‹ Correspondance politique de Odet de SelveChapitre 96 sur 201 · Selve et de la Garde au roi, 13 février. Voir ci-dessus · texte numérisé non relu

Selve et de la Garde au roi, 13 février. Voir ci-dessus

ANaiXTERRE. — 1646-1549. 8

MM. DE SELYE ET DE LA GARDE AU ROI

Ligoe 130. — Londres^ 7 mars, — « Sire, nous receumes hyer les lettres

^«feniiTe. qQ'ji yous a pleu nous escripre par le sieur de Gombatz et cejourd'huy avons esté disner chez le privésel où se sont trouvés messieurs les grand chamberlan, admirai, et Paget. Et incontinent après disner nous sommes retirés tous ensemble en ugne chambre à part^où nous avons eu de très longues et très grandes disputtes sur le faict de la ligue defTensive. »

Après avoir parlé du peu d'utilité de la ligue pour Tun comme pour l'autre des deux princes, les commissaires anglais ont développé le désavantage qu'ils auraient à rompre avec l'empereur, « avec lequel ilzavoint ligue non seullement defTensive pour aulcuns pays, mais encores oiïcnsive en certains caz et conditions », disant qu'ils y contreviendraient en signant avec le roi une ligue générale ; ils ont en outre refusé de consentir à la clause qui rend les contributions égales. Enfm ils ont conclu « ou à ne faire du tout point ladicte ligue comme chose ne trop riécessayre ne pressée pour cest heure, ou à la faire tellement limitée que les traictz tant deffensifz que offensifz qu'ils ont avec l'empereur se peussent saulver ». Selve et de la Garde ont répondu à ces deux points, leur démontrant « que Tempereur n'avoyt que dire ne que se plaindre de la ligue defTensive dont estoyt question sinon qu'il feust mal content que par là luy feust couppé le chemin de addresser ses entreprinses du costé de deçà ce que Ton disoyt quUl voulloyt faire après avoir faict en Allcmaigne ». U a semblé enfin aux ambassadeurs du roi qu'ils sont demeurés sans réponse sur les points de la généralité de la ligue et de l'égalité et réciprocité des conditions, dont Selve et de la Garde ont dressé par écrit les articles provisoires. Jeudi prochain aura lieu chez l'amiral une nouvelle conférence. Néanmoins, les commissaires anglais ont continuellement soutenu, disent-ils au roi, « qu'ils veullent que par ce trtdcté de ligue defTensifve se face nomméement réservation que vous ne ferez la guerre au Baz Pays de Flandres ny en certains aultres endroits pour lesquelz ilz ont ligue defTensifve avec l'empereur, d'aultant qu'ilz disent estre obligés, non seullement à defTendre lesdicts pays, mais à déclayrer ennemys de quiconques les assauldra, ainsy qu'ils ont promicts nous monstrer par les traictés qui en ont esté faictz, de laquelle réservation^ Sire, nous ne leur avons poinct voullu faire de refuz manifeste, de peur que par là ilz prinssent oppinion que vous feussiés pour voulloyr faire la guerre ausdictz pays^ mais bien leur avons tousjours dict que ladicte réservation estoyt maintenant superflue et inutile, d'aultant que traictant ligue defTensifve il ne se parle aulcunement de l'ofTensive ne agression desdictz pays qu'ils veullent réserver ne d'aulcuns aultres que tienne l'empereur ne aultre prince. » La conclusion des ambassadeurs du roi est en somme celle-ci. « Le poinct principal, Sire, à quoy il nous semble qu'il fauH

[mars 1547] M. DE SELVE H5

regarder c'est qu'en faisant ladicte réservation, sy faire la fault et que nous ne la puissions éviter, il est bien requiz de la mectre et coucher par escript en sorte que par ladicte exception ni ceulx cy ny ceulx ausquelz ilz pourroint monstrer le traicté ne puissent estimer que vous avez env\^e de faire la guerre audict empereur aulx pays non exceptés, car Ton dict voulentiers que l'exception conferme la règle aulx caz non exceptés... » Le sieur de Chantonnay *, fils de Granvelle et gentilhomme de la chambre de l'empereur, est arrivé le jour précédent pour apporter au nouveau roi les condoléances de l'empereur. Avec lui est venu quelqu'un dont on ne sait le nom ni la commission. M. de Saint-Blancard rendra compte au roi de plusieurs autres choses, mais il semble aux ambassadeurs du roi nécessaire de prendre une résolution définitive, « voyants les practiques et menées grandes quy se sont faictes et se font encores par deçà par les impériaulx pour rompre le coup de ceste ligue, jusques à en faire des querelles en plain conseil et à en déposer le chancellyer de son estât... ))

