Lundi 13 décembre
[décembre 1S46J M. DE SELVE 73
el qu'il se failloyt garder de luy, et bailla à mondicl homme ugoe lettre addressante à la royne d'Ëscosse pour la me bailler et mectre dans le paequet que j'envoyois à vostre ambassadeur par le susdict hérauld. Laquelle, Sire, je présumay debvoyr contenir quelque chose d'importance et qu'il vouUoyt estre celée à son compaignon, et ne sçachant que ce pourroyt estre et aussy pour ce qu'il m'avoyt dict qu'il avoyt lettres de créance de la royne d'Ëscosse adressantes au roy d'Angleterre lesquelles il n' avoyt encores eu moyen de présenter sans que jamais je puisse tirer de luy que la créance fust aultre que d^ofOces communes, choses qui se pouvoynt et debvoinct dire à la première audience en présence de sondict compaignon, à cez causes. Sire, je me suis adventuré pour le bien de voz aflayres et de vostre service d'ouvrir lesdictes lettres, lesquels toutesfoy» après les avoyr faict traduyre par homme fidelle d'escossoys en françoys jay très bien refermées et mises dans ledict paquet que j'ay envoyé à vostre ambassadeur ainsy que j'avoys esté requis. Et à vous, Sire, j envoyé maintenant la traduction, vous suppliant très humblement qu'il vous plaise me pardonner sy en cest endroict j'ay fait faulte. » Cette lettre donne à Selve quatre présomptions : l'intérêt d'Otlerburn à brouiller la reine et le gouverneur d'Ecosse; la mission particulière qu'il aurait reçue de la reine pour le roi d'Angleterre; Tabsence de tout soupçon de sa part sur une menée particulière que pourrait cacher l'autre ambassadeur son compagnon; enfin un projet d'alliance avec Tempereur, « laquelle il semble par aultres propoz... qu'aulchuns Escossoys vouldroint » et qui se cacherait, d'après Selve, sous ces mots de la lettre interceptée : de chercher nostre pire alliance.
« De Londres, ce a— décembre v*^ xivi. »
Vol. C, f« 82 v<», copie du xvi* siècle, 4 p. in-f«.
SELVE A L AMIRAL
78. — Londres, iO décembre. — « Monseigneur, j'ay monstre à l'Italien ^ ce que vous m'avés mandé, et en fin après longues harengues e% discours que je laisseray, il ma faict plus de difficultés que jamays sur 'ez dangerz qui luy pouvoint advenir de nommer personne, mais qu'il feroyt service deçà en ce qu'il pourroyt et que l'on s'en appercevroyt. A quoy il me semble qu'il n'y ha pas grande fiance attendu la qualité du
personnuige Sy ne me puis-je garder de penser, Monseigneur, que
ceulx de deçà ont quelque maulvaise fantaisie de nous faire surprise en quelque endroict et que cesluy cy la sçayt bien s'il la voulloyt
dire Au surplus, Monseigneur, j'ay veu les instructions qu'il a pieu
au roy faire bailler au sieur d'Auzis et vous puis bien asseurer que
i. Encore Berleville. Voir ci-dessus, !•' décembre. Il est désigné par ce terme dans les dépêches suivantes, du 10 janvier, du 31 janvier.
ce que le roy luy commande tenir secret touchant la voulunté du roy d'Annemarch a esté il y ha plus de dix jours divulgué par le bruictdes marchantz en cesle ville dont jje ne tenoys compte pensent que ce feust invention de quelque compteur de nouvelles. Et par là me double que les ambassadeurs qui sont icy enontpcuadvertirlegouverneurd'Escosse lequel pourroyt entrer en quelque maulvaise fantaisie s'il se peustappercevoyr que l'on voulsist quelque chose entreprendre en cest endroict à son deseeu. Auquel cas seroyt à craindre que le despit de se veoyr mespriser, la crainte de rendre ung compte à quoy tuteurs et gouverneurs peuvent estre subjects, et les partis et offres dont ceulx de deçà ne seront que trop libéraulx avec la hayne que jentendz qu'il porte à la royne ((uelque mine qu'il face du contraire ne luy puisse faire fayre en ung temps doubteux comme cestuy cy quelque chose qui ne vauldroict guères je n'ose croyre ce qui se peust penser et craindre voyant le long temps qu'il y ha qu'il est devant ung chasieau où il y ha peu de gentz dedans qu'il leur a permictz comme Ton m'a adverty et ce roy a esté informé par moy de parlementer avec les navires angloys en la barbe de luy et de son armée et que soubz ceste coulleur en sont sortis deux dudict chasteau. »
Noaveiie M. de la Garde est arrivé la veille au soir * : Paget a mandé ce jouraTSiroii ^^^^^ 4^'i^ ferait connaître le jour de son audience qui serait commune «le la Qordc. à Sclvc. L'amiral d'Angleterre a dit que les ambassadeurs d'Ecosse auraient audience du conseil le lendemain : ceux-ci n'en ont pas encore entendu parler.
« [De Londres]^ du a- drcemùre y xivj, »
Vol. (», f° 8i vo, copie du xvi" siècle, H p. in-f".
SKLVE A M. DE l'aUBESPINE.
77. — Londrenj 1 0 décembre, — Selve a reçu la lettre de M. de l'Aubespine en date du 2. Il n'a jamais pensé « qu'il y eust guères de fidélili en l'Ytalyen et beaucoup moings en la nation ». Il a toujours, dès le commencement, craint les hasards contre lesquels l'Aubespine le met en garde. Mais il n'a jamais été garant des mensonges dont on pourrait le rendre responsable et estime que le danger d'omettre quelque chose dans sa charge est plus grand que celui dans lequel il a pu tomber.
« De Londrei^^ ce a-' décmhre v- mm. »
Vol. 0, f-^ 85 vo, copie du xv^' siècle, I p. 1/ i in-P.
1. C(>tte nouvelle mission du baron de la Garde se prolongea jusqu'au 14 mars 1547. (Selve au roi, IG mars.) Elle avait pour objel le règlement des deux questions encore pendantes entre les deux cours, celle des fortifications de Uoulogne et des limites du Boulonnais, et, en outre, celle de la galère du baron de Saint-Blancard. Voir le récit de son ambassade dans les dép<}ches suivantes, du 2i décembre 1546 au 16 mars 1547.