MIROMESNIL A R.-C. DE MAUPEOU
En le priant de présenter an Roy la lettre que je prenais la liberté d^adresser à Sa Majesté^ pour solliciter le rétablissement de M^^ du Parlement de Rouen (i).
Monseigneur,
Il s'est déjà écoulé un mois depuis que M*^ du Parlement ont donné leurs démissions, et fay eu soin de vous rendre compte de Teffet que cet événement avoit produit dans la province. Le public souffre véritablement de rinaction des tribunaux, et Ton commence à trouver extraordinaire que je ne paroisse faire aucune démarche pour obtenir du Roy le rétablissement de ma Compagnie. Le tems pendant lequel j'avois obtenu de messieurs du Parlement de ne point s'éloigner est expiré, et la pluspan d'entre eux sont partis pour leurs terres. Ma position présente est on ne peut pas plus disgracieuse; elle le seroit bien davantage, si je n'a vois pas été assez heureux dans une circonstance aussi triste pour conserver non seulement l'estime et Tamiiié Je ceux qui de tout tems sont bien disposés en ma faveur, mais encore pour plaire
ii)\\ s*agit ici do la remarquable lettre, en date ilu 16 décembre 17Ô3. que M. pni sur lui d'écrire au Roi pour demander le rétaMiNS-'inent lits magistrats ilémissionnaires. Dans Ki séance du i5 mars 1764, Ir Parlement on ordonnera la transcription sur ses registres. 1. 1 lettre est imprimée dans le Journal des opérations, etc. V. le Sommaire.
i ceux mêmes auxquels je suis indifférent, et pour avoir le suffrage de ceux que j'ai quelquefois été dans le cas de croire qui ne m*aimoient pas, en supposant qu^il y en ail quelques-uns, ce que je ne veux jamais croire, ou du moins ce que je veux toujours ignorer et me cacher à mov-méme.
Je sens* Monseigneur, qu'il est intéressant pour le bien du service du Roy que je conserve les dispositions favorables dans lesquels on est à mon égard, et que j'ose me HattcT de mériter, et je craindrois qu'elles ne pussent s'al* tcrer, si l'on pensoit que je néglige de solliciter auprès de Sn Majesté le retour de M'» du Parlement. Je dois cependant vous assurer qu'aucun d*eux ne paroit désirer que je fasse à cet égard aucune démarche et que personne ne m*v engage, quoique je sois persuadé qu'il n'en est aucun (]ui, dans le fond de Pâme, ne voie avec douleur la situation présente des affaires, et n'ait regret de ne plus servir un maître pour lequel ils sont pénétrés de respect et du plus sincère attachement. Mais le public a les yeux sur nia conduite; M'* du Parlement même doivent intérieurement penser que, si je n'ai point donné ma démission, i est parce que j*ay dû regarder comme un devoir indisj^cnsable de conser>*er les moyens de rétablir un corps, • )uc rintérct du Roy même exige qui recouvre son existence, et auquel je dois être sincèrement attaché.
D'après ces reflexions, j'ay cru qu'il étoit de mon devoir de prendre la liberté d'adresser au Roy une lettre, dans laquelle, en rendant S la pureté des intentions de M'* du Parlement le témoignage que je luy dois, j'expose aux veux de Sa Majesté les conséquences fâcheuses qui résultent de l'anéantissement du Parlement» et je la suplie de me rendre des magistrats sans le sccoon desquels je ne puis la servir utilement.
Je vous avoue cependant, Monseigneur, que ce n^est qu'en tremblant que j*ose mettre cette lettre sous les yeux d^un maître, pour lequel je ne puis assez exprimer mon respect et la crainte que j'ai de luy déplaire. Je ne sçais même si j^aurois pu prendre sur moy de m'adresser ainsi directement à mon souverain, si la connoissance que j ai de sa bonté ne soutenoit pas mon courage.
Ce qui contribue encore à me rassurer, c^est Tassurance que vous m'avés donnée de vos bontés pour moy, et la confiance dans laquelle je suis que vous voudrés bien engager le Roy à ne voir que mon zèle et à faire grâce à mon insuffisance. Enfin j^ose me flatter que vous m^aidcrés à obtenir de Sa Majesté le rétablissement d^un corps, qui ne sçauroit être longtems anéanti, sans causer un préjudice afTreux à toute la province. Je n*ai encore montré cette lettre, que je prends la liberté d'adresser au Roy, qu^à deux personnes de confiance que j*ay prié de Tcxaminer avec moy, et je ne la montrerai à qui que ce soit que lorsque vous m^en aurés accusé la réception; alors je commencerai à la faire voir à ceux de M^du Parlement qui sont icy et qui viennent ordinairement chez moy, mais je n'en donnerai de copies à personne.
