‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 5)Chapitre 40 sur 110 · LE C" LE COUTEULX A MIROMESNIL · texte numérisé non relu

LE C" LE COUTEULX A MIROMESNIL

Consolés- vous. Monsieur, je vous prie; tranquilisésvous, notre tour aprocbe : voicy la copie de la lettre que je viens de recevoir de M' de L'Averdy. Je m'empresse de vous en faire pan, en vous priant de ne pas oublier la discrettion que vous m'avés promise et qu'il me recommande. Je dis que notre tour aproche, parce que je sçay

<i) Cette lettre^minuie contient une correction, de pluiieurt lignt« d'étendue, de la main de Mirometnil.

quUl doit venir tout de suitte après Toulouse et Grenoble. Suivant mon projet ou mon sistème, vous sentes combien il est important qoe la besogne de M^* Vittecoq et Le Breton soit preste dans peu^ aussy bien que Fétat que vous m'avés promis de nos hôpitaux.

Cest avec joye et satisfaction que je vous renouvelle aujourduy comme hier les assurances du profond respect avec lequel je seroy loutte ma vie...

Le G>utkulx.

A Oissel, ce i5 février 1764 (i).

CCCLXXXVI. - 18 «Trier 1764.

B. M. R., mt. Y. 241 (3). » Autographe.

L'AVERDY A MIROMESNIL

Me marque qu'il rCa pas encor fini avec le Parlement de Toulouse, et que Von ne veut penser au Parlement de Rouen que lorsque Von aura terminé avec celui de Toulouse.

Oh! je ne cède pas la partie, Monsieur, je suis toujours Taffaire de Toulouse. On me la laisse tout seul sur le corps. Je n'ai pas encore grande espérance, mais je me roidis contre les difficultés, c'est mon caractère. J'aurois toujours rendu un grand service à notre maître, si j*avois pu finir toutes ces querelles notables qui font du trouble.

(i) A la suite de cette lettre, Le Couteulx a transcrit la suivante, de L'Averdy :

« L'affaire de Grenoble Bnira demain, mon cher cousin; le Parlement entier sera admis à Taudiance du Roy. 0 luy dira qu*tJ l'a

Il est vrai que cela diminue un peu Pautorité extérieure, mais il n'y a pas moien de faire autrement, et si j'étois seul elle n'en auroit fait qu'accroître. J'aurois proposé au roi de dire que Tétat fâcheux de ses affaires Ta obligé de faire ce qu'il a fait, qu'il est fâché des inconvéniens qui en résultent, qu'aussitôt qu'il Ta pu il est revenu à ce que lui dictoit son coeur et son affection pour ses peuples et pour les r^les, qu'il est convaincu que ses magistrats ne cherchent que le bien, qu'ils s'adressent à lui quand ils croiront qu'il est tombé dans l'erreur, et qu'il reviendra au vrai ; qu'ils soient dociles aussi de leur c6té à y rentrer lorsqu'ils auront erré On l'adoreroit, le maître qui parleroit ainsi; mais on ne veut pas cela, et ce n'est plus le stile. J'en suis fâché, car il n'y a pas de prince auquel il allât mieux qu'au nôtre, qui est plein de bonté et de jus* tetse d'esprit.

Il paroit toujours qu'il ne sera sérieusement question de vous qu'après Toulouse. J'en suis bien fâché pour votre pauvre province. Je suis déterminée faire venir des conseillers de Rouen et vos raisons sont bonnes. Je vois que je n'aurai à craindre ni rhabitgiis ni la perruque en bonne. Quant à vous faire réunir avant, je crains les colloques ei les histoires. Il vaut mieux qu'ils ne s'expliquent pas tout à fait que de risquer Tavanture. Il y a bien du malheur si je ne vous fais pas parler, en tout cas

