‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 4)Chapitre 44 sur 89 · MIROMESNIL AU C" LE COUTEULX · texte numérisé non relu

MIROMESNIL AU C" LE COUTEULX

J'ay reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avés fait rhonneur de m'écrire le 8 de ce mois; je suis on ne peut pas plus flatté de votre confiance et de votre amitié, et je vous prie d^étre assuré de la plus grande discrétion de ma part.

Je suis fort aise que vous aiez écrit à M. Delaverdy en faveur de nos hôpitaux, et ce que vous me marqués des dispositions où il est à leur égard me fait grand plaisir. Je vais en conséquence faire dresser des états de leurs revenus et de leurs charges et je vous les remettrai.

(i) Jean-Jacques Vincent Le Couteulx, banquier à Paris, frère du conseiller, avait épousé M^'* Palerne, fille du chancelier du duc d'Orléans. Louis XV, en 1757, lui ayant offert, en récompense de ses services, le grand cordon de Saint-Michel, il préféra ranoblissement pour son père et ses oncles. (Anciens mémoires généalogiques, communiqués par M. Marye, a ncien conseiller à la Cour d'Appel de Rouen).

Je compte ces jours-cy demander à M. Le Breton ses observations et celles de M. Viitecocq sur le projet de tarif des coatioUes, afin de me mettre en état de les faire passera M. Delaverdy ; ce sera un moyen naturel pour lier avec luy la correspondance quUl est à désirer, pour, le bien de la chose, que je puisse avoir. Je vous communiquerai ces observations avant de les luy envoier.

Quant à Pétiquette, il n'y en a point à observer lors« qu'il s'agit de faire le bien, et je me crois obligé de préve- ' nir un ministre lorsqu'il se présente des occasions de luy demander des choses justes. D'ailleurs j'ay écrit à M. Delaverdy lorsqu*il est arrivé au ministère ; j'ay eu lieu d'être satisfait de la politesse avec laquelle il a répondu à mon compliment; j'ay eu occasion de luy écrire déjà en faveur de nos hôpitaux pour quelques petites affaires, et, quoiqu'il n'ait pas pu m'accorder ce que je luy demandois, la façon dont il m*a marqué l'impossibilité oii il étoit de Taccorder m'a fait sentir qu'il y aura de l'agrément à traiter avec luy.

Quant à l'affaire du Parlement, que je regarde comme la plus importante, je vous avoue que je ne sçaisceque je pourrois luy mander à ce sujet : la Compagnie dispersée ne me met pas dans la possibilité de faire des démarches que je fusse cenain qui fussent approuvées. Vous sçavés. Monsieur, le peu de crédit que j'ay sur l'esprit de plusieurs de nos confrères, les persécutions que j'éprouve souvent ; enfin vous connoissés mes peines et combien |e les mérite peu. L'on m'a blâmé en dernier lieu d'avoir écrit au Roy une lettre que mon hoi^neur et ma conscience exigeoient que j'adressasse à Sa Majesté, et que j'ose me flatter qui est telle qu'elle doit être (i). Je ne puis donc

(i) Le Parlement, dans sa séance du i5 mars 1764, lui témoignera sa reconnaissance d*avoir écrit cette lettre.

espérer de réussir, et je ne vois pfts ce que je pourrois marquer à M. Delavefdy sur une affaire dans le succès de laquelle je ne sçaurof s me flatter d^avoir aucune influence.

Né croies pas cependant que mes chagrins et les injustices que Ton m'a faites, non plus que celles auxquelles j'aurai encore le malheur d^étre exposé puissent jamais abbaire rAôn bourage ni affoiblîr mon attachement pour le corps auquel la Providence m^a lié. Non, Monsieur, non, je ne manquerai jamais à ma Compagnie, mais je crois que je fe^ois plus de mal que de bien, si je me mettois en avant dans la ciitonstance présente, lorsqu^il m'est impossible de me faire autoriser par M^* du Parlement et d^étre guidé et éclairé par leurs lumières.

