‹ Correspondance politique de Odet de SelveChapitre 71 sur 201 · Dimanche 21 novembre · texte numérisé non relu

Dimanche 21 novembre

d'Eoome.

[novembre 1S46] M. DE SELVE 61

montré assez mécontent de ce que les ambassadeurs lui aient dit que Tobjet de leur mission était de lui présenter Tacceptation de la clause du traité y comprenant les écossais. « Et lors soubdain commença d'entrer en cholère, disant que ladicte compréhension vous avoyt esté accordée avec conditions et qu'ilz avoint contrevenu ausdictes conditions comme il leur feroyt bien monstrer par son conseil, blasmant fort les Escossoys d'estre de peu de foy et de ne tenir pas leurs promesses et les menassant que il en seroyt vengé. Et en fin sans les vouUoyr escoutter en leurs deffences, les remict à son conseil auquel Ton leur a prommictz de leur donner audience ung jour de ceste sepmaine. » Les ambassadeurs désirent, comme le roi d'Angleterre, que Selve y assiste; le roi pourra le voir par la réponse de Paget à de Selve, dont copie été envoyée au roi.

Selve a eu sur les affaires d*Écosse une assez longue conférence avec Tévêque de Ross, qui lui a dit que l'altitude du roi d'Angleterre montrait sa résolution de faire la guerre aux écossais, « lesquelz ne le craignoint guères s'il ne menoyt aultres gentz contre eulx qu'angloys ». Si le roi de France veut les ai4er, ils disent « qu'ils ont moyen de plus faire de dommaige en ce royaulme du costé d*Ëscosse pour deux centz mil escus que l'on n'en feroyt en ung aultre endroict pour ung milion ». — « Et m'a dicl, Sire, avoyr charge de me requérir de la part de la royne douayrière et du gouverneur d'Escosse de vous faire entendre la grande nécessité qu'ilz ont de pouldres n'en pouvant pour argent recouvrer de Flandres à raison de la guerre qu'ilz ont avec les flamenlz, qui est la chose dont ils sont, à ce qu'il m'a dict, pour ceste heure le plus en payne par delà.

« SiVe, devisant avec le susdict personnaige d'une sublevation de peuple qui s'est faict en Irlande contre le roy et sez ministres beaucoup plus grande, à ce que j'entendz, que l'on n'en ose faire la feste par deçà, il m'a confirmé que ladicte sublevation estoyt véritable, et que se le gouverneur d'Ëscosse voulloyt seullement permettre aulx escossoys des Isles de secourir les irlandoys qui les en avoint requis et requéroint tous les jours, il leur seroyt aisé d'execulter leur entreprise, et que sy le roy d'Angleterre commençoyt la guerre en Escosse il seroit par adventure bien empesché dudict costé d'Yrlande. » Il mande à l'amiral les détails des préparatifs de guerre contre l'Ecosse.

« De Londresj ce xxv»* novembre v« xivi, » Vol. 6, r> 66, copie du xvi* siècle, 2 p. i/2 in-P.

SELVE A l'amiral.

62. — Londres, 25 novembre. — Monseigneur, le jeune gentilhomme Espions dont je vous escripvoys par mes dernières lettres du XVIII® de ce moys *^,5^î^ est icy venu vers moy depuis dimanche * deux foys, et à la première

i. Dimanche 21 novembre.

6â NÉGOGIATlOiNS DE [nOYEMBRE 1546]

m'a faict ugne grande harangue tendente pour conclusion à m'emprunter de l'argent dont il ne m'a poinct parlé à la seconde foys qail m'a dict estre seullement venu pour prendre congé de moy. Et sont en substance les principaulx propoz qu'il m'a tenuz en toutes les deux foys que je Tay veu ceulx qu'il s'ensuivent; que son père Tavoyt envoyé par deçà pour veoyr le pays avec quatre valletz et quatre centz escus et qu'en la forest d'Ardelot ' les soldats dudict Hardelot ' liiy avoint pillé et chevaulx et argent et qu'il n'en avoyl sceu avoyr raison par delà et que monsieur du Ryou ' en passant par le fort luy avoyt preste dix escus dont il s'estoyt conduict par deçà luy et ses gentz. Je luy ay remontré que je trouvoys estrange qu'il feust venu par deçà où il n'avoyt aulchune congnoissance avec quatre valletz et sans argent. A quoy il ne m'a donné aultre solution sinon qu'il avoyt envj^e de vçoyr le pays. Et en fin pour congnoistre s'il estoyt vray qu'il feust en telle nécessité et myeulx entendre qui le mène icy, je luy ay offert le loger et deffrayer honnesteraent chez moy luy et ses gentz jusques à ce qu'il ' eust nouvelles de sa maison et que s'il y voulloyt escripre je y envoyeroys homme exprez pour porter de ses nouvelles et que ce pendent il pourroyt veoyr le pays, et quand je sçauroys quy il estoit je luy presteroys argent ce que je ne pouvoys ne debvoys faire sans le congnoistre, luy promettant oultre d'escripre à monseigneur le mareschal du Biez pour luy faire fayre raisons des soldatz qui l'avoint pillé. Lesquelz ofifres il n'a jamays voullu accepter, me disant qu'il estoyt conseillé de s'en retourner en sa maison pour se remettre en esquippage et puis revenir icy pour veoyr ceste court et ce pays. Je luy ay replicqué qu'il n'y avoyt pas grand plaisir à passer et rapasser la mer sy souvent et mesmement en ceste sayson. Et luy m'a dict qu'il ne .la craignoyt poinct. Je luy ay demandé s'il avoyt poinct veu N... * icy de qui il m'a dict tous les maulx du monde, me disant qu'il le fuyoyt le plus qu'il pouvoyt, et néanlmoings que Taultre l'estoyt venu trouver jusques en son logeis et qu'il triumphoyt de luy compter du bon traictement qu'il avoyt par deçà et qu'il luy faisoyt les plus belles proumesses du monde s'il y voulloyt demeurer et qu'il luy avoyt bien tost faict congnoistre qu'il estoyt mal arrivé. Je luy ay dict qu'il debvoyt faire semblant d'entendre ausdictes proumesses que l'aultre liiy faisoyt et essayer soubz ceste coulleur de descouvrir quelque chose pour le service du roy et que par adventure l'aultre se fieroyt à luy et luy tiendroit propoz ou bailleroyt lettres à porter en France, et qu'il pourroyt advenir qu'il feroyt tel service qu'il n'auroyt

i. La forôt d'Hardeiot, sur la côte, entre la Liane et la mer.

2. Le ch&teau d'Hardelot, sur la côte, au nord de la foret du même nom, dominant le vallon de Tétang de Claire-Eau. (Comm. de Condette, cant. de Samer, arr. de Boulogne.)

3. N... du Ryou, capitaine du fort français d'Outreau, constamment désigné dan$i cette correspondance par l'expression : le fort.

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