mandé pour luy faire connoittre tet intention», qu'il a aprit qu'il avoit «retié de luy prétenter des remontrancct, qu'il peut t'eipliquer. On présentera les remontrances. l.c Roy les examinera, fern une bonne téponc: dont il sera content, et les renverra à leurs fonctions avec des mots obligeants. Je n'iiy que le tempt de vous tracer ce peu de mots, (.es députés de Toulouse sont arrivés; on va travailler à eux Sfns relâche. Et }e songe toujours à vous finir; votre province me tend le ccrur et je vuudrois voir finir au plustost U thste léthargie où elle est reduitte. — V'ersaillet, la février 1764. •

je devinerai le silence, et on tire des Normands ce qu'o peut. Je veux tâcher en effet de vous accorder quelqi chose pour les hôpitaux sur le don gratuit, afin de le fai digérer et de ne pas laisser manquer les pauvres, quenoi sommes obligés de faire ; cela me paroît un devoir de n place d'après ce que je suis obligé de faire d'ailleurs.

On avoit oublié de répondre à des remontrances ( Grenoble sur le troisième vingtième et les doublements < capitation pendant dix-huit mois. On a fait registrer ei suite,, et ce peuple a paie quatre ans en deux ans et deir D'une province abîmée, je n'aurois pas pu tirer ce qi eût été imposé. En conséquence j'ai consenti à un aboi nement meilleur sur le second vingtième et une dimini tion légère sur le premier, et j'ai donné 8,000 livres p an pour les hôpitaux, qui étoient dans le cas des vôtre Je n'ai pas pu tenir à cet état affreux des Dauf^inois, vous verres qu'on sera assés injuste pour en conclure q\ j'en dois accorder autant aux autres. Et voila pourqu j'ai l'âme trop sensible pour ma place. Gda n'est q} trop vrai, mais c'est un défaut que j^aime pour moi, par qu'il me laisse au rang des amis de l'humanité, et le f aller c'est qu'on me réforme si je ne sçais pas y résisi assés. Rien n'égale les sentimens du sincère et inviolat attachement, avec lequel...

Paris, 18 février 1764.

De l'Averdy.

CCCLXXXVIL — 19 février 1764.

B. M. R., ms. Y. 241 (3). — Autographe, non signé.

UAVERDY A MIROMESNIL

Me marque que Von ne fera pas venir de députés de Rouen, que je serai mandé seul, qu'il a proposé de révocquer les arrests du Conseil qui ont occasionné les démissions, et que cette proposition n'a pas trop effarouché; qu'il tâchera que F on mande aussi avec moi un président et deux conseillers, mais qu'il duutte qu*il réussisse.

Il me paroit, Monsieur, qu'on prend ici le parti de ne pas faire venir de députés de Rouen. On enverra des lettres de cachet pour être au palais tel jour. Vous serés mandé seul pour la surveille; on vous tiendra un discours convenable pour le Parlement. Vous aurés soin de n'arriver que pour être au moment indiqué. Vous repartirés tout de suite, et on fera tenir les lettres patentes ( 1 ). Le motif est que vos messieurs, qui sont furieux contre M. Bertin, ne voudront pas le voir, et je n*en suis pas le maître comme vous sentes. Je tâcherai cependant de faire en sorte qu'on y joigne un deuxième président, un conseiller de grand ^chambre et un des enquêtes pour faire la carossée, mais je doute que j'y réussisse. J'ai dit qu*il n^ avoit rien À faire si on ne révoquoit pas les arrêts du Conseil : ma proposition n'a pas trop effarouché et je vous ferai sçavoir h quoi on s'en tient là-dessus.

Vous aurés par la poste communication de ce qui sera préparé, car vous sentes que les mots font tout, et je ne suis pas le maître encore une fois; au moien de quoi, s'il

( I ) Pour être loet au Jour de la cuavocation du Parlement.

y avoit quelque chose à critiquer, vous me le ferés passer et je tâcherois encore d'y remédier.

On travaille à force à Toulouse; l'afTaire est bien dure, je ne désespère pas du succès; mais je ne tiens rien encore et je sens à chaque instant tout son poids. Vous connoisses les sentimens de mon inviolable attachement.

19 février 1764, à Versailles.

CCCLXXXVHl. — ao ftvrier 1764.

