‹ Correspondance politique et administrativeChapitre 5 sur 12 · DE LA LETTRE DIXIEME · texte numérisé non relu

DE LA LETTRE DIXIEME

(û) « En bonne logique , les prêtres ne sont les ser- » viteurs des hommes qu'autant que les hommes sont » les serviteurs de Dieu. »

Cette vérité si simple a été tout-à-fait méconnue , je ne dis pas à Tépoquc de la révolution où Ton tuoit tous les prêtres, où l'on récusoit toute doctrine religieuse , mais depuis le concordat. Parce que le gouvernement a droit de régler l'établissement public religieux , on s'est obstiné à ne voir dans la religion qu'un établissement public , et dans les prêtres que des fonctionnaires soldés. C'étoit revenir, par un autre chemin , à des erreurs plus dangereuses que celles que nous avons reprochées avec tant d'amertume à nos aïeux ; c'étoit oublier à travers combien de tentatives et de peines on étoit enfin parvenu à séparer ce qui appartient à la religion , et ne peut être réglé que par l'autorité religieuse , de ce qui est du ressort des lois civiles , et doit être réglé par elles.

Parmi les ouvrages que M. de Lally-Tolendal a fait paroître à diverse^s époques de notre révolution , il en

est un que je suis fâché de n'avoir pas sous les yeux pour cUer avec exaclilude , dans lequel il disoit à ceux qui se meltoient toujours à la place du Pape, et se croyoient capables d'indiquer ce qu'il falloit faire pour la religion : c Commencez d'abord par apprendre M le langage du Pape. » En effet , avant d'oser traiter une matière , il faut connoître la langue dans laquelle il est d'usage d'en parler, parce que les idées propres à un sujet ont toujours créé une langue qui n'est applicable qu'à ce sujet ; il faut ensuite étudier les lois qui s'y rapportent , suivre les variations qu'elles ont éprouvées selon les temps et les intérêts ; alors, mais seulement alors on peut se permettre de présenter ses propres réflexions. Notre éducation encyclopédique nous a terriblement éloignés de cette maixhe indiquée par le bon sens ; avec quelque;^ paroles non définies, que l'on érige en axiomes, on croit pouvoir soutenir une opinion ; on tranche des questions qui ont embarrassé les plus grands esprits de tous les siècles. Cependant il n'y a que Thabilude de distinguer dans une matière ce qui ne peut être décidé que par l'autorité compétente , de ce qui est soumis au raisonnement, qui apprenne à ne s'écarter jamais du vrai et des convenances, quelque sujet que l'on traite. Ce respect des convenances, preuve d'une bonne éducation et d'im esprit juste , a été entièrement méconnu par l'école philosophique du dernier siècle. Les J€unes gens ne savent pas assez aujourd'hui tout ce qu'ils gagneroient à ne parler sur aucun objet, avant d'avoir appris la langue dans laquelle en parlent les §ens instruits. C'est pour eux que je copierai la lettre

suivante , adressée à la personne qui m'avoit annoncé le tumulte arrivé à Paris à l'occasion de l'enterrement d'une actrice , et qui me trouvoit exagéré dans les réflexions que je lui avois adressées à ce sujet, faute de connoître la valeur précise des expressions dont je m'étois servi (i).

Nevers , 5 février i8i5.

« J'ai reçu votre lettre du premier de ce mois , daas laquelle voi:i^ vous amusez à me faire déraisonner. Je dis des bêtises tout comme un autre , mais je n'en écris pas sur des sujets graves ; et je vous jure qu'il ne m'est jamais arrivé , même en style oratoire , de parler des lois humaines et des lois dwines. J'ai distingué les lois politiques , les lois civiles , les lois religieuses ; j« distinguerai encore, si vous voulez, les lois militaires^ les lois adm inisiraiiçes% c'est- à-dire l'autorité qui règle les choses humaines dans les traités, dans les gouvernemens, dans les armées , dans les affaires extérieures de la religion ; mais je ne parlerai jamais ni de la contrition , ni de la conscience , ni des lois de la divinité, ni même des lois de l'humanité , parce que cela n'est ni du ressort du raisonnement, ni dans mes études comme publiciste. »

« La loi, disent les anciens, n'est pas ce qui est juste, n'est pas même ce qui est raisonnable, mais ce qui est loi , c'est-à-dire ce qui règle et oblige ; dé-

(i) Je prie de croire que je n'ai point l'habitude de garder copie de mes correspondances particulières : celle-ci m'a e'té remise depuis mon retour à Paris ^ par la personne à laquâll* •lie étoit adresse'e.

