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nécessaire do le bien comprendre pour admettre la pratique qui en découle, et je vous engage mémo à le relire avant‘Ü’aller plus loin.
.l'ai raisonné comme si j’avais appris quo Méhémet-Ali avait eu un Waterloo et Sainte-Hélène; c’est qu'à vrai dire, je crois qui) les alliés, y compris le sultan, no so soucient pas plus dé lui que les alliés ne se souciaient de Napoléon à Chfitillon, c-n 1814. On a pu, pour faire plaisir h la France, sa récrier contre l'excommunication du sultan, comme Alexandre a pu croire que l’excommunication du pape contre Napoléon if aurait pas son plein et. entier effet; niais, je le répète, la destinée de Méhémet-Ali est accomplie.
La diplomatie et l’opinion française se sont malheureusement placées sur un terrain qui, en présence de cette déchéance, nous donne une position difficile. Nous avons fait une question trop personnelle a Mehemet, duno question de nationalité égyptienne; le moment est venu où la personne de Méhémet-Ali, après
on i Ir 1 nt puissant d’affranchissement et, sous certains rapports, d’avancement pour l’Egypte, n’est plus qu’une condition de retardement pour elle, comme Napoléon pour la France, en 1814.11 l’a épuisée d’hommes et d’impôts, pour faire sa grande f. uvre; mais un pareil homme n’a pas deux vies, la sienne est pleine, et sa dynastie est une illusion ; et Ibrahim Pacha n’a pas plus d’avenir que n’en a eu le roi de Home.
.Méhémet-Ali est Turc, il n’est pas Egyptien ; là est toute la question. Le gouvernement de la race turque se meurt en ce moment, dans tout l’Orient ; il se meurt pour revivre puissant un jour, là seulement où il'doit vivre, dans l’Asie Mineure. La nationalité turque doit se former, aussi bien que la nationalité égyptienne, nue la nationalité grecque, et bientôt, sans doute que la nationalité -yrierine; tel est l’avenir, la France le pressent confusément, les alliés du sultan l'ignorent.
L’Egypte n’est pris complètement prête à entrer dans cette vie nouvelle; niais elle a bien fait des pas qui l’eu ont rapprochée; elle les a faits par Méhémot-Ali qui la dépouillait et la dëeimait, et qui pourtant lui donnait conscience d’elle-même. Aucun chef turc n’a autant et aussi vite élevé son peuple enfant à la vie de jeunesse, mais il faut lui faire atteindre la virilité ; aux leçons du pédago-
guearmé de lu férule, doit succéder l’éducation plus libérale de l’apurentissage de la vie du monde. Sans métaphore, la génération ipn Mirt en ce moment des nombreuses écoles fondées parMéhémet-Ah. les jeunes Égyptiens qu’il a envoyés étudier en Europe, sont demoniteurs prêts à faire marcher le pnuple d’Égypte dans sa voie; et ces capitaines et même ces soldats que Méhémel a armés le premier, tandis que jamais les Turcs n’avaient jugé les Egyptiens dignes de porter les armes, sont les onseigneurs de cette nationalité. Eli bien! voilà les hommes qui protesteront, d’abord sourdement et au fond du ciuur, contre la restauration du gouvernement turc, du gouvernement de Constantinople, en Egypte; là sont les BenjaminCoiistantjlesFoy,lesPérier, les Tbiers do la restauration orientale; ce sont eux qui tendront vers un 1830 ; c’est sur eux que la France doit porter spécialement son attention, pour apprécier le mouvement politique qui succédera aux décisions de l’alliance européenne et de la Porte.
Quelle que soit donc la destinée faite en ce moment à Méhémet- Ali, ce n’est plus sur lui que la France doit jeter les yeux; qu’on lui laisso une ombre de pouvoir, on qu’on envoie de Constantinople q elqu 1 l i du Divan pour lui succéder, pour nous la règle de conduite est la même. S’il reste, nous devons lui conseiller de laisser s’éteindre en Egypte l’autorité de la race turque, et d'organiser l’autorité nationale; s’il est remplacé, nous devons non, opposer à ce que son successeur restaure l'autorité turque, et rabaisse l’autorité naissanto dos nationaux.
