‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 4)Chapitre 29 sur 89 · CCCLIII. — 9 janvier · texte numérisé non relu

CCCLIII. — 9 janvier

B. M. R., ms. Y. 241 (2). — Autographe, non signé.

L'AVERDY A MIROMESNIL

Méfait part de ses, embarras, attendu lascituation des finances et ce qui se passe relativement aux parlements.

Votre longue lettre. Monsieur, m'a paru courte. Elle contient mes principes, ceux que je dis ici tous les jours, que j'ai porté jusqu'à dire en comité, qu'en poussant trop loin l'autorité on feroit naître Tanarchie. Une demi heure fut emploiée à dévoiler ce sistéme, qui n'est que celui de la vérité. J^ai agi avec d^autant plus de confiance à votre égard que je ne vous cacherai pas qu^en obéissant au mot j^ordonnCy j'ai mis pour condition à mon obéissance que la totalité du Parlement de Rouen seroit rétablie. Je craignois le même piège que vous. Ne nous l'a-t-on pas tendu en 1 757, et n'y ai-je pas résisté avec assés de fermeté pour ramener enfin tout dans son ordre ( i ) ? Je voiois ici un des acteurs de 1 757 et je pris ma précaution, elle fut agréée et on me Ta promis. Voilà pourquoi il m^a paru nécessaire de dire au maître que je traitois Taffaire, afin qu'il n'imaginât pas que je la perdois de vue, et je lui ajoutai que, quand elle seroit en état, je lui en ren« drois compte. Je lui demandai même le plus grand secret, parce que je ne croiois pas encore opportun d*en parler au vice-Chancelier. Il me le promit d'un signe de

(i) Lors de la retraite du Parlement de Paris en 1757, son P. Président, Maupeou, le vice-Chancelier de 1763, n*avait pas repoussé le projet de ne rétablir qu'une partie des magistrats, et il dut donner sa démission.

tête, et sa parole est sacrée. J'ai proposé en plein Conseil de rappeller DutWeétlil, je ft'ai pds été seul, mais je n^ai pas eu la pluralité.

Maintenarlt que ce Parlement (r) vient, j'ai pris mon parti, et, dans un comité, j'ai fait un discours pour prouver là nécessité de tout terminer d'un trait. J'ai demandé qu'en réponse aujt temotitrànces de Paris, sur raffaife de Fils de James, on envoia des lettres patentes, qui assurassent la liberté des magistrats et produisissent non plus un rliJl et tidri àvcînu, mais un silence éternel avec défehSeS de poursuivre. J'ai été plus heurfeu* c6 jour là. On crut qtié Je n'y féllssîroiSpasà Paris et jéti [2] m'àdoptat. J^ai agi et fait agir. Paris à fait le projet, je ne puis encore voiis TetivOier, je ne Paî pas reporté au comité, mais Fait voir ici à qileltJ'dnS S^ûlefnént cjtlî Tàpprouve. Je trie suis fait... [?]à ce jietit cachepot. Le '^ice-Chancefier n'eil est pas, et son fils (3) lui titûi rigùeuf, pâfce qii'éfànt devenu chef il veut â son tôtlt avoir la paix, pour s'établir, sauf les suites dont je ne réponds pas, ihaisdont j'espère. Ces cachef^ots îà me feront peut être reprendre les haillons du berger au lieu de valets, chevaux et équipiges : tàtit tHîeut, j'en serai plus à moi; rûàïé ils m^ônt pàTii nécessaires.

Le diable ce sont les cottinlandans, et mon Languedoc, ddht lés États s'dSsetiiblent le 16 de ce mois, et dîi on ne veut st pÊLSset du Fils de Jâmés non plus que dé sa chefnise. J'y ai fait des efforts incroiables, j'ai remis la canne, On m'a ditqile j'avois tort et on n'^en a pas voulu. Voîlà tou< ce que J'ai pu tirer d'abord. Paris de son c5té a dit

(1) CelQi deGrStioblê.

(a) Tertne de jeu, àitisi (}ue plasiears unîtes éxprcssiohs de cette lettré.

(3) Le futur chanceliefi alors Premier Président dé Paris.

