XCI. — 6 septembre
B. M. R., OIS. Y 241 (9). — Minute : « A M. le Controlleur général,
le 6 septembre 1760. »
MIROMESNIL A BERTIN
Le Parlement étant en vacquance^ je fais part à M, Bertin de mes projets pour me préparer à reprendre , à la rentrée^ la suitte des affaires.
Monsieur,
J'ay été pénétré de reconnoissance de la bonté que vous avés eu de me faire part des mesures que vous avés pris pour adoucir la perception du troisième vingtième.
Je viens de vous écrire une lettre que je joins à celle« cy (i), et dans laquelle je vous marque les observations que je prens la liberté de vous faire à ce sujet. J'insiste toujours sur Tavantage que je pense que le Roy tireroit d^une déclaration, par le moyen de laquelle le peuple seroit sûrement instruit de Tintention où est S. M. de le soulager autant que les circonstances peuvent le per- ' meure. Ma lettre est si longue qu^il est inutile que je vous en dise davantage dans celle cy, dont Tunique objet est de vous assurer de ma reconnoissance et de mon attachement. Je joindrai cependant à ces témoignages de mon
demander le rappel des trente magistrats du Parlement de Besançon^ dont l'exil continuait toujours, la Cour ayant vainement attendu une réponse du roi à ses précédentes remontrances. (Registre secret;^ Floquet, VI, Sgi.)
Puis, le Parlement entra en vacances, ajournant au 3 décembre la suite de c ses arrêts et arrêtés des 25 juin, 9, 16, iq et a3 juillet et 7 du présent mois. »
(i.) La première de ces deux lettres manque.
attachement des choses qtti ne peuvent guerres être confiées qu'à vous et à tnoy.
Je vous demande mille pardons si je ne vous ai pas écrit plus tôt, mais il n'y avait rien de .pressé; je ne me portois pas bien, et le chagrin que m'a causé l'arrêté du Parlement du dernier jour du Palais (i) n^avoît pas peu contribué à augmenter le dérangement de ma santé. J*avois d'ailleurs beaucoup d^irrangemens à faire chez moy avant de quitter Rouen ; et, dès quils ont été faits^ je suis venu à Miromenil afin d^y prendre quelque repos. J'y suis arrivé le 3o aoust au soir; l'air de la campagne, le repos et Teieftice m'oilt rétabli et je suis en état de me rendre à vos ordres, quand il vous plaifa.
L'arrftté, par lequel Messieurs idu Parlement ont fixé au 3 décembre prochaiti le terme auquel ils rept^endront leurs délibérations au sufet de leufsarrfités et arrêts des 25 juin, 2 et 9 juillet liermers et autres (2), mérite une grande attention, et je crains ibft quMl ne nous ]Motige dans ks embarras dont nous nous étions tirés. Je toîs qu'il y a datis le Parlement un parti qui se fofdfie de jour en jour; ce parti a été ftirieux de n'avoir pu empêcher l'enregistrement de Tédit et de la déclaration du mois de février dernier ; ceux qui le composent se sont horriblement déchaînés contre tous ceux qui ont été d'avis êe renregisttemeilt, ils n'ont gardé aucun ménagement dans leurs discours, et ils ont le moyen d'intimider un aaM2 grand nombre de ceux qui avoieat é<é les pkis raisonnables; en sorte que de ces derniers titie partie se
(i) Relatif aux magistraU eftiAéé du Parlement et Be^açoa et à la suite à dènner aux préoëdttits -aitécés.
(a) L'affaire des corvées et autres impositions établies en vertu d'arrêts du Conseil et d'ofdofinânces' ^s intendanta.
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trouve absolument dégoûtée du palais, et Tautre partie se joint aux esprits échauffés afin d'éviter d'être décriés.
L^assemfalée du 22 étoit très peu nombreuse, et la plus grande partie de ceux qui la composoient étoient des esprits échauffés ou timides; aussi tout ce que je pus dire, pour &ire sentir les inconvénients de Tarrété qui fixe au 3 décembre la suite des objets sur lesquels le Roy m*a c)éfendu de laisser délibérer, fut inutile, et je ne doute pas que ceux qui Tavoient proposé n'eussent pour unique but le désir de me compromettre de nouveau.
J'avoue que j'eus la foi blesse d'être sensible à cette marque d'ingratitude de la part d'une Compagnie, pour laquelle je puis dire que je m'étois exposé peut-être plus qu'aucun chef de Compagnie n^a encore osé faire H est vray que c'est une foiblesse, mais elle est naturelle. Au surplus, à présent que le calme est rétabli dans mon esprit, je vois les objets avec un peu moins de passion, et mon parti est pris de soutenir mon caractère et de concilier toujours ce que je dois au Roy et ce que je dois à ma Compagnie, sans que jamais rien puisse me décourager et m empêcher de servir mon maitre, et sans que rien puisse non plus m^inspirer aucun ressentim^it capable de me faire oublier mes devoirs envers le corps que je préside et chacun des particuliers qui le composent.
J'ai apporté avec moy tous les arrêts et arrêtés dont on veut reprendre la suite le 3 décembre prochain. Je vais les examiner, consulter les ordonnances, et voir si je ne pourrois pas vous proposer, ainsi qu'à M. le Chancelier, quelqu 'expédient pour éviter que cette affaire n'aille trop loin, et pour rétabir le bon ordre, et me tirer en même tems de l'affreuse altern^ative dans laquelle je suis et à laquelle je ne puis penser qu'avec une véritable douleur.
Voilà œ qui va m'occuper tout le tems que |e compte passer icy.
Je matois arrangé pour passer à Miromenil tout ie mois de septembre^ pour fidre ensuite quelques petits ▼oiages dans la province jusques au 20 octobre, et pour passer le reste du tems, jusques à la Saint-Martin, à Versailles et à Paris. Voilà mes projets, mais si vous jugés à propos de les déranger, vous êtes le maître, et je verrai toujours avec grand plaisir hâter le moment ob je pourrai vous renouveiler l'attachement, la reconnoissance et le respect, avec lesquels
Je suis, Monsieur, votre. . .