finition dont chaque jour on sent de plus en plus l'admirable justesse ; car le maintien de la so<:iélé en dépend , même lorsque la société va mal. Otez la loi qui règle et oblige , il ne reste plus rien que le$ disputes éternelles des hommes. »

« La loi qui donnoit tout à l'aîné des enfans étolt une loi politique , quoiqu'elle pût paroître injuste dans l'ordre civil , et selon les sentimens les plus naturels ; mais elle n'en étoit pas moins obligatoire tant qu'ejle étoit loi ; elle tient à des considérations si élevées qu'on la regrettera probablement quelque jour ; et notez que l'institution des majorats étoit déjà un retour vers cette loi politique. L'ordre de la succession au trône est une loi politique qu'on ne peut jamais combattre où elle existe et règle un des plus grands intérêts de la société > par des exemples et des raisonnemens pris des sociétés où cette loi n'existe pas. La loi qui permet d.'opposer la fin de nonrecevoir est une loi civile qui sacrifie le fond à la forme , qui cause des injustices visibles et sensibles , et sans laquelle cependant il n'y auroit jamais de discussions judiciaires irrévocablement terminées. La loi qui condamne à mort un militaire qui repousse une insulte que lui fait l'officier son supérieur, est injuste d'homme à homme ; mais elle fait qu'un seul commande à beaucoup. C'est pour cela que les lois relatives aux marins sont encore plus sévères, et paroîtroient philosophiquement plus injustes ; mais il y a nécessité ; et quand la loi ordonne , il ne faut plus raisonner. »

« Les catholiques ont reconnu aux papes le droit

de faire les lois religieuses dans des formes déterminées , c'est-à-dire de régler par des lois les choses de la religion : ou le curé de Saint-Roch s'appuyoit d'une loi non abrogée , ou il ne consultoit que lui. S'il s'appuyoit d'une loi , il avoit raison : voici toute la question telle que je me suis permis de la juger en vous écrivant ; le reste ne me regarde pas. Je vous répète que je ne vous ai pas parlé de ce que Dieu nous dicte : opposer ce que Dieu inspire à chaque individu aux lois faites par les hommes , dans les choses que les lois faites par les hommes ont le droit de régler, est d'une mauvaise foi ou d'une niaiserie sans excuse aujourd'hui. 11 y a bien long-temps qu'on est à cent lieues par delà. Le déisme est un sentiment; le christianisme est une religion : or, la différence qu'il y a entre un sentiment et une religion , c'est qu^un sentiment est individuel , et qu'une religion est un établissement ; que tout établissement a ses lois ; que personne n'est obligé desentir, d'avoir des inspirations, tandis que tout le monde est contraint par les lois tant qu'elles existent. Ces vérités sont reconnues dans tous les pays du monde ; il est même impossible que cela 5oit autrement : peuvent-elles cesser d'être des vérités en France ; et offrirons-nous l'exemple d'un pays où les lois qui règlent les choses de la religion seront modifiées par des insurrections ? Alors , pourquoi ne s'insurgeroit-on pas pour modifier les lois politiques , les \ois militaires, criminelles, civiles et administra-tives? Si la canaille ge soulevoit pour faire réformer le jugement d'un procès civil , on la feroit rentrer dans le devoir, par la conviction où l'on seroit qu'elle n'a

pas les connoissances suffisantes pour avoir même une opinion dans cette matière ; et on suppose qu'elle a plus de lumières lorsqu'il s'agit d'un fait particulier réglé par les lois religieuses ! Il faut plaindre le Roi de ce qu'il est entouré de gens qui ne savent ni prévoir, ni prévenir ; les deux grandes sciences de tout gouvernement et de toute administration. Au reste, je persiste toujours dans ce que je vous ai écrit d'ahordl Le Roi étoit dans son palais, et cette émeute ne lé regardoit pas plus qu'une émeute qui auroit Heu à Nevers , à Bordeaux , à Lyon , à Rayonne. On n'iroit certainement pas le consulter de ces villes pour savoir que faire dans un cas semblable : comment à Paris , où tous les ministres sont réunis , n'a-t-on pas fait ce qu'un simple préfet auroit bien été obligé de faire de lui-même ? Voyez ce qui se passe à Londres quand repeuple y entre en émotion. Si vous avez jamais ce qu'on appelle un corps législatif , qui soit composé de vrais Français , il ne faudra qu'une scène de ce genre pour entrer positivement dans ce grand mystère qu'on appelle responsabililé des ministres. Je ne vous parlé pas de la manière dont ces choses-lâ s'arrangent à Coustantinople. Fi donc ! ces gens -là ne sont pas des chrétiens , on ne leur permet pas de s'insurger ; et les ministres y sont aussi par trop responsables.

