‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier président du Parlement de Normandie (volume 5)Chapitre 71 sur 110 · partie le · texte numérisé non relu

partie le

Ce jeudy.

Je nay point entendu, Monsieur, assurément vous faire de reproche : je vous connois trop et compte trop,

(i) V. CCCCLIV, et la réponse, cotée in fine.

je ne dis pas seulement sur votre exactitude, mais sur votre amitié ; je vous ay mandé seulement le fait tel qu*il étoit, sans m'embarasser seulement de la cause qui pouvoit j avoir donné lieu, étant bien convaincu que je pouvois être tranquile à tous égards ; mais il est toujours

à propos que vous soyés instruit en semblable cas

Vous connoissés, Monsieur, tous les sentiments avec lesquels...

Bfrtin.

CCCCLVII. — 19 août 1764.

B. M. R., ms. Y. 341 (3). — Minute : • A M. de Ltrcrây,

\^ 19 aoutt 1764. •

MIROMESNIL A L'AVERDY

Concernant les lettres patentes sur Varrest du Con^ seil portant cassation de Farrest du Parlement du g aoust 1^64, portant établissement d'une cofhmission. Et différentes vUes pour rétablir l'autorité du Roy par la justice, la raison et le sangfroid^ et pour accorder au peuple des soulagements quil sait qu'il ne devra qu'à la justice et à la bonté du Roy, et non à la résistance des parlements.

MoNsiKun,

Vous s<;avé8, comme moy, que la fin du palais est ordinairement un tcms de travail continuel. L'inaction du Parlement a tellement accumulé les affaires qu*on en est accablé, c'est ce qui fait que je ne puis pas vous écrire autant que je le voudrois, et que j ai été forcé de différer jusqu'à présent de vous déveloper ma façon de penser

sur la conduite que je crois qu'il est à désirer que le gouvernemetit tienne a^ec le Parlement de Rouen.

Autant que l'on peut juger des évènemens et de leurs causes par conjectures, je suis |5ersuadé que Tarrét du o, qui a établi la commission, n^a été proposé que dans la vue de renouveller les querelles. Je suis fâché d^étre oblige de penser ainsi, mais je ne puis me refuser à des combinaisons qui paroissent approcher de Tévidence. En supposant que je ne me trompe pas, ce qui ne me paroît que trop vraisemblable, il faut voir quelles peuvent être les vues de ceux qui, à Paris ainsi qu'à Rouen, s'efforcent d*éloigner la paix.

Le Roy, par ses lettres patentes du 12 de ce mois, a cassé Tarrét du Parlement du 9 ; le Parlement a arrêté de faire des remontrances sur ces lettres patentes, a nommé des commissaires pour en fixer les ob^t, et les gens raisonnables et amis de la modération ont obtenu que Ton ne pressât pas Pexécution de l'arrêt cassé. Il peut arriver: I® que les vacances commencent avant que les remontrances soient faites, en ce cas Ton gagnera du tems et c'est toujours quelque chose ; 2° il se peut faire que Ton travaille aux remontrances avant la vacance^ mais il est moralement impossible qu'elles puissent être assex tôt envoiées pour que le Roy y réponde avant la séparation du palais ( 1 ) ; 3" il peut cependant arriver qu'on les fasse assez prompiement pour que le Roy y réponde avant la tin du palais, et que quelque vent de Paris fasse que le Parlement, avant de se séparer, recommande aux commissaires de travailler pendant les vacances.

Maisquandcedemiercasarriveroit, je douteque lacom-

(i)I.c8 remontrances ne furent adoptées que le 29 août, et le Parlement se sépara le 7 s^embre.

mission pût faire aucune opération pendant les vacances, parce que chacun sera bien aise d'aller à la campagne, et que ceux de M'* du Parlement qui seront de la commission se trouveront en trop petit nombre poar rien entreprendre. Ainsi je crois qu'il y a plus de sûreté à attendre qu'à rien presser. Je trouverois au contraire beaucoup de danger n presser Tenregistrement des lettres patentes qui cassent notre arréi du 9, parce que ce seroit donner précisément dans les vues que j'attribue à regret à nos prétendus gens zélés. Je suis persuadé, malgré moy, qu'ils n*ont d'autre objet au tond du coeur que de voir renaître les troubles, espérant parce moyen acheminer un changement chimérique dans la forme du gouvernement, se rendre nécessaires, éblouir le peuple, et s*énger en héros. Cest par cette raison qu'ils ne négligent aucune occasion de faire illusion à des jeunes gens, auxquels ils font voir une gloire immortelle, phantôme auquel le défaut d'expérience donne une apparence de réalité, et d'entraîner dans leur parti, par des prestiges, par des terreurs paniques ou par des vues d'intérêt particulier, les gciu bornés et peu instruits qui ne peuvent pas porter leurs regards plus loin, et qui sont naturellement timides et portés à la méfiance.