A nous Français, à nous possesseurs do l’Algérie, tl'oi/ nous arm» chassé les Turcs, à .nous sauveurs de la Grèce, il'nii nom arm» chassé les Turcs, il appartient de continuer, en Egypte d’abord, et certainement plus tard à Tunis, à Tripoli, cl dès aujourd’hui aussi en Syrie, l'œuvre voulue de Dieu, à laquelle nous nous somme-, si généreusement associés.
Tel est l’esprit dans lequel nous devons envisager les affaires d’Orient, nous qui, seuls en Europe, pouvons voir dans le contact de l’Europe et de l’Orient autre chose que l’intérêt de l’Europe, et qui pouvons comprendre et favoriser l’intérêt de l’Orient lui-mèmo. Là aussi est le véritable intérêt de, l’Europe, que méconnaissent
tous ceux qui, sous uur* forme quelconque, regardenl l’Orient comme une proie.
Mais tout ceci n’est encore, pour ainsi dire, qu’un exposé d» principes ; arrivons à des faits.
J'ai appris avec plaisir qu’un ingénieur français, M. Cordier, était en ce moment même occupé de vérifier le bel avant-projet de la commission d’ingénieurs, chargée, par Napoléon en Egypte, de résoudre le problème de la jonction des deux mers. J’ignore s’il a reçu mission du gouvernement français, mais j’espère qu’il en est ainsi, et je me réjouis de ce que nous sommes l'a à notre poste. Tandis qu’on bombarde les ports de la Syrie, nous sommes déjà à l'œuvre qui doit succéder à ce bombardement, et qui en est même, en partie, la cause dissimulée. 11 y va do notre honneur, c’cst à nous à tracer celte grande voie de communication universelle que Napoléon a voulue, qu’il a fait étudier et que nous devons réaliser. Mais si les alliés ont osé, malgré nous, armer leurs vaisseaux, brûler les villes de la Syrie, révolutionner le Liban; s’ils ont jeté des milliards à poignée dans cotte violente entreprise, est-ce que nous no pourrions pas, même malgré eux (ils n’oseraient pas s’y opposer), déployer aussi un appareil de force pacifique,productive, là oùilsont prodigué leur puissance dévastatrice? Est-ce que, pour une œuvre comme celle de Suez, au lieu de mettre en campagne un ingénieur, M. Cordier, nous ne pourrions pas avoir aussi quelques bateaux à vapeur sondant la côte de Poluse, entre Damiette et El-Aricli, quelques brigades d’ingénieurs et de piqueurs nivelant les trente lieues de désert, cherchant les puits, les carrières, les moyens de transport, préparant, en un mot, cette belle conquête de l’homme sur la nature, aussi belle quo la découverte du cap de Bonne-Espérance?
Que la France fosse donc une grande chose en Egypte, et qu’elle ne se borne pas à de petits moyens qui empêchent de voir en elle l'héritière de ce Napoléon que les Egyptiens ont admiré aux Pyramides; car ils aiment le grand, los Egyptiens, et nous avons beau leur envoyer un ou deux ingénieurs, quelques médecins et quelques professeurs, ils doivent nous trouver bien petits, quand ils voient les Anglais, avec quelqui 11 11 mimes, écraser leur
Napoléon, malgré nous!
Déjà j’avais fait remettre au due d'Orléans. et communiquer au maréchal Suult, un projet d’un autre ordre (l'institut égyptien à fonder au Caire sous l’influence française), par lequel j’exprimais le désir do régulariser sur uno grande échelle cette émission de lumières que la France verse par petits rayons, depuis vingt ans, sur l’Egypte. C’est qu’il faut, en effet, que nous fassions là, comme science et comme industrie, quelque chose d’aussi grandiose que cette expédition do trois mois de la Sainte-Alliance européenne, si nous ne voulons pas décidément passer pour impuissans.
