CCCCL. — 21 juillet
B. M. R., ms. Y. 241 (4). — Original, signé.
L'AVERDY A MIROMESNIL
Presse renvoi des remontrances sur les lettres patientes concernant la Bombes ( i ).
A Compiègne le 21 juillet 1764.
Je me trouve encore, Monsieur, aussi embarassé que je i'étois il y a deux jours et ne puis vous écrire de ma main, mais vous pouvez compter sur la personne à laquelle je dicte.
Je vous remercie de tout mon cœur des détails dans lesquels vous êtes entré par vos deux lettres particulières que je viens de recevoir ; je ne vous cache pas qu'ils m'ont paru bien étranges ; je crains vivement les suittes de cène affaire. Est-il possible que nous ne parviendrons jamais à avoir la paix, et, quand à force de sacrifices et de peines je l'obtiens enfin sur les objets généraux, faut-il qu'une affaire particulière et aussi simple que Véchange de la Dombe occasionne de nouveaux troubles et ramène encore des crises? Non, Monsieur, je ne puis le croire : il est dans votre Compagnie trop degens sensés et amis du bien pour qu'elle refuse de se rendre à la fin aux meilleurs procédés et, je pourrois dire, à la raison, car je crois avoir démontré jusqu'à l'évidence que l'enregistrement ne pouvoit être refusé ; et en vérité ce qui vient d'arriver ne peut
(i) Le Parlement venait, dans sa séance du 20, d'arrêter que le Roi serait prié de retirer ses nouvelles lettres patentes relatives i réchange de la Dombes, et que des remontrances lui seraient adressées à cet effet. Les remontrances furent adoptées le 1 1 août et expédiées aussitôt. Une copie en est, suivant Phabitude, annexée au Registre secret.
estre attribué qu'à reffervcscence du moment et à des menées qui ne tiendront jamais contre Pexamen et la réflexion. Ma lettre n^a peut être pas été mieux saisie que l'objet de délibération que vous avez été obligé de faire relire deux et trois fois; je suis très convaincu que, si les raisons que je vous ai donné Tavoient été de même, le parti contraire n^auroit pas prévalu. Je serois presque tenté de vous sçavoir mauvais gré d'avoir prévenu la division que vous avez vu sur le point de s'ellever, il en seroit peutêtre résulté un enregistrement.
Au surplus les vivacités échapées en ce moment aideroient, si j'en avois besoin, à me consoller sur ce que vous me confiés concernant mon personnel. Des gens qui se ménagent aussi peu entre eux doivent ménager encore moins les autres. Et cornent pui-je faire des jaloux ! S'ils conoissoient ma position, ils seroient bien éloignés d'envier mon sort. Je suis doublement malheureux, aprez le sacrifice que j'ay fait, si ce sacrifice même tourne contre moy (i). De bonne foy et entre nous, est-il pardonnable à des juges, modérateurs nés des passions des hommes, d'en montrer autant ? Celle qu'on fait voir aussi contre la personne dont vous me parlez dégénère en vexation. Il est personnellement si affecté de ce qui lui revient de ce pals-là, qu'il veut vendre à quelque prix que ce soit cette terre qu'il a en Normandie ; et vous sentez bien qu'il ne se taira pas sur les motifs qui l'y déterminent. Il ne fau* droit pas beaucoup de viaimes et d'exemples semblables pour indisposer les esprits. Je vois au moins avec plaisir que ceux de votre Compagnie ont été presque partagés, et
(i) On a cru devoir recueillir cette lettre intégralement, malgré ses longueurs, en se souvenant que l'auteur a payé de sa vie, en 1794* le funeste honneur d'un ministère qu'il était si loin d'avoir ambitionné.
cela tne donne quelque canâance encore dans l'idée oii vous êtes que les gens modérés pourroient enfin prévaloir. Je crois inutile de vous recommander de renforcer ce parti autant que vous le pouirez ; ménagez les dix^sept, assurez vous, si vous le pouvez, des absens et hâtez leur retour.
D'un autrecôté je suspens touts les partis extrêmes : on va simplement vous demander par un ordre du Roy les remontrances le plus tôt possible. Je compte sur votre zèle pour en hâter la rédaaion et Fenvoy. Elles ne doivent pas prendre beaucoup de temsdans une matière aussi discuttée. Les lettres de jussion et la réponse qu'on y fera seront conçues en. termes ménagés. Voilà le moment» Monsieur, oii il faut remporter. Quel avantage n'aurez vous pas à tirer d'une conduitte si sage, je pourrois dire de Texcès de complaisance du Roy dans cette affaire et des détailsetdes raisonsquiaccompagoerontses lettres. Jesuis, je vous Tavotie, un peu touché de ce qui a été agité concernant celle que je vous ai écritte ; celle-ci au surplus étant pour vous seul n'occasionera pas la même question. Je vous y parle, comme vous voyez, avec la même confiance que vous me témoignez. Soyez sûr que j'y répondrai dans tous les tems, et ne douttez jamais de l'inviolable attachement avec lequel
De l^Averdy.
CCCCLl. — 22 juillet 1764.
B. M. R., ms. Y. 241 (4). — Original, signé.
BERTIN A MIROMESNIL
Envoie un ordre du Roy pour presser Venvoi des remontrances sur les lettres patentes concernant la Bombes.
Compîègne 2a' juillet 1764.
[11 a rendu compte au Roy de ce qui s^est passé dans l'assemblée des chambres au sujet des lettres patentes sur la Dombe. Sa Majesté désire que les remontrances, ou au moins les objets sur lesquels elles doivent être rédigées lui soient envoyés avant le i*' août. 11 s'en réfère au surplus à la lettre détaillée que le Contrôleur général écrit à M. (i)].