‹ Correspondance politique de Odet de SelveChapitre 78 sur 201 · Dimanche 18 décembre · texte numérisé non relu

Dimanche 18 décembre

[décembre 1846] M. DE SELYE 17

SELVE A L AMIRAL

81. — LondreSy 24 décembre. — a Monseigneur, je viens tout présentement d'estre adverty que Ton despescha hyer icy ung grand homme portant ugne barbe noyre et ung manteau gris et estant marqué d'ung coup sur le coing du sourcil gauche, lequel comme Ton m'a asseuré a commandement de aller vers le personnage que vous sçavez luy porter quelque despesche d'importance. Il debvoyt partir dès] hyer au soyr ou à ce matin et s'en va embarquer à Hantonixe et par les islez de Gersay et va descendre en la Normandie l'on ne sçayt bonnement où, mais l'on pence que ce sera à Granville ou à Pourbail ou à Constances ou quelques ungs des porlz du costé desdictes isles, et qu'il ne sçauroyt faillyr de passer à Camp ou à Bayeulx ou Lisieux pour aller à Paris ou à la court, et que sy monsieur de Matignon y faisoyt prendre garde et mettoyt quelque homme d'esprit après qui le suivist ou accompaignast jusques au lieu où il va trouver ledict personnage et lors se saizir de l'homme et de ce qu'il porte soubz quelque couUeur ou occasion faincte Ton pourroyt descouvrir quelque chose. Vous pourvoyrés, Monseigneur, secrettement et discrettement aynsy que le roy et vous sçaurez bien adviser. Ledict homme qui porte ladicte despeche est angloys, mais il parle aussy bon françoys que s il estoyt né en France et se dict marchant et va soubz ceste umbre. Je ne sçay aultre chose pour ceste heure, Monseigneur, que le duc de Norfolch et ses deux filz et quelques seigneurs sont prisonniers en la grosse Tour de ceste ville, dont l'on tient qu'ilz ne sortiront que pour perdre la vie, leur estant faict imputation de grandez conspirations, comme le bruict est, contre ce roy et le prince son filz.

« Monseigneur, après, etc. »

€ De Londres y ce vendredi/ xxiiii** décembre , devant jour heure de deux après minuict M v^xlvi. »

Vol. 6, f» 89, copie du xvi« siècle, 1 p. 1/2 in-f«.

SELVB A L*AMBASSADEDR DE FRANCE EN FLANDRE.

82. — Londres^ 27 décembre, — Selve a reçu il y a deux ou trois jours la dépèche dç l'ambassadeur en date du il et vu par elle que l'ambassadeur n'avait pas encore reçu la sienne datée du 4. Il regrette de ne pas avoir de meilleur moyen de communication que la voie des marchands.

11 avise l'ambassadeur de la présence à Londres de M. de la Garde, arrivé depuis dix-huit jours, des bruits de guerre contre l'Ecosse, de l'arrestation du duc de Norfolk et de ses fils et de la prochaine tenue du Parlement, qui aura lieu vers le 15 janvier, « où Ton pense qu'il se pourra

bien traicter encores de quelques aultres grandes mutations en ce rovaulme... »

« De Ijmdros, ce v.vi//- décembre \ xlv/. » Vol. 6, P ÎK), copie du xvi« siècle, 2 p. In-f*».

MM. DE SELYR ET DE LA GARDE AU ItOI.