Or, il est certain i)ue, si le Roy envoie des lettres de jussion, elles éprouveront la pltis vive résistance, et que chaque éiourdy qui aura indiqué ou approuvé un passage indécent, pour être inséré dans d'itératives remontrances ou dans un arrêt de refus d'enregistrement, se croira un grand homme. Si le Roy pread alors le parti d'un enregistrement forcé, l'on verra le Parlement se porter à des dcmarches encore plus violentes que celles de l'année dernière. L'immagination, aussi fenille que peu réglée, de nos mauvaises têtes, leur suggérera des expédiens

d'une nouvelle espèce et qu^il est impossible de prévoir. Si le Roy oppose la force à cette résistance, les autres parlemens prendront parti dans la querelle, Tembarras du gouvernement augmentera et toutes vos peines seront perdues.

J'avois commencé ma lettre ce matin, et j^avois été forcé de l'interrompre pour aller au palais. J^ay reçu, en rentrant chez moy, la vôtre du i6. Je vois avec le plus grand plaisir que vous avés prévenu tout ce que je vous ai marqué dans le commencement de cette lettre, et que vous approuvés le sistème de modération, que je prends la liberté de vous conseiller d'engager le Roy à opposer à la fougue d^une jeunesse folle et ignorante. Ma confiance augmente et je vais vous exposer ma foçon de penser avec encore plus d^assurance.

Il peut arriver que Ton ne se presse pas de faire des remontrances sur les lettres patentes qui cassent notre commission, et dans ce cas, si, comme je le présume, k "Parlement ne se met pas non plus en devoir de commencer les opérations de la commission, et que nous puissions ainsi gagner les vacances, je crois que ce que le Roy peut faire de mieux est de rester tranquile, sauf à voir après la S< Manin le parti que S. M. voudra prendre. Si cependant il arrivoit qu'il nous tombât tout d'un coup des nues un projet de remontrances, comme cela est arrivé quelques fois, je pense. Monsieur, quMl faudroit que le Roy fit une réponse uniquement fondée sur les règles auxquelles la forme de la commission est opposée, et en évitant avec grand soin d'y insérer la moindre expression taxative contre le Parlement. Je voudrois au contraire que Sa Majesté parût toujours être persuadée de la pureté du zèle et des intentions de son Parlement, et n'avoir d'autre objet que d'en réduire les effets et de les

restraindre dans les bornes de Tautorité qui luy est confiée. Ce serait bien le cas d'accompagner cette réponse, comme vous me le marqués fort bien, de nouvelles lettres patentes qui pussent, en anéantissant le fait de notre enregistrement ( I ) de la déclaration interprétative de Particle premier de celle du 21 novembre dernier, et en expliquant cette déclaration, contenir une forme de commission qui eût quelque rapport avec celle que le Parlement a voulu établir, sans en avoir les inconvéniens.

Au surplus, si nous pouvons gagner les vacances, vous serés encore plus en état de juger de ce que vous pourrés faire, parce qu'il y aura peut-être encore quelques parlemens qui auront suivi IVxemple de ceux de Paris, Douay, Dijon, Grenoble, Aix et Toulouse, et plus vous aurés de parlemens qui auront enregistré, moins vous aurés à craindre de la résistance de celuy de Rouen.

Quant à moy, en quelque tems que Ton parle icy de travailler aux remontrances, soit avant les vacances, soit après la S* Martin, je ne perdrai point de vue ce que je vous ai marqué que j'avois proposé aux chambres assemblées, d'envoier au Roy un projet de lettres patentes en luv adressant les remontrances.

Mais s'il arrivoit. Monsieur, que le Parlement se refusât à toute espèce de conciliation, ce qui est possible, je ne puis assez insister sur un point certain, c'est qu'il faut absolument éviter toutes les voies d'autorité extrêmes. Cette excessive modération sera Tunique moyen dedéconcerter les projets des gens échautTés. Soyez assuré qu'ils désirent que le Roy en vienne encore à ces extrémités, et qu*ils feront tous leurs effons pour y donner lieu, pour

fi^ Arrêt .lu ' loôt. cnrcgi»trant jvec réserves U déct v ration du la juillet.

y contraindre même S. M. En partant de ce point de vue, il est impossible que le Roy fasse rien de vif et même de violent, à quoi ils ne s^attendent pas, et par conséquent ils seront préparés à une vigoureuse résistance, quoi qu'il puisse arriver.

II faut donc les tromper en tenant une conduite diamétrallement opposée à tout ce qu'ils anendent, et peut-être h ce qu'ils sont assez malheureux pour désirer.