B. M. R., mt. Y. 241 (3).— Mimite : « A M. DeUverdj

le ao février 1764. »

MIROMESNIL A L'AVERDY

J^ay reçu hier votre lettre du 18 de ce mois, et aujourd'huy celle du 19. Je suis véritablement fâché que Ton paroisse déterminé à ne mander que moy seuU et à se priver par là des ressources que je suis assuré que Too trouveroit dans les conférences que vous auriez avec un nombre honnête de députés choisis par la Compagnie même J'en suis d'autant plus affligé que je suis p>ersuadé que la marche, à laquelle vous me marqués que le Con* seil se détermine, ne réussira pas, et que, par la même raison, j'aurois été assez porté à espérer plus de succès de celle que je vous ai proposée dans ma dernière lettre. Je ne puis concilier dans mon esprit le mélange de crainte ei d'attachement à un extérieur d'autorité dure, que j'ai remarqué de tout tems dans le Conseil, et ce mélange m'a souvent donné la douleur de voir rejetter des moyens qui auroient réussi, pour en préférer qui ont nuit aui

affaires au lieu de les avancer. Dites moy, je vous prie, Monsieur : une autorité dure dans les parolles et dans les premiers mouvemens, mais qui fléchit à chaque secousse et recule à chaque pas, est-elle préférable à celle qui, se tenant inébranlable dans le fond de ses principes, ne s'annonceroit que par des actes modérés et suivis et par des discours fermes mais affeaueux? Ne vaudroit-il pas mieux parler raison, convaincre et laisser appréhender, à ceux que Ton veut soumettre, d*aigrir une autorité qui s'arrête d'elle-même, que de menacer ou de frapper sans cesse pour voir ses menaces devenir vaines et ses coups porter toujours à faux? Voilà ma façon de penser. Je ne crains point d'être trop franc avec vous. Charles V, Henry IV seroient-ils parvenus à cimenter leur autorité^ s'ils avoient agi autrement qu*ib n'ont fait et s'ils n'avoîent pas eu recours au stile que vous dites que Ton ne trouve plus à la mode.

J'ay vu aujourd'huy M. Le Coûteux. 11 m'avoit fait part vendredy, toujours sous le secret, d'une lettre par laquelle vous luy marquiez que l'on penseroit à nous lorsque l'on auroit hni avec Toulouse. Il vint samedy à Rouen ; j'étais occupé, lorsqu'il arriva chez moy, à cxa* miner, avec M. le Procureur général et diux notaires trèt habiles, un projet de tarif pour les contrulles et insinuations, que M. Bertin m'avoit envoie, il y a neuf ou dix mois, pour luy faire mes observations, et je compte être bientôt en étai de vous les faire passer.

Je dis à M. Le Coûteux qu'il arrivoit fort à propos, et que je le priois d'être présent à notre travail. 11 y consentit après quelques difficultés feintes, atin que le Procureur général ne s'appen;ût pas qu il fui informé d'avance de Temploy auquel j'avois destiné cette matinée. Comme l'ouvrage est trop considérable pour finir en une séance.

• nous fûmes obligés d^en remettre la suitte à aujourdhuy

neuf heures du matin. Je priai M. Le Coûteux de s'y trouver; il me le promit. Je le remerciai, quand nous fûmes seuls, de m^avoir fait part de la disposition dans laquelle on est de s^occuper de Rouen quand on aura fini avec Toulouse, et nous ilous séparâmes. Il est venu aujourdhuy suivant sa promesse ; nous avons travaillé jusqu'à une heure, avec M. le Procureur général et les deux notaires, sur le tarif des controlles et avons remis la suite de ce travail à mercredy après midy. M. Le Coûteux est resté à diner avec moy, et je luy ai remis leséuts de THôpital général et de THôtel-Dieu, que je luy avois promis. Après le diné, je Tai tiré à part, et je Tai prié de continuer à me faire pan des nouvelles quUl recevroit de vous; il m'a répondu qu'il le feroit avec plaisir, mais qu'il n'en avoit point eu depuis la lettre dont il m'avoit fait pan vendredy, et qu'il ne vous avoit même point encore répondu. Ensuite il m'a dit que le bruit courait dans la ville que l'on devoit bientôt me mander à Versailles avec les mêmes personnes qui avoient été mandées ces vacances. Je luy ai répondu que je croiois que le meilleur parti que le gouvernement pût prendre seroit de mander quelques membres du Parlement pour conférer avec eux, mais que, si l'on voulloit que ces conférences fussent utiles, il falloit auparavant assembler la Compagnie, afin que les mandés pussent avoir des instructions et des correspondances avec le corps, qui les missent à couvert du danger de se compromettre et à portée de traiter avec quelqu'autorisation. Il m'a répondu que c'étoit aussi son sentiment et qu'il vous le manderoit, mais que dans ce cas il seroit à désirer que la députation fût composée de personnes capables. Je luy ai répliqué que l'unique moyen de faire qu^elle fût bien compotée seroit

