour aller à la frontière dudict Escosse et entendre à la vérité ce qui se y fera, de sorte. Sire, que devant ledict Jehan Roche j'en ay acheminé deux de ce costé là affm que sy Tung fault, l'autre puisse rencontrer à vous faire quelque service. Je n'entendz rien de nouveau dudict pays d'Escosse sinon que le protecteur dict il y a deux jours à l'ambassadeur de Venise que le fort que milord Grey a commencé naguères cstoyt desjà en bonne deffense et que le gouverneur d'Escosse avoyt faict quelque saillye de Lislebourgsur ledict fort où il avoyt esté fort bien souslenu et en fin repoulsé et chassé bien loing et qu'en ceste chasse les angloys avoint prins grand butin de bestial, mais je me doubte puys qu'il ne se ose vanter d'avoyr conquis que des bestes qu'il ne soyt pour avoyr perdu des hommes en change. Qui est, Sire, etc.. »

<\ De Londres, ce xrii'^ maxj v« xlviii. »

Vol. 7, P 23i, copie du xvi« siècle, 1 p. 1/2 in-P.

370. — Londres, i 3 mai, — L'Écossais qui avait apporté la lettre de l'ambassadeur de France en Ecosse que Selve a envoyée au roi, et qui devait passer lui-même en France, est venu Pavant-veille déclarer à Selve que le protecteur l'avait fait mander et ne s'est pas représenté depuis. Ce personnage ne quitte pas le comte de Bolhwell et les meurtriers du cardinal de Saint-André : il se dit même parent des écossais pris au château de Saint-André et actuellement prisonniers en France. Selve montrera la lettre du connétable à Berteville, qui paraît à présent fuir ceux qui lui fournissaient ses renseignements.

« De Londres, ce xiii^ may v^ xlviii. »

Vol. 7, P 234 v°, copie du xvi» siècle, i/2 p. in-P.

SELVE AU CONNÉTABLE

371. — Londres, 15 mai. — Le présent porleur est l'Écossais dont Selve annonçait le départ dans sa précédente dépêche, et qui s'offre h repasser en Ecosse à son retour de France. Le protecteur l'avait fait mander, après quatre ou cinq jours de remise, pour savoir de lui s'il y avait eu réellement quelque dissension entre le gouverneur d'Ecosse et les capitaines français à cause de la garde du château de Lislebourg. Outre le sauf-conduit du protecteur, il est porteur d*un laissez-passer de

380 NÉGOCIATIONS DE [Mid 1548]

John Lutrell qui est maintenant capitaine de Broughty-Craig au liea d'André Dudley «.

« De Londres j ce at/*» may F xlviti, » Vol. 7, P 235, copie du xvi« siècle, 1 p. in-P.

SELVE AU ROI

incurtion 372. — LoTidres, i5 mai. — Selon la teneur de la dépêche du roi, dan» le Sclvc a parlé la veille au protecteur du retard apporté à la remise des soldats français déserteurs, en feignant que M. de Langey en eût averti le courrier porteur de la dépèche du roi à son passage à Montreuil. Le protecteur a promis de réitérer au capitaine de Boulogne ses injonctions. Quant aux deux navires français encore retenus dans ce port, il a montré à Selve une lettre en anglais de Brydges ' où ce dernier explique que ces vaisseaux avaient été retenus comme gages à la requête des marchands anglais créanciers et qu'un des deux navires avait déjà été relâché. Le protecteur réclame toujours la mainlevée des saisies pratiquées sur les sujets anglais en France et la remise de TÂnglais transfuge Hugues Lutrell qu'il sait avoir été vu dans le fort d'Outreau six et sept jours après la requête de l'ambassadeur d'Angleterre, comme Ta avoué d'ailleurs l'autre transfuge qu'il réclamait et qui a été directement repris en Angleterre.

« De Londres^ ce xv/- may \^ XL\in. » Vol. 7, P 235 v<>, copie du xvi« siècle, 1 p. in-f».

