J AT
,.'est parce qu’elle possède de beaux ports dans la Mer Noire, parce quelle a le bois, le chanvre, le goudron, le cuivre, le cuir, le suif à bon marché, que vous voulez l’emprisonner aux Dardanelles? Mais à quoi lui serviraient donc ces bienfaits de Dieu? Ne les a-t-elle que pour vous les vendre ou les laisser pourrir dans ses steppes qu’elle veut au contraire défricher? Oui, la Russie est forte sur la Mer Noire, la Mer Noire est son port, son port de construction, de manœuvres, d’exercices. Ne vous reste-t-il donc pas assez de mers ?
En vérité, la question n’est pas là; pour la France, pour l’Angleterre, pour tout! Isp d vieux monde, la question qui
s'agite en ce moment est plus large que le détroit des Dardanelles ; elle est entre l’Orient et l’Occident, entre le mahométisme et le christianisme qui veulent s’unir aux lieux où tous deux ont pris naissance. Heureuse époque où le croissant et la croix peuvent se rapprocher sans se briser; où des chrétiens, portant triple bannière, grecque, anglicane et catholique, sont appelés comme des libérateurs et des amis par les enfansde Mahomet !
C’est déjà un principe admis en économie politique de ne pas forcer la nature, de ne pas faire de vin en serres chaudes ; quand dune voudra-t-on aussi, en politique, obéir à la nature des choses et ne pas contrecarrer la volonté de Dieu? Dieu appelle et pousse la Russio sur Constantinople, comme il appelle et pousse la France vers le Nil, l’Angleterre vers l’Euphrate. Est-ce que de grands prophètes, le czar Pierre, Catherine, Napoléon et Pitt ne l’ont pas pensé ou dit assez fortement? Pourquoi donc se battre, si le sang msé ne doit produire que ce qui est prévu, prédit par le génie? Pourquoi surtout couvrir de prétextes frivoles un but qui, s’il était vu par plusieurs, serait bientôt unanimement désiré? D’un motif de atterre, on ferait ainsi un sujet de joie pour l’humanité.
Eli ! qui résisterait, bon Dieu! si la France, l’Angleterre, l'Autriche et la Russie, exprimaient de pareilles pensées? Et pourquoi ces puissances ne tomberaient-elles pas d’accord pour cette sainte-alliance chrétienne, formant la dernière croisade vers les lieux saints, croisade pacifique qui réjouirait les grandes âmes de Saint-Louis et de Saladin?
Due la diplomatie s’empare donc du rôle de la guerre, c’est en-
core là une des preuves du progrès humain. Si le grand prinre des diplomates jette encore une lueur avant de mourir, je compterais plus sur lui et sur M. de Metternich que sur mille bataillons pour en finir convenablement avec les barbares du Nord. C’est à de pareils hommes qu’il appartient d’accoucher l’autocrate do l’enfant qu’il porte dans son sein, de lui faire confesser son péché originel, sa convoitise orientale, en lui confessant, pour l’Europe entière, une convoitise semblable.
POLITIQUE ÉTRANGÈRE
QUESTION DOHIENT.
Mon cher ami,
Je vous prie d’observer qu’il y a en ce moment, au moins, quarante vaisseaux de ligne, frégates et bricks en nombre correspondant, avec leurs nombreux équipages anglais, français, russes, autrichiens, turcs et égyptiens, qui sont sous voile, qui coûtent horriblement cher, et qui coûteraient bien plus encore, s’ils faisaient .■mire chose que se regarder. Or, si le quart, la dixième ou mémo la quarantième partie de ce qu’ils coûtent, était employée h des "•livres de la nature de celles dont je vous ai si souvent parlé, nous aurions, avant dix ans, un canal de Suez à la Méditerranée, des caravanes franco-musulmanes allant du Caire à Tombouctou, au Sénégal ou à Maroc, la paix avec Abd-el-Kuder, une route sûre de Constantinople à l’Indus.
De tout cela, sans doute, vous êtes aussi convaincu que moi ; mais comment arriver à en convaincre les peuples et les rois? Corn-
ment lonr faire comprendre que la eunquètc n’est plus de si bull et qu’il s’agit i’associer tes peuples, de lus mettre en famille ? j,. sens fort bien que nous n’avons pus encore trouvé une forme saisissante pour atteindre ce but.
Cependant, je me dis encore : Depuis dis uns que nous avoi,- Alger, nous avons dépensé environ 300 millions, et 40 à 50,00(1 hommes; si, au lieu de venger notre coup d’éventail de consul, de cette manière, nous avions dit à Hussein Dey : Nous te domierom un million par an pour faire des routes, ou plutôt nous ferons clic? toi ces routes à nos frais ; nous le donnerons en outre un million en instruirions et constructions agricoles ; et par-dessus le marcludeux gros millions, toujours parmi, pour ne plus pirater, à la condition que lu protégeras très efflcaeomcnl la vie et la fortune de imi. les Français que nous voudrons envoyer chez toi, soit pour commercer, soit pour explorer scientifiquement toute l’Algérie, et que tu donnera' même h ceux-ci tous les moyens de voyager sûrement avec tes caravanes africaines ; et si tu n’es pas content, voilà encore un millieu do plus.
