‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 4)Chapitre 22 sur 89 · CCCXL.— 2 3 décembre · texte numérisé non relu

CCCXL.— 2 3 décembre

B. M. R., ms. Y. 241 (8). — Minute : « A M. de Laverdy,

contrôleur général, 23 décembre 1763. »

MIROMESNIL A L'AVERDY

Monsieur,

Je ne perds point de vue un objet bien intéressant qui est le rétablissement du Parlement, et les marques de confiance, que vous avés bien voulu me donner, augmentent mon courage. Suivant ce qui me revient chaque jour, la pluspart de M^s du Parlement sentent qu'il sera difficile de refuser d'enregistrer la déclaration (j^entends ceux qui sont icy, car, pour ceux qui sont dans leurs terres, il ne m'est pas possible de sçavoir ce quHls pensent), mais je vois qu'il y a quelques personnes qui pourront avoir de la peine à se pretter.

Je vois aussi que Pimpression, que les arrêts du Conseil du 24 aoust et du 17 novembre dernier ont faite, frappe

tout le monde et surtout les personnes les plus modérées et les plus portées à sentir la nécessité des impôts.

L'exemple de Penregistrement de Toulouse a fait une impression assez favorable sur les esprits, mais Ton attend avec impatience ce qui se passera à Grenoble et à Bordeaux, ainsi qu'à Besançon, et il seroit à désirer que ces trois parlements suivissent l'exemple de Toulouse (i).

Le bruit s'est répandu icy que Dijon, qui avoit été le plus modéré de tous et qui, après la cérémonie de M. de Guiches, avoit renvoie à délibérer au 1 5 de ce mois, vient de rendre aussi un arrêt de défense, et cette circonstance semble tenir encore quelques esprits en suspens. Voilà, Monsieur, tout ce que je puis vous dire d'après les mesures que j'ai pris pour être informé de ce qui se dit dans le monde.

J'ay encore fait voir aujourd'huy la lettre, que j'ay écrite au Roy, à quelques-uns de M« du Parlement; elle fait un assez bon effet, et peut-être cette heureuse disposition les engagera-t-elle à se pretter plus aisément aux soins que je prendrai, pour leur persuader de ne point contredire les vues louables qui vous conduisent.

Vous pensés bien, Monsieur^ que je n'ai dit à personne que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Cependant il faut que je prépare les esprits au zèle qu'il faudra bientôt que je laisse paroitre pour favoriser vos desseins, et voicy l'expédient auquel j'ay eu recours. J'ay dit que je n'avois pas l'honneur de vous connoitre^ mais qu'un homme âgé, qui m'a toujours aidé de ses conseils et en qui j'ay grande confiance, qui même quelquefois me réprimande lorsque je fais des choses qui ne luy plaisent pas, ou lorsqu'il se répand sur moy des bruits équivoques, enfin un

(i) Il s'agit de l'enregistrement de la déclaration du ai novembre.

philosophe dénué de toute ambition, que cet honnête homme^ dis-je, qui vous connoit sans être capable de flatter, avait cru me rendre service en m'écrivant pour me mettre au fait de votre caractère, et que ce qu^il m*avoit mandé de vous étoit si avantageux, que je ne pouvois me refuser à Tespérance de vous voir faire beaucoup de bien à TEtat. Tous ceux à qui j'ay parlé ainsi m^on dit que de toutes parts on recevoit les mêmes témoignages à votre sujet.

Enfin aujourd'huy j'ay vu. un des M'» du Parlement, qui a beaucoup de crédit dans la Ck>mpagQie; je Tai pris en particulier, et je luy ai demandé s il vous connoissoit, il m'a i:épondu qu'il vous avoit vu quelques fois, mais pas assez pour se flatter d'être fort connu de voua. Alors je luy ai dit que je n'avois pas non plus Thonneur de vous connoitre^ que je ti^avois même jamais eu le bonheur de vous voir, et je luy ai tout de suite parlé de la peinture qu'un de mes amis, homme âgé, etc., m'avoit fait de votre caractère. J^ay ensuite abandonné ce sujet de conversation, pour parler de Tétat fâcheux de la province, et cet entretien m^a conduit à mon objet, c'est-à-dire aux moyens de rétablir le Parlement et d'obtenir du Roy d'eâacer les impres§ions que les arrêts du Conseil ont faites. J'ay vu avec plaisir que ce magistrat, que je puis vous nommer, c'est M. de Viarmes, est persuadé qu'il faut, quant à la déclaration du Roy du zi novembre, Tenregistrer avec des modifications, mais qu'il est emharassé sur les moyens de remédier à l'inconvénient des arrêts du Conseil. Alors je luy ai dit, mais je ne verrais qu'un moyen de remédier à ce mal, ce serait que le Roy, en nous rassemblant^ envoidt des lettres patentes pour abroger tout ce qui s^estfait de part et d*autre. Il m^a répondu que j'avois raison, mais que la difficulté

serait de sç^voU eu c^uds termes seroient cpnçue$ les lettre patentes. Je luy ai dit (}uç nous qç pouyiçjois pas exiger que le Roy nous fit des excuses ; il tn^a l'épondu qu^il le sentoit aussi bien que moy. Enfin je luy ai dit. Monsieur, unissons "nous pour rendre un service au Roy et à r^tqt; vous qllés passer les fêtes à la campa ffie, réfléchisses pendant ce tems sur Polyet dont il s'*agit, et, à votre retour, nous nous enfermerons pour en raisonner ernsetnble, et, puisqne M, de la Verdy est un homme porté à la vertu et à Vamour du bienj si vous me donnés un projet, j^ risquerai, quoiqu'il ne m^ connoisse ^as, de le luy proposer, et, si vous connaisses quelqu'u^n qui ait accès auprès 4e luy, tachés de luy faire parler. Il n^'a promis de réfléchir à ce que je luy proposois, d'écrire à quelqu^un qui seroit en état dç vous demander quelles seroient vos dispositions, et de me venir voir dès qu'il seroit revenu 4e la campagne.

Voilà, Monsieur, ce que j'ai pu faire jusqu'à présent; je désire qye vous approuviez ma conduite et que le ciel daigne favoriser le désir, que vous avés, de servir avantageusement le Roy et l'Etat, et d'accélérer le rétablissement du Parlement dç Rouen.

Je suis, etc. . .

Post'Scriftum, vous serez peut-être surpris, Monsieur, du détail de cette lettre et des précautipns que j'^i pris pour parvenir à un objet juste en luy même, et pour lequel il sembleroit que l'on devroit agir plus simplement, mais j'ay cru devoir vous rendre un compte exact de toutes mes démarches, et j'ay pensé qu'aiant affaire à des personnes, dont j'ay plus d'une fois éprouvé une méfiance bien injuste, je ne devois pas risquer de leur faire connoitre que j'eusses aucune relation particulière avec

vous, et que je devois au contraire les mettre dans le cas de s'attribuer seules la réussite de ce que je désire, ainsi que vous, qui arrive.

Page 1