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lies du programme. Tout cela remplit les lettres depuis le milieu de décembre jusqu'à la fin de février. Miromesnil ne ménage ni les conseils ni les avis au Contrôleur général découragé. Quelquefois même la correspondance laisse le ton des affaires, elle devient familière ; ou bien elle se fait philosophique, morale, on parle de Tesprit public, des passions des hommes, de la meilleure façon de mener le peuple ; on critique le gouvernement, le Roi, ladministration.
Dans cette réconciliation du Parlement de RoueU; la partie la plus difficile à convaincre n'était pas le ministère, quelque répugnance qu'il montrât aux concessions : c'était bien le Parlement lui-même. Offrir à celui-ci un plan tout fait, c'était s*exposer à un refus ; le convaincre que le plan n'était pas l'œuvre du P. Président n'eût pas suffi peut-être, il fallait lui persuader que le plan venait de lui-même et était son œuvre. Miromesnil eut cette habileté, cette duplicité, si Ton veut.
D'abord, et dès la séparation du Parlement, dans ses entretiens avec les quelques magistrats qui le venaient voir, il ne manqua pas une occasion de sonder l'opinion pour guetter le moment propice, et de disposer les esprits pour préparer le retour. En même temps le Contrôleur général s'employait de même façon, et faisait agir les influences dont il pouvait disposer au Parlement de Paris^ où nombre de magistrats rouennais avaient des intelligences. Ces opérations d'approche aidaient aux événements mais ne pouvaient les décider.
Trois conseillers de Rouen furent, dans les mains de Miromesnil, les artisans inconscients de ses combinaisons : Camus de Pontcarré de Viarme, Du Fossé et Le Couleulx, également influents dans leur Compagnie, le premier, auprès des frondeurs ou des échauffés, comme les appelle Miromesnil, le second auprès du vieux parti d'opposition gallicane, le troisième auprès des modérés. Les deux derniers du reste, Du Fossé et Le Gouteulx^ comptaient parmi les magis-
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trats de Rouen les plus distingués, les plus écoutés» les plus dignes de Tétre. Us resteront dès lors les amis de Miromesnil et seront à Tavenir et dans toutes les affaires ses appuis et ses conseillers et ceux de L'Averdy (i). Quant à Pontcarré de Viarme, petit-fils, neveu, gendre des P. Présidents du même nom, irrité de n'avoir pu recueillir leur succession, ennemi de Miromesoil (GGGL), il demeurera toujours le chef des cabales et l'agent des intrigues entre Paris et Rouen.
Miromesoil entreprit de bonne heure le conseiller de Viarme, Tun de ceux qui lui étaient le plus opposés pourtant. Dans un entretien de la fin de décembre (GCGXL), il lui découvrit quelques idées sur les conditions d'une restauration, à savoir Tenregistrement de la déclaration de novembre et des lettres patentes pour abroger le passé : Viarme en tomba d'accord. Alors qu'ils s'unissent pour le bien de TEtat et du Roi, lui proposa Miromesnil, que Viarme médite et lui propose un plan ; qu'il le lui apporte, et, quoique ne connaissant pas UAverdy, Miromesnil le passera à celui-ci et Viarme en aura tout l'honneur (GGGXL, GGGLVI, GGGLIX, GGGLX). Viarme était lancé : il avait des amis à Rouen, des amis à Paris en correspondance avec leurs confrères rouennais; par lui les plans suggérés par Miromesnil, acceptés de L'Averdy, allaient être propagés, et Ton serait averti, on pouvait l'espérer, du moment où l'opinion serait suffisamment préparée à leur exécution.
C'est un concours analogue que Ton tenta de tirer de Du Fossé. Il était parent de M™* de L'Averdy ; grâce à cette circonstance, le Contrôleur général put nouer des relations avec lui. Pour peu qu'il attirât aussi Le Gouteulx, il disposerait avec ces deux magistrats de deux groupes importants, celui de la vieille opposition parlementaire, conduit par Du Fossé,
(1) Plus tard Miromesoil se fera deux nouveaux auxiUaires des conseillers Mouchard ^ Pigou (GGOGLXXXI).
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et celui des libéraux, où Le Gouteulx avait autorité : <' Si je tiens ces deux bommes-là, écrivait L'Averdy, tout ira bien et je me flatte d> parvenir. >» (CCCLXXXl et CCCLXXXIV).
Mais c*e8t surtout avec Le Gouteulx que fut menée Tintrigue. C'était un bomme d'honneur, d'une discrétion parfaite, instruit, enleodu aux affaires, prudent et observateur, mais obstiné (1); appartenant à une famille ricbe, de noblesse récente, apparenté dans la haute bouniçeoisie et le commerce, il était de ceux, pourrait-on dire, qu'animait un esprit nouveau, disposé aux réformes et à une administration plus^ moderne. Miromesiiil professait pour lui la plus sincère estime, et par là on se prend un peu à regretter la façon dont il abusa de lui dans le rôle qu'il lui fit jouer.