(/>) « Le silence absolu des journaux dans cette cir— » constance sera un jour rétorqué contre nous comme,

une preuve de leur entière dépendance ; ce qui peut >i entraîner le gouvernement dans mille tracasseries. »

De toutes les foiblesses montrées lors du tumulf*

arrivé à renterremenl de M"* Baucourt , la plu» grande a été d'imposer silence aux journaux, puisqu'il etoit hors de doute que cet événement seroit connu de la France et de toute l'Europe ; qu'il feroit une impression d'autant plus profonde , qu'on en auroit livré les conséquences possibles à toutes les interprétations. C'étoit d'ailleurs avouer l'influence directe du gouvernement sur les journaux , quoique, peu de temps avant cet événement , on eût été réduit à nier officiellement cette influence. «Te ne sais si on ignore ici avec quel art on combine , dans plusieurs coins, de l'Europe , et les événemens qu'on ne peut cacher, et plus encore ceux qu'on essaie de dérober à la connoissance des élrangers ; mais parce que Buonaparte , qui avoif fermé toute communication maritime , qui dominoit partout , et faisoit en pleine paix enlever un journaliste saxon au sein même de la Saxe , imposoit silence aux journaux de Paris, croiroit on pouvoir l'imiter, sans comprendre que les mêmes moyens employés par lui amèneroient des résultats contraires ? En effet , à quelques lieues de notre capitale existent aujourd'hui des pays où la liberté de la presse est entière ; sur chaque événement un peu important, des Français même y feront imprimer des mémoires qui attireront l'attention des étrangers : d'où il arrlvcrcit que l'Europe seroit souvent plus instruite que nousmêmes de faits graves relatifs à la France. Des opinions trop comprimées ici se heurtcroient librement dans les journaux anglais et allemands ; il faudroit donc interdire l'entrée des journaux étrangers : mais a-t-on réfléchi combien il est dangereux pour une na-

lion que les nations étrangères connoissent mieux qu'elle ce qui se passe dans son sein , tandis qu'ette ne pourroit connoître ce qui se passeroit au sein des nations étrangères et voisines?

Si les lois de l'Etat avoient , comme autrefois , renfermé toute action politique dans le pouvoir royal, il seroit indifférent que les Français fussent plus ou moins instruits de ce qui se passe au dehors , et de la manière dont on y juge les actes de leur gouvernement ; mais il n'en est plus ainsi. La constitution a reconnu les trois pouvoirs de la société , et leur a accordé une part déterminée d'action dans les faits politiques, d'influence dans les délibérations publiques; la Chambre des Pairs , la Gliambre des Députés , sont jugées au dehors ; elles doivent savoir dans quel sens et en quels termes ; leur ignorance sur des objets imporlans, et qui fixent l'altention de l'Europe éclairée , nuiroit à la considération de la France, ainsi que cela est arrivé même sous Buonaparte tout-puissant. Les discours qu'on prononce dans nos Chambres ( où l'on parle beaucoup trop de l'Angleterre ) peuvent devenir l'occasion de discoursprononcésdans les chambres du parlement anglais ; un acte de notre ministère peut être attaqué dans la chambre des communes , et devenir l'objet de discussions fort sérieuses ; en un mot, dès que nous avons trois pouvoirs en action , il est impossible de comprendre comment l'un d'eux pourroit être interpellé par l'un des pouvoirs des autres nations , et ne pas le savoir. Que l'on pèse bien cette réflexion , qui peut avoir une grande influence sur notre destinée , puiscf^i'aucune précaution prise dan^.

l'intérieur n'empêcbcroit que l'ignorance ri l'état Je tutelle dans lesquels seroit un de nos pouvoirs , ne le livrât à la risée de l'Europe , au moment même où il cxigeroit ici nos respects. Je ne veux pas conclure de ceci qu'il faille laisser nos frontières ouvertes à tous les libelles, ni la liberté d'imprimer à tous les factieux; celte grande quest^ion sera quelque jour traitée par la Chambre , puisque les restrictions mises au droit d'imprimer ne sont que temporaires. J'établis les faits qui doivent être pris en considération ; et lorsque la discussion sera ouverte sur ce sujet, ce sera le moment de rappeler qu'en Prusse , où la liberté de la presse n'est pas un arlicle des lois fondamentales de l'Etat, l'autorité royale cependant ne supprime pas un journal sans donner publitjuement les motifs de sa résolution. Kien n'est plus habile que cette conduite ; si l'arbi- Iraire peut quelquefois être utile, ce qui est clandestin de la part de l'autorité , et cependant public par ses résultats, est toujours dangereux.