Au fond le nombre de ces esprits caballeurs est peu considérable, et leur force ne consiste que dans la foiblesse des autres, qui, sans mauvaise volonté, se livrent à leur prestiges. De grands coups ne serviront qu'à leur donner un plus grand crédit : le Hegme et la patiepcç les mettront dans la nécessité de se démasquer par leur propre inconsidération. Il en est même qui, depuis quelque teros, ont perdu beaucoup de leur crédit dans Tesprit du public, le mieux est donc de les laisser se perdre eux-mêmes tout à fait, et ils en sont capables.

Mais en gagnant ainsi du tems, il faut prendre insensiblement des mesures pour attacher le peuple au Roy; c'est là le grand fk)int sur lequel je vais encore hasarder de vous exposer mes idées.

La multiplicité des impôts fatigue le peuple depuis longtems ; la dureté du tems de la guerre a augmenté sa misère, et la paix n'a pas opéré une diminution assez con* sidérables dans les subsides pour le consoler.

11 est vray que, depuis la publication de la paix, le commerce a considérablement augmenté, et qu'il en résulte un soulagement réel pour ce même peuple; nuiis, malgré ce soulagement, il est toujours obligé de payer des impôts considérables, dont il auroit dû être déchargé à la paix, si les circonstances eussent été moins malheureuses, e: il est moins sensible aux effets de TaugmentatioD du

commerce, qu'au licsagrémeni de payer deux vingtièmes et les deux sols de chacun de ces vingtièmes, des droits d*entrée considérables dans les villes, et un taille très forte dans les campagnes.

La remise de la moitié du don gratuit, la permission d'exporter les bleds tant dans le rovaume qu^au dehors, la suspension des privilèges sont des soulagemens réels; la réforme dans Tadministration des finances, annoncée par Particle premier de la déclaration du 21 novembre dernier, les mesures que le Roy prend, par sa déclaration dernière, pour faciliter aux Cours les moyens de luy donner des mémoires sont des motifs d'espérance pour l'avenir, qui devroient frapper tout le monde, si tout le monde étoit capable de raisonner, ou vouioit se faire raison.

Mais. Monsieur, vous connoissés le génie de notre nation : elle est naturellement bonne, facile à gouverner, mais vive, légère et impatiente. Le peuple voudroii voir accomplir, pour ainsi dire, en un coup de baguette, tout ce que son immagination luy fait sentir qu'il peut espérer, et même tout ce qu'il désire, et, comme les impôts qu'il paye n'ont point changé de nom, il est plus frappé de leur prolongation que des soulagemens qu'il reçoit; entin, il voit toujours les mêmes objets qu'il a vus avant la paix, et il en est préoccupé, en sorte qu'il se refuse à toute autre évidence.

Le mécontentement est donc toujours le même, et c'est ce mccontcntement général qui fait la force actuelle des p«irlemens. Le plaideur ne pense pas que, tandis que l'on emploie à disciiicr des affaires publii]ue5, que Ton n'entend pas, un tems qui devroit être destiné à juger les procè?. on luv t^i't un ton plus considéraNe encore qtte

celuy que luy fait la charge des impôts contre lesquels il est révolté.

Le noble, qui dans le fond n'aime ni n'estime les gens de robe, voit en eux avec plaisir des gens qui balancent Tautorité royale, afin de le délivrer des subsides quil est forcé de payer. L'ecclésiastique, qui ne prend aucun intérêt aux impositions des laïcs, n'est pas fâché que les matières de finance fassent une espèce de diversion, qui détourne par momens les magistrats des objets qui le concernent, et qui leur attirent parfois des désagrémens qu*il n'est point éloigné de désirer qu'ils éprouvent souvent.

Chacun crie contre la dureté des tems, chacun se passionne pour le bien public, que presque personne neconnottet n'a sincèrement en vue; ces clameurs sont soutenues par tous les imprimés dont le royaume est innondé, et la jalousie, que l'on a généralement contre les financiers, les rend l'objet universel de la haine de tous les ordres de l'Etat.

Dans de pareilles circonstances, je crois qu'il seroit à désirer que vous pussiez trouver un moyen pour procurer au public une satisfaction apparente, capable de faire diversion aux idées dont il est imbu, et qui ne parût point être accordée aux instances des parlemens, mais partir de la seule volonté du Roy et être votre ouvrage.

Le peu d'étude, que j'ai pu faire de l'histoire de notre patrie, m'a fait appercevoir que les parlemens n'ont eu de force que sous les gouvernements foi blés, et que cette force s'est toujours évanouie lorsque le gouvernement a repris de la vigueur.