Si nous avions parlé et agi ainsi, nous aurions épargné, «lopindix ans, 250 millions, et la presque totalité de nos 50,000 homme.. Les philantropes et libéraux ont déjà dit, je le sais bien, que le tribut payé autrefois à Alger, comme prime d’assurance contre >r. corsaires, était une lâcheté de la chrétienté; ils avaient raison, parce que ce tribut ne servait qu’à éviter un contact dangereux, cl non à en provoquer un avantageux pour les deux races; mais dans l’hypothèse que je fais, ce n’est plus la même chose; le tribut serai; payé par le riche pour aider le pauvre à entrer en association.
Vous admettez encore ceci, j’en suis sûr; mais vous dites toujours : comment le faire comprendre aux peuples et aux rois? Voncroyez donc qu’ils ont la tête bien dure ? Moi, je crois qu’ils ne comprennent pas cela, parce que personne ne le leur dit ; et le fait est que vous ne me citerez pas un seul journal ou un seul député qui s’avise de pareilles billevesées ; ils aiment mieux faire peur am Français avec des Russes ou des Anglais; aux Russes, avec dos Anglais et des Français ; aux Anglais, avec des Français et des Russe-; c’est toujours, quant aux nations de l’Europe entre elles, le senti-
in,'lit de rivalité qui anime même les mieux intentionnées ; et visj.vis des peuples de l’Asie et de l’Afrique, c’est l’orgueil le plus mlifiile et le plus déplacé. Or, la rivalité et l’orgueil seront les inuiijie' dirigeais de la politique des peuples, tant qu’on ne démontrera pas à notre siècle très avide, que la conquête, est le plus toi moyen de s’enrichir ; et il est bien près de le comprendre, puisqu'il est déjà si ferré sur la nécessité de la paix. Seulement, on peut craindre qu’il substitue la ruse à la guerre. Eu effet, il veut tout mro pur protocoles et diplomatiquement. Eh bien, connaissant son tiiblo, je dis qu’il y a moyen du convaincre, de convertir Robert- Jl'irairi: lui-même, de l’amener à être l’apôtre de l’association des peuples, et do le faire pérorer supérieurement sur ce texte. Je parle lu llobert-Macaire français el non de l’anglais, du russe ou do l'autrichien, quoiqu’il y en ait partout, parco que le français est li'Mert-Macairc orateur, el qu’il faut commencer, par la parole, l'appel des peuples et dns rois dans la commandite universelle.
Or, llobert-Macaire français, tout en ne voulant pas que les Anriais occupent le Caire, voudrait bien qu’il y etlt un joli canal de la Méditerranée à la Mer Rouge, où il pût passer aussi facilement que b. Anglais; il faut donc qu’il monte la tète à l’Anglais pour que relui-ci en fasse les frais. Il ne serait pas fâché également d’aller nater Téhéran et Laliore, puisqu’il envoie un ambassadeur en l'use, et qu’Allard est enterré au Pcnjaud ; pourquoi alors ne point pousser son grand ami Nicolas à établir des LafHttc-Caillard, à ses irais, sur cette route? Dans tout ce qu’il y a à faire aujourd’hui, ce u rst pas nous qui avons le plus à débourser; au contraire, et Nicolas 'tendra nous emprunter pour peu que nos avocats le poussent à jeter son argent par dessus le Caucase. Nos débours, à nous, r<doit être, comme cela est maintenant dans les grandes circonstances, de beaux discours, puisque nous sommes a l’état parlements la prophétie de Mirabeau sur le drapeau do la liberté, Nae"léon le despote n’aurait pas planté le sien à Moscou. Soyons doue le' prophètes du mouvement des peuples, comme nous l’avons touété. Et voilà pourquoi j’aitne et j’admire Lamartine, quoique E n’adopte pas du tout la forme qu'il donne à ses prophéties; je
l’admire, parce qu'il se moque de ce qu’on l’appelle rêveur; ü mu bien que ce sera la prophétie française qui finira par entraîner font le monde. La prophétie française aujourd'hui n’e^t plus la liberté civile, la liberté politique, la liberté religieuse; le système représentatif, le gouvernement parlementaire, tout cela est vieux ; ci p suffit de toucher l’Orient pour être convaincu que les pruphèl •du XVIII e siècle ont accompli leur tâche en Occident, puisque Voltaire et Rousseau sont déjà en Orient. La prophétie française aujourd’hui est universelle, elle est pour l’Orient comme peur l’Oriidont, pour le mahométan comme pour le chrétien ; c’est {'association. \ alfamthalionAi'.* peuples. Tant qu’on ne partira pas de celte base, et qu’on voudra supprimer des races, ou les conquérir, on exciter la guerre entre elles, on n’avancera qu’en aveugles, sam conscience des résultats obtenus, et par la seule puissance de Dion qui veut bien nous faire avancer même en aveugles, mais qui nonpousse à voir clair.
