Jeudi 13 janvier 15n
MM. DE SEL\'E ET DE LA GARDE AU ROI
iuioor 96. — Londres, J 7 janvier. — Ils ont reçu la veille au soir la dépêche àTuxwD^^ du roi en date du 12, et, dans la matinée, celles du 13. Ils se rendaient 8«ini«Bi«n. juslement auprès du roi d'Angleterre à Westminster, où ils ont dîné avec *^ " l'ambassadeur de l'empereur et le commissaire naguère envoyé par Tempereur pour l'afTaire des marchands flamands. Ceux-ci ont eu la première audience, qui a été assez courte et au cours de laquelle le commissaire a pris congé, sans avoir rien pu obtenir, à ce qu'il ressort de certains propos du chancelier. Puis est venu le tour des ambassadeurs du roi. M. de Saint-Blancard fera entendre au roi la gracieuse réponse qu'il a obtenue du roi d'Angleterre, « lequel se porte maintenant assés bien », à ce qu'ils ont pu voir. De Selve et de la Garde ont ensuite exposé l'état des affaires d'Allemagne et de Gênes. Au moment où de la Garde prenait congé de lui, il s'est excusé envers lui de n'avoir pu encore le dépêcher, à cause de sa maladie, et, Tambassadeur lui ayant dit qu'il attendait le pouvoir du roi de France nécessaire pour arrêter par écrit les conventions verbales intervenues récemment au sujet des limites et des fortifications, il a manifesté sa crainte de déclarer le premier ses intentions sur le sujet dont il s'agit, disant qu'avant de faire connaître sa volonté il voudrait être assuré par écrit et par lettres de celle du roi. « Venant de propos en propoz jusques à parler des moyens qui se pourroint trouver entre vos deux majestés pour faire qu'elles s'asseurassent Tune de l'aultre en ceste déclairation n'en a trouvé aulchun bon sinon d'ugne plus estroicte amylié comme d'ugne ligue deffensive *. » Il a ensuite accordé la délivrance des prisonniers et mariniers de la galère . et promis de donner charge à son conseil sur le reste des questions de cette affaire.
Selve, se trouvant à part avec Paget, lui a parlé de l'entreprise faite sur l'église et le clocher de Boursin *, village situé dans le comté de Guines, disant que de la Garde et lui avaient ordre d'en parler au roi d'Angleterre. Paget les en a dissuadés, à cause de la maladie dont il relève, et les a assurés que si le lieu dépend du comté de Guines, le roi d'Angleterre n'y a aucune prétention, mais que ce fait serait tranché avec les autres contestations relatives aux limites et fortifications. Paget a ensuite parlé des préparatifs du roi de France, disant que les impériaux faisaient
1. C'est dans cclt« audience que fui pour la première fois prononcée celle formule de ligue défensive, dont la conclusion devint bientôt le principal objet de la mission extraordinaire du baron de la Garde. (Ci-dessous, 21 février.)
2. Boursin, village situé vers la source de la Slack, ^ur les limites du comté d'Ardres, du comté de Guines el de la parlie du Boulonnais cédée temporairement k TAnglelerre. (Cant. de Guines, arr. de Boulogne.) Voir les Instructions envoyées plus tard en avril 1547, par Edouard VI, aux commissaires anglais. (Calendars of Stale Papers, Foreign Séries, Edward VI, Calais Papers, p. 319.)
[janvier 1547] M. DE SELVE 89
courir le bruit qu'ils étaient dirigés contre TAngleterre : sur une question réciproque de Selve, il a juré bien haut que le roi d'Angleterre n'avait aucun projet de guerre contre TÉcosse. « Puis, Sire, » continue Selve, « m'a demandé sy vous aviez moyen avec le Turcq de le destourner de ses entreprises quand vous l'en vouldriés requérir. A quoi je luy ay dict que il estoyt mal aysé à luy respondre là-dessus, et que c'estoyt un puissant prince dont Ton ne se pouvoyt pas promectre ce que Ton voulloyt. Bien est vray qu'il vous avoyt toujours de soy mesme porté grande alTection et respect en toutez choses où il vous pensoyt gratiffier. Et mectant poyne de sçavoyr pourquoy il me faisoyt ceste demande je n'en ay peu tyrer aulchune chose, qui me faict, Sire, oser entreprendre de vous dyre ce qui m'est venu en fantaysie là-dessus, qui est que les ambassadeurs d'Allemaigne vouUantz persuader leur ligue à ce roy ont par adventure entre aultres biens et elTeclz d'icelle mietz en avant que par tel moyen leurs terres pourroint estre délivrés de Tinfestation du Turc et que ses entreprises pourroint estre convertyes allyeurs. « Paget ne sait pas encore quelle est la charge de l'ambassadeur de Portugal *, qui n'a pas encore parlé au roi d'Angleterre. Le secrétaire de Venise a bien averti de Selve qu'il avait entendu dire que cette mission avait pour cause quelques affaires de marchands et de blés, mais que l'ambassadeur ne s'en retournerait pas aussitôt après les avoir terminées.
Ils ont remis le paquet envoyé par le roi aux ambassadeurs d'Allemagne, qui y ont trouvé des nouvelles conformes à celles que Selve et de la Garde leur avaient déjà communiquées de la part du roi. Ils ont déjà parlé à Paget et à d'autres membres du conseil , mais non au chancelier ou à Tévêque de Winchester, et continuent à bien augurer de leur affaire.
Ils envoient ce courrier exprès, qui voyagera plus vite que M. de Saint- Blancard ou que M. d'Oisy qui est arrivé ce jourd'hui.
« De Londres, ce xvii^ janvyer V'^ x/ai. »
Vol. (), (0 \on v<>, copie du xvi« siècle, i p. 3/i in-f".
MM. DE SELVE ET DE LA GARDE A l'aMIRAL.
97. — Londres, I 7 janvier, — ils ont reçu les dépèches de l'amiral en date des 12 et 13, dont la première les a inquiétés et la seconde ras- <urés sur l'arrivée de leurs dépèches au roi.
<c De Londres y ce xvw» Janvyer r x/Ai. »> Vol. 0, f° 108, copie du xvi« siècle, 2/3 p. in-f".
1. L'ambassadeur de Portugal en Angleterre était, à la fin de lo'»8, Gaspard de Fi^nieredo. {Calendars of State Paper.'*, Foreign Séries, Edward 17. p. 28.)
MM. bE SELVE ET DE LA GARDE AU ROI.
Keiour 98. — Londres, i S janvier. — Le baron de Saint-Blaneard, présent firbMwTde porteur, rendra compte au roi des propos tenus par le roi d'Angleterre saint-Bimn- relativement à son affaire dans l'audience de la veille *.
card.
« De Londres, ce xviir*» janvyer v xlvi. » Vol. 6, fo 108, copie du xvi« siècle, i/i p. in-f".
MM. DE SELVE ET DE LA GARDE A L AMIRAL
99. — Londres, f 8 janvier. — Le baron de Saint-Blancard, présent porteur, rendra compte à Tamiral des propos tenus par le roi d'Angleterre relativement à son affaire dans l'audience de la veille.
[« De Londres, ce xvni** janvyer \'^ xlvi. »]
Vol. 6, f° 107 V", copie du xvr siècle, 1/i p. in-f".
SELVE AU ROI
100. — lA>ndres, 1 S janvier. — Un gentilhomme italien, nommé « Jehan Bernardino * », ayant autrefois suivi la cour du roi pour le service du comte de Pitigliano ^, et actuellement au service du roi d'Angleterre, pour le compte duquel il vient de revenir d'une mission auprès de Tempereur, est venu trouver Selve en donnant pour prétexte à sa visite Taffection qu'il portait à feu l'évèque de Lavaur, et disant que Paget avait trouvé bon qu'il vînt quelquefois voir l'ambassadeur. Selve croit qu'il venait tirer quelque chose de lui, mais au cours de la conversation celui-ci lui a dit le but du voyage de l'ambassadeur de Portugal* dont il avise immédiatement le roi. « Il m'a confessé », dit Selve, a que ledict ambassadeur venoyt icy pour parler de quelque mariage et faire de grandz offres, comme il entendoyt, de navires et gallayres si l'on en avoyt besoing et qu'il en avoyt bien ung an que cela se menoyt et qu'il se disoyt que ledict ambassadeur debvoyt îby venir... »
« De Londres, ce xvfii'^' janvijer v^ xlvi. »
Vol. 6, P 108, copie du \\i^ siècle, 1 p. 3/i in-f".
1. Le passeport du baron de Saint-Blancard, libéré définitivement, figure parmi les pièces présentées par Paget à la signature de Henry VHl pendant le courant de janvier 1547. Il emmenait avec lui en France : « his servauntes, two horses, and it mastyves dog^^es ». {State Papers, 1. 1, p. 894.) 11 revint à Londres au commencement de mars. (Ci-dessous, 4 mars.)
2. Giovanni Bernardino, agent italien, plusieurs fois mentionné à cette même époque dans les dépêches de Wollon, et de Thirlby, alors ambassadeurs d'Angleterre en France et en Allemagne, à Paget. [State Papers, t. IX, pp. 365-402.)
3. Giovanni Francesco Ursino, comte de Pitigliano, un dos principaux représentants du porti français en Italie.
[janvier 1847] M. DE SELVE 91
SELVE AU ROI
101. — Londres^ 20 janvier. — Après avoir reçu la dépêche du roi Nouvelle» en date du 15, de la Garde est allé trouver Paget pour obtenir de lui la «^'^"•"«»°*^résolutlon finale du conseil sur le fait de la galère et reparler avec lui des propos de ligue défensive dont le roi d'Angleterre l'avait déjà entretenu. Paget, abordant le sujet de lui-même, lui a dit d'avoir charge du roi d'Angleterre de lui communiquer les nouvelles des ambassadeurs anglais auprès de Tempereur ' et en Flandre *, bien différentes, a-t il dit, de celles que donnaient les ambassadeurs français. « Qu'estoint comme le duc de Wistemberg ^ avoyt accordé avec ledict empereur de luy bailler IIP M livres sterlin pour les fraiz de la guerre et se séparer de la ligue dez proteslantz, et que pour seureté de cela ayoyt baillé quatre des principalles villes de son estât. » — « Sur quoy luy ay respondu », dit de la Garde, (' que n'y avoyt apparence de vérité qu'il eust convenu à ungne sy grande summe d'argent, et, quand ainsy seroyt, falloyt croyre que ledict duc de Vuistemberg voyant les forces de l'empereur sur ses pays et le duc de Saxe suivre sa victoyre contre le duc Maurice * et de l'aultre costé l'Angrave ^ empesché sans luy pouvoyr donner secours sy promptement, comme prince saige, pour éviter la ruyne de son pays, pouroyt avoyr accordé quelque chose, mais pour cela quand l'occasion se présenteroyt il ne se gardera faire son debvoyr. » Là-dessus Paget s'est mis à discourir sur les protestants, demandant pourquoi le roi ne leur portait pas secours, et reconnaissant que le roi d'Angleterre avait signé un traité avec eux, au temps de la ligue qu'ils avaient faite, traité qui était expiré et que l'amitié du roi d'Angleterre et de l'empereur empêchait de renouveler. Sur la remarque de M. de la Garde, que l'empereur ne recherchait pas moins le roi de France, Paget déclare qu'il y avait là « ungaultre inconvénient lequel son maistre et tout son conseil craignent le plus » : c'est l'offre du duché de Milan que l'empereur pourrait faire au roi par quelque projet de mariage, ce qui ferait demeurer le roi d'Angleterre en grand danger d'isolement. A quoi de la Garde répond que les moyens d'empêcher toute altération d'amitié entre les deux rois ne manquent pas, el parle de l'anticipation de la restitution de Boulogne, qui serait un moyen honorable de raffermir leur union. Finalement il fait allusion au mot de ligue défensive prononcé l'avant- veille par le roi d'Angleterre, priant Paget, dit-il, « qu'il voulsist aller franchement envers moy tout ainsy
1. Nicolas Thirlby, aDibassadeur d'Angleterre en Allemagne depuis 1545. ' 2. Edward Carne, ambassadeur d'Angleterre en Flandre, de 4541 à 1546.