SELVE A M. DE LA ROCHEPOT

373. — Londres, i ô mai. — Selve a reçu la lettre de M. de la Rochcpot en date du 6 et a dit la veille au protecteur que M. de la Hochepot faisait rechercher le lieu de chargement des blés saisis sur les navires anglais arrêtés par lui et de la saisie desquels le protecteur s'était plaint. Il avise M. de la Rochepot de son entrevue du 14 et des points qui y ont été traités.

« De Londres, ce av/- may \'^ xivii/. »

Vol. 7, fo 23(5, copie du xvi« siècle, 1 p. i/2 in-fo.

1. La dernière dépêche d'André Dudley, datée de Broughty-Craig, est du 7 mars, la première de sir John Luttrcll, du 30 avril. Ce dernier arrivait de Saiot-Combe's Inch, dont il venait de quitter le commandement. {Calendar of St.P..Scotland, 1. 1, p. 82 et 86.)

2. Dépêche de sir John Brydges au protcclcurf datée de Boulogne, 6 mai, contenant les détails de cette alTaire. Les deux navires français saisis appartenaient à Jacob Pierson, de Boulogne, et à Jean le Grand, de Saint- Valéry. Les Anglais réclamants: John Love et John Lenson. {Calendar ofSt. P., For. Ser., Edward V/, Calais Papers, p. 3i0.) L*a(Tairc des transfuges n'est pas éclaircie dans la reprise de la correspondance.

[mai 1548] M. DE SELVE Soi

SELYE AU CONNÉTABLE.

374. — Londj*es, iômai, — Le présent porteur parlera au connétable de la charge qui lui a été confiée par celui-ci. Selve ne peut penser rien de bon de l'Anglais transfuge récemment repris par les ordres du protecteur, lequel est resté longtemps dans le fort français où il ne courait aucun danger et aurait pu rester en sûreté, et qui est en môme temps bien entendu en architecture et en fortiGcations.

« De Londres, le xvi^» may i 548. »

Vol. 7, fo 230 Y«, copie du xvi« siècle, i/2 p. in-P.

SELYE AU CONNÉTABLE.

375. — Londres, 16 mai, — « Monseigneur, depuis mon aultre lettre ouem; escripte je Yiens d'estre averty de dJYers endroictz que par conseil et déli- ^'^''^^^ béralion prinse entre les francoys et escossoys en Escosse, milord Grey a

esté cncloz et environné avec sez gentz dans le fort qu'il faict et tellement empesché d'avoyr vivres qu'il a esté constraint de sortyr et abbandonner sondict fort, en quoy faisant luy et ses gentz ont esté combatus et defTaîclz par les nostres. De quoy toutesfoys , Monseigneur, je ne vous afTermeray rien que je n'en aye aultre seureté. J'ay aussy sceu pour Yray que depuis dimanche l'on n'a cessé de charger artillerye, pouldres, picques et aultres armes sur trois navyres du port d'envyron soixante tonneaulx et plus chascun, qui sont en cette rivière pretz à partyr au premyer jour pour envoyer devers Escosse. Sy cela pouvoyt tumber en main de nostre armée de mer, le butin n*en seroyt mal à propoz, car j*entendz que la plus part de ceste charge est de pouldres et qu'il y en a assez bonne quantité. L'on m'a aussy adverty qu'il y a eu ces jours passez ung navire francoys esquippé en guerre pour aller en Escosse comme l'on dict quy a esté tellement combatu par ung angloys que le cappitaine a esté constraint de venyr parlementer dans le bort dudict angloys quy l'a incontinent amené par deçà où il est tenu prisonnier comme j'entendz, dont je ycrray de sçavoyr la vérité pour en faire telle remonstrance qu'il en sera requis à monsieur le protecteur et vous manderay incontinent sa réponse.