■le vous ai dit, qu’en ma qualité de membre d’miecommission moiitiliquo d’Afrique, j’avais cm pouvoir et devoir demander qu’on 1 , 1 vorisâl en Egypte le développement du seul moyen efficace d'explorer scientifiquemem 1 Afrique, et je vous engageais à conclure de ce que je faisais dans ma très petite sphère, ce que je vomirai' voir entreprendre par des gens plus haut placés; mais peut-être comprendrez-vous très bien qu’en effet, moi, membre d’une commission scientifique, j’ai pu et dû présenter ainsi notre intervention dans les affaires d’Egypte, sans comprendre mieux pour cela u que, dans une autre position, celle de ministre ou de député, j’aurais pu faire ou proposer; car je m’étais permis de critiquer mini— Ires et députés, ce qui est toujours facile à un membre de conmii'sion scientifique comme moi, ou même à un bourgeois comme von-. Or, il est très difficile de dire ce que l’on ferait à leur place, d'abonl par une raison bien simple, c’est qu’il est assez difficile de savoir -i la position de député ou celle de ministre n’est pas, par elle-même, en France surtout, un obstacle invincible à ce que la meilleure intention puisse produire de bons résultats, et si, dans le régime parlementaire. 1 honnête homme, ministre ou député, n’est pas ferré de dire noir pour avoir blanc, et réciproquement.
M.Tliiers, par exemple, a une grande puissance sur la Chambre; il aime l’alliance anglaise, et il y attache sa fortune; eh bien, parce qu'il a eu la naïveté de dire ce qu’il pense à ce sujet, il a porté un 1res rude coup à l’alliance anglaise, et il a beaucoup aidé au rapprochement de la France avec la Russie et l'Autriche. Si ce n’est pas une naïveté, si c’était par hasard une finesse? (il en est capable, quoique celle-là me paraisse plus profonde que lui ; il n’y a qu’un homme en Franco qui pourrait atteindre là) vous voyez qu’il aurait obtenu noir en disant blanc, et atteint l’aigle en feignant de ,-ourir après le léopard. Je crois donc, pour abréger mon bavardais', qu’un député ou ministre, sous l’empire de la Charte vérité , ne peut pas dire la vérité. C’est tout simple, puisque le régime représentatif est essentiellement le rebours du bon sens. Sous ce régime, les gouvernons sont doue obligés de régner en trompant, et voilà pourquoi la vérité du gouvernement parlementaire est une utopie, un non-sens ou contre-sens.
Je voudrais abréger, mais voici encore une divagation qui m'arme et il faut que je la laisse passer.
Les hommes que la presso et l’opposition ont enfantés sous la Instauration, les créatures nées du régime parlementaire, sous la branche aînée, sont aujourd’hui au pouvoir. Eh bien, n’ost-il pas certain que la presse actuelle n’a pas un avenir semblable à celui de la presse de 1825, et qu’il n’en sortira ni dos Guizot, ni des Thiers, ni même des Passy, Miguet, Dubois, Rémusat, Jouft'roy, Duchâtei, etc., etc. D’un autre côté, tous ces messieurs que je viens de nommer, en seront bientôt où eu étaient, en 1830, Foy, Girardin, Camille Jordan. Benjamin Constant, Royer-Collard, Casimir Perrier et toutes les illustrations parlementaires de 1825, c’est-à-dire au bout de leur rouleau et bien près de la tombe; il y aura quelques survivans, comme nous avons eu Demarçay, Corcelles, Salvrle, c’est-à-dire les mazettes qui ne meurent pas à la peine. Or, le iccrMcment par la presse, qui s’est tait en 1830, n’est pas présumable; ce ne sera ni J. Janin, ni Soulier, ni Sue, ni même M. Berlin, que nous aurons le bonheur de voir surgir à l’horison politique, '■t qui s'assoiront sur lo banc de misère. Où sont donc les hommes de l’avenir? J’aime à croire qu’ils sont dans des bibliothèques
ou dans des fermes, des manufactures, des ateliers d'artistes, dwuii- i tés des journaux, n’allant pas aux estaminets et amassant leur pr,> j vision de force pour le moment oii leur temps d’agir sera venu, 5, J c’est pour ces hommes l'a qu’on veut parlera la tribune, on prou i parler franc, en se moquant des interprétations des chambres, jour- j naux et cabarets; mais il faut se résoudre à n’ètre que député u non un personnage dit politique. Je n’excepte donc que de pnreilhommcs delà nécessite'générale, où sont aujourd’hui tous le? hnm. mes politiques, de mentir.