83. — Londi*es, i^' janvier i 547. — MM. de Selve et de la Garde ont rcgu la veille au soir et ce jourd^hui matin les dépêches du roi en date des 23 et 28 décembre. Après avoir attendu de jour en jour Toccasion de parler au roi d'Angleterre, sur la foi de Paget qui alléguait pour excuse « quelque indisposition de jambes dudict seigneur », ils ont reçu la veille assignation de se trouver cette après-dtnée chez le comte de Hertford. . ForU- Ils envoient au roi un mémoire contenant les propos échangés sur le <i«i^uiognc. f^Jt de la compréhension des Écossais pendant les trois audiences du I i ite» d J^*'^^ *^» ^^ dimanche suivant et de ce jour même. Quant au fait des ïionionnaw. fortîfications, « la résolution que nous avons peu tirer », disent-ils, « est Affaire» que Vostrc Majesté pourra continuer sans aulchune difficulté celles qu'Elle «lu baron j^ fj^|ç|^ commcnccr au Mont Sainct-Estienne * et sy pourra faire réparer Sftint-Bian- ct amaudcr le port et havre du Portel ainsy que bon luy semblera pour *'""'• . la commodité d'y recepvoyr et tenir sy gallayrez, navires et aultres vesseaulx sans toutes foys faire fortiffîcation audict Portel ny semblablement sur la poincte ». Au regard des limites, il a été impossible d'obtenir « que le chef de la ryvière passant au Pont de Bricque feust defGny et arresté à la fontaine de Nebangam ni semblablement à la fosse de la Creuse, bien qu'ilz se pourront bien condescendre que ledict chef soyt arresté à Quesques combien qu'ilz se soint toujours tenus fermes que ce feust à Vielmoustier ». Quant à Talfaire de la galère du baron de Saint- Blancard, la réponse a été remise à deux ou trois jours, en même terap^i que la solution du litige de la Liane. Selon les instructions de la dernière lettre du roi, de la Garde se hâtera le moins possible. Mais ayant déjà instamment sollicité la dépêche que le roi d'Angleterre doit lui remettre, il ne sait comment il fera pour ne pas éveiller les soupçons en prolongeant son séjour, si cette dépêche lui est envoyée d'ici peu.

a Sire, quelque chose que Ton nous ayt dict, nous voyons continuer les^ ^ préparatifz de guerre aussy chauldement que jamais et avons advertissements que tous les navires flamentz ont eslé icy arrestéz pour porter vivres, qu'il se liève grand nombre de cavallerye dont Ton doibt bien tost faire la monstre, et que les commissions sont données par les porlz de préparer des navyres qui peuvent servir en guerre jusques au nombre de XL qui soint prestz h la fin d'apvril ou commencement de may, et se

1. Le MoQt-Saint-Etienne, hauteur dominant le cours de la Liane en face Ponl-de- Driques et fermant la presqu'île comprise entre la Liane et la mer.

[janvier 1547] M. DE SELVE 79

charge en ceste ville sur des navyres grande quantité d'artillerie, de eollyers de chevaulx, de ebarroy, de biscuitz, qui sont eboses qui ne peuvent servir ainsy que la plus part estiment que contre lesdicts escossoys (»u bien comme aulcbuns disent pour envoyer àCallayz et Boullongne... »

Avant la réception de la dépèche du roi en date du 23, Selve avait Nouvelles déjà exécuté les instructions du roi sur TafTaire des ambassadeurs d*Écosse <''''''*°««^' et fait remontrance des empêchements apportés aux courriers passant par Douvres, dont il a été fait réparation convenable. Le gentilhomme chargé de requérir le gouverneur d'Ecosse en faveur des assiégés de Saint-André est parti la veille de Noël. Bien que l'instruction sur le fait de la compréhension des écossais ne s'adressât qu'à Selve, ils pensent n'avoir pas mal agi en négociant tous deux en commun.

« Sire, nous ne voulions obmectre à vous dire que nous avons parlé ensemble à l'Itallyen qui asseure fort qu'il vous satisfera à ce qu'il a proumiclz au retour de moy de la Garde. Dieu veuille qu'il tienne quelque partie de ce qu'il en sçayt bien dire. »

« De Londres, ce primier janvier v xlyi, »

Vol. fi, f» 01, copie du xvr siècle, i p. 1/â In-f*».

SELVK A l'amiral.

84. — Londres, I'''' janvier h')47. — Selve a reçu la dépèche de l'amiral en date du iH décembre et a vu comment le roi et l'amiral avaient été étonnés de ne pas recevoir de leurs nouvelles. Ce retard a eu pour cause l'imminence du départ de M. de la Garde, qui attendait l'audience de jour en jour et a appris plusieurs choses de nature à être dites de vive voix plutôt qu'écrites. Un seul des fils du duc de Norfolk est prisonnier avec lui : c'est le comte de Surrey; l'autre, lord Thomas Howard, n'est pas arrêté, bien qu'on le crût lorsque Selve a écrit à l'amiral, le 4i décembre.