« Monseigneur, etc... »

« De Londres, le xv/- may v«= xlviii. »

« Monseigneur, l'on m'a dict aussy qu'il est arrivé en ce royaume quelques chevaulx légers albanoys ou italiens je verray d'en sçavoyr la vérité pour vous en informer et du numbre esquippaige et cappitaine d'iceulx. »

Vol. 7, P 237, copie du xvi« siècle, 1 p. in-P.

[mai 1S48]

SELVE AU ROI

Saisies de 376. — Londres^ i 9 mai, — Selve a été il y a deux jours voir le nsTires. protecteur et lui faire plainte des nouveaux actes de pillage commis sur les marchands français par un pirate nommé Franche Jehan, de la Rye, Français renié qui se vante de ne rien exécuter que par les ordres du protecteur. Un gentilhomme de Normandie, le sieur du Tourt, fait prisonnier par lui et mené blessé à Londres, a trouvé moyen de s'évader il y a trois jours et de venir trouver Selve qui a remis au protecteur un mémoire relatif à ces faits joint à une enquête dressée par les officiers anglais du quartier de la Rye eux-mêmes d'après les aveux de l'équipage. Selve fait partir secrètement le gentilhomme et les marchands, craignant qu'on ne leur prépare quelque piège. « Et à ce que m*ont dict vosdilz marchantz », explique Selve, « cestuy là seul a pillé à voz subjeclz plus de cent M françz vaillant depuis uug an et depuys troys sepmaiDes ou ung moys desrobbé plus de dix de leurs navyres quy sont morceaulx qu'ung tel rustre n'avalleroyt pas sans avoyr mal à la gorge s'il n'avoyt le mot du guet avec les grandz. Et de faict m'a esté dict, Sire, pour chose très certaine que luy estant prisonnyer cest hy ver dernier pour ung . grand larrecin par luy faict à ung portugoys, sa femme en sollicitant sa délivrance disoyt publiquement et tout hault qu'elle diroyt ce qu'elle sçavoyt sy l'on ne faisoyt mectre son mary hors de prison et que le pauvre homme n'avoyt rien que la poyne et le danger et encores estoyt tourmenté par ceulx quy luy faisoint fairç ce qu'il faisoyt pour leur proffict. Après lesquelles paroUes il feust tout incontinent hors de prison sans que jamays l'on aye seeu comment. De moy, Sire, je vous puys asscurer que ce XIIII" de ce moys, parlant au protecteur de cest homme de bien, il me respondeist sur son honneur qu'il n'avoyt poinct faict les pilleries dont je luy ay depuis baillé les informations lesquelles il receut avec ugne bien maulvaise myne me disant que ceulx de la Rye esloint meschante canaille et qu*ilz se vouldroint estre mangez et pendus les ungs les autres. Quy est ung vray signe, Sire, que voz subjects n'auront icy nulle justice puys que leurs juges sont leurs parties et n'est qu'aultant de temps perdu d'en demander car l'on n'aura aultre payement que d'honnestes parolles sans effect.

<( Sire, je n'entendz pour le présent aultre chose d'Escosse sinon qu'il y a troys jours que le protecteur dict à l'ambassadeur de Venise que le fort d'Adinglhon estoyt desjà en très bonne defîence et qu'à la fin de ce moys il seroyt entièrement parachevé et très bien pourveu de tout ce Haddingion. ^^'i-^ falloyt dedans pour le bien garder * et que les escossoys n'y avoinl

1. La fortificatloQ de Haddington élait cette entreprise importante dont lord Grey avait été chargé pendant son voyage à Londres et que Selve a mentionnée. (Dépêche du 19 mars.) Dès le 28 avril, les préparatifs commençaient, et Grey

Guerre d'ÉcosM.