que Ton mît la Compagnie dans le cas de choisir ellemême les mandés. Il a été du même avis. Alors je luy ai dit quUl me sembloit que ce que le Roy pourroit faire de mieux seroit d'envoier des ordres à tous M'< du Parlement de se rendre à Rouen et de se trouver au palais en robe à un jour marqué, et que, lorsqu'ils y seroient assemblés, le Procureur général apportât un ordre du Roy pour enjoindre à M^^ du Parlement d'envoier incessemment un certain nombre d'entre eux ^ Versailles, afin de luy rendre compte des motifs de leurs démissions, et de recevoir ses intentions à ce sujet de sa propre bouche; qu'alors les députés choisis par leurs confrères mêmes seroient en droit de leur demander des instructions et qu'ils pourroient par ce moyen se mettre en état de négocier sûrement. Je luy ai dit aussi que le Roy pourroit, au lieu d'un simple ordre, envoierdes lettres patentes qui enjoignissent à M'* du Parlement de reprendre leurs fonctions, de luy envoler tel nombre de députés qu'il luy plairoit de mander, et de rester assemblés jusqu'à ce que ces députés leur apportassent les ordres de Sa Majesté. Ces deux expédiens ont paru de son goust; je luy ai dit : Eh! bien réfléchisses et voiez lequel des deux vous croiréM pouvoir proposer à M. Delaverdy, mais je pense qu'il n'y a qu'une de ces deux voies qui puisse rendre utile le voiage de ceux que Ton voudroit mander à Versailles. .\prés cela, je luy ai dit : Mais, à propos, H me vient une idée : nos .V/'* n'aiment pas trop M. Bertin, c'est cependant luy qui est Secrétaire d Etat de notre province; M. le vice-Chancelier, qui nest pas reconnu au Parlement ' 1 1. na pas^ si j'en crois la galette, présenté

(i) La nuininatton de M. de M4upeou au potto in.iccoutumc de vice -chancelier, pendant la disgrâce du chancelivr, non démiaaaoo-

le Parlement de Grenoble au Roy; ainsi il faudra nécessairement que ce soit M. Bertin qui présente au Roy la députation : nos M^* peut-être ne voudront pas voir Af . Bertin, et voilà un embarras. 11 m'a répondu d'abord que c*éioit là une bagatelle de cérémonial qui s^arrangeroii à Versailles. Je luy ai répliqué que, pour que le Secrétaire d*Eiat nous présentât au Roy, il faudroit Tailer voir auparavant. 11 m'a répondu que cela n^étoit pas nécessaire, que M. Bertin devoit faire sa charge et se trouver chez le Roy pour nous présenter. Alors je luy ai dit que, pour que M. Bertin se trouvât chez le Roy et prit les ordres de Sa Majesté sur Theure de la présentation» il faudroit que nous fussions le voir et le prier de rendre compte au Roy de notre arrivée. Alors il m''a dit qu'il se pourroit bien faire, comme je Tappréhendois, que nos M*^ ne voulussent pas aller chez M. Bertin, et que, pour luy en paniculier, il auroit bien de la peine à s'y déterminer. Je n'ai pas voulu luy en dire davantage, crainte de paroître vouloir engager à rendre à M. Bertin, qui est mon amy, ce que Ton répugne à luy rendre, et nous nous sommes séparés. M. Le Coûteux est retourné à sa campagne et reviendra mercredy travailler au tarif du controUe. Je pense, Monsieur, quMl pourra vous écrire sur tout cela, et alors cela vous mettra à portée de combattre sa répugnance et de vous servir de luy pour la combattre dans l'esprit des autres. Voilà tout ce que j'ay pu faire, car je me mets en avant le moins qu^il m'est possible, afin d*cviter que Ton me soupçonne d'avoir trop d^intelligences à Versailles et peut-être de donner des projets. Quant à TatTaire du Parlement de Grenoble^ il me pa-