J'ay cru aussi remarquer que les grands coups d'autorité se sont multipliés, lorsque le gouvernement a été foible, bien plus que lorsqu'il a été vigoureux, et j^ay cru en

trouver la raison dans la nature même des circonstiinces. La foiblesse du gouvernement influe sur toutes les panies de l'administration. Comme personne ne tient exactement les rennes de l'autorité, le désordre se communique partout, et Toubli des règles devient général. Chacun sort de sa sphère, chacun murmure de ce que les autres font contre le bon ordre, sans s'a pperccvoir qu'il y manque luy-méme; Ton se permet tout, et Ton ne veut rien passer aux autres.

Le gouvernement, toujours contrarié, veut recourir à Pautorité, et souvent il en abuse. Les sujets souffrent impatiemment et s'écanent souvent du devoir, il résulte de ce désordre un combat continuel entre une sorte de despotisme et Tanarchie, qui se manifeste toujours dès que le premier veut se faire sentir. Un gouvernement ferme tient au contraire toutes les parties de l'administration dans Tordre ; il veille panout avec la même exactitude à l'observation des règles; ceux qui y contreviennent sont réprimés suivant Pexigence des cas, et la crainte d'être repris contient chacun dans sa sphère.

Malheureusement pour la France, son gouvernement, peut-être un peu trop approchant du despotisme sous le règne de Louis XIV, s'est atfoibli par degré depuis trente ans. 11 seroit impossible de le remonter tout d'un coup sur le ton de fermeté raisonnable, sans opérer une secousse trop vive, et peut-être cette secousse achèveroitelle de perdre les affaires. Il faut donc le ramener par degré, si cela se peut, au véritable point 0(1 il doit être; mais, pour y parvenir, quelles sont les voies que l'on doit choisir? C'est \S la grande difliculté.

Je crois. Monsieur, que l'indisposition générale des esprits dans toute la nation est le véritable principe de nos malheurs, et je crois par conséquent que Tunique

remède que Ton puisse apporter à un aussi grand mal, est de s^appliquer à faire cesser cette indisposition.

L'on est accoutumé à murmurer, et les murmures sont autorisés par ceux mêmes qui, en défendant le peuple, devroient mettre leurs soins à le contenir dans le silence. Tout le royaume a les yeux sur les parlements, parce que tout le royaume est fatigué de payer, et que Ton attend de la fermeté invincible de ces Cours la diminution d^impôts à laquelle on aspire. A mesure que les charges du peuple diminueront, le besoin que Ton croit avoir des efforts des parlemens diminuera; le peuple leur sera moins attaché, parce qu'il ne leur demandera plus de secours; tous les vœux se tourneront vers le Roy, qui sera toujours le dispensateur des grâces, et, Tintérét ne soutenant plus les magistrats, ils s'appercevront que le peuple ne sera plus disposé à prendre parti pour eux, et la crainte d'être alors en bute à tout le monde Jeur fera faire àes réflexions, dont ils ne se doutent pas à présent, et les engagera à rentrer d'eux-mêmes dans leur sphère, afin d'éviter de perdre toute leur considération.

Ce grand ouvrage ne peut être que celuj du tems et de la patience. 11 faut par degré travailler à détriure les préjugésqui aveuglent au jourdhuy tout le monde,et tâcher d'y en substituer d'autres, plus conformes au bien de TEtat. car je crois que le peuple, c'est-à-dire la multitude, ne se conduit jamais que par des préjugés.

Or les préjui;és qui dominent aujourdhuy sont : i« la crainte de voir les impôts se perpétuer, et augmenter en cas qu'il survienne une guerre; 2*^ la méfiance du gouvernement à cause du fréquent changement des ministres; 3 ' la jalousie contre les financiers, auxquels on s'immagine que tout ce qui prend part au gouvernement est dévoiis) sans réserve ; 4^ l'idée où près ]ue tout le monde est.

que l'on obtiendra tout ce que Ton voudra lo/rsque Ton contredira fort et terme toutes les vues du gouvernement. Ces quatre principaux préjugés préoccupent la multitude en général ije comprends tous les oi>dresdans le mot de multitude), et ceux qui. quoique plus éclairés que les autres et par conséquent moins dupes du préjugé, ont pour objet de faire leur fortune, de l'augmenter, ou de satisfaire leur vanité et de s*erriger en personnages, se servent de luy pour parvenir h leurs fins.

Il est donc nécessaire, pour déconcerter leur vues, que le Roy s'occupe des moyens de donner à son peuple des soulagemens inattendue, et dont il ne puisse pas penser qu'il soit redevable aux difficultés des parlemens. Par exemple, Monsieur, il seroit à désirer qu'en formant vos projets pour Tannée 1765 et pour Tannée 1766, vous pussiez trouver dan5 votre économie des moyens pour accorder une diminution sensible sur les tailles, et que les intcndans eussent soin de répartir cette diminution de manière 4jue toutes les paroisses s'en ressentissent. Il est certain que vous feriez un bien considérable aux habitans de la campagne et un avantage notable au commerce et ù ragriculturc. La nf)ble5se y trouveroit son propre bien, parce que les fonds en seroient loués plus avantageusement. Le Roy même pourroit y trouver un avantage, car l'augmentation du commerce doit nécessairement augmenter ses revenus.