Fortification de

[mai 1o48] m. de selve 8S3

donné ny donneroint aulcun empeschement, desquelz la résolution prinse avec vozgentz estoyt d'attendre le secours que vous leur envoyés, à l'arrivée duquel ilz estoint résoluz du tout de bailler la garde et gouverne-

• ment de la royne d'Ecosse et du royaulme entre les mains de celluy quy t ira chef de vostre armée et luy présenter et recommander ladicte prin- L cesse comme debvant estre femme de monseigneur le daulphin vostre . filz et telle la consigner en sez mains soubz vostre garde et tuytion, asseuz rant cela ledict protecteur pour chose très certaine et de laquelle il j: avoyt ainsy qu'il disoyt advertissement par bonnes et seures voyes. Au

• surplus, Sire, quant aulx choses de la mer j'entcndz que la plus part des P navyres sont toujours à Porcemuth comme ilz souloint et qu'ilz sont ;; prestz de toutes choses réservé d'hommes pour mectre dessus, de quoy - pour sfjavoyr plus certaines nouvelles j*envoye cejourd'huy sur les heux , deux hommes qui ne sçavent rien l'ung de Taultre affin d'estre plus seu-

rement adverty. Il y en avoyt avant hyer six grandz dans le port de

^ Bouloigne et six aultres en mer au Pazde-Calaix tous navyres à troys ou

^ quatre hunes quy estoint là au guet pour attendre vostre armée, mais

. s'il n'y a que cela je me doulte qu'ilz se contenteront d'en avoyr la veue

, . de bien loing sans la saluer de prez. Il y en a encores six ou sept en ceste

^ rivyère quy pourroint servyr avec la Gallayre qui est maintenant en

^ l'eau et quasy preste, mais c'est tout ce quy est deçà pour ceste heure.

\, L'on donne grand ordre pour avoyr bon numbre de gentz pretz pour lever

toutes les foys qu'il sera besoing et mesmement de cavallerye. Et m'a

esté dict que tout homme quy a deux G livres esterling de rente doibt faire

iing homme d'armes bien armé et esquippé et ceulx quy en ont moins

jusques à quarente ou cinquante font ung homme de cheval en moindre

esquippaige. Qui me semble debvoyr revenir à ung bien grand nombre

s'il se debvoyt ou pouvoy t exécutter et lever, ce que je ne croy paz, mais

plus tost que cez choses se font publier et semer expressément pour

aagmenter la réputation de l'appareil de guerre de deçà. Il n'est encores

poinct certaines nouvelles sy le protecteur ira en personne en Escosse.

Bien m'ont asseuré aulcuns que pour seur il y ira d'icy à ung moys au plus

tard et croy facillement qu'il sera nécessaire qu'il y voyse car le conte de

Warvich qui est l'homme le plus entendu au faict de la guerre qu ilz

ayent en ce royaume est continuellement malade et en telle disposition

qu'à poyne y servira de cest esté, desquelles choses, Sire, je ne fauldray

de vous advertir continuellement et diligemment et de tout ce que je

pourray apprendre. »

« De Londres j le x/x- may v* XLViir. »

Vol. 7, P 237 v«, copie du xvi« siècle, 4 p. 3/4 in-f».

écrivait au protecteur : « I will yield His Grâce a fortress defensible, or leave my bones in défense of it. » (Calendar of St. P., ScoUandf t. I, p. 85.) La correspondance est interrompue du 29 avril au 3 juin.

Angleterre. — 4546-1549. 23

[mai 1548]

Procès de

da Biez et

Vervins.

Oaerre d'Bcoue.

SELViS AU CONNÉTABLE.

377. — Londre$y 19 mai, — Selve a reçu la veille la dépêche du connétable en date du 13. Il s'était déjà conformé d'avance aux instructions du roi en envoyant des émissaires en Ecosse et sur la côte; il demande quelques avances sur sa pension pour couvrir ses dépenses.