« De Londres^ ce lundy vii'^* mars V'« xlvi. »

Vol. 6, 436, copie du xvr siècle, 6 p. i/2 in-f».

MM. DE SLLVË ET DE LA GARDE A l'aMIRAL.

131. — Londres j 7 mars, — Ils ont reçu la veiUe les dépêches du roi et de l'amiral envoyées par M. de Gombas. Ils sont toujours décidés à ne rien accorder par écrit relativement à la négociation dont a été chargé M. de la uarde, avant d'avoir reçu plus ample information des intentions du roi.

« De Londres^ ce vii^ mars V'^xlvj. »

Vol. 6, fo 139, copie du xvi« siècle, 1 p. in-f°.

SELVE AU ROI

132. — Londres^ i 6 mars, — « Sire, je receus avant hyer incontinent Mii^sion après le partement de monsieur de la Garde * les lettres qu'il vous a pieu **" ^"^"

1. Thomas Perrenot, seigneur de Cbanlonnay, comlc de Sainte-Croix, gentilhomme de la chambre de Charles-Quint, second fils de Nicolas Perrenot, seigneur de Granvelle, garde des sceaux de l'Empereur, et frère du cardinal de Granvelle.

2. Le baron de la Garde, pour la seconde fois en mission à Londres, depuis le mois de décembre comme on a vu, venait de repartir et de rapporter en France le traité de Londres conclu entre Edouard VI et François I*"" au sujet des limites du Boulonnais {Calendar of Si. P., p. 10), et très certainement aussi le traité de ligue défensive préparé déjà entre François !•» et Henry Vlll, et retardé par la mort du roi d'Angleterre. Une dépêche du conseil privé à Nicholas Wotton, du 1*^ avril, contient même une créance spéciale pour recevoir la ratification du roi de France au traité de ligue défensive : elle annonce la nomination de Cobham, député de Calais, de sir John Wallop, gouverneur de Guines, et de sir Edward Wotton, tréso-

il6 NÉGOCIATIONS DE [mars 1547]

escripre à luy et à moy du X* de ce moys, et présentement je viens de recepvoyr par ce porteur celles du XII'. Ausquelles, Sire, je ne vous feray plus longue response, estimant que par ledit sieur de la Garde Vostre Majesté aura veu comme toutes choses sont passées du costé de «ieçà et entendu les causes qui nous ont meu de conclure ce qui a esté conclud, dont nous appercevyons Tévidente rupture devant nos yeulx en usant de la moindre dilation du monde, de laquelle la seullc oppinion que ceulx de deçà avoint prinse que nous voulsissions user a cuydé ruyner toute nostre négotiation, quy a, ce me semble, Sire, veu les répugnances qui s'y sont trouvées, esté conduicte aultant à vostre advantaige qu'il a esté possible, ainsy que Vostre Majesté mesme comme je pense eust jugé s'il eust esté possible de luy faire veoir à loil ce quy y a esté faict d'ugne part et d*aullre.

« Sire, etc. »

M De Lofuheï^, le av/- martz vxlxl »

Vol. 6, r> 139 v«, copie du xvi» siècle, 1 p. In-f".

SELVE A L*AMIRAL

NoareUes 133. — Londres^ 16 mars, — Selve a reçu Tavant-veille la dépêche d'AUemagne. ^^ l'amiral datée du 18 et vient de recevoir celle datée du 12. Il a communiqué le jour précédent à Paget les nouvelles d'Allemagne contenues dans la dépêche du roi en date du 10, àsavoir la reddition de Strasbourg à l'empereur le 20 février. Les ambassadeurs des princes d'Allemagne sont repartis le môme jour que .M. de la Garde. Le duc Philippe de Bavière repart au premier jour et traverse la France : Selve a été prié par les membres du conseil d'écrire au maréchal du Biez pour son passage, ce qu'il n'a pas cru devoir leur refuser.