Comme 1 on est dans Tusage d'envoier à M. de Saint- P'iorcntin, Secrétaire d^Etat de la province, un double des remontrances, j'ay cru devoir luy envoler une copie de la lettre dont il s'agit.
Je suis, avec respect, . . .
CCCXXXIV. — i8 décembre ryti.^.
B. M. R., ms. Y. 241 (8). — Original, signé; en partie autogrnphc.
L'AVERDY A MIROMESNIL
Réponse de M. de VAverdy à ma lettre de compli-^ ment sur son avènement au ministère, à la fin de ia^
quelle, par une aposiille de sa main, il me marque le désir qu'il a de concerter avec moi les moyens de rétahlir dans leurs fonctions At^ du Parlement de Rouen, qui aboient donné leurs démissions,
A VerMÎtles, te i8 décembre 1763.
Je rcsois. Monsieur, avec bien de la reconnoissance, le compliment que vous me failles sur la place dont le Roy m'a ordonné de me charger. Je désire bien sincèrement y pouvoir opérer le bien, mais je ne puis me dissimuler les difficultés et les embarras qu'elle entraine; j*y apporterai au moins tout le zèle dont je suis capable, et je m'estimerai trop heureux si j^y puis donner des preuves de la droiture de mes intentions. Soycs enparticulicr bien persuadé de tout le désir que j*ay de vous convaincre du parfait aiiachemcnt avec lequel...
De l'Averdy.
Ce ( I ) n'est qu'aux ordres réitérés du Roi que j'ai cédé par obéissance, après les plus vives représentations. Vous avcs seurement entendu parler. Monsieur, de ma franchise et de ma droiture, elles seront toujours les mêmes. Je ne désirerois rien tant que de voir rétabli le Parlement à la tête duquel vous êtes, ce seroit le comble de mes %'œux, et je ne désirerai rien uint au monde que de voir commencer mon ministère par un événement aussi avantagcux pour PEut. Croiét-vous, Monsieur, que la déclaration du 3t novembre, registrée à Paris et à Toulouse, et une lettre patente qui abroge tout ce qui s*est fait de pan et d'autre pût passer à Rouen? Ce scroii un signal de paix qui me feroit pleurer de joie, et je commencerois alors à croire que ce n'est pas une punition du ciel qui
(1) Ce pott-fcriptum est autofriphe.
m'a appelle ici irai? une volonté d^cn haut, pcNir contribuer au retablissemem des ânances. Les impôts son: nécessaires, ie vous Tasseure: TEtat seroît au moins chjtncelant sans eux. S'iis sont adoptés, noos aurons la paix, et ce moment de tranquillité servira à examiner de bonne foi les moiens de tout rétablir et de soulager les peuples. J'agirai toujours de bonne foi. Le roi a répondu au Parlement de Paris qu'il avoit donné ordre de remettre à ses parlemens les connoissances dont ils auroient besoin pour la formation de leurs mémoires (i ). La commission à Paris est composée des plus honnêtes gens du monde dans le Parlement, et je puis vous asseurer que les ordres du Roi seront exécutés de ma part avecla plus grande sincérité. Que TEtat vous auroit d'obligation. Monsieur, si par votre canal une œuvre aussi méritoire pouvoit se réaliser. Ecrites moi sous double enveloppe, à vous tout seul. .M. Le Couteulx '2 1, parent de ma femme. m*a écrit, il ne me paroit pas dispose à se prêter. Je lui ai répondu dans la plus grande vérité. Ignorés le vis-à-vis de lui, mais travaillés sans relâche à ce qui peut seul sauver TEtat. Je ne tiens pas à ma place, elle m'a trop coûté â accepter: je voudrois que de m>n retirer fût la condition nécessaire pour un arrangement aussi avantageux : je n'hcsiicrois pas une seconde. Vous voies que je vous ouvre n on caur, mais je connois votre probité et votre candeur, ainsi que vos lumières et vos talens, et j'espère que nous pourrons en nous unissant agir avec succès chacun de notre côté.
M) I-a décl. ntion lu 21 novembre i7f"»3 (Recueil des Edits... registre ff en la (,our du I*arlement de Rouen^ etc.), invitait les cours iv<)UV(.r incs a envoyer au Roi des mémoires contenant leurs vues sur les moycnb de reformer ks finances.
di BiirtlK'l'.my-Th<vmas Le O^uteulx, cunsciller au Parlement de Rouen.