Il ne se passe point de session en ^Vngle terre , sans qu'on n'entende interpeller les ministres sur des faits politiques qui intéressent l'Angleterre, et dont les premiers avertissemens sont souvent donnés par les journaux imprimés sur tous les points de l'Europe. Cela vient d'avoir lieu de nouveau , et deux lois dans une seule séance de la chambre des communes. Partout où le pouvoir n'est pas un et absolu , les journaux étran^ gers arrivent à quiconque veut les payer, et les journaux nationaux ont une grande liberté ; cela étoit en Hollande, à Francfort, à Brème, à Lubeck, à Hambourg, comme en Angleterre, non en vertu d'ar-

(25 ) licles constitutionnels , mais par la force seule des choses. Quand les gouvernemenssonl absolus, comme ils se chargent de tout conduire , ils veulent bien se charger aussi de tout savoir : et Ton sait comme cela leur réussit ! Mais quand les gouvernemens se composent de l'action de plusieurs pouvoirs, il est impossible que les moyens de s'instruire soient interdits à ceux qui sont appelés à prononcer. Cela implique contradiction. Je le répète , lorsque la Chambre des Députés sera au moment de revoir les lois qui modifient provisoirement la liberté de la presse , la Chambre aura acquis une grande instruction par l'usage qu'elle aura vu faire des concessions accordées dans l'intérêt public ; l'expérience dans ces sortes de matières vaut mieux que les raisonneniens. On prétend que nous sommes un peu neufs pour le genre de gouvernement que nous avons adopté: comme personne ne pense cependant qu'il faille- en changer, c'est un motif de plus de travailler à acquérir les connoissances nécessaires pour en tirer le meilleur parti possible.

Sans vouloir imiter ce qui se passe en Angleterre, parce que toute imitation est vicieuse en politique, il est aujourd'hui plus intéressant que jamais de suivre les discussions qui ont lieu dans le parlement anglais. Nous avons jugé la constitution anglaise, d'après ce que nous en avons lu dans les livres; mais depuis que •ous avons adopté les niémes formes de délibérations, nous sommes, pour la première fois, en position do faire des applications, d'apprécier les différences; et lorsqu'un usage nous frappei a , nous ne chercherons pas à ie transporter cliez nous, parce qu'il est adopté

26 ) en Angleterre; mais nous étudierons s'il tient à là nature des choses, s'il est un résultat des combinaisons politiques, des institutions; et ces comparaisons serviront à abréger le temps de notre apprentissage, en nous épargnant des méprisas.

Dans les journaux anglais du 5 février 1816, s«î trouve un alinéa que j'aurois lu autrefois sans y attacher beaucoup de réflexions; mais aujourd'hui qu'il peut aider à faire comprendre les relations du ministère et de chaque ministre avec la chambre des communes, il me paroît digne d'être médité. /

Voici l'article :

« On avoit cru que lord Castlereagh alloit proposer un bill pour le soulagement des catholiques, et plusieurs memibres du parlement, partisans de cette mesure, l'ont vivement pressé de le faire. Nous regrettons d'avoir à ajouter que l'attente est décidément trompée. La réponse finale du lord a été « qu'il désire » cordialement le succès d'une semblable mesure , et » que toutes les fois qu'elle sera mise en avant, il la «soutiendra avec chaleur; mais que ne pouvant « compter sur une majorité dans le cabinet, ni sur un » succès immédiat dans le parlement, quoiqu'il espère >» beaucoup du temps, il désire d'être excusé s'il ne » consent pas à s'en charger. »

I . Une conversation entre un ministre et quelques membres du parlement est imprimée dansles journaux, sans que personne s'en scandalise ; on sent même que la détermination du lord (Castlereagh ti'a été imprimée que de son aveu, car tous les mois en sont pesés avec soin. Partisan connu des mesures favorables aux cath»-

Hques, il veut qu'on sache qu'il persiste dans ses sentimens.

