P0ST-SCR1P2VM
Il y avoit long-temps que les noies du Moniteur étoient l'objet de la risée de la France et de l'Europe , que Buonaparte croyoit encore que les notes dil ^Moniteur falsoient l'opinion publique en France et en Europe.
De son côté, Fouché, ministre de la police, croyoit faire l'opinion publique, parce qu'il avoit influence of-^ licielle sur les journaux ; et les choses en vinrent à ce point en France , qu'on ne lisoit plus les journaux -que pour savoir ce que le gouvernement vouloit qu'on crût , tandis qu'on alloit partout demander des nouvelles pour croire ce qu'on vouloit.
Un autre ministre delà police, Savary, qui renchérissoit sur tout, disolt à l'homme de France le plyis connu pour son goût et ses principes en litté-:
ti,5)
ï'âtVirè i « Ils parlent toujours de la littérature â\i h siècle de Louis XÎV ; cela est humiliant pour Buo- » naparte. Je leur donnerai le mot ^ et vous verrez que j» nous l'emporterons bientôt dans cette partie comme » dans toutes les autres. » Je ne sais quel mot il leur a donné ; mais je sais qu'il donnoit à déjeuner aux intrigans de la littérature ; que la police avoit une influence marquée sur les nominations à l'Institut ; et je n'ose pas croire que la littérature de ce moment ait effacé la littérature du siècle de Louis XIV.
Fouché , encore ministre de la police, et par Conséquent directeur de l'opinion publique, a fait en peu de jours un rapport à Buonaparte pour lui apprendre que la majorité de la France étoit royaliste, et un rapport au Koi pour établir que la majorité de la France n'étoit pas royaliste.
C'est une chose fort difficile à définir que Topi* nion publique ! Peut-être y en a-t-il une qu'on fait , une qu'on essaie de faire , et une qui se fait tout naturellement.
Dans la séance de la chambre des députés , du 3 janvier 1816, M. Decase , ministre delà police, a aussi parlé de l'opinion publique , et a dit que c'étoient les pouvoirs et les autorités qui la faisoient , et que les membres de la chambre ne dévoient la suivre qu'après l'avoir réglée. C'est une doctrine comme une autre ; et puisqu'il n'y a de doctrine sur rien en France , autant essayer celle-ci ; elle sera vraie da jour où les faits seront à l'appui.
Voyons les faits.
On a retranché d'un article de journal, qui annonçoit la troisième partie de ma Correspondance , un passage, sans doute à cause de ce qu'il contenoit. Le même jour, à la tribune de la chambre des députés, un membre disoit les mêmes choses qu'on n'avoit pu imprimer. Il est vrai que le lendemain un article de journal faisoit la leçon à ce député ; et il est fort extraordinaire qu'un journaliste prenne l'initiative sur la chambre , et que la chambre le souffre. Tout cela sembleroit prouver qu'il y a encore de la confusion
(ii6)
^ans l'action tles pouvoirs et des autorités qui foi^ l'opinion publique; ce qui, aj^ès tout, n'est past extraordinaire , quand les doctrines commencent.
Je n'ai pas la prétention d'agir sur l'opinion pu^. Llique : toute mon ambilion est d'obtenir un p43u decrédit auprès des hommes éclairés , non-seulement en. France, mais ho; s dç France, parce que je suis persuadé c\ue l'opinion des hommes éclairés hors de Ti ance , ^era im jour fort ulile à ma patrie. Après, avoir canduit toutes les affaires du monde par la force , il fauiha nécessairement les conduire par la raison. Cette époque arrivera, et c'est celle que je choisirai pour traiter, dans toute la sincérité de mon cœur, <les intérêts de la France dans la situation actuelle de l'Europe H y a si lo»{^-temp& qu'on parle^ de l'action des armées , qu'il n'est pas indifférent de se préparer à parler d'une autre çianière.
JVJais j'avoue que toutes les fois cjue j'entends l'autorité traiter de l'opinion publique , je prends des, précautions , et que je n'ai jamais trouvé que cela ait été inutile ; et comme il seroit à la rigueur possible^ que les journaux cessassent d'annoncer les parties de cet ouviage à mesure qu'elles paroisscnt, j'engage ceux qui veulent bien y mettre de l'intérêt, à se faire inscrire chez M. le Normant, pour la cinquième partie, en faisant prendre la quatrième. De cette manière ils sont avertis de suite et à domicile. En attendant que les pouvoirs et les autorités aient réglé l'opinion publique sur chaque nouveau sujet de discussion qui se présente , il peut n'être pas indifférent que quelques milliers d'exemplaires du même ouvrage se placent dans la même semaine ; cela ne fait pas l'opiuiojçi, publique, mais cela aidç.
IMPRIMERIE DE lÉ NORMANT, RUE DE SEINE.
COMMENCÉE AU MOIS DE MAI l8l4»