naire, Lamoignon, o*avait pat été enregistrée au Parlement dw* Paris.

rott qu^elle a fait rcy une sensation assez avantageuse; et je commence à croire que, si l'on vous met à portée d'avoir des conférences avec quelques-uns de M'* du Parlement qui puissent correspondre avec la Compagnie, les affaires pourront réussir; mais, si Ton me mande seul, si la Compagnie n*est pas à portée d'instruire ses députés ou membres mandés, j'ay bien peur que Ton n^ait pas tout le succès qu*il est à désirer que Pon ait.

Je nai point vu M. Dufossé depuis plusieurs jours, et, quand je Taurois vu, je ne luy aurois rien dit, à moins qu'il ne m^eùt parlé le premier. Mais s'il étoit possible que vous luy touchassiez quelque chose sur les difficultés dont il s'agit, peut-être pourriez-vous le gagner. Je suis sûr qu'il est de tous celuy qui a le plus d*envie de rentrer, à en juger par ce que je luy ai entendu dire les dernières fois que je Pai vu. Si vous pouvés, Monsieur, luy donner lieu de penser qu'il soit seul le mobile du réublissement du Parlement, je ne doute pas que vous n'obteniez de luy tout ce que vous voudrés. Je suis plus que jamais pénétré de Pattachement le plus sincère et le plus respectueux pour vous.

CCCLXXXIX. — ao K-vri'^r I7'i4.

H. .M. K., m». Y. 241 (3>. -* Autographe, nonftigné(i).

LWVKRDY \ MIR0MF:SNIL

M^avertit que M'* du Parlement recevront ordre de

se trouver ù Rouen le i 2 mars; que Us deux arrests du

^Conseil qui avaient occasionne les démissions seront

révocqués, mais qu il faut qu'on Vignore; que je seroi mandé à Versailles pour le 1 1 mars à midy, et quon me fera un petit discours, après lequel je repartirai sur le champ pour pouvoir assembler le Parlement le i3; que peut-être on fera venir avec moi quel ques^ uns de M^ du Parlement. Me promet de m^envoier les projets pour que je les examine, sous le secret; que je puis les montrer à M, Le Coûteux,

On expédie, Monsieur, les lettres de cachet pour ordonner à tous Messieurs du Parlement de se trouver à Rouen le lundy 12 mars. Il y a lieu de croire qu^ils seront satisfaits, puisque les deux arrêts du Conseil seront nommément révoqués, mais il faut qu'on Tignore. Il a été décidé en même tems que vous serés mandé pour le 1 1 mars à midy, que Ton vous tiendra un petit discours, que vous repartirés sur le champ, afin d^assembler votre monde par des lettres de cachet le mardy 1 3 mars et d'en sortir par là, sUl est possible. Cependant, sur les observations que j'ai faites, on prendra peut être le parti d^en faire venir quelq^uns avec vous, si vous estimés que cela soit indispensable. A Tégard du fonds des pièces, je les fais copier et vous les enverrai demain sous le plus grand secret, telles qu'elles ont été décidées, en vous priant cependant, si quelque chose vous paroissoit capable de chocquer, de m'en faire [>art par écrit afin que je voie s'il y auroit moieii d'y faire faire les changemens. Toulouse est en assés bon tram, mais il n'est pas encore fini. On a toujours voulu aller en avant à votre égard. Je n'ai que le tems de vous renouveller les asseurances de mon bien sincère attachement.

A Paris, ce 21 février 1764 (i).

^1) G:tte lettre semble être Ju ao, et non <Ju ai.

