‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 5)Chapitre 22 sur 110 · CCCXLIV. — a5 décembre · texte numérisé non relu

CCCXLIV. — a5 décembre

B. M. R., mt. Y. 241 (8). — Autographe.

SAINT-FLORENTIN A MIROMESNIL

Cette lettre me dit à peu près les mêmes choses que la précédente.

Nota, — \f. de Saint-Florentin venoit de céder le département de la Normandie à M, Bertin, que le Roi ¥€noit de faire Secrétaire d'Etat,

Ce 25 décembre 1763.

Je suis très touché, Monsieur, des sentiments que vous me témoignez sur ce que la Normandie n^est plus dans mon département, et je ne Tay regrettée que par rapport à vous et aux relations qu'elle nous donnoit, mais je seray toujours flaté de la confiance que vous voudrez bien avoir en moy et à laquelle je répondray toujours avec le plus grand empressement.

Je vous ay mandé hier que M. le vice-Chancellier m^avoit parlé de la lettre que vous luy aviez écrite, en luy adressait celle du Roy, et de la réponce qu^il vous avoit £aite après avoir remis celle du Roy. Ainssy, jusqu^à ce qu^on eut pris un pany, quand vous récririez de nouveau, vous n^auriez point d'autre réponce. Le Roy reçoit demain les remontrances du Parlement de Paris, qui sûrement parlera de celuy de Rouen, et ce ne sera qu*après la réponce que Ton décidera quelque chose; et sy vous adressez une nouvelle lettre pour le Roy à M. Bénin, cela fâcheroit peut-estre M. Je vice-Chancellier. J'avois vu la lettre que vous aviez écrite au Roy lors des démissions et elle avoit été approuvée. Ne douttés jamais. Monsieur, des sentiments d'attachement. . .

Saint- Florentim .

CCGXLV. — 25 décembre 1763.

B. M. R., ms. Y. 241. (8). — Auiographe.

// m'observe qu'il aura bien de la peine à rieti Jàire changer au projet de lettres patentes.

Répondu, le 2-j décembre^ que, tes circonstances de

Romen éiant différentes de celles de Toulenue, je crois qu'il faut d'autres lettres patentes.

Les mesures qae vous prenés, Monsieur, sont très bien concertées; je connois les compagnies, et jes<;ais lUmportance de ces tournures sans lesquelles on échoue k plus souvent. Dijon a rendu un arrêt de défenses et a remis au 2 janvier. Je fais écrire dans ce pais te plus que je puis; j*ignore encore si je réussirai. La déclaration est partie pour Bordeaux par un courrier, sur Tinstance de M. de Richelieu (i), et on attend à chaque instant la nouvelle de Tenregistrement. Toulouse a décrété le duc de Fils de James de prise de corps. Les princes et pairs viennent jeudy au palais pour délibérer sur cet objet, et où Tincompétence est notoire. Grenoble a refusé d'envoier une députation au Roi ; je n^ai pas pu envoier la déclaration che£ lui; je Tai empêché hier, vu la désobéissance, dMire cassé ou suspendu, en faisant les plus grands efforts. Mais je vois qu'on va les faire venir tous, afin d*empécher qu'ils ne condamnent le s' Dumesnil à être pendu, le

(i) L^ mfllîduil doc de Richelieu était gouverneur de Guyenne et Gascogne.

Lx duc de Fitz James, fils du maréchal Je Berwick, était, tous le comte d'Eu, lieutenant général au gouvernement de Languedoc, en même temps que gouverneur du Limou&tn. II fut délégué à Toulouse pour procéder à l'enregistrement d'autorité de Tédit d'avril ; ses eicis le firent décréter de prise de corps.

t«e marquis du Mesnil, Charlcs-LouisJoachim du Châtellier, lieutenant général an gouvisrnement de DaupKiné, tous le duc d'Orléans, gouverneur, rcçnx la même mi&sion auprès du Parlement de Grenoble; mais la fiçun dont il &'acquitt.i de ses ordres fut à ce point in.Jévrntc que le Parlement le vlccréta d'ajournement, et elle lui vtlut par la suite d'être relevé de sa lieutenance (Cf. notamment CCCLII, CCCLXXXIV, OOGCXVH.). V. le Sommairt.

7 janvier, échéance du délai et jour marqué pour le juger. Besançon est assés mal disposé. Je travaille à y ramener les esprits, mais tout le bord favorable aux Jésuites y est à feu et à sang contre la déclaration. Voilà, Monsieur, le triste état auquel la France est réduite, et, si Dieu n'y met la main, si votre zèle et votre courage ne ramènent pas la Normandie, je ne sçais ce qu'elle deviendra. Jugés de ma douleur, moi qui suis Controlleur en vertu d'un ordre du Roi, chose dont je doute qu'il y ait un seul exemple.

Vous devés avoir reçu la lettre patente. Elle a été arrêtée au Conseil avant moi. Tout ce que je puis tenter, c'^st de vous faire rassembler et devons la procurer, mais j'aurois bien de la peine à y faire rien changer. Je souhaite qu'elle puisse vous satisfaire et je Pespère, parce qu'elle est bien respective sur ce qui a été fait de part et d'autre, ce qui abroge même le lit de justice, et qu'autrement il seroit difficile défaire parler le Roi sans avilir sa dignité. Je n'ai que le tems de terminer en vous renouvellent les asseurances de mon respea et de l'attachement, avec

lequel

De L'Averdy.