« Monseigneur, ce matin est venu céans à moy ung Espaignol qui m'a dict se nommer dom Michel de Perpignan et que le roy et monseigneur le dauphin et vous le cognois?iés bien, me faisant entendre qu'il estoyl dedans ledict Perpignan quand monseigneur le daulphin et que depuis il a passé par le royaulme de France et par la court le roy estant pour lors à Villiers Costerez, et qu'il y a envyron XV moys qu'il est détenu prisonnier par deçà dedans la grosse Tour dont il n'est sorly qu'à présent au nouvel advenement de ce roy quy luy a donné liberté, non paz toutefFoys entière, d'aullant qu'il [le] tient encores pour les despens qu'il a faictes durant le temps de sa prison au moyen de quoy il a encores gardé quand il va par la ville qui le reniène tousjours en ladicte tour.

rier de Calais, frère de Tambassadeur, en qualité de coniinissaires désignés pour vérifier les limites du Boulonnais. [Ibid., id.) La mort de François le»", qui survient en même temps, et l'avènement de Henri II allaient infirmer cette convention, dont le renouveUement donna lien à de nouvelles négociations.

[mars 1547] M. DE SELVE 117

Et m'a demandé sy quand vous esiiés dernièrement icy vous m'avyés poinct donné de charge de luy fournir aulcune chose. Et je luy ay dict que non, qu'il m*en souvienne. Après m*a dict qu'il avoyt délibéré de dire au cappitaine Pierre lieutenant du baron de Sainct-filancquard aulcunes choses d'importance pour vous dyre, mais qu'il s'en est allé avec sa gallayre sans prendre les lettres qu'il vous escripvoyt lesquelles il m'a prié luy vouUoyr faire tenir ensemble d'aultres qu'il luy escript que je vous envoyé, affin, Monseigneur, que vous voyez que c'est et qu'il vous plaise mander que j'auray à dire audict Espaignol s'il revient plus vers moy *. »

« De Londres ^ ce xui^* mariz v* xlyi, » Vol. 6, f° 140, copie du xvi« siècle, 1 p. 3/4 in-f«.

SELVE AU ROI

134. — Londres, i 8 mars. — « Sire, je ne vous ay plus tost sceu combat advertir comme est advenue la prinse que les angloys ont faicte de Iroys "V*^ •°*''® iiavyres escossoys dont je pense que monsieur de la Garde vous aura peu et angiab. dyre quelque chose. De quoy, Sire, j'ai cejourd'huy esté informé par ung painctre françoys que iedict sieur de la Garde congnoist bien ', lequel estoyt sur ung navyre angloys nommé la Pensée qui porloyt le frère du grand chamberlan d'Angleterre lequel servoyt de vice admirai en ceste entrepriuse '.

1. Les documents anglais contemporains ne fournissent aucun renseignement sur ce personnage, qu'on trouvera bien souvent mentionné dans la suite de cette correspondance.

2. Ce personnage parait le môme que celui désigné l'année suivante, dans une dépêche de Nicholas Wolton au Conseil privé, en ces termes « a french painter named Nicholas », que Wotlon dénonce comme ayant envoyé en France les plans de tous les ports de la Grande-Bretagne et préparé le passage de Montalcmbert d'Ëssé et des troupes françaises en Ecosse. (Wotlon au conseil, Paris, 7 mars 1548, Calendar of St. P., Edward K/, p. 13.) Il est appelé par les éditeurs « Nicholay d'Arfeuille ». (Id., Index of persons.) Il faudrait alors Tidentifier avec Tauteur d'un traité de navigation contemporaine relatif à la côte d*Ecosse et aux Hébrides, dont il est assez singulier de lui voir recueillir les éléments à bord du vaisseau amiral anglais. (La navigation du roy d'Escosse Jaques cinquiesme du nom autour de son royaume et isles Hébrides et Orchades soubz la conduicte d^Alexandre Lyndsay,

excellent pilote escossois, recueillie et rédigée par Nicolay d'Arfeville, seigneur

