LXXIII. — 26 juillet
B. M. R., ms. Y. 241 (9). — Minute : «AM. le Ck)ntrolleur général,
le 26 juillet 1760. »
MIROMESNIL A BERTIN
Je me plains de ce que, lors de l’enregistrement d’autorité de Védit et de la déclaration du mois de février, on m'’ a forcé de rester à cette opération quoique j’eusse demandé que Von ne m'y contraignit pas (2).
(1) La rédaction se ressent ici de la rapidité avec laquelle le ministre écrit.
(2) Miromesnil a classé et annoté ses papiers après les événements et non au jour le jour, car il commet une erreur dans la mention qu’il inscrit ici. C’est seulement le 8 août que le maréchal de Luxembourg enregistrera d’autorité l’édit de février : l’expédition militaire du 2 5 n’a eu d’autre objet que l’inscription sur les registres de la lettre de cachet du 19, dont le Parlement avait refusé le 2 3 de prendre connaissance. A cela près, l’observation est exacte; le
Monsieur,
Il ne me fut pas possible de vous écrire hier, M. le Maréchal de Luxembourg voulut bien me faire le plaisir d’y suppléer en écrivant à M. de Saint-Florentin, et en le priant de vous faire mes excuses, ainsi qu’à M. le Chancelier.
25 juillet comme le 8 août, le P. P. dut être témoin des actes du maréchal, contrairement à ce qu’il avait demandé. (P. 66.)
Le registre secret donne un récit fidèle de la journée, que Floquet rapporte sommairement (VI, p. Syfi à 879.) On suivit le programme habituel en la circonstance : le maréchal, accompagné du duc d’Harcourt, lieutenant général de la Haute-Normandie, requiert, par l’ordre du roi, la lecture de la lettre qu’il s’agit de transcrire au registre ; puis, lorsque la Cour en va délibérer, le maréchal, en vertu de ses ordres, refuse de sortir ; le P. Président insiste au nom de la liberté des délibérations, et, quand, avec la Cour, il se lève pour se retirer, il reçoit du maréchal une lettre de cachet qui lui enjoint d’être présent ; alors il demeure avec le procureur général et le greffier, qui reçoivent des lettres semblables, pour être tous trois témoins de l’exécution des volontés royales; la lettre close du 19 juillet est transcrite, qui interdit au Parlement de donner aucune suite à ses arrêts et arrêtés précédents. Le procès-verbal signé, le maréchal se retire.
Le Parlement rentre aussitôt en séance. Il réitère immédiatement son refus d’obéir : La Cour, délibérant à l’occasion du procès-verbal de ce jourd’huy. . . a déclaré qu’en persistant audit arrêt du 23 de ce mois, elle se trouve dans la fâcheuse nécessité de protester contre les voies inusitées qui ont été emploiées et qu’elle en fera sa complainte audit seigneur roy par la bouche de ses députés. » (Registre secret.)
Dès le lendemain, furent appprouvées les remontrances, décidées les 25 et 3o juin, que les députés devaient remettre au roi le 3o juillet.
Elles ont été imprimées : Itératives remontrances du Parlement de Rouen, au sujet de l’édit du mois de février dernier et de la déclaration du 3 du même mois, (à la fin) Fait à Rouen en Parlement le 26 juillet 1760, sans nom d’imprimeur, in- 12, 26 p.
Je vous écris aujourd’huy. Monsieur, le cœur pénétré de la plus vive douleur.
J’ose vous assurer que j’aurois espéré un peu plus de ménagement. Les marques de confiance que vous aviez paru me donner, l’amitié même que vous m’aviez témoignée me donnoient lieu d’attendre que vous auriez égard à la prière que j’avois pris la liberté de vous faire, de me laisser suivre le sort de ma Compagnie et d’engager le Roy à ne me point donner d’ordres particuliers.
Cependant j’ai été forcé de me séparer de ma Compagnie pour assister au procès-verbal que M. le Maréchal a fait dresser hyer par ordre du Roy sur les registres du Parlement; M. de Saint-Florentin m’avoit même envolé un ordre d’arrêter moi-même toute délibération, duquel je suis certain que je n’aurois pu faire usage sans perdre pour toujours la confiance de Messieurs du Parlement, et par conséquent sans me voir réduit à la cruelle impossibilité d’être pendant toute ma vie inutile au service du Roy (^îc).
Quelque douce, quelque polie que soit la réprimande que m’a fait sur ce dernier objet M. de Saint-Florentin dans la lettre que m’apporta le courrier du cabinet hier matin ( i ), c’est toujours une réprimande. Monsieur, et mon cœur ne sera jamais insensible à de pareilles mortifications.
Est-il possible, Monsieur, que dans le tems où je vous rends compte de tout ce qui peut intéresser le Roy, dans le tems où vous sçavés que mon objet unique est de mettre S. M. en état de tirer de notre députation tout le profit qu’il auroit été possible d’en tirer, un bruit de rébellion répandu je ne sçais par quel accident, sans
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aucun fondement, sans que je vous aie rien mandé qui y eût le moindre rapport, vous ait engagé à perdre de vue une grâce que je vous avois demandé avec instance, et qui étoit moins intéressante pour moi-même que pour le service du Roy ?
Enfin, Monsieur, quel fruit peut-on attendre de la division du chef et de la Compagnie ? Vous êtes magistrat, je rends à vôtre vertu, à vos sentimens l’hommage qui leur est dû : je m’en rapporte donc à vous-même.
Soiez persuadé, je vous prie, que j’ai reçu dans cette occasion-cy, le coup le plus sensible qu’il ait été possible de porter à mon cœur.
J’ay l’honneur de vous envoier l’arrêté d’hier au soir ; il ne contient rien qui puisse vous allarmer pour les suites pendant nôtre voiage.
Je suis, etc...