2 5 décembre 1763.

CCCXLVI. — 28 décembre ijCS, B. M. R., ms. Y. 241 (8). — Autographe, non signé.

L'AVERDY A MIROMESNIL

// m'annonce que la déclaration du 2/ novembre iy63 est enregistrée à Bordeaux, Ce billet doit être du 28 décembre ijôS.

Au milieu de mes chagrins, Monsieur, ce m*est une consolation de pouvoir vous asseurer que Bordeaux vient d^enregistrer la déclaration, et la multitude d'affaires dont je suis accablé ne me permet que de vous réitérer. . .

CCCXLVII. — 29 décembre 1763.

B. M. R., m». Y 241 (8). — Minute : • A M. Delaverdy

le 29 décembre 1763. •

MI ROM ESN IL A L'AVERDY

Monsieur,

Je reçois dans le moment Tavertissement que vous voulés bien me donner, au sujet de l'enregistrement que le Parlement de Bordeaux a fait de la déclaration du Roy du 21 novembre dernier, je vous en rends mille grâces.

Je suis touché, comme je le dois, que vous trouviez quelque satisfaaion dans la correspondance que vous avés bien voulu établir avec moy, et je vous jure qu'il ne dépendra pas de moy de vous y en faire trouver encore davantage. Si je ne le fais pas, comptés, je vous prie, sur mon zèle et même sur mon attachement le plus sincère; vous gagnés mon cœur par votre franchise et par votre confiance, et je sens que j'aurai avec vous le plaisir de faire par amitié et par inclination ce que j aurois fait par devoir et par zèle pour le service du Roy et de TEtat. Permettes moy, Monsieur, de m'exprimer ainsi, et, puisque la franchise est votre caractère, trouvés bon que je prenne la liberté de vous parler à cœur ouvert. Je vois avec peine que vous vous livrés trop au chagrin de votre position, et je ne puis me refuser de vous dire qu'il faut vous mettre au dessus de cette impression, qu'il faut non

seulement la combattre mais encore la dissiper entièrement. Vous aimés le bien, vous avés les lumières nécessaires pour le connoître et les talens qu^il faut pour le faire. La Providence a permis que vous fussies porté malgré vous à la tête des affaires les plus épineuses, il faut vous soumettre à sa volonté et espérer qu'elle vous donnera les moyens de rétablir tout. De grâce, faites usage de toute la force de votre esprit pour soutenir votre courage et pour ne vous occuper que de vaincre les obstacles que vous pourrés rencontrer. Ias affaires étoient en pire état qu'elles ne sont, lorsque M. de Sully parvint à les rétablir.

Quelques uns de M^^du Parlement de Rouen ont voulu me blâmer d'avoir écrit au Roy, quoiqu'ils aient approuvé ma lettre en elle même, maïs cela n\i pas pris, et Rapprends que le grand nombre m'approuve, et que ceux qui d'abord m^avoient désapprouvé reviennent au sentiment du grand nombre. Le public, qui désire le rétablissement du Parlement, est content de la démarche que j*ay faite, et l'apprends que les esprits même de M'* du Parlement commencent à s'adoucir sur la déclaration. Je commence à espérer, mais je ne vous donne cecy que comme une simple conjecture, et je ne crois pouvoir voos rien assurer que lorsque j'aurai vu M. de Vlarmes qui reviendra vraisemblablement aujourdhuy ou denniin. Au surplus j'aurai grand soin de me conduire de manière à luy laisser penser qu'il aura tout fait, afin de tuy donner encore plus de zèle.

Soyés persuadé. Monsieur, que rien ne me coûtera pour bien servir le Roy et l'Etat, ainsi que pour vous prouver les senti mens que vous m'inspires et le respect avec lequel

CCCXLVIIL - 29 décembre 1763.

B. M. R., ms. Y. 241 (8). — Autographe.

UAVERDY A MIROMESNIL.

Me marque qu'il craint de ne pouvoir obtenir que Von donne pour Rouen des lettres patentes différentes de celles données pour les autres parlements.

Je ne me déiie pas de la Providence, M ûttsietff , et ne m'en défierai jamais, puisque, après mon obéis^nce contrainte, je me suis livré sans réserve à la besogne et que, malgré tant d'incidens, je n^di pas encore perdu la tranquillité d'âme, quoiqu'avec un vrai fonds de chagrin. Mais '}€ ne livre pas trop aux espérances, dans un moment oii il n'est pas encore clair si elle veut nous perdre ou nous sauver. Je serois sans doute trop heureux de contribuer au salut de l'Etat, mais comment y parvenir? Au surplus vous me rap[>etés ce vers.

7*11 ne cède malis, sed contra audentior ito.

Une chose qui m'inquiette, ce sont les changemens que vous pronoystiqués nécessaires à ces lettres patentes, déci* dëes et arrêtées pour tous les paricmens successivement qui en ont besoin : car je prévois aisément que je n'y pourrai pas parvenir, vu la peine que j'aurai à vous les faire adresser, attendu que chacun a ses idées, et que les uns sont plus touchés comme moi de la nécessité de rétablir le calme, et les autres de celle de soutenir l'autorité. Recevés de nouveau les asseurances du respeaueux attachement avec lequel je suis. . .

DR I 'AVICKDY.

Paris, 29 décembre 1763.

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