2<*. Cependant il refuse de proposer un bill en leur faveur, parce qu'il ne peut compter sur la majorité dans le cabinet , ni sur un succès immédiat dans le parlement. Toute proposition faite mlnistériellement , et sur un sujet qui touche à de grands intcrêJs, produit nécessairement beaucoup d'agita'ion dans les esprils. Avant de la faire, il ne suffit donc pas de se demander si elle a pour elle l'autorilé de la raison ; il faut s'interroger franchement pour savoir combien elle trouvera de défenseurs, combien elle rencontrera d'adversaires; car la politique ne va pas par des règles fixes et toujours appHcables. La politique . s'adjesse à dos intérêts; elle est dominée par des antécédens; et plus une proposition peut jeter d'agitation dans les esprits, plus il faut s'être assuré d'un succès immédiat^ avant de la faire ; car, à mesure que la discussion se prolonge, l'agitation augmente ; et si la proposition finissoit par être rejetée , il est incontestable qu'elle n'auroit produit que du mal, quoique tousidérée (n elle-même, elle fut essentiellement bonne. Majorité dans le cabinet et certitude d'un succès immédiat dans la chambre, sont deux conditions sans lesquelles un ministre ne peut se charger de présenter le premier une proposition dont il désire intérieurement le succès.

3®. Mais si l'homme politique, c'est-à-dire le ministre , fait une concession lorsqu'il faut prendre l'initiative, il n'en est pas ainsi lorsqu'il n'a que son opinion à manifester. Toutes les fois r/u*on meltra en (lisant la^mesure tjuil ne veut pas se charger de proposer ^

il la soutiendra açec chaleur. Ceci surtout me parotf remarquable, et renverse une prélendue théorie à laquelle je n'avois jamais pu croire, parce qu'elle est contraire à la nature de Pésprit humain. En Angleterre pas plus qu'en France et dans tout autre pays , on ne Irouveroit six ou huit hommes assez instruits pour se former Ùl^s opinions sur les grands intérêts de la société, et pensant de même en tout et sur tout. En Angleterre, pas plus qu'en France et dans tout autre pays, on ne trouveroit six ou huit hommes d'un esprit élevé, et cependant assez lâches pour parler contre leur conviction, pour abandonner les opinions qu'ils ont professées, et pour se démentir publiquement, cp qui est le comble delà turpitude, à moins de penser et d'avouer hautement qu'on s'étoit trompé jusqu'alors, ainsi que l'a fait M. Burke. Cependant avec des opinions différentes sur des sujets graves, le ministère se forme et marche d'accord. Autre est le ministre, antre est l'homme; cehii-cl suit sa conscience, celui-là est dominé pièr sa position, par les devoirs qu'il a à j'emplir. 11 ne fera pas, comme ministre, une proposition sans s'clre assuré d'avance les moyens de la faire adopter; mais si celte proposition est faite par un membre de la chambre, le ministre ne se considérera plus que comme orateur, comme membre de la chambre; et il soutiendra avec chaleur une opinion qui est la sienne, pour l'intérêt de laquelle il a pris des cngagemens publics , et qui lui attache un grand nombre de partisans. Les autres membres du cabinet lui en voudront-ils pour cela ? Cessera-t-il d'être d'accord avec eux ? Non : il a fait comme ministre tout

ce qu'on pouvoit exiger de lui, tout ce que lui-même

exigeroit de ses collègues. Comment un ministère con-

centreroit-il en lui la majorité des partis, attireroit-il

à lui la majorité des opinions, s'il n'y avoit dans le

ministère qu'une opinion, si les nuances de tous les

partis se fondoient en lui? Plus les hommes ont

personnellement de caractère et de connoissances

applicables à la politique , plus ils onj; d'opinions qui

leur appartiennent. Le ministère en Angleterre ne se

forme donc pas entre des hommes ayant les mêmes

opinions sur tout, mais entre des hommes assez forts

pour se faire quelques concessions dansl'intérêt de l'Etat

et marcher ensuite d'accord. Cette combinaison est

dajris la nature de l'esprit humain, ne dépend d'aucune

théorie, et pourroit par conséquent se reproduire dans

tout autre pays que l'Angleterre ; on en citeroit des

exemples pris dans des gouvernemens où on n'admet

pas ce qvie nous appelons le système représentatif, et

où il faut bien cependant que le ministère finisse par

s'accorder. Mais partout où les trois pouvoirs de la

société sont en exercice, un ministère où il n'y aurolt

qu'une opinion seroit dans une position fort incertaine;

car il fsudroit bien que toutes les opinions qui ne

seroient pas la sienne cherchassent leur appui hors

de lui. Cela explique pourquoi lord Castlereagh veut

rester le premier défenseur des catholiques au moment

même où; comme ministre, il ne peut pas se charger

de présenter un bill en leur faveur. Il a intérêt à ce

qu'ils ne cherchent pas un protecteur autre que lui,

et cet intérêt est aussi celui du ministère dont il fait

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