Par rapon aux villes, il seroit aussi h désirer que vous pussiez leur faire quelque remise, soit sur la copitation. soit sur la moitié du don gratuit, que le Hov s'est réservé par les lettres p.itentes du 8 mars dernier.

S'il étoit possible que ces premiers soulagemens fusseiu annoncés pendant les vacances, les p>«rlemens ne paroitroient v avoir aucune part et le peuple par conséquent

ne les attribueroit qu'à la seule volonté du Roy et à votre travail, ce qui commenceroit à donner une atteinte assez forte au préjugé qui fait craindre de ne voir jamais cesser les impôts. Quant à la méfiance que les fréquentes révolutions du Ministère ont autorisée, j^espère que vous contribuerés à la dissiper en y restant longtems, et c*est ce qui peut arriver de plus heureux au Roy et à TEut.

La haine que Ton porte aux financiers n^est pas tout à fait sans fondement, quoique le préjugé Tait portée beaucoup plus loin qu'elle n'auroit dû raisonnablement aller. 11 est certain qu^ils ont trop abusé du besoin que l'on a eu d^eux, et de la protection que le gouvernement a été obligé de leur accorder. Il seroit cependant, à ce que je crois, très dangereux de suivre Tîdée des parlemens qui seroit de les détruire tout d'un coup, et Ton seroit sûre* ment embarassé de sçavoir ce qu^il seroit possible de substituera leur place. Mais il est des objets de réforme que vous pourriez établir promptement et sans altérer Tordre de cette branche d'administration.

1 ^ Vous pourriez défendre aux fermiers généraux de faire décerner des contraintes contre les paysans pour les forcer de prendre un suplément de sel au delà de leur imposition. La répartition du sel de chaque élection et de chaque paroisse se fait par forme de rolle, ainsi que celle de la taille ; le collecteur répartit sur les feux de la paroisse la totalité de Timposition ; cette répanition une fois faite, pourquoy ne pas laisser le paysan tranquiie et pourquoy forcer un malheureux de lever à la gabelle du sel dont il n^a pas besoin, sous prétexte que sa cote sur le rolie n'a pas été assez considérable ?

2"" Vous pourriez interdire aux fermiers généraux le commerce des eaux de vie. En vérité, il ne paroit pas juste que des préposés, pour juger de la qualité d^une

denrée et pour percevoir les droits qu'elle paye, en fassent le commerce ;

3<> Il seroità désirer que Texportation des eaux de vie de cidre fût permise, et je ne puis croire qu^elle fit autant de tort aux provinces de vignobles que le prétend le Parlement de Bordeaux. Cependant, attendu la résistance de ce Parlement dont je ne suis pas à portée d'approfondir assez la justice des motifs, je n*insiste pas davantage sur cet objet dont vous êtes plus en état que moy de juger sainement ;

4** Seroit-il impossible de rechercher un peu les fournisseurs de la Maison du Roy, les entrepreneurs des munitions et des vivres des armées pendant la dernière guerre ? Il est difficile de penser que ces sortes de traitans n'aient pas volé considérablement, et contribué par leur mauvaise conduite aux succès fâcheux des opérations des dernières campagnes. Je vous avoue que je vois avec douleur qu'une partie de ces sortes de gens, après s'être enrichis aux dépens du Roy et de l'Etat, ont eu pour leur patrie la cruauré de retirer leurs fonds et de refuser service pendant les deux dernières campagnes. Quelle ingratitude et quel usage indigne ces gens ont-ils fait des biens que la Providence leur avoit permis d'acquérir! Ceux qui \>nt servi en sous ordre ont gagné considérablement, si on en croit le cri général, et tous ces hommes se trouvent aujourdhuy au nombre des créanciersdu Roy et de l'Etat. Ncscroit-il pas juste d'examiné rieurs créances, d'informer de leur conduite et de réduire leurs prétentions à l'exacte justice ? Je sçais que ces sortes de recherches ne sont pas capables de faire rentrer des fonds dans lescolfresdu Koy, et que, toutes les fois que l'on y a eu recours, elles n'ont rien produit ; mais elles pourroientcontribuerù diminuer une partie de la masse énorme des dettes de l'Etat^ ou du

moins à satisfaire le public, qoi ▼errait enfin qae T .n rechercheroii les traxiuins. Pour que ceiie recherche fit plus d'effet dans Tesprit du peuple, ne p(mrnez-n>as pas former une commission poar k faire, et ▼ admettre* ayec des personnes du Conseil, quelques gens rtisonnabies Ju Parlement de Paris?

b^ La canase de Poissy mérite votre attemion. Je sens qu^il n'est pas possible de la révocquer arant respiration au bail, maisda motns le mémoire, que je vous envoiai il y a quelque tems, a pu vous convaincre que ces fermiers OQ régisseurs ne méritent pas d'indemnité. J'^espère dans quelques jours être en état de Tons envoier une réponse au dernier mémoire qne vous m^avés fait passer à ce sufet ; il est entre les mains de M. Le Coûteux.