Si Le Coulteulx est homme bien discret, ne pourriésvous pas lui montrer les projets?

CCCXC, — 2 1 février 1 764.

B M. R., nit. Y. 241 (3). — Autographe, non signé.

L'AVERDY A MIROMESNIL

// me communique les projets annoncés par sa lettre du 20 février 1 764.

Je vous envoie les projets arrêtés (:). Tenés les bien secrets. Mandés moi ce que vous en pensés et tâchés de n'y proposer que des changemens essentiels. Le discours est dans la supposition qu'on ne parle qu à vous. S'il en venoit plusieurs, il seroit aisé de changer le stile. Je vous demande la réponse la plus prompte.

Paris, 2 1 février 1 764.

CCCXCl. — 22 février 1764.

B. M. R, ms. Y. 241 (3). — Minute : • A M. Dclaverdy

le 22 février 1764. -

MIROMESNIL A LAVERDY

MONSIKUR,

J'ay rcs*u aujourdhuy votre lettre du 31 de ce mois, avec le projet de lettres patentes pour faire rentrer M*** du

(1) Ce» prujeti éuient celui du ditcour» â tenir à MiromesnU, luit ftcul, «oit HC«.omp«gncdc pluAteurtautretmagittrttt, et celui Jet lettres patcfuc« prévues pour la reprise Je* fonctions judiciaires et l'oubli du p«»m:.

Parlement dans leurs fonctions, révocquer les deux arrêts du Conseil et imposer silence sur tout le passé, et. avec, le projet de discours du Roy. Je vous suis infiniment obligé de cette marque de confiance. Je ne vois rien à y changer, et, en mon particulier, je pense que M'^ du Parlement pourront en être satisfaits, d'autant plus que les arrêts du Conseil sont nomément révocqués, ce qui est un grand point. Au surplus il sera bon que d^icy au 12 de mars vous aiez soin de profiter de vos correspondances avec M. Dufossé et avec M. Le Coûteux, pour les persuader sur la nécessité de Penregistrement de la déclaration du 2 1 novembre déniler, afin qu^ilk puissfenten persuader d'^autres.

Je crois M. Le Cbu'teux dîstfet, etla'confiai^cequNhm'a marquée en mé paillant de sa cof^pôndaticé avec Vous a encore augmenté la bonne opinion que j'ay tbt^ouf!^ eu de luy. Cependant je ne luy montrerai po^nt les projets que je vous renverrai demain avec cette lettre, s'il vient, comme je Pespère, travailler avec moy cet après midy sur les controlles, parce que je crois qu'il est bon qu'il ignore que je sois en cori^espondance avec vous. En effet, s^il apprenoît que vous m'avésf commuiiiqué Ces deUl |)rojets, il me s<;auroit mauvais gré de ne luy avoir pas fait plustôt confidence de mon intelligence avec vous, et me voudroit peut-être du mal d'avoir été plus circonspect avec luy qu'il ne l'a été avec moy. Il me ^roît facile de me justifier en luy disant que je ne pouvois pas sans votre aveu dévoiler un secret que vous m'aviez confié, mais peut-être cette excuse, quoique très légitime, ne seroit-elle pas suffisante pour l'empêcher de conserver intérieurement contre moy un ressentiment qu'il faut éviter, et alors il ccsscroit d'être de mes amis, ce qui m'affligtfDit ;

peut'-étre mon appréhension est-elle vaine, mais je pense qu'on ne pesche guerres par trop de circonspeaion.

Mie permettras vous, Monsieur, de vous faire une observation sur le discours du Roy? Ne seroit-il pas à propos que Sa Majesié me dit qu'elle a pris en bonne part la lettre que j'ay pris la liberté de luy adresser le 16 décembre dernier. Je vous avoue que je désirerois fort qu'elle me Bt cette grâce. Toui le monde S4;aii que j*ay écrit cette lettre; tout le monde s<^ait qu'elle avoit pour objet de suplier le Roy de révocquer les deux arrêts du Conseil du 24 aoust et du 17 novembre dernier. Il me semble qu'il seroit à désirer pour mon honneur que le Parlement et le public pussent penser que le Roy n^a point désapprouvé ma démarche, et que le discours du Roy qui sera mis sur les registres du Parlement contint un monument de la pureté de ma conduite, afin que la postérité puisse sçavoir que, si j'ay été le seul officier du Parlement qui n'ait pas donné !»a démission, je n*ai pas pour cela abandonné mon corps et que je n'ai eu d'autre intention que de me conserver pour k bien du service du Roy. pour l'avantage de ma (Compagnie et pour Futilité de la province.