Si donc j’étais ministre ( aussi 11e le suis-je pas ), je mentirai- publiquement, ouvertement, c’est ce que font, je crois, tous les ministres, et je ne dirais la vérité qu’à une seule personne, au roi, rYsi,, qu’ils ne font pas. Si j’étais député et que je voulusse avoir une action politique immédiate et devenir ministre, (aussi serais-je très l;iè ; d’être député), je mentirais à la tribune, et je ne dirais ein-uiv L vérité qu’au roi. Enûu, si j’étais député, uniquement en vue de ÎV venir, alors seulement je no me gênerais pas, et je dirais la vérité à tous, députés, ministres, roi, peuple surtout, et journaux, et m- I barets, estaminets, République, Henri Y et lulti quanti.
Je suis sûr que jo vous fatigue en divaguant ainsi; vous d w I commencer a croire que le soleil d’Afrique m’a frappé la tête : vouvous trompez ; nous ne sommes qu’en janvier, et vous pouvez i«m j au plus croire que ma faconde vous lâche son robinet d’eau tièle commeM. Sauzet. Eh bien! si vous 11’êtes pas content, gare à y™.!
Je crois que voici de l’eau glacée, et puis après de l’eau bouillant-' j
Dix millions ont été demandés et obtenus pour les éventualité des affaires d’Orient, et doivent être maintenant bien entamés « mangés; il faudra réclamer bientôt de nouveaux fonds ; l’AnulcIcrii en a dépensé au moins autant, la Russie autant et l'Autriche m peu moins. Je demande que l’on pose h la Chambre cette sirop! ■ question, et qu’on la répète à satiété par la presse. : Ces 110 à i'J millions, s’ils avaient été employés par les puissances europécnii-à faire le canal de Suez ou à assainir Constantinople, en payant l'aimée égyptienne qui aurait fait le canal avec l’aide d'un per-mut! européen, ou l’armée du sultan, qui aurait démoli et reconstruit!'quartiers empestés de Stamboul, n’auraient-ils pas été mieux cm-
ployés, politiquement, philantropiquement, commercialement, moralement, religieusement? Ces cinq adverbes joints font admirablement, et j’arrête là le robinet glacé, à l’usage des Ch. Dupin.
Oui, nous devons faire renaître de ses cendres la bibliothèque d'Alexandrie, ressusciter ces grandes momies de Memphis que nous avons dépouillées de leurs bandelettes pourries, et aider le Christ à retrouver sa tombe et son berceau. Nous devons aller de Marseille à Bombay sans changer do bateau, et écraser la peste à Constantinople et à Smyrne. Il faut que du Caire, d’Alger, du Sénégal et du Cap, quatre Européens puissent se donner rendez-vous à jour fixe à Tombouctou, et que Combes l’Abyssinien vienne les y retrouver en partant de Gondar. Pour tout cela, messieurs les députés, il faut tout simplement dire aux Turcs, aux Egyptiens et aux Arabes, dire aux Russes et aux Anglais, que vous voulez cela, et rien que cela. Si vous mettez toujours le poing sur la hanche et flamberge au veut, celui-ci contre le Russe, celui-là contre l’Anglais, un aune contre Méhémet-Ali, un autre encore contre les Turcs, unautre enfin contre Abd-el-Kader, sans dire votre but, c’est puéril et ab- 'iirde. Dites à Méhémet-Ali : Tu seras détrôné si tu no veux pas que je fasse un canal à Suez et que j’y passe librement, rien de mieux. Dites à Kosreff-Pacha : Je t’étrangle si tu ne veux pas que je tue la peste, c’est parfait. Dites aux Russes que, s’ils ne veulent pas vous aider à desempester Constantinople, vous le ferez sans eux, et aux Anglais quo, s’ils ne veulent pas vous aider à faire le canal de Suez, vous leur ferez payer ce passage que vous ferez sari.? eux, rien de mieux encore, et ils n’ont certes pas à se formaliser d’un langage si généreux. Mais dire aux Anglais : 11 faut que Méliémel—Ali soit fort pour vous empêcher d’aller aux Indes, si cela lui plaît ; aux Russes : Il faut que le sultan soit assez soutenu par nous pour vous enfermer dans votre Mer Noire, si tel est notre bon plaisir; enfin dire au sultan et à son pacha révolté : Vous vous arrêterez tous deux au Taurus, et vous dormirez en paix chacun chez vous, c’est sot et niais. Or, tel est le résumé de toutes les opinions.
Ceci est le passage du robinet glacé au robinet bouillant ; c’est du tiède, vraiment à l’usage des modérés; mais voici l’eau bouillante :
I.cs députés sont plus empestés que Constantinople ; le sable du
désert n'est pas plus aride que l’intelligence des ministres; m,, peuples européens sont plus stupides que le Turc le plus ivre dV pium; Mahomet a détrôné Jésus-Glirist; Méhémot-Ali, Abd-il- Kader, Kosreff-Pacha ont do la dignité, de l’énergie et de l'intelligence à revendre à tous les maîtres de l’Occident. Et nous prétendons les arranger, les civiliser à notre guise ! Mais nous sonnais fous, et nous serons punis de notre aveuglement.