L'Averdy, parent de Le Cîouteulx, reçut de lui quelques lettres de politesse, et profitant de cette occasion l'engagea à s'entremettre avec Miromesoil et en avertit celui-ci. Le Co«teulx entendit le Conseil, assura le P. Président des bonnes intentions du ministre, comme si Miromesnil les iguoraity el le soliicita de préparer avec L'Averdy le rétablissement du Parlement. Mais, alors que tout était déjà concerté, Miromesoil feignit de douter de sa propre influence, de croire que le succès était bien plus probable si le conseiller prenait lui-méne l'initiative des négociations. Alors s'établit une triple correspondance : entre Miromesnil et Le Couteulx, eoire Le Gouteulx et L'Averdy, entre L^Averdy et Miromesnil. Miromesnil propose et amène Le Couteulx à ses fins. Le CoateuiK communique avec L'Averdy et a le mérite de lui faire agréer des plans, cependant que Miromesnil et L Averdy en sont d^à convenus. Tous deux eolretieoneot en effet un commerce étroit de lettres, dans lesquelles ils se donnent avis de ce qu'ils ont dit et fait, et de ce qu'ils vont dire et
(1) y. notamment CCGXLIX, GCCL, CCCLXXVl et suiv., GCGLXXIX, ettu
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faire. L'honnête Le Gouteulx croit jouer un personnage, mais Miromesnil, en quelque sorte, lient les ficelles. Si bien que, le 2â février, Le Gouteulx triomphant annonce au P. Président que les lettres de cachet s'expédient pour la réunion du Parlement, alors que celui-ci, qui a tout conclu, a mille raisons de le savoir et en a déjà reçu la nouvelle du ministère (30 décembre à 22 février, GGGXLIX, GGGLXXVII à GGGLXXXV, GGGLXXXVlIî à GGGXGll).
Ainsi le Parlement allait être restauré, les esprits y étaient préparés, le public et la majorité des conseillers le souhaitaient. Le programme avait été concerté entre toutes les parties : Miromesnil et L'Averdy l'avaient délibéré; le Roi et son Gonseil l'avaient adopté, l'adhésion des magistrats influents en écartaient les causes de suspicion. Il y avait apparence qu'il allait être obéi.
Enfin le 22 février l'exécution commence. Bertin, le Secrétaire d'Etat, ayant la Normandie dans son département, expédie à Miromesnil des lettres adressées à chacun des membres du Parlement et leur prescrivant de se tenir à Rouen le 12 mars. Le 24, les magistrats^ résidant à Rouen, sont appelés chez le P. Président, reçoivent de lui leurs lettres, et se séparent après avoir convenu qu'on se réunirait de même chez lui lorsque quelque événement lui ferait désirer recourir à leurs lumières (GGGXGHI).
Puis Miromesnil met à profit les jours qui restent pour régler encore plusieurs questions. Il ne veut pas être mandé seul auprès du Roi, mais bien avec une députation de plusieurs de ses confrères : si on persiste à l'appeler seul à Versailles; il déclare quMl n'ira pas; il est évident en effet qu'une ambassade aussi incomplète serait demeurée stérile. Il veut encore que, lorsquMl se présentera à l'audience du Roi, celui ci lui témoigne sa satisfaction de la lettre qu'il lui a écrite le 16 décembre en faveur de sa Gompagnie. Enfin, si
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le voyage ne doit pas être approfité pour des cooféreoces des magistrats avec les ministres sur toutes les questions pendantes, politiques ou administratives, la députation est inutile, et Miromesnil réclame des conférences. Et tout cela se résout, non sans efforts, suivant les vœux du P. Président (GCCXGIIl à CCGXGV).
Le :26 février Bertin envoya un nouveau message, dont les magistrats réunis eurent connaisance le 28 : c'étaient les ordres qui mandaient auprès du Roi, le 3 mars, Miromesnil, le président Halle de Rouville et six conseillers, parmi lesquels Du Fossé et Le Gouteulx(i). Ceux-ci obéirent et se mirent en route ; Miromesnil constate que tous s'entendirent pour voyager ensemble et le laisser seul(GGGXGVIII) : la défiance persistait. L^audience royale ne fut fixée qu'au 10; en attendant, on employa le temps en visites aux ministres et en conférences avec eux.
Les entrevues les plus importantes eurent lieu avec L'Averdy les 6 et 10. On y discuta principalement deux sujets : lannulation réclamée des deux arrêts du Gonseil blessants pour le Parlement^ et Tenregistreroent de la déclaration du 21 novembre. Ge devaient être les deux articles de la pacification. On verra bientôt des lettres patentes supprimer les deux arrêts et prescrire le silence sur tout ce qui s'était passé, du chef du Parlementcomme de Tordre du Roi. Quanta la déclaration du 21 novembre, plus d'un point était critiqué : le second vingtième, qui ne devrait pas survivre àla guerre, cause de sa création ; le don gratuit, dont la prorogation était contraire aux promesses de son institution ; les droits addition* nels sur les fermes et octrois^ qui allaient peser sur le commerce et sur une population épuisée ; le cadastre, quHI était difficile d'accorder tant qu'on ne connaîtrait pas mieux les
(1) Avec eux étaient appelés : Le Chevalier d'Ëscaquelon, Boatren d'Hattenville, Tabbé Le Frère de Maisons, et Alexandre.