On a répondu à mon projet, tout en approuvant ses bases et l’intention qui l’avait dicté, quo le moment n’était pas opportun. Eh, mon Dieu ! dans quel moment sera-t-il plus opportun que la France se montre vivante et grande! Est-ce que toute l’Europe et l’Orient surtout no la croient pas suffisamment abaisssée et morte? est-ce quo ceux qui pensent encore que le canon est la dernière raison des rois et des sultans ne doivent pas vite apprendre de nous qu’il y a une raison qui parle plus haut encore, et qui porte plus loin, et que celle-là nous la possédons dans notre arsenal pacifique ?
Portons donc notre force pacifique et productrice en Egypte, puis, qu’ils ont voulu, eux, y porter leurs armées; luttons ainsi avec ces rivaux qui nous jalousent; soyons, comme naguère, mais d’un autre manière, leurs maîtres; vengeons-nous ainsi des traités do 1815?
Et maintenant, reprenez dans votre pensée les principes que je vous ai exposés en commençant celte lettre; figurez-vous ce noyau d’élite, semé par la France au milieu du peuple égyptien; songez à la mission de ces hommes de science et d’industrie, travaillant à une oeuvre universelle, sur la terre la plus illustrée par l’histoire du passé, qui redevient, par la communication des deux mers, h plus riche terre de l’avenir. Est-ce que ce n’est pas là enfin la véritable résurrection de la nation égyptienne? Est-ce que les Turcs ont quelque chose à voir et à gouverner là dedans? Est-ce que nos ingénieurs français ne retrouveront pas des camarades et des frères dans ces jeunes Egyptiens qui ont été élevés en France? Est-ce qu’ils ne retrouveront pas même des enfans. dans les élèves de
Lambert, de Bruneau, de Perron, des écoles polytechnique, d’artillerie et do médecine? Ce ne sera donc plus de Méhémet-Ali ou de son successeur que la France sera l’alliée; elle sera l’alliée du peuple égyptien, du peuple pacifique et producteur de la vallée du Nil, du peuple-roi do l’Orient dans l’avenir, comme il l’a été dans le passé.
Oh ! ce n’était pas un rôvc cette pensée de Leibnitz, ce n’était pas une folie cet acte de Napoléon ; les deux plus grands hommes de la pensée et de l’action ne se sont pas trompés; la France et l'Egypte sont sœurs, elles ont une commune destinée; c’est par elles deux que s’opérera l’union do l'Orient et de l’Occident, de l’Islamisme et du Christianisme.
Non seulement le moment est opportun, mais lo temps presse. Malgré toutes les promesses diplomatiques, c’est folie de croire que relie invasion de l'alliance européenne n’aura pas, comme nous lirons eu en France, en 1815, son armée d'occupation; laïjyrio révoltée ue sera pas mise à la raison par des Turcs seuls ; l’Egypte elle-même n’aura pas été impunément troublée; Méhémet-Ali, après ses défaites, serait tout aussi impuissant à maintenir l’ordre que le serait son successeur turc, quel qu’il fût. Les alliés conserveront non seulement une flotte imposante, mais ils auront des Ancône, comme Lamartine en voulait un, bien à tort, pour la France. Nous aussi, cependant, nous devons avoir notre armée il’occupation , mais armée pacifique, et il nous la faut forte, puissante, respectable, imposante. Le monde saura que nous n'y apportons pas un fusil, une cartouche, un canon, mais il apprendra "K-i que nous roulons, entendez-vous bien, que nous voulons, iimis pauvres petits Français, joindre deux mers.
POLITIQUE ÉTRANGÈRE
QUESTION i)'01UENT.