Alger enterrera encore des milliers de Français et des millions J., francs, parce que nous voulons coloniser comme on colonisait à l’époque oh l’on s’emparait d’un pays peuplé d’antropophages; comme on colonisait lorsqu’on taisait la traite de noirs, lorsqu’on réduisait en esclavage les ennemis vaincus, lorsqu’on les exterminait comme hérétiques, en un mot, lorsqu’on ignorait qu’il fallait s Vis-
Nous perdrons nos belles paroles et nos agaceries à l’Egypte, taudis que les Anglais qui menacent et injurient le pacha, nous seront préférés, parce que les Anglais doivent finir par y être préféré'.
Nous serons joués à Constantinople par les Russes, malgré toutes nos finesses, parce que les Russes doivent finir par être les initiateurs européens de l’Asie-Mineure.
Nous serons bafoués par l’Orient, par l’Europe, par l’Amérique; nous, la grande nation, nous le Christ des peuples, nous aurait' notre croix, nos clous aux pieds et aux mains, notre couronne ilepines... si Dieu n’écrase pas sous sa parole sacrée notre bavardai;' athée, s’il ne pose pas son pied sur la tribune corrompue et mu b presse corruptrice, s’il n’étend pas sa main sur nous pour désiain ses élus, lui, le grand électeur 1
Nous sommes bien pr&s d’une de ces manifestations divines, ri. de ce point de vue, tous les embarras extrêmes de notre position mparai sent plus que des occasions et des moyens d’en accélérer h venue. Notre faiblesse en Orient, nos revers en Algérie sont 1 • pendans de cette lassitude et de ce profond dégoût que tous lrhommes forts éprouvent aujourd’hui en France; la crise approche, parce qu’il faut enfin dénouer ces inextricables nœuds dans lesquelune politique au jour le jour nous empêtre depuis un demi siècle.
Telle est la parole que devraient prononcer aujourd’hui les lirait-
dont l.i voix a durcientissemcnt ol qui sentent passer sur leur iront lu souffle de Dieu ; parole d’espérance et de foi qui entraîne vers l’avenir, ou même temps qu’elle l'appelle et l’attire ; parole de découragement et do mépris, il est vrai, pour le présent; mais qui donc n’est pas un pou découragé? qui donc estime ce monde de bassesses et do corruption? D'ailleurs, ce mépris du monde, tel qu’il est, empêche-t-il do croire que, tel qu’il est, il renferme tons les éiémons opprimés de son salut? Dieu m’est témoin du contraire.
POLITIQUE ÉTRANGÈRE
OCESTHJN D'ORIENT.
J’ai lu avec un vif intérêt la brochure de M. Montmarlin ;1,; mai. après l’avoir terminée, j’ai voulu la relire, en me livrant qn'idliétait traduite en arabe, en turr et en persan, en langue du pay. d’Islam, et que moi-mème j’étais Abd-el-Kader, Mebemel-A!i. un Wababite ou un sectateur d’Ali. J’ai frémi d’indignation, et il m’a semblé que des Ilots de sang chrétien ne laveraient pas celte injurieux oubli, ce méprisant dédain des glorieux enfans de .Mahomet par l’orgueilleuse race européenne, par les vaniteux enfans de l’humble Christ.
(1) Quelques Considénilinns politiques à l’or.msinn de la giEsrui' d’omext, par un ancien élève de l’école Polytechnique. Paris. 1840. cliw Delaunay.
j’ai songé aux oi 1 i I 26 juillet 1830 ei aux composteurs d’imprimerie qui, le lendemain, culbutaient du trône les enlaiis de Saint-Louis, parce que ceux-ci n’avaient pas appris, depuis 89, ce que c’était que l’imprimerie.
Et jo me sms demandé : Quand donc l’Europe connaîtra-t-elle l'Orient ; quand donc les lecteurs de l’Évangile liront-ils le Coran?
Quand donc aurons-nous en Algérie, à Alexandrie, à Constantinople, une conduite digue du rôle de protecteur, d’éducateur, de civilisateur, auquel nous avons l’orgueil de prétendre?
Certes ce ne sont pas, vous le savez assez, les grands résultats auxquels M. Montmartin aspire que je désapprouve : Suez et Panama ouverts au commerce universel ; l’Asie mineure sillonnée de chemins de fer, de Constantinople à Bagdad ou h Ispahan; la Méditerranée couverte de navires do tous pavillons; je désire, je veux tout cela, autant que qui que ce soit au monde ; mais le moyen d’arriverlà? Et le choix du moyen est tout aujourd’hui, car le but est senti et désiré nettement.
Il y a longtemps que l’Angleterre désire le passage de Suez ; il y a longtemps que la Russie tend aussi vers l’Inde par la route do terre; pourquoi n’cst-ce pas fait? Parce qu’on n’a pas découvert un moyen d’exécution qui fut conforme à tous les intérêts, qui fit tomber tous les obstacles, toutes les oppositions.