« Quant à recouvrer les lettres qui ont esté tirées avecques des flesches du clerc du greffe de ceste admiraulté, je vous responds, Monseigneur, que je y ay faict tout ce qu'il m'a esté possible et une foys m'avoyt proumictz de m'en mectre quelques-unes entre mains mais depuis m'a dicl qu'il n'estoyt paz en sa puissance et qu'elles estoint trop soigneusement gardées et que la plus part estoint entre les mains du frère de son maistre quy estoyt secrétaire du conte de Warvich pendant qu'il estoyt admirai d'Angleterre. Je y feray encores ce que je pourray et m'enquerray des choses qui concernent le mareschal du Byez et le sieur de Vervins el vous manderay ce que j'en pourrai apprendre. Les nouvelles que je vous ay dernièrement escriptes de la deffaicte de milord Grey et abbandonnement de son fort se continuent par plusieurs quy disent oultre que le cappitaine Gamboa a esté tué combien que le protecteur dîct tout le contraire comme vous verrez par mon aultre lettre *. Au regard de ce que l'onm'avoyt averty de la venue de quelques italiens ou albanoys chevaulx légers je ne me suis encores aperceu qu'il y aye aulcune vérité audicl advertissement et croy qu'il soyt faulx. Hyer et aujourd'huy Ton a sonné le tambourin par ceste ville et faict crier que quiconque voudroict aller servir le roy d'Angleterre s'allast faire enrooller en ung certain lieu de ceste ville où il recepvroyt argent. De Berteville il n'y a ordre de luy pouvoyr faire parler car vous diriés qu'il refuze ce qu'il souloyt solliciter, je ne sçay sy c'est peur d'estre descouvert ou mcschanceié. »

« De Londres^ le xix^» may t** xlviii, » Vol. 7, fo 239 vo, copie du xvi« siècle, i p. 4/4 in-f».

SELVE A L AMIRAL

378. — Londres, i 9 mai. — Le sieur du Tourt, présent porteur, fera à l'amiral le récit de son aventure. Selve espère donner bientôt satisfaction à l'amiral touchant le contenu de sa lettre en date du 8 août dont il lui accuse réception. Sir Francis Bryan a reçu également la sienne et fera bientôt réponse à l'amiral.

« Londres, ce /.v- may i 548. »

Vol. 7, P 240 v», copie du xvi« siècle, 1/2 p. in-f».

1. La nouvelle de la mort de Gamboa était inexacte. Selve la dément dans sa dépêche du 21 mai, où il donne des détails plus complets sur ce combat.

[mai 1548] M. DE SELVE 3S5

SELYE AU ROI.

379. — Londres^ 23 mai. — Le jour précédent au soir, Tenvoyé du Evasion du comte de Huntley est venu trouver Selve pour lui annoncer que le comte ^J^u^y* venait d'être amené à Londres pour être enfermé à la Tour, à cause des soupçons d^évasion et de trahison conçus contre lui. « Le protecteur avoyt esté adverty qu'il estoyt venu de nuict jusques aulx murailles de Neufchastel cinq chevaulx escossoys pour saulver et emmener ledict comte en Escosse, ce quy estoyt vray, mais qu'il n'avoyt sceu sortyr hors desdictes murailles pource que Ton luy faisoyt grande garde. » Ce dont Selve a manifesté son étonnement, lesdits chevaux ayant pu aller et venir sans être découverts de la frontière d'Ecosse à Newcastle, qui en est distant de trente-six milles. Cet envoyé a avoué également que le * navire de Quiriace était resté longtemps à Newcastle, mais que le comte de Huntley n'avait pu en profiter, Quiriace n'ayant pas voulu envoyer de chaloupe jusqu'au port de Newcastle même. Il conta ensuite comment l'évêque de Caithness était venu trouver le comte de Huntley à Newcastle et comment les deux frères s'y étaient séparés le même jour, le comte pour revenir à Londres, l'évêque pour retourner en Ecosse en emportant à la reine le serment écrit du comte ; comment le gouverneur d'Ecosse envoyait son fils en France; et comment le bruit courait en Ecosse que le roi de France venait en personne secourir la reine avec cinq à six mille hommes seulement. Selve, à tout cela, n'a répondu que vaguement, mais exprime au roi son étonnement du sauf-conduit accordé à Févèque de Caithness, concession bien rare de la part des anglais.