Enfin pour parvenir à détruire le qfuatrième préjogédu peuple, qui est que pkB on contredira le gotrvemement et plus on obtieadra, je crois qu'il n^ a pas d^atrtre moyen que d'éviter, autant qu^îl sera possible, fes voies d^antoriré contre les Cours souveraines, surtout dans tes matières qui intéresseront la finance, erde faire tout he bien que vous pourrés sans Pintercession dn Parlement, c'est à dire sans luy donner le tems de le demander. Mais en même tems il seroit à désirer qne ceux qui sont â la tête de l'administration de hi justice examinassent sérieusement cette partie, aikn de rétablir Tordre, ha discipline et le service dans les tribunaux supérieurs, sans proi)oser aucune nouveauté, mais en renotsvellant seulement fes anciennes ordonnances. J^ crois, Nfonsieur, qu'une des sourtes du mal à cet égard viem de ce que nous négligeons l'essentiel de notre ministère, pour nous livrer à des objets que nous no devons pas embrasser avec autant d'étendue. IT est pres<iue impossible qu'tm homme, qui veut fetre Ife métier des autres, ne néglige pas le sien propre. Je sens que

cette dernière partie n'a aucun rapport direct avec votre déparieirrent, mais, malgré cela, je crois q (fil est nécessaire pour former un boti corps de gouvernement que toutes les parties concourrent enscmbte au maintien du bon ordre.

Vorlà, Monsieur, les moyens pai^ lesquels je pense que Ton peut parvenir par degrés à rétabfir fa confiance dans le peerple, à rattacher au Koy, à tracer ûnfe route à Tautorité royale pour reprendre sa force, et à tàitt rentrer naturellement chacun dans sa sphère.

Peut-être me suis-je trop livré à mon zèle dans cette lettre, [^ut-ètre contient-ctle des détails ifan^ lesquels je n'aurois pas dû entrer, peut-être enfin abusai-je cfc votre patience par sa longueur : le motif qui me fait agir me servira d'excuse et je vous prie de me pardonner en sa laveur.

Je ne finirai cependant pas ma lettre sans vous dire un mot de la déclaration qui suspend les privilèges d'exemption de tailles à l'égard de certains officiers et qui les ac* corde à d autres 1 1 ). G:tte déclaration a voit été approuvée par tous les commii^saires. et }c fus fort surpris hier de la voir soutTrir aux chambres assemblées \t9 plus grandes difficuhés. Nous étions trente, il se iiouva dix voix pour hi refuser, dix pour f'enrejfistrer avec une modification, portant que les officiers des Cours soirvcrai nés n*y seroient pas compris parce que néjnrfjoîns les ordonnances concernant la résidence seroient observées comme parle passé, et dix p>our remettre; la délibération à un autre jour. Après bien des débats ce dérniefavif prévalut; Jansquelqties jours je vous écrirai plus au long à ce sujet.

(I) Dc^Uratiun porunt iuftpention Jet litveri prtvilègM J'eicmption J- ttilL\ j Compic^nc, i t luillet ij*'4\ -Hc a cu cnrc4>»iic<. « Rouen L • -» ,-i a. i^. ^Rei:meH J<m Editt., , cu.)

Je ne puis voir sans gémir racharnement de ceux qui n^ont pour principe que quidquid dixeris, ego contra te, mais quoi qu^il en soit, Monsieur, ne perdes point courage. Opposés le plus grand sangfroid à la pétulance des mauvaises têtes, et surtout ne vous livrés point aux conseils de ceux qui voudroient vous engager à porter les choses à toute extrémité; vous êtes trop sage pour le faire. Quant aux injures, je doute que Ton ose vous en dire publiquement ou par écrit. Quant à celles qui pourroient être lâchées à huis clos, vous dtvés les mépriser et être sûr qu'il y a des gens qui vous respectent, vous sont atuchés et qui sauront les repousser.

Je suis,...

CCCCLVIII. — 22 août 1764, B. M. R., ms. Y. 241 (5). — Autographe, non signé,

L'AVERDY A MIROMESNIL

// discutte les idées que je lui avais proposé dans ma lettre du ig aoust 1764.