Certainement c’est déjà'beaucoup, dans ce but, de chercher à concilier tous les intérêts européens, mais ce n’est pas assez ; c’esl même bien peu de chose, si ce moyen de conciliation européenne c>t un partage de la Conquête d'Orient.
Aux temps de Rome un pareil moyen aurait eu valeur réelle; Home et Carthage auraient pu vider ainsi un différend. Dix-huit siècles après Jésus-Christ, cela n’est plus possible, cela n’est pas digne de notre civilisation.
Entendons-nous doue, cuire nous Européens, pour savoir ce que nous voulons demander aux Orientaux d’accomplir, dans im intérêt universel; aidous-les à l'exécuter, rien de mieux; soyons certains que lorsque notre accord sera unanime, nous lie trouverons pas d’obstacle, et que le canal de Suez, nar exemple, sera commencé demain, si Y Europe le demande à Méliémet-Ali et l’aide de
lumières. Soyons certains même que nous n'aurions pa-.cn \1 ^éric d'Abd-el-Kador, si la destruction do la piraterie avait été voulue et exécutée, de concert, par toutes les nations européennes. Vyons une volonté ; que la Chrétienté soit une dans sa politique : que notre diplomatie adopte un programme d’oeuvres à faire, telles que celles dont M. Montmartin proclame ïuniverselle utilité, et j,. réponds que ces rouvres se feront, fût-ce en Chine, sans tirer un coup de canon, sans prendre un pouce de territoire, sans conquête.
L’unanimité européenne 1 Mais c’est chose impossible, dira-t-nn; pas du tout, puisque vous espérez l’obtenir, en donnant à chaque uation européenne la souveraineté sur une partie du monde oriental; c’est ce moyen seul que je blâme, votre but est le même que le mien : Unité de pensée etd’action parmi les nations européenne.;.
Vous espérez, il est vrai, obtenir cette unité par l'appât de la souveraineté que vous offrez à la convoitise européenne, cl moi, je prétends que vous vous trompez doublement, 1" en donnant à l’Europe une pâture qui n’est plus do ce temps; 2° en disposant, dans ce but, d’une terre, d’un peuple qui ne se laisseront pas impunément traiter comme pâture et comme troupeau.
Songez donc qu’un Musulman conçoit mieux qu’il puisse cire tué par un chrétien que conquis par lui.
Songez aussi que l’Européen qui prétend conquérir la terre (l'Orient fait un rêve: là c’est le climat, c’est le soleil qui sera son maître; l’Européen a la peau trop fine pour gouverner le désert; il l'ait pitié à l’Arabe, comme au forgeron un dandy qui voudrait frapper sur l'enclume. L’Européen, maître de l’Orient, c’est le rétabli— sement de l'esclavage; voyez l’Inde.
Que l'Orient et l’Occident s 'unissent, qu’ils se visitent, mais pour Dieu! pas do confusion-, ne répétons pas les folies des envahisseurs du passé; heureuses folies sans doute, car Alexandre et César n’avaient pas d’autre moyen que l’épée pour faire communier les peuples, et ils n’ont.su mêler leur sang qu’en le répandant; mais nous, qui avons déjà appris par le Christ, lo plus grand des envahisseurs, comment un verbe civilisateur s’incarne; nous, précisément, qui ne sommes pas des Musulmans armés d’un livre et d’un sabre; nous qui, même pour traverser notre petite mer et prendre quelques
rayons de plus de soleil oriental, mourons à Alger comme des mouilles; nous, enfin, qui savons presque le peu que vaut ce grand mol ancien : Colonie; ne rêvons pas pour nos prolétaires impatiens les terres fertiles de l’Asie, de l’Afrique el de l'Amérique; ne nous délivrons pas, comme crm le faire Home, des difficultés de ce grand problème social, en envoyant' périr au loin les Sparlaeus Lvonnais. Dieu fit chaque terre pour une race, et l'économie politique dit, comme lui, à chacune d’elles : Crois el multiplie; mai' elle ne lui dit pas plus qu’elle 11e dit au chêne; Enfant du Nord. Iruusplante-toi sous l’équateur.
Visiter, voyager, commercer, voilà la vie des mcesenlre-elles; coloniser, exception rare, pour laquelle l’économie politique future devra exiger une similitude de climat, de température, de conditions hygiéniques do (oui genre; ou bien qu’elle commandera, ainsi que la politique, et comme exceptions plus rares encore, lorsqu’une œuvre universelle nécessitera de grands dévoùmcns.
Et malgré tout ce que je vous dis là, le livre de M. Moiitmurtiu 1110 paraît renfermer l’idée lapins large, la plus complète qui ait été émise dans ces temps-ci, non seulement sur la question d’Orient, mais sur la politique universelle ; je lui reprocherais presque l'excès sous ce rapport, parce que, je le crains, ce sera une raison pour que les praticiens politiques n’y altuchen! pas l’importance qu’elle mérite, et la traitent comme une utopie.