« Sire, je vous envoyé ung mémoyre par lequel vous trouverrés ce que j'ay peu apprendre des forces de mer de deçà par les gens que j'ay envoyés sur les ports et en envoyé aultant à monsieur l'admirai, vous advisant, Sire, que l'on faict maintenant sy grande diligence aulx choses de la marine que sy vostre armée tarde plus guère elles pourroint bien estre prestes pour la rencontrer et guetter au passaige en quelque endroict à l'adventaige sy faire se peust. Au demeurant il se continue pour vray que ce roy lève par son royaulme grand nombre de gentz de eheval sur les bien aysés. Yray est que ce ne pourront pas estre gentz fort aguerris ne adroictz et se dict que de ceste ville seulle se lèvera bien Juaques à deux mille chevaulx. En quoy l'on espairgne ne homme de meatyer ne marchant estranger ne aultre, pourveu qu'il aye jusques à quarente livres esterling de revenu vaillant et ne sont tenus que de fournir les hommes et chevaulx armés et esquippés à la soulde de leur roy. L'on m'a dict que le comte de Baudouel s'en va dans peu de jours trouver milord Grcy. J'ay aussy présentement esté adverty que depuys deux jours est icy arrivé ung menuysier boyteux demeurant à Nantes quy a porté des lettres par deçà et ample advertissement de tout l'appa^r

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reil de vostre armée et que c'est ung homme de bien quy sert ordinayrement de ce mestyer ; s'il m'est possible de sçavoyr meilleures enseignes de iuy je ne fauldray de les vous mander *. »

« De Londres, ce xxiii'^' may i 548, »

Vol. 7, P 240 v«, copie du xvi« siècle, 3 p. 3/4 in-P.

380. — Londres^ 25 mai. — Selve a fait voir la veille à Berteville la lettre du connétable sans la lui laisser, et lui a fait entendre ce que le connétable pensait de son cas. Berteville a demandé à son tour qu*on avertit les gens du roi de sa venue, là où il serait envoyé en Ecosse, pour pouvoir se faire reconnaître d'eux, et reproche à M. de la Rochepot d'avoir découvert ce projet au chevaucheur anglais Francisque; le protecteur, quoique averti, n'en a cependant rien cru et a dit que c'était une intrigue destinée « à rendre suspectz ceulx desquels ils voyoint que Eq>ion8 l'on tiroyt service par deçà ». — « Au regard du gentilhomme qu'il cÛcl «ngi»w- mander des nouvelles par deçà * je feroys très grande conscience de le nommer au seul adveu et rapport d'ung si vicieux et meschant que cestuy cy est, n'estoyt que mon debvoyr m'oblige de révéler au roy et à vous ce qu'il m'en a dict soyt mensonges ou vérités, et aussy, Monseigneur, que vous sçaurez trop mieulx juger que moy de quel prix et valleur doibvent estre les accusations et dénunciations de telles genlz pour mectre la moindre nolte et souspeçon du monde en la réputation et estime de quiconque ce soyt si ce n'estoyt quelcun quy feust tenu pour aussy meschant qu'eulx. Or, Monseigneur, il dict que ledict gentilhomme est le sieur de Jaigny ' qu'il dict fréquenter souvent chez monsieur de Soissons ^ et qu'il a eu chez Iuy ung allemant maistre de sez enfans lequel il a envoyé demeurer à Sainct-Omer où il faisoyt tenyr sez advertissemenli durant les dernières guerres, et que dudict Sainct-Omer cest allemant les faisoyt tenyr à Calaix et par ceste voye venoint jusques icy et que depuis quelque temps il a envoyé icy ung homme exprez qu'il a descript au long par sa taille, stature, visaige, barbe et accoustrementz, et l'a

