‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 4)Chapitre 58 sur 89 · CCCCV. — 18 mars · texte numérisé non relu

CCCCV. — 18 mars

Archives Nat., Maison du Roi, dépêches, O ' 406, folio 119 (i). —

Minute : « M. le Premier Président du Parlement de Rouen ».

SAINT-FLORENTIN A MIROMESNIL

18 mars 1764.

J'étais déjà. Monsieur, informé des placards répandus

à Bernay, et j'avais pris des mesures pour être éclaircy sur

le chapitre du nommé Pierre-Abel Le Roy. J'ai vu, par

ce qui en a été écrit, que c'est un sujet dont la tête est

(i) Les Archives Nationales, fonds de la Maison du Roi, contiennent aux recueils des minutes des dépêches du ministre Saint- Florentin, dix-sept lettres de celui-ci à Miromesnil. '(Volumes cotés O > 40a à 41 1, années 1760 à 1771). Leur intérêt est médiocre;;, ellos ont presque toutes pour objet des mesures à prendre contre des insensés ou des prodigues, qu'il y a lieu ou de retenir ou de remettre en liberté. La série des volumes cotés O ' 459 et suivants, an* nées 1 763 et suiv. (Maison du Roi, dépêches ministérielles, minutes)^ fournit encore un certain nombre de lettres adressées à Miromesnil sur des matières d'intérêt privé. Ces lettres, sauf de rares exceptions, ne nous ont pas paru mériter d'être recueillies.

dérangée, et j'avais cependant écrit au juge d^Orbec qu'il ferait très bien de le tenir au secret jusqu^à cequ^on vît le parti qu'on pourrait prendre à l'égard de ce particulier, que je croyais susceptible d'être informé comme insensé, afin d'éviter l'éclat d'une instruction régulière. Mais, le Parlement ayant jugé à propos de prendre connaissance de cette affaire, il ne me reste qu'à vous prier de vouloir bien me faire part de ce qui résultera des informations, tant contre ce particulier que contre celui qui était avec lui et qui a été arrêté à Bernay. J'ai l'honneur d'être avec le plus parfait attachement. . . (i).

(i) Cette affaire des placards séditieux, apposés à Bernay, émut fort le Parlement; il est vrai qu'on la rattachait aux menées des Jésuites. Dans la séance du 1 5 mars un de M'* fit un long récit à la Cour : on avait trouvé à Bernay, les maire et échevins de cette ville, les curés de quelques paroisses avaient reçu un écrit infâme, on y voyait rien moins qu*un effort pour faire revivre la doctrine régicide et pour soulever les peuples contre le meilleur des Roys. L'auteur, on le reconnaissait, était un fou, Pierre-Abel Le Roy, âgé de trentecmq ans, fils d'un drapier de Caen, élevé chez les jésuites de cette ville, que son père avait fait enfermer dans la tour des fous à Caen pendant dix-huit mois, mais que l'on venait de remettre en liberté comme guéri. Il fut arrêté avec un prétendu complice, un nommé Jean-Baptiste La Morthelort; le bailliage d'Orbec et le siège de police de Bernay ouvrirent une instance criminelle. Mais, après le rapport qu'il venait d'entendre, le Parlement évoqua l'affaire, et les coupables furent amenés à la Conciergerie. Ce n'est qu'après une instruction de plusieurs mois que, le 6 juillet, le Parlement condamna Le Roy à être enfermé à perpétuité dans une maison de fou8> et relaxa La Morthelort, arrêté sans la moindre apparence de raison. (^Journal des opérations.,, , etc., p. 33, lao; — Registre secret, i5, 20, ai, 23,- 24 mars, i8 juin 1764.

CCCCVl. — 19 mars 1764.

B. M. R.y ms. Y. 241 (3). — Autographe, non signé (i).

L'AVERDY A MIROMESNIL

Marque son inquiétude au sujet de la déclaration du 21 novembre iy63. Il craint qnte Von n*jr mette des modifications capables de nuire à la perception et qu'ensuitte on ne rende des arrests embarassants. Il marque que l'on ne recevra la députaîion pour remercier le Roy qu'après P enregistrement de la déclaration du 21 novembre tj63. Craint que ladéputation ne soit trop nombreuse; me demande à quel nombre onpouroit la réduire, et s'il ne seroit pas à propos que le Roy dît aux députés quil ne veut pas que son Parlement interrompe la perception.

Je vous suis très obligé. Monsieur, des nouvelles que vous voulés bien me donner. Je suis charmé de ce qui s'est passé au sujet de votre lettre, et par ce moien la tournure que j'ai imaginé vous a procuré une juste satisfaction, que vous n'auriés pas eu de l'autre façon (2). Je suis toujours inquiet de la déclaration du 21 novembre, et surtout je crains qu'on n'y mette des modifications capables de nuire à la perception, et qu'il n'en résulte de nouveaux

(i) Suscription contresignée.

{1) Par discrétion, Miromesnil avait négligé, dans le récit du voyage qu'il fît aux chambres le 14 mars, de signaler le compliment ()ue lui adressa le Roi sur sa lettre du 16 décembre : « M. le Premier Président, j*ai été très satisfait de la dernière lettre que vous m'avez écrite ». Le lendemain, le Président de Rouville, l'un des députés, en fit l'observation; l*on pria Miromesnil de donner lecture de cette lettre (16 décembre 1763), et l'on arrêta qu'elle serait annexée au Registre et que mention du tout serait faite sur celui-ci. (Journal des opérations, etc. ; Registre secret.)

embarras. Je crains ensuite les arrêts, etc. Dieu par deasus tout. S'il veut bénir mes intentions et leur donner quelque succès, il procufera la paix et le calme dans Tintérieur ; s'il ne le veut pas^ les orages ne finiront paa et je deviendrai impuissant à bien faire. Si ce moment arrive, je ne continuerai pas une besogne impossible. Madame de Pompadour est toujours entre la vie et la mort. Ma femme a toujours un peu de fièvre et n^accouche pas, ce qui ne laisse pas de m'inquiéter. Vous connoissés mon inviolable attachement.

Paris, 19 mars 1764.

On recevra vos remercimens après qu'on aura reçu nouvelle de Tenregistrement de la déclaration du 21 no* vembre et autres pièces, parce qu'on ne veut pas interrompre vos délibérations. Mais croies vous qu'il faille tant de monde ? On dit que la députation solennelle est de trente. A combien estimerés vous qu'il conviendroit de la réduire ? Ne pourroit-on pas, en réponse à vos remerciments, vous parler de ne pas interrompre la perception, et que le ministre des finances vous procurera les renseîgnemens dont vous aurés besoin ? Que pensés vous de ces idées? Je vous serai très obligé de m'en donner votre avis, et dans notre ancienne forme, pour vous seul.

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