Tant que, pour résoudre la question d’Orienl et d’Occident, je le dis comme M. Monlmarlm. 011 ne la ramènera pas à une question d’intérêt bien entendu ; mais j’ajoute de suite : pour l'Orient aussi bien que pour l’Occident ; huit qu’on cherchera ce que iwus Il juijnons, sans s’inquiéter de ce que l’Orient <jgagne; et d’un autre côté, tant que noire orgueil nous aveuglera au point do nous faire croire que les Orientaux oui tout à gagner à 10 nti H que si nous allons à eux, c’est pour obéir à notre généreuse philantropie qui vent civiliser ces barbares, on sera en dehors de la vérité ; M. Montmartin nie parait suivre la première voie d’erreur. el l’opinion publique est généralement dans la seconde ; c'e'i mus dire que je ne nous avis pas encore [très d'une heureuse x>lutieii.
POLITIQUE ÊTR.tfGÉRE.
QFBSTION D'ORIENT.
Je viens de lire dans la Presse du 10, la préface de Lamartine: c’est superbe presque partout; c’est admirablo dans la seconde partie, lorsqu’il dit ce que ne devait pas être et ce que devait être la politique intérieure de la France; c’est grand cl noble toujours. A» milieu des tristesses que nous apportent les nouvelles de l’état dt la France, cela réjouit le cœur de lire ces belles pages, et cela donne espoir. Comme je vous l’écrivais en vous parlant des lamentationde Quinet, la France sent le cadavre, mais elle sent aussi le lait do l’enfance ; elle finit sa mort, mais elle recommence sa vie ; et Lamartine parle comme les prophètes doivent parler; il ne pleure pasur nous et ne nous lance pas l’anathème ; il ouvre l’avenir et nous appelle à y entrer. Quel mémorandum à côté de. celui de Tliiers!
Et pourtant, vous le savez, un désir me reste encore dans lame, chaque fois que j’écoute Lamartine parler de l’Orient. Comment
un Français, un chrétien, un prophète rie l'humanité entière, peutil si souvent s'arrêter devant cotte ide'e, que l’empire ottoman se meurt, que l’islamismo pousse son dernier soupir, sans se retourner sur lui-même et dire : moi, aussi, Français, j’ai vu tomber la noblesse et crouler les trônes ; moi aussi, chrétien, j’ai vu et je vois Rome épuisée, l’Eglise brisée en miettes, et le successeur de Saint-Pierre plus blême encore que le successeur du Prophète. La France, fille aînée de l’Eglise, depuis un demi-siècle aussi, n’a-t-elle pas incliné sa tête vers la tombe, plus profondément et plus bas que la lige d’Osman ? Cot enfant, fds de Mahmoud, n’est-il pas encore plus roi que Louis-Philippe, que les reines d’Espagne et de Portugal, et même que la jeune reine d’Angleterre?
C'est qu’il y a en Orient, comme chez nous, une mort qui Unit, mais aussi une vie qui commence, un germe qui fermente ; il y a pour l’Orient, un avenir propre à l’Orient, et non un avenir que nous lui ferions à notre guise, et surtout que nous lui ferions avec, l'élément le plus vieux qu’il renferme dans son sein, avec des Juifs, Jcs Chrétiens de mille sectes, des Syriens, en un mot.
Certes, je suis loin de dire que notre contact n’est pas nécessaire pour cet enfantement d’une vie nouvelle en Orient, mais il faut que nous louchions aussi VOrient pour voir grandir et s’épanouir cette vio nouvelle qui est en nous: car le siuuo de la nouvelle vie. pour chacun de ces deux mondes, est précisément le symbole d’wmn de ces deux mondes, leur commune religion.
Que la race d’Osman finisse comme celle des Capet; que l’empire turc, se démembre commo a été démembré celui do Charlemagne; que l’islamismo turc, persau et marocain, se divise encore en Wahabitos, en sectateurs de Méliémet-Ali et en sectateurs d’Abd-el- Kiiilcr, comme le christianisme romain et grec a eu scs milüers de ‘■éclos,est-ce à dire que les populations do l’Islam vont disparaître? le monde chrétien vit bien encore. — Est-ce à dire que ces populations sont h notre merci, et se livreront en pâture? mais la même raison, notre mort à nous-mêmes, leur donnerait droit de dévorer noire cadavre ; et c’est ce que fait Abd-cl-Kadcr, c’est peut-être tu que font en Syrie Ibrahim et Soliman h cette heure, c’est i"'ut-êti'c, Dieu nous en préserve 1 ce que font les musulmans
égyptiensavee les Chrétiens du Cuire et d'Alexandrie; car Méhémet- Ali a dans -son. arsenal la dernière raison de l’Islam, la guerre sainte.
Pourquoi iaut-il que Lamartine soit encore de ces Chrétiens présomptueux qui disposent des nations de l’Orient comme les traités de 1815 ont disposé des peuples d’Occident, qui les partagent elles parquent comme du bétail'?