« De Londres y ce primier janvyer y^ xlyi. » Vol. 6, ^03, copie duxvr siècle, i p. 1/2 in-P.

MM. DE SELVE ET DE LA GARDE AU ROI

85. — Londres^ 4 janvier. — Ils rappellent au roi qu'ils lui ont écrit le !•' et lui accusent réception de sa dépêche en date du 30 décembre arrivée ce jourd'hui.

Ils ont eu audience du conseil ce jour même chez le comte de Hertford, chez lequel ils ont dîné. Le roi d'Angleterre consent et accorde « que le chef et fontayne de la rivyère passante au Pont de Bricque soyt déterminé et arresté au bout du ruisseau ou braz qui vient de Quesqucs, pourveu que ce qui se trouvera du villaige dudit Quesques estre de leur

costé plus avant que ledict bras ou ruisseau leur demeure durant le temps qui doibveat jouyr du Boullenoys, et Taultre portion dadict villaîge, sy aulchune en y ha qui se trouvera de vostre costé au delà et plus avant que ledict ruisseau, demeurera vostre ». Quant à la galère du baron de Saint-BIancard, il ne consent toujours à rendre que l'artillerie et l'équipage avec le corps même du bâtiment, mais sans la chiourme, « de la restitution de laquelle il s*excuse sur la liberté qu^il a desjà donnée à tous les forsayres alléguant que ce ne luy seroyt pas honneur de faire maintenant acte qui contrevinst à cestuy-là ». Toutefois, la galère ne pouvant être ramenée en France sans la chiourme, les gens du conseil ont promis de parler au roi pour trouver un moyen de la faire partir en assurant le retour des mariniers et soldats.

De Selve a fait entendre aux ambassadeurs d*Ëcosse le contenu de la dépêche du roi en date du 23 décembre. « Dont il semble qu'ilz ne sont ny aises ny marrys », dit-il, « monstrant de craindre sy peu la guerre du costé de Flandres qu'il est à croyre que d'eulx mesmes ilz ne se vouldroinct pas trop mectre en peinne pour y avoyr la paix, à laquelle toutesfoys ilz jugent qu'il ne sera que bon pour eulx de tendre, pourveu qu'on leur veuille confirmer de nouveau les antiens traictés que la maison de Bourgoigne avoyt avec le royaulme d'Escosse et que cela leur feust accordé promptement par delà en Flandres sans aulchune remise au roy d'Angleterre en cest alTayre ainsy que l'evesque de Rosse se plainct luy avoyr esté faict aultresfoys sur ceste mesme négotialion. »

« Sire, les ad vis que nous avons deçà des préparatifz de guerre que faict ce roy continuent toujours jusques à charger tous les jours sur les navyres en ceste rivyère artilleries, boulletz, pouldres, picques, hallebardes dont ilz ont icy faict provision en grand nombre. Et ont à moy de Selve cejourd'huy mandé lesdictz ambassadeurs d'Escosse avoyr en certain advertissement de XIIII navyres chargés de munitions, armes et harnoys de guerres qui sont partys d'ung des portz de ce royaulme pour aller à Barwich *, qui sont, Sire, toutes démonstrations qui menassent TEscosse, combien qu'elles pourrointaussy eslre employées et converties en aultre endroict... Et pourroyt estre, Sire, s'il estoyt vray que le chasteau de Sàinct-André se feust rendu au gouverneur d'Escosse comme il en est quelque bruict... qu'iiz ne voulsissent s'essayer d'approffiter la despence qu'ilz ont jà faicte... en quelque endroict de vostre royaulme pour y pouvoyr faire quelque chose... Au surplus. Sire, nous sommes advertys que le roy d'Angleterre a despesché ung gentilhomme de sa chambre nommé maistre Norrys * vers les prolestantz et disent aulchuns que c'est pour les secourir d'argent et aultres que c'est pour moyenner quelque accord entre l'empereur et eux s'il est possible. 11 nous ha aussy

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