Vos conseils, Monsieur, sont ceux de Tamitié et de la raison. Les mêmes gens qui sous main excitent le bruii sont ceux qui ont voulu me pousser à Textrême. J^en ai vu toute la trame, j^ai feint d^y donner, je me.suis laissé mener (en propos, non en aaion), et vos conjectures et les miennes ne sont que trop vraies. Mais je suivrai mon sistcme et non le leur. L^autorité est avilie, elle est détruite, à ce que 1 on croit : on me l'impute. J^ai cependant bien fait ce que j'ai fait. 11 t'alloit périr ou en passer par là ? 11 n'y a voit pas de choix. 11 faut la léublir sans doute;

mais par oQ? Par la raison suivant moi. Le gouvernement a eu des torts; il a deu les réparer. Il ne doit plus s^y exposer. Il fautqu'à l'avenir il soit vrai, etqu'il parle toujours avec dignité et sans pouvoir être critiqué. Il a marché par sauts et par bons : il faut qu^il ait une conduite suivie et uniforme. Il a marché sans régie : il faut qu'il parle toujours en forme. Il a été trop vite : il ne sçauroit aller trop lentement, mais toujours sans perdre de terrain et en en gagnant, ne fu-ce qu'un pouce. Il est vrai que les bottes indiscrettes et hors de mesure des ennemis publics (car je nomme ainsi ceux qui voudroient changer la constitution véritable de TEtat, dont nous nous écartons trop quelquefois) nous em harasseront. Je tâcherai toujours de ne me pas laisser surprendre au premier moment et de revenir sur mes pas, si on m'a forcé de sortir une minuttc de mon plan. Veuille la Providence le couronner du succès, et j'aurai sauvé ma patrie. Veuille la Providence inspirer aux maitrei et aux administrateurs de suivre cette route. Elle est âpre, elle est difficile, elle est longue, mais je la crois seure.

D'après ces principes qui sont les vôtres, et en partant de ce phlegmc que [je] ne cesse de prêcher à la Cour, voici mon plan sur Tobjet de votre Parlement. J'ai senti qu'un arrêt de cassation avec les attentatoires de l'ancien ftile ne feroit qu'aigrir et que son expression occasionneroit le combat d'autorité. Je le s<;ais. tout le monde y pert. Roi, magistrats, sujets et patrie. J*ai osé en faire un et le revêtir de lettres patentes et Tenvoicr. On ma regardé comme un fol. Le maître, dont l'esprit est judicieux, et quelques-uns de ceux qui l'entourent en ont pensé autrement. A son arrivée, on a pâli chés vous de fureur, on y a vomi des injures contre moi. Cela m'est égal. Les quatre raisons en tête sont bonnes et vraies. On a suspendu.

parce c]u'on a senti que le public n^applaudiroit pas lorsque je feroi^ imprinjer de vf^qn côjté. D,e là /deux gains : j'ai vu par là, i<> qu^on craint le public, 2» qu'on ne le croit pas si injuste qu'op cherche à le dépeindre. On peut faire des remontrances à Paris, e))es ar;*iYerom toutes faites un matin.

Quel jour prenés vous vacance? Cela m'est nécessaire à s(;avoir pour ma marche.

Oi> recevra vos remontrances ; je serai d'avis d'y avoir égard en ce qui se pourra et 4^ ri^pondre en trois p^^ses à \'4 folie de retirer les lettres patentes ^e ca$satipp et 4*en donner qui règlent vo^re marche. Ne persistes pas à demander à vQtre Cgmpagnie d'en faif/s. C'est un mauvais parti. La cabale y ferpjt mettre des chos^ que je ne pourrois pas adopter et op ferojt croire que j'ai tort. Faites en un prpjet avec M. Le Couteulx, enyoiés le moi ; ^irétpns tout entre trojs, à l'insçu de l'univers. Fa^spn^ de la raison à nous trois. Elle aura to]iijou|> |e dessus spr le$ hommes à la fin. Ne mettons pas la multitude d^ps U confidence. Osons être citoiens en secret, c'est le seul moien d'éviter les pièges, et ce ser^ là une bonne répons aux remontrances, si elles viennent cette année. Si elles ne viennent pas^ mettons pous au dessus des propos, e^ à }a rentrée faisons arriver de npus même la raison au mi|ieu des hommes et voions spp effet. Cela m'est utile à bien de9# fins, cela Test à la patrie elle-même, j'ose le dire, cela lest à la magistrature, dont la conservation est attachée à celle de l'Etat, et qu'il faut sauver malgré l'effort contraire de ceux qui prétendent la servir en la rendant déraisonnable et par conséquent odieuse. Mais on refusçra peut-ctre la rajson ; j'en doute, nous verrons. Point de force dans Tenregistrement. A chaque démarche, une patente pour réprimer. p!nfin le Roi demandera au Parle-

m^nt qui estPadministrateur, de lui Parlement ou de lui Roi, et vous ordonnera d'y délibérer, si toute la raison n'y produit rien. La contestation sera longue, il est vrai, mais le succès n'est pas douteux suivant moi.