Je vous demande donc en grâce. Monsieur, d'engager le Roy à ajouter, au commencement de son discours, ces mots, J\iy pris en bonne part la lettre que vous nCavés adressée le 16 décembre dernier, et je \*ous ai mandé pour vous charger de dire à mon Parlement, etc. Ce peu de mots, venans de la bouche du Roy et faisant partie de son discours, suffit pour mettre mon honneur en silreté et pour que Ion ne puisse pas reprocher un jour à mes enfans que leur père auroit abandonné son corps, tandis qu'il est bien vray que je n'ai tait que ce que j'ay cru devoir faire en bon sujet, en bon citoyen et en bon

confrère. Ne me sçachez point mauvais gré. Monsieur, d^oser vous parler de ce qui me touche personnellement, lorsqu'il s'agit des intérêts les plus importans de mon maître et de TEtat ; vous sçavés de quel prix est Thonneur, nous en devons être jaloux pour nous et plus encore pour nos enfans, c'est leur premier patrimoine.

Je crains bien que vous ne trouviés dans le Conseil de la difficulté à faire adopter ma prière à ce sujet. M. le vice-Chancelier s'y opposera peut être ; les mesures qu'il avoit prises, au mois de novembre, pour me déshonnorer et pour me mettre dans le cas de quitter honteusement ma place, me font tout craindre de sa part. Je n'ai pas le tems de vous en dire davantage sur cet objet. Au surplus, Monsieur, le Parlement une fois rétabli, Tenr^istrement de la déclaration du 21 novembre consommé, ma conduite approuvée par le Roy et par ma Compagnie, mon honneur sera en sûreté et le bien de l'Etat sera fait. Rien ne m'attachera plus à ma place; d'ailleurs j'ay bien des raisons pour désirer de la quitter, mais je ne le veus faire qu'avec honneur, c'est-à-dire en laissant après moy une mémoire digne d'un honnête homme. Mais je vous avoue que, si je suis assez malheureux pour que la satisfaction que je demande me soit refusée, je ne pourrai pas résister à la douleur que j'en ressentirai. Je vous ouvre mon cœur, parce que tout me persuade que vous le mérités. Rien de si noir, de si indigne, que la trame que quelques-uns de M'^du Parlement, de concert avec xM. le vice-Chancelier, avoient ourdi au mois de novembre pour me perdre d'honneur dans l'esprit du Roy, de ma Compagnie et du public. Ce n'a été que par un bienfait du Ciel, presque miraculeux, que je Tai découverte. J^ay dissimulé ma douleur, tant que l'intérêt du Roy et de TKtat Ta exigé. Je ne veus me venger de personne; je ne

demande d'autre grâce que de voir le Roy approuver ma conduite par les deux mots que je vous su plie de l'engager à ajouter à son discours, de voir ma Compagnie rétablie, de présider à son rétablissement, etde quitter ensuite une place dans laquelle je serai toute ma vie exposé à des trahisons, que peut-être je ne serois pas toujours assez heureux pour découvrir et pour éviter; car enfin, Monsieur, sans la fidélité d'un de tnes laquais, je n'aurais peut-être pas découvert celle que l'on me faisoit au mois de novembre dernier (i).

Quelque court que doive être le tems du voiage que Ton est déterminé à me faire faire, Monsieur, je vous suplie que je ne le fasse pas seul. Vous pou vés compter que ce seroit préparer à mes ennemis de nouveaux moyens de me nuire, et peut être de nuire au succès du planque Ton propose. Il est bon que j*aie toujours des témoins de ma conduite, et c'est ce que je veux toujours avoir; mais l'on peut mander avec moy les deux anciens présidens, comme il me semble que le Roy le fait assez souvent pour le Parlement de Paris. Voilà, Monsieur, à quoy se terminent mes observations sur le projet qu'il paroit que le Conseil adopte par préférence.