Et d’ailleurs, maintenant que cet Ancône syrien nous est échappé, maintenant que la question s’est terriblement compliquée, que fautil que fasse la France’? J'ai cherché inutilement, dans la préface, réponse h cette question.
C’est qu’avec la conviction de la mort de la race turque, et de 1» nullité de ce pacha d’une petite province turque, il n’v a pas d’autre solution possible que celle-ci : Constantinople sera la troisième capitale de l'empire russe ; l’Egypte et la Syrie seront colonies anglaises, et avant peu Tripoli et Tunis seront colonies autrichiennes et nous avons l’Algérie.
11 est très possible, en effet, que ce plan de partage soit celui de plusieurs diplomates. A vrai dire, partage pour partage, j’aimerais mieux Tunis pour la France que la Syrie, sur laquelle les Autrichiens ont au moins autant do droits que nous; j’aimerais mieux Tunis, en supposant que nous guidassions Constantine et Alger; et je compléterais l'envahissement européen, en faisant à l’Espagne le triste cadeau de son vieil Oran.
Mais tout cela n’est pas œuvre du dix-neuvième siècle, c’est de la politique romaine ou plutôt vandale, c’est une diplomatie de patriciens à l’égard des esclaves, c’est au dessous môme de la conquête d’Amérique,et grâceàDieunousnosommespasChrétiensàla mode dePizarre, et nous n’égorgerons pas les Peaux-Noires, comme b Chrétiens d’Amérique, pendant trois siècles, ont égorgé les Peaux- Rouges, un crucilix à la main.
Esprit de conquête, quand céderas-tu la place à l’esprit d’u«uciulion ?
Et quels sont donc ces Européens qui croient, en conscience, porter à l'Orient une foi meilleure que la sienno, un ordre social meilleur que le sien, une morale plus pure que la sienne '? Que
ruk'iit-ils eux-mêmes? à qui obéissent-ils ut qui leur-obéit? sous quels tas d’ordures cachent-ils leur morale? Le temps des-Godefroy ut des Richard n’est plus, à quoi voulons-nous convenir les infidèles? Rome se tait, le pape no parle qu’à peine à la ville et ne dit plus rien à l’univers : Urbi non orbi.
,1e vous l’ai déjà dit : Si toute la chrétienté avait voulu s’entendre pour l’aire cesser la piraterie, nous jouirions. du double bonheur de n’avoir ni la piraterie ni l’Algérie. De même, si toute la chrétienté avait voulu un canal gigantesque à Suez et uu autre vers l’Euphrate, elle l’aurait; et si elle avait voulu couvrir l’Asie r 1 un réseau de chemins de ter, rattachant Smyrnc et Constantinople à Bagdad, à Ispulian, à Calcutta et jusqu'à Pékin, le sultan aurait dit : Faites. A quoi sert donc de prendre? Alger est là, vous pouvez voir ce qu’il pèse ; jamais Barberousso n’a été si lourd aux Chrétiens qu’Abd-èl-Kadcr.
Lamartine a reconnu, dans son grand discours sur l'Orient, qu’il s'agissait aujourd’hui de rejoindre deux mondes; il n’est pas néressaire pour cela de conquérir, de détrôner. Si les musulmans de Constantinople continuent à apprendre le français, les mathématiques, s’ils ont nos théâtres, nos plaisirs sous les yeux, s’ils boivent même du vin et neprennent plus qu'une femme, comme la plupart le tont aujourd’hui, ils seront bientôt à nous, mille fois plus que si nous les avions conquis par la force, et mille fois plus à nous qu’aux Anglais et aux Russes.
Selon moi, un chanteur, un danseur, un acteur français, à Constantinople, valent mieux que des compagnies de grenadiers. Gagner du temjts, pour la question dite politique, question insoluble dans les termes où tout le monde la pose, est donc beaucoup, si durant ce temps on emploie mille moyens d’influence qui ne sont pas réputés politiques, et qui sont pourtant les seuls qui rejoignent, ou mieux encore, qui relient les peuples, moyens, par conséquent, très religieux. 11 n’y a pas un seul de ces moyens qui coûte autant qu’un vaisseau ou un régiment.
les Chambres lie comprendraient pas cela, direz-vous! Oh ! vous nez bien raison ; mais aussi qui donc compte sur les Chambres pour entendre quelque chose ? Lamartine est le seul qui fasse quel-
quos trouées au nuage lourd qui s’éleva à l'horizon, al il leur mon. tre le ciel à travers ! (il est vrai un ciel trop sillonné d’éclairs f ,i bruyant de tonnerre); ils l’appellent rêveur 1 ils ont, ma foi, raison; car c’est rêver do vouloir faire voir des aveugles, surtout avec h. éclairs et la foudre, et je. maintiens que Lamartine a , en outre, |,, tort do parler à des aveugles comme h des voyant. Ouldic-t-il donc qu’il n'y a pas un soûl petit poète à la chambre, sauf Fulciiironl et que Viennot lui-même n'en est plus !!I Avocats