Je ne pense donc pas qu^il convienne que j'écrive à M. Detaverdy sur les affaires du Parlement, n'aiant rien d'utile à luy marquer à ce sujet; mais vous qui êtes son ancien amy et son parent, je crois qu^il seroit bon que vous pro6tas8:ez de vos liaisons avec luy, pour contribuer au rétablissement de notre Compagnie, et que vous profitassiez du crédit que vous pouvés avoir, et que vous mérités, sur Tcsprit de ceux de M« du Parlement que vous connoissés le plus, afin de les disposer à désirer et à procurer la fin d'une calamité aussi réelle que celle que la province éprouve par la cessation de l'administration de la justice. Vous réussirés sûrement mieux que moy, et je me ferai un devoir de concerter avec vous ma conduite, afin qu'il ne m'échape rten qui puisse nuire aux vues louables qui voiis feront agir. Je désire fort que vous reveniez à Rouen, car nous eti dirions plus sur tout cela en une heure qu'il n'est possible d'en détailler par des lettres.

Je suis. ..

qçqXLX^IX. -* lo février 1764.

B. M. R., ms. Y. 241 (3). — Minute : « A M. DeUverdy,

10 février 1764 ».

MIROMESNIL A UAVERDY.

Monsieur,

Lorsque vous m'ayés marqué que vous seriez bien aise que je pusse sonder les dispositions de M. Le Coûteux, Conseiller au Parlement, par rapport aux affaires présentes, je you9 ai répondu que cela ne m^étoit pas possible parce qu'il étoit à sa campagne (}),oi çn effet je n'ai pas cru qu'il fût convenable de luy écrire à ce sujet, sans en avoir aucune occasion apparente. Il vient de m'en donner une de luy-méme, et je crois devoir vous en faire part, afin que vous aiez la bonté de me guider dans l'usage que vous jugerés à propos que j'en fasse.

Je reçus hier une lettre de luy^ dont je vous envoie l'extrait ; je vous envoie la réponse que j'y ai faite. Vous verres par l'extrait de sa lettre qu'il paroît très- bien disposé, et par la mienne vous verres que je tâche de l'attirer à Rouen afin de converser avec luy, et que, sans trop refuser de concourrir à ses vues, je fais en sorte de me mettre en avant le moins qu'il me sera possible. En voicy la raison : !<> Je ne crois pas devoir luy faire confidence de ma correspondance avec vous, sans avoir vôtre ordre précis pour cet effet ; 2^ Je pense que rien n'est plus capable de le mettre en état de travailler utilement sur l'esprit de ses amis, que de l'encourager en le mettant dans le cas de croire qu'il traitte seul l'affaire avec vous ; 3» Quoique Ton n'ignore pas qu*il est votre parent, il sera toujours moins suspect que moy. Car, quoique l'on ne puisse me

(I) CCCXLIX et CCCL.

rien reprocher, ma place seule est un motif de préjugé dans l'esprit de bien des gens, qui ne sçavent pas connoitre les hommes et qui ne peuvent par conséquent les juger avec impartialité.

M. Le Coûteux est homme de probité et incapable de manquer aux lois de l'honneur; il est de la plus grande discrétion. Ainsi je crois que vous pouvés vous ouvrir à luy sur les vues que vous avés par rapport à notre Compagnie, mais il ne conviendroit pas qu'il les apprît de moy, parcequ'alors il seroit moins flatté de cette ouverture avec raison. Il est donc nécessaire qu'il puisse penser être Torgane de ma correspondance avec vous, en me faisant part de ce que vous lui marquerés, et [en vous instruisant] des conversations qu'il aura avec moy. D'ailleurs il sera plus en état que moy de pénétrer la façon de penser d'un grand nombre de M" du Parlement, et nous agirons diaprés les connoissances qu'il pourra nous donner.

Voilà, Monsieur, ce qui m'a engagé à luy répondre comme j^ai fait et à vous envoler Textrait de sa lettre et une copie de ma réponse.

Marqués moy, je vous suplie, si vous approuvés ma conduite et si vous voulés que j'en tienne une différente. Marqués le moy et je me conformerai à ce que vous me prescrirés.

Que ne puis-je. Monsieur, vous exprimer tout mon attachement et tout mon respect ; ils sont, je vous le jure, bien sincères.

Page 1