(Jue sans cela îl ne reglstréroit p\\xs ces belles lettres {Patentes qu'il avoh faites. Nouveaux hioùvettlens, et pet*sonne ne s'en doute, car ce païs a Talr bien trâhquîlle. J'ai trouvé des soutiens. Enfin hiet oïl côhvînt qu*ôn Feroit une rétwnse oti^ en disant : i° qu'il ne doit pas étte iriquiëté parce qu'il à exécuté les ordres, on diKoit : 20 que, quand à la manière dont il s'y est ptis, le rtlâitre se réservoit d*en connoltre, et qu^âilssitôt après Itô Etats il le feroit vénilr auprès de lui pour ert êtfe plus pàfUcUlièrement instruit; S^ti) atlnoncefoit bien Ses lettres patentes. Reste â sçavoir si Paris sera côhfeilt au tnoieh de cela pour dohner le bfanle par l%nfegistrenlent, Joirtt qu'on asselire ici qUe Fils dé Jarties ne reVetra le Languedoc de sa vie. Resté â sçdVdif si le càchepot de sefâ pas tondu au grand jour, et on agira pour cela dès qu'on s<;aura la cotllôur de Paris. Rêfete à sçavoîf cortïtneilt otl pourra longer en attendant Tépoque, tandis que le pauvre Toulouse, doilt les têtes stitlt hoi-s des gôhds, fera des sottises. Voua voies le joli lilétier qtle le mieii. J'ai le boiiheUr en un ^ens de ne hair personne dans ce monde et jVn en rage quelquefois, car dU moins, si j'avois Un homnlé que je haïsse, je me consolerais quelqUefbis en lui souhaitant ifia place et eti réVant qu'il y est.

Quant à Grenoble, j'ai repris ce prétendu marquii sous teUvre. Les dix matidés sont venus ici, et je he les aï pas vus étant d'abord â Paris, et eux ri'étant pas revenus ; il n'y a pas grand mal â cela. On vlèùt de les envoler aussi à Fontainebleau, à Nemours et à Moret, et j'ai été au^si tdndU là dessus au Cdhseil. Cela îfi'ârrivera beaucoup dans les commenceitiehs, parce c\u*on se méfie un peu de mes principes. Pourquoi m'a-t-On pris ôti j'étoià?

{i) Le maître annonceroit .

J'ai donc recommencé la charge dans les cachepots, et j^ai proposé, quand Paris auroit fini, de les faire venir à Versailles, leur dire qu'ils ont eu tort de ne pas déférer à Tordre de venir en députation, que, en remettant au 26 janvier sur la lettre patente et indiquant au 7 pour juger, ils s'exposoient aux voies extraordinaires qu'on a pris pour leur éviter une démarche qui ne pouvoit que déplaire, leur répondre de suite comme à Paris, et faire revenir cet homme indécent. Cela n'est pas encore convenu, mais cela n'a pas été rejette tout à fait.

Que vous dirai je de plus? C'est que je ne puis être et ne pas être, comme je le suis actuellement, et que je périrai victime de ma prétendue élévation, si tout cela ne finit pas, parce que j'ai le malheur d'avoir le cœur sensible. Ne voilà-t-il pas que Dijon vient d'arrêter des remontrances sur la déclaration et de m'enregistrer cette lettre patente que vous avés corrigé? Ne voilà-t-il pas que Besançon vient d'en faire autant! Ne m'a-t-on pas voulu faire percevoir en Dauphiné, pendant l'absence, à quoi j'ai répondu que je ne signerois jamais l'ordre de le faire, sans rien dire au delà, afin qu'on ne dise pas que je mets toujours le marché à la main.

Votre idée du terme des démissions ne passera non plus ici dans une lettre patente que la Seine dans un de nos vieux bateaux plats. Mais on pourroit glisser cela dans un discours; vous mander ici, vous le tenir pour le Parlement et vous renvoîer avec les lettres de rappel. Qu'en dîriés vous? Réfléchisses y.

Et comment percevra-t-on les vingtièmes en Normandie? Le premier, cela ne touche pas à terre; le second, on prétend ici que le Parlement y consent hautement, je n'en ai rien voulu croire. Il faut des rolles cependant, et je ne peux pas plus me passer du premier que du second;

mais du moins, en attendant, il faut le premier des roUes en janvier, et nous sommes au neuf. Auroi-je tort défaire rendre exécutoire le rolle des deux sur le pied de 1763 et de faire dire aux préposés de ne percevoir que le premier jusqu'à nouvel ordre? Auroi-je tort de faire paier les deux à ceux qui bien le voudront, sans poursuivre que sur le premier, en laissant le second en sursis.

Les parlemens. Monsieur, feront faire la banqueroute un matin, mais je partirai le soir, malgré tous les ordres du monde. Il est vrai qu'on les a malmenés. Mais est ce qu'en province ils n'ont pas d'esprit de patriotisme comme à Paris? Je le croiois. Seroit-il possible que je me fusse trompé? Et la Normandie est plus en état de supporter la charge que les autres, quoique dure, quoique j*en gémisse moi-mâme, quoique je désire et travaille déjà à m'industrier pour pouvoir y remédier dans les suites. Si on ne se prête pas au moment, indépendamment de ce que je ne pourrai pas travailler, tout sera culbuté.

Je n'ai pas dit un mot à M. de la Michodière hier de notre relation ; il est vrai que je ne Tavois vu qu'en maisons et il y a très longtemps.

En voilà bien long aussi. Monsieur, mais j'ai déchargé mon cœur dans le sein d'un honnête homme, et il en devinera par ces lignes plus encore que je ne lui en ai dit.

Ce 9 janvier 1 764.

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