XXVI INTRODUCTION
deuse et plus aventurée. Ainsi se figure-t-on cette pléiade de courriers négociateurs, souvent moitié diplomates, moitié capitaines ou chefs d'escadre, qui se succédaient ou se croisaient sur les roules d'Angleterre, d'Italie ou du Levant, porteurs d'instructions aux chefs de mission et chargés de les seconder eux-mêmes, brillante école dont les de la Forest, les d'Asnois, les d'Aramon, les Paulin de la Garde, sont demeurés avec lui les plus hardis représentants.
La mission d'Odet de Selvc en Angleterre, comparée à la valeur de celle de son prédécesseur immédiat Charles de Marillac, et à l'éclat que le nom de Noailles a jeté sur les négociations conservées qui lui font suite, n'aura pas autant que l'on pourrait croire à souiTrir de ces oppositions périlleuses. Son action s'exerce sur trois années de relations tendues jusqu'à danger constant et toujours imminent de rupture, années remplies par de minutieuses discussions d'intérêt, où des incidents vulgaires absorbent démesurément l'attention et défigurent l'optique des événements. Les derniers mois du règne do Henry VI II mourant ne voient plus s'ériger d'échafauds, et les sanglantes tragédies dont Marillac a gravé dans ses dépêches les impressionnants tableaux n'elTrayent plus TAngleterre. Sans la guerre d'Ecosse, commencée dès le premier été de son règne, les premières années de la minorité d'Edouard VI seraient absolument calmes. Toutes les pensées du représentant de la France devaient donc être tendues vers le but unique de la restitution paciOque de Boulogne. Une incursion sur la frontière écossaise, une manœuvre militaire sur les limites provisoires du Boulonnais, un tir d'artillerie mal réglé dans les eaux de la Liane, accidents sans cesse renouvelés et dont la répétition remplit un si grand nombre des dépêches qui suivent, servent à chaque instant de prétexte pour entraver les préparatifs de rapprochement et le règlement des questions débattues. Un fait de guerre survenu près de Berwick ou de Garlyle arrête brusquement les négociations en cours près d'Ardres ou de Vieilmoutier, un acte de piraterie commis par les corsaires anglais de la Hye ou par des marins dieppois poussés à bout, interrompt les pourparlers engagés à Paris ou à Londres. Odet de Selve eut à porter le poids de cette tâche ingrate où le désaveu, venu d'une part ou de l'autre, était un péril toujours présent et toujours prêt à renaître. Quand s'ouvre la campagne d'Ecosse, sa correspondance devient une chronique complète et détaillée des événements qui se succèdent à la côte et sur la frontière, récit qui devra désormais tenir sa place parmi les sources historiques de l'époque. Il sut, en toute circonstance, répondre à ce que sa charge exigeait de lui.
Au milieu même de ce xvi° siècle, tout en sauvages énergies de caractère, si riche en tempéraments incomparables, en saisissantes individualités qui forcent et conquièrent l'attention, Odet de Selve peut ne pas susciter le même éveil d'intérêt que les originales figures de maints personnages, mêlés côte à côte avec lui aux divers épisodes de sa négocia-
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tion. Il ne provoque pas In même intense curiosité que révocation d'un Paulin de la Garde ou d'un baron de Saint-Blancard, d'amiraux devenant ambassadeurs, et passant du pont de leurs navires dans les salles d'audience des conseils pour y discuter à ses côtés. Mais en jugeant son ambassade au point de vue des intérêts de la France, de la persévérance avec laquelle il les défendit et de l'application qu'il mit à les faire triompher, ses trois années de résidence à Londres, les plus difficiles de tout un demi-siècle de relations entre les deux nations, sont singulièrement instructives et tout à son honneur. Il fut, en cette période critique, le négociateur qui convenait aux temps de sa mission.