Je ne puis cependant me refuser de vous dire que je vois avec regret que vous vous privés de l'avantage que vous auriez tiré des conférences avec les députés du Parlement.

Il est à présumer que la révocation des arrêts du Conseil, expressément ponée par les lettres patentes, satisfera M'* du Parlement, et qu'ils ne feront pas difficulté de reprendre leurs fonctions; mais il me paroit, par tout ce

(i) Lm nature dea «giucmcnts Junt M. i>e plaint ici, et auxquels 41 a déjà plusieurs fois fait allusion, m'ont complet emeni échappé.

qui me revient des discours qui se tiennent dans la ville, que le cadastre déplait à beaucoup de personnes. Cela ne me surprend pas. En vain Ton objecte, contre leur répugnance, que ce cadastre ne sera fait que sur des r^le» mens que le Roy envera aux Parlemens, et, lorsqu'ils y auront été enregistrés, que ces règlemens ne seront faits eux mêmes que sur les mémoires des Cours souveraines, enfin que c*est Tunique moyen de répartir les impositions avec justice. Chacun paroît se retrancher dans un raisonnement, dont il ne veut point sortir, qui est que le cadastre n*a pour objet que de faire connoitre la véritable valeur des fonds du royaume, afin de tirer encore davantage des impositioils, et ce sistème séduit beaucoup de personnes, les unes par la crainte de. payer encore davanta^, et'les autres par Tappréhension de perdre bien des petites ressources que Ton a, pour se soustraire au payement des vingtièmes, par le secours des contre*lettres et des bam simulés.

Le don gratuit répugne à bien des personnes, à cause de la promesse, faite par Tédit de son établissement, de ne pas le continuer pour quelque raison que ce fût. D'ailleurs il me revient que Ton se propose, sitôt que le Parlement sera rentré, de rechercher les controUeurs dû domaine et de faire bien des actes qui, quoique faits en bonne vue, seront peut-être précipités et pourront vous donner encore de nouvelles affaires; des conférences avec vous pourroient éviter un grand nombre de ces inconvénicns. Je me réfère sur ce sujet à la lettre que je vous ai écrite avant hier.

J'oubliois de vous observer. Monsieur, que, si Ton mande avec moy quelques-uns de M'^ du Parlement, ils pourront également répugner à aller chez M. Bertin; ainsi il faut toujours que vous tâchiez de faire persuader

sous main à ceux que Ton mandera, soit présidens, soit conseillers, qu'il scroit peu convenable à la dignité de la magistrature de s'attacher à un point de cérémonial inutile et à une pique de pure vanité, et d'oublier le véritable intérestdu Roy et du peuple; et je ne puis finir ma lettre sans insister encore sur la nécessité indispensable de ne me pas mander seul. Je vous avoue que j'aimerois mieux que Ton mandât qui Ton voudroit saQs.çnoy^ que de me mander seul, quoique je sente bien quMl seroit fâcheux pour moy dans la circonstance présente de n*étre pas â la tête de la déput^tion.

Je n'ai pas re<;u votre lettre assez tôt pour faire partir ma réponse dts aujourdhuy, mais elle vous parviendra encore assez à propos puisque ce n'est que pour le 1 1 que je dois être mandé.

Ne doutés jamais, je vous suplie, de mon respect et de mon plus sincère atuchement.

Le 23, adjouté en^post-scriptum :

Que M. Le Couteulx m'a écrit pour m'avertir que Ton alloit rassembler M^ du Parlement à Rouen pour le 1 2 mars et que je serois mandé seul ;

Et que je lui ai répondu pour le remercier de sa con* fiance, et Fai prié d'écrire à M. le Controlleur général pour rengager à faire en sorte que je ne iois pas mandé seul h).

(i) Ce poAt-tcri^um est de U m«in vie Mirumitnil.

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