1. Selve revient sur celle affaire dans sa dépêche du i^' juin.

2. Affaire à laquelle Selve a fait déjà quelques allusions sans préciser de nomf. (Dépêches de novembre 1546.)

3. Jean de Corbie, seigneur de Jaigny, gouverneur de la Père, tué à la bataille de Saint-Quentin en 1557, marié à Jacqueline du Harlus. Il avait pour cousine germaine Marie de Corbie, dame de Mareuil et de Brevannes, mariée À Germain du Gai, seigneur du Mesnil, tige des Fontenay-Mareuil. C'est probablement celte même dame de Mareuil dont Selve a déjà signalé la correspondance avec Berteville.

4. Hector de Soissons, de la maison de Mareuil, fils de Jean II de Soissons. légitimé en 1520. (Depuis le xivo siècle, la maison de Mareuil avait échangé eoo nom contre celui de Soissons. Il ne peut s'agir ici d'un comte de Soissons de it maison de Bourbon, ce titre n'ayant été porté pour la première fois que par Charks de Bourbon, comte de Soissons, né en 1566, (ils de Louis I*', prince de Condé.)

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nommé Saint-Touyn *■ et par ladicte description et nomination c'est ceiluy duquel je vous ay envoyé plusieurs lettres addressantes à monseigneur de Ghastillon quy disoyt estre venu par deçà pour faire service au roy, auquel homme il dict que le protecteur a faict donner cent escuz depuys deux jours par les mains d*ung clerc de ce conseil privé nommé Ghalonnet et qu'il s'en doibt retourner dans quatre ou cinq jours par delà, de quoy il m'advertira, quy est, Monseigneur, tout ce qu'il m'a faict dire là dessus. Ledict Sainct-Touyn vint à moy le jour de la Pentecoste me faire excuses de ce qu'il y avoyt longtemps qu'il n'estoyt venu vers moy et que c'estoyt pource qu'il n'avoyt rien entendu d'importance et aussy qu'il avoyt esté quelque temps aux champs et me demanda sy j'avoys poinct de nouvelles de monsieur de Ghastillon. Je luy dictz que non, mais que s'il luy vouloyt mander des siennes je les luy feroys tenir comme j'avoys faict par cy devant. Il me dict qu'il luy escriproyt et me porteroyt les lettres ce qu'il m'a faict. Aultres propoz ne me tint guères dont il me souvienne sinon que aulcuns cappitaines quy sont icy ne pouvoint avoyr expédition ne argent pour aller en Escosse et que l'on les remectoyt de jour à auitre et qu'il y en avoyt ung cappitaine hungre avec lequel il se tenoyt ordinairement qui luy proumectoyt de le mener avec luy en Escosse s'il avoyt charge et qu'il iroyt pour essayer de faire quelque service au roy voyant qu'il estoyt bien raisonnable que le service précédast la récompense ainsy que monsieur de Ghastillon luy avoyt mandé. Voylà, Monseigneur, tout ce que je vous puys dire sur ce propoz sinon que pour sy peu de congnoissance que j'ay du seigneur de Jaigny que j'ay plusieurs foys veu par delà je ne vouldrois ne mal dire ne mal penser de luy non plus que de moy mesmes de quy je ne vous sçauroys avec mon honneur taire ne celler une semblable chose quand elle me seroyt dicte de la sorte de ceste cy quelque asseurance que j'eusse qu'elle feust plaine de mensonge.