Vous êtes inquiet de Texeroption des privilèges : sçachés que la même cabale, dont M. de Vianne est Tâme à Rouen, s'emploie de Paris pour empêcher Tenregistrement pur et simple, et que ce jeune étourdi qui dédame contre moi a asseuré ceux de Paris qu^il Tempécheroit bien de passer. J'en suis seur. Je commence à avoir des relations dans le camp ennemi : cela pourra nous servir dans la suite ; mab je ne connois pas les vrais acteurs de Paris, et jVn ai beaucoup de regret, je voudrais sçavoir si vous avés quelques notions à ce sujet.

Gagner les peuples est nécessaire sans doute, diminuer les impôts en est la route, en changer la nature et Texterieur un moien. et poursuivre les financiers le couronnement. Eh bien, Monsieur, la banqueroute est attachée pour le prisent A un seul de ces moiens c: h plus forte raison à tous les trois ensemble. Vous ne connoissés pas 1 extrâmiic des maux de l.i France : il faut que je pane de l'état où clic se trouve, que je laisse crier, non ponebat enim ramures ante salutem\ non K\\xe je ne cherche à en sonir. j'y rassemble toutes les facultés de mon àme ; je ne dése>p^re pas avec du tcms, de la patience, de la tranquil* litô, de la confiance et delà docilité. Je trouve le contraire partout; je combats contre cea préjugés de mon mieux, par là le tems s'allonge, et ces combau nuisent à tout ce que [ je I peux préparer de bien. Je n'y travaille pas moins, mais les momensme manquent. Quelle autre diminution pui-je faire sur les impôts, que d'accorder des soulagemens à quatre ou cinq cens villages de la France, que la greale a dévastés et dont oo ne pourra rito tirer, à qui il

faut fournir des grains pour semer ? Ces malheurs affreux feront même bien du tort à Tannée ijôS, et les douleurs de Tenfantement ne sont rien en comparaison de celles qu^il faut pour la faire marcher. On a fait commencer trop tôt les remboursemens dans ce pais ci. L^ Angleterre n^a pas encore paie un escu sur les principaux. Changer la nature et l'extérieur des impôts est un mot aisé à dire. Où sont les opérateurs ? Où sont les gens stilés pour ce nouvel ordre de choses? Es-ce donc une décoration de théâtre qu'on retire ou qu^on ramène ? Il faut les réflexions les plus profondes, les échafaudages les plus compliqués et la marche la pluscouvene. J^allois entamer : votre querelle dernière est venue m'arréter tout court. Rechercher les financiers et les fournisseurs? Il n'y aura pas un escu le lendemain. Es<e que ce n'est pas eux qui ont tout l'argent? S'ils le resserrent, l'état du Silhouette renaît. Songeons donc à prévoir Tavenir, fermons les jeux sur le passé, puisqu'il nous est interdit d'aller au-delà. L'augmentation du commerce augmente les revenus, il est vrai : de la ferme généralle, oui, et par conséquent du roi? non. Je serois un mauvais citoien de quitter pour mon personnel, dans le moment présent, et encore plus mauvais sujet. Je ne le ferois qu'autant qu'on me rendroit la besogne impossible. Rechercher la Maison du roi ? Eh ! j'y dois cinquante-huit millions d'arriéré. Quand je parle xconomie, on me répond, mettes moi au courant et vous verres. La réponse est jusie, j'y travaille pour chercher; si j'y réussis, je veux me faire tenir parole.

Mettes moi au fait de cette sur-imposition de sel dont vous parlés et dont je ne suis pas au fait. Je ne suis pas éloigné de votre façon de parler sur le commerce des eaux de vie par les fermiers généraux, mais votre Cour des ay des est venue bien mal à propos choquer Pautorifé

par Parrét qu'elle a rendu, qui ôte au roi le mérite de le faire, si c'est le cas, et qui a par là dérouté toutes mes idées. Quant à Pexportation, je Texamincrai à fonds. Je verrai aussi tout ce qui regarde la caisse de Poissy, et, après votre dernier mémoire, je ferai faire un extrait du total.

Voilà mes idées et la fâcheuse position des affaires. Réfléchisses les bien, je vous prie. Finisses sans cérémonie comme nous faisions précédemment. J^en agis ainsi. Vous connoissés mon inviolable et respeaueux attachement.

Paris 22 août 1764.

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