CCCLXIV. — 23 janvier
B. M. R., ms. Y. 241 (a). — Minute : « A M. Delaverdy
le 23 janvier 1764. >•
MIROMESNIL A L'AVERDY
Monsieur,
Je répons à la fois aux lettres que vous m^avés fait l'honneur de m'écrire les 16, ift et 22 de ce mois. Je suis charmé que vous aiez enfin obtenu du Roy le rappel de M. de Fits James et du s^ Dumesnil, et que Sa Majesté prenne le parti de parler elle-même à M^s du Parlement de Grenoble et à la députation de celuy de Toulouse; mais tachés aussi, s^il est possible, de rengager à parler un peu de luy même, c'est à dire à ne point lire ses réponses sur un papier en présence de ceux à qui il parlera. Vous ne sçauriez croire le mauvais effet que fait cène manière de parler et de répondre : Ton s'immagine toujours que le Roy ne prend aucune part aux affaires, qu'il en ignore les détails^ et quMl ne fait que répéter sans intérêt et sans volonté ce que son Conseil luy a dicté. Cette observation, Monsieur, est vraisemblablement inutile en ce qui touche le Parlement de Grenoble, parce qu'il sera congédié, selon toute apparence, avant qUe vous receviez ma lenre. Mais elle sera importante pour la députation de Toulouse, et pour nous, lorsque le tems de nous parler sera venu. Je ne sçais pourquoy le Roy se méfie de luy même ; avec autant d'esprit et de justesse, il n'a besoin, pour bien parler, que de dire ce qu'il pense, et, instruit
comme il Test, il ne peut que dire ce qu'il convient quHl dise.
Je vous envoie^ Monsieur, une lettre ostensible écrite de ma main et signée, telle que vous la désirés, sur la marche que vous m^avés indiquée au sujet du Parlement de Rouen. G>mme il se peut faire, ainsi que vous me le marqués, que vous soiez obligé de la faire voir, j^ay eu grand soin d'y rappeller les principes de celle que j^ai pris la liberté d^adresser au Roy, et de ne traiter précisément que les objets sur lesquels vous avés marqué que vous êtes convenu avec le comité de me consulter. J^ay eu soin aussi d'entrer en matière, de façon à >aire sentir, sans affectation, quelque surprise d'une marque de confiance pareille, afin que cène façon de vous répondre cadre avec ce que vous avés dit, lorsqu'on vous a propoHé de m^écrire, que vous ne m'aviez jamais vu.
J'ay lu les lettres patentes que le Parlement de Paris a enregistrées et dont vous m^avés envoie une copie. Elles sont bonnes pour empêcher que les parlemens ne fassent aucune recherche contre les commandans ny contre personne, et je crois qu'il sera bon de les envoier à tous les parlemens et àceluy-cy comme aux autres, mais je ne les crois pas suffisantes pour nous. Il faut observer que nous sommes dans une position absolument différente de celle des autres parlemens.
Bordeaux s'est fait justice luy même de Tarrêt du Conseil en le biffant sur ses registres et en biffant toute la besogne de M. de Lorges (i). Il a ensuite enregistré la déclaration du 21 novembre, et par conséquent admis les impôts. Qu'on luy envoie par dessus tout les mêmes let-
(i) Louis de Durfort, duc de Lorges, lieutenant général en Guyenne, sous le maréchal de Richelieu. V. Boscheron des Portes, Hist. du Pari, de Bordeaux^ 11, p. 294 et s.
trcfr patentes qoe Paris a enregistré, il: sera content et tout sera fini pour luy. Grenoble est satisfait en partie parle . rappel du s^ Dumesnil. Je ne doute pas que lescoftférencês qu^il a eu avec vous et ce cpie luy aura dit le Roy, joint aux lettres patentes qu^il pourra enregistrer à son retour chez luy, ne puisse y rétiiblir la paix^ et aicts tout sera fini à son égard. Toulouse pourra être safîtfait de voir M. le duc de Fits James rappelle et privé de tenir les EtatSw l\ a enr^istré la déclaration du 21 novembre der« nier; aa députation pourra vous mettre en étaideTappaiser sur Fa&ire de M. de Fits James, eft la lettre que luy a écriùle Parlement de Paris pourrra Tdngager à enregistrer aussi les nouvelles lettres piateiites. Dijon, qui fait des remontrances^ vous met encore à portée de négocier, et vous pouvés encore espérer de ce côté là que les mêmes lettres patentes pourront suffire.
Mais le Parlement de Rouen se trouve dans des circonstances absolument dififérentes de celles où sont les autres parlemens. Il n'a aucun sujet de se plaindre personnellement de M. le duc d^Haroourt. Ce lieufenant général s*est conduit avec politesse, avec modération, ne s^ett même pas plaint qu'on luy ait refusé les honneurs dus à sa charge et n'a fait qu^exécuter ses ordres sans user de tout le pouvoir trop étendu que ses instructions contenoient peut-être. Enfin Ton ne peut luy sçavoir mauvais gré que du malheur qu'il a eu d'être chargé d'une pareille commission. Malgré cela je pense. Monsieur, qu'il est nécessaire d^envoier ^ Rouen les mêmes lettres patentes que le Parlement de Paris a enregistrées, à cause d'un arrêté que le Parlement fit le 19 aoust, portant que la Cour se réservoit à délibérer dans un tems plus opportun sur ce qui concernoit M. le duc d'Harcourt. Il est