« Au surplus, Monseigneur, toutes les aultres nouvelles que j'ay sceues onene dndict Berteville sont que milord Grey est de retour à Barrvich ayant d*^"^* fort bien fortiffié et muny Adingthon; que dans Brouticraig est maistre Palmer qui souloyt estre à Bouloigne ' et que deux montaignes prochaines dudict Brouticraig sont bien fortifGéez par les angloys; que tout le numbre des gentz de guerre angloys qui sont pour le présent en Escosse quelque part que ce soyt n'est que de cinq M hommes et qu'il n'y en a non plus à la paye de ce roy; qu'il n'est rien ny n'a rien esté de toutes les nouvelles d'escarmouches qui ont esté icy divulguées; que le

1. Personnage du nom de Saint-Ouen, sur lequel Tambassadeur revient à plusieurs reprises.

2. Sir Thomas Palmer, naguère trésorier de Guines et capitaine du fort de VOld Man à Boulogne. Cette information parait inexacte. Sir John Luttrell est à Broughly-Craig le 30 avril et le 20 juin. [Calendar of St. P., Scotland, t. I, pp. 86 et 88.)

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conte Baudouel s'en va dans peu de jours pour lever des escossoys le plus qu'il pourra à la soulde et service de ce roy; que les gentz qui se lèvent maintenant par deçà et le grand numbre de gentz de cheval qui se faict est en partye pour envoyer en Boulenoys où le protecteur a fantaisie que le roy fera quelque entreprinse et la plus part pour envoyer en Escosse où ledict protecteur ira en personne sy test que le secours que le roy y envoyé sera passé sy ledict secours est tel et si grand que Ton le faict et que le dessaing dudict protecteur est d*aller avec armée brusler et gaster ledict pays d'Escosse le plus avant qu'il pourra pour affamer tant ledict pays que les françoys à leur arrivée et puys se retirer. Qui sont choses qui s'accordent mal ce me semble, car de vouloyr attendre que l'armée du roy soyt passée et puys estre assez à temps en Escosse pour gaster le pays bien avant et se retirer sans estre prins sur le faict, il fauldroict faire une diligence de courryer, ce que ung camp et une armée ne font pas aysément. D'aultre part s'il n'y a pour ceste heure que cinq M hommes angloys en Escosse en forlz et en tout je ne sçay pas dont leur pourroyt venyr sy soubdain armée suffisante et assez forte pour entrer bien avant dans ledict pays sy ce n'estoyt en desgarnissant les places fortes, qui seroyt aultant que de les laisser en proye à l'armée du roy faisant ce desgarnissement sur la venue d'icelle. Quant à l'armée de mer de deçà, il asseure sur son honneur qu'elle ne sçauroyl estre preste de six sepmaines et que milord Glington en sera chef et que l'admirai n'yra poinct et qu'elle ne sera poinct de plus de cinquante navires en tout. Daventaige asseure que ceulx cy ont quatre M allemantz prestz pour la levée desquelz est allé en Ailemaigne ung nommé Dimoch angloys ^ et qu'il espère que l'empereur leur donnera le passaige par sez terres sinon qu'ilz les feront embarquer à Hambourg; que le conte de Hontelay s*en estoyt voulu fuyr en Escosse donnant à entendre qu'il se y en alloyt pour faire, les besoignes de ce roy et qu'il avoyt esté reprins sur les frontières ainsy qu'il s'en fuyoit sur ung petit chevallet et qu'il seroyt bientost en ceste ville et mictz prisonnier en la Tour sy desjà n'y estoyt dont je pense qu'il n'est rien par ce que vous verrez par mon aultre lettre et tout le demeurant ne m'est guères moins suspect et croy que la plus part de sez nouvelles ne sont que discours du creu de son cerveau qu'il veult bailler pour bonne mon* noyé et pour advertissementz fort seurs. C'est en substance. Monseigneur, tout ce que je vous puys dire sinon que maistre André du Delay, frère du comte de Warvich lequel estoyt cappitaine dans Brouticraig est icy et se dict qu'il sera faict grand escuyer au lieu du dernier mort ce qui m'a aussy esté confermé et mandé par Berteville... »

« De Londres, ce xxiii^' may v XLvm. »

Vol. 7, fo 242 vo, copie du xvi» siècle, 5 p. 1/2 in-fp.

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