AVERTISSEMENT
jL'oitvrage que j'ai fait paroître , en cinq Parties , sous le titre de Correspondance politique et administrative , ne pouvoit recevoir un autre titre , puisqu'il s'âgissoit bien réellement de mettre aii jour une Correspondance politique et administraiiçe qui , originairement, n'avoit point été faite pour être publiée. Voulant dédier cet ouvrage , afin qu'il ne parût point une fiction , la dédicace apparr tenoit de droit à M. le comte de Blacas.
Le titre de Correspondance politique et administrative ayant acquis un peu de célcV brité , non-seulement en France , mais audehors, et même d^jus les Etats-Unis d\/\mi> rique , ou les cinq Pa,rlies ont été traduites, j'ai cru devoir le conserver. C'est loujour^ la même suite d'idées, Ws inêfines du^ctrines,;,
et , je puis le dire , la même impartialité et la même indépendance. Cet amour de Tindépendance doit augmenter en moi, en voyant à quoi on emploie les administrateurs , et comment on ca^se les hommes en place quand ils parlent avec raison et modération , en faveur du premier de tous les intérêts , la liberté individuelle . Puisqu'il faut n'être rien en France pour pouvoir défendre les doctrines qui distinguent les peuples qui jouissent de la liberté des peuples esclaves, ne soyons rien pour compter du moins parmi les hommes.
Si la dédicace cesse à cette sixième Partie , ce n'est par aucun motif particulier , mais parce qu'aucun nom ne doit être spécialement désigné dans un ouvrage qui ne s'adresse plus qu'au public.
Mon intention est toujours de changer cette Correspondance politique et administrative en un Ouvrage Périodique qui conservera ce titre , qui paroitra deux fois par mois , et qui me semble ne devoir pas être sans intérêt dans
( 7) doctrines ne sont pas encor déclarées. Mais je ne puis me soumettre à une censure préalable qu'autant que les formes en seront déterminées par les lois ; et on verra , dans cette brochure , par mes réflexions sur les discours de M. le ministre de la police générale , que lorsque tous les esprits sages demandent une liberté légale , il ne nous offre qu'un arbitraire illimité ; que c'est à tort que Ton veut distinguer les lois de restrictions mises à la liberté de la presse , de la liberté de la presse réglée par les lois ; car c'est toujours la même chose présentée sous deux expressions diflçrentes. Si , en 1 8 1 4 9 M. l\oyer- Colard avoit été frappé de cette vérité que les philosophes du dix-huitième siècle et les révolutionnaires ont embrouillée pour se moquer à l'aise des sots , il ne nous auroit pas donné un règlement de librairie pour une loi politique , et nous aurions, depuis i8i4> 1^ liberté légale de la presse , seule liberté que nous pro- Hiette et qu'ait pu nous promettre la çonstir-
talion , et qui n^auroit jamais du être plus eil suspens que les autres libertés constitutionnelles.
Pour mon compte , jamais je ne me sou:mettrai à l'arbitraire illimité ; cela me seroit impossible ; et tout honnête homme doit , autant qu'il est en lui, ne pas donner son acquiescement à ce qui se présente sous des formes tyranniques. Comme la liberté légate exisle pour les livres qui ne paroissent pas périodiquement , je m'en tiens à faire des livres qui ne sont pas périodiques , jusqu'à ce que je puisse faire des livres qui seront périodiques, sans qu'il y ait rien de changé qu'une forme assez fantastique qui s'est trouvée un jour dans le cerveau de quelques législateurs. J'attendrai un an, deux ans , et plus sll le faut. J'ai de la patience , et voici pourquoi : quiconque a clioisrle rôle d'observateur des folies humaines , trouve chaque jour l'occasion d'augmenter ses matériaux ; il n'est pasnécessaire qu'il imprime, il lui suffit d'écrire* C'est ainsi que , voulant
(9) faire paroître de suite quelques réflexions sur les discours récemment prononcés par M. le ministre de la police , et ne voulant pas diminuer le volume ordinaire des parties de ma Correspondance , it m'a suffi d'ouvrir un carton^ et de choisir parmi les matériaux que j*amasse. Lorsque j'ai vu la meute entière des écrivains soldes se jeter sur moi , je me suis demandé avec effroi si, par hasard, j'aurois le malheur d'être ultrà-royalisU. Je me suis rassuré en voyant que ma Correspondance politique et administrative^ trois fois traduite, ne Tavoit cependajTt été que dans des pays libres. Acquérant par ce fait la certitude que je ne suis pa« ultrà-royaliste y je me suis examiné avec inquiétude pour savoir si je serois coupable du plus grand des crimes , c'est-àdire si je serois anti-ministérieî. J'ai vu que cela n'étoit pas possible , puisque je suis seulement pour la capacité contre l'incapacité „ pour la politique des siècles contre la politique du jour.