dudict lieu et de Bel-Air, Daulphinois, premier cosmographe du roy, commissaire ordinaire de son artillerie et à la Visitation et description générallc du royaume de France, dédiée à très illustre et très vertueux seigneur Anne duc de Joyeuse, pair et admirai de France. Paris, 1583, in-V.) L'auteur explique, dans sa préface, comment il entra en relations avec sir John Dudiey, amiral d'Angleterre, pendant Tambassade de celui-ci en Fram^c, en août 15i6, comment il revint avec lui en Angleterre et reçut de lui « un petit livret cscrit à la main en langage escossois », comment enfin cet ouvrage, traduit et envoyé en France, servit plus lard de guide à Léon Strozzi dans son expédition navale en hcosse, au mois d'août suivant.

3. Andrew Dudley, frère de sir John Dudiey naguère amiral d'Angleterre, commandant de VIlirondelle en 154.j. {State Papers, t. I, p. 811.)

« Sire, ladicle prinse, aii^sy que ledict painctre in*a compté, t'eust faicte à ung mardy YII^ de ce moys, lequel jour ledict vice admirai sortist du port de Germut ' sur ledict vaisseau nommé la Pensée accompaigné de troys aultres vaisseaulx, et estant allé envyron XXX ou XL mil en mer descouvrist quatre uultres vaisseaulx escossoys vers lesquelziltyradroict leur gaignant tousjours le dessus du veut. Et sembiablement lesdicles vaisseaulx escossoys vindrent droict aux angloys préparés et délibérés au combat, et mesmement le Lyon ctEscosse qui se \int joindre à la Pensée qui n'estoyt pas à beaulcoup prez sy bien fournie de gentz de guerre et ceulx qui y estoint mal armés. Vray est qu'elle se trouva ung peu plu? baulte que ledict Lyon et mieulx fournie d'artyllerye par hault, qui donna comme cesluy cy ma dict la victoyre aulx angloys, car ladicle artyllerje rumpit d'arrivée les pontz de corde et les matz et tua bien sixXXbommes dedans ledict navire lequel en fin feust contrainct de se rendre, et sembiablement deux aultres navyres dont Tung se nomme la Lyonnesse. Taultre la Maryr Gallante^ qui sont petitz vaisseaulx comme j'entendz de cent ou III'''' tonneaulx. Le quatriesme s^est saulvé et sy eussent bien faict les aultres fort aysément s'ilz eussent voullu, ainsy que m'a dict ledict painctre. Depuis en voullant mener ladicte prinse audict port de Germut s'est perdu le dict Lyon par la fautte des anglois qui estoint dedans qui Ton faict donner en terre sur un bancq de sable où Ton envoya soubdain une barcque pour quérir les hommes qui estoint dedans lesquelz se sont perduz avec ladicte barcque.

« Sire, je vous envoyé les noms d'aulcuns de ceulx qui ont esté prins dans ledict Lyon lesquelz arrivèrent hyer en ceste ville et furent mictz en la grosse Tour en prison, et dict Ton que Tung d'eulx qui estoyt depesché pour aller à Homme a esté tué de l'arlillerye dans ledict navire. El cejourd'huy ay envoyé advertyr l'ambassadeur d'Escosse de ce que dessus, luy mandant que j'en advertissoys Vostre Majesté et que j'estoys seur qu'elle me commanderoyt d'y faire comme en sez proprez affayres^ à quoy je ne feroys poinct de faulte, cependant que luy feroit bien d'en parler et faire ugne bonne et vive remonstrance et que selon la responce qui luy seroyt faicte nous adviserions après luy et moy ce qu'il fauldroiel que je feisse pour luy assister en cest affaire.

« Sire, j'ay entendu par ledict painctre que l'on a trouvé aulsdicti» escossoys quelque lettre de marque qu'ilz avoint contre les espaignolz et portugoys. Et oultre m'a dict, Sire, que ledict frère du grand chambelan qui estoyt icy venu s'en retourne audict Germut dès cejourd'huy ou demain, en intention de guetter et prendre au passaige quatorze aul* très navires escossoys qu'il a entendues estre en France, me donnant aussy, Sire,à entendre qu'il aouy dyre audicl frère du grand chamberlan que avant qu'il feust deux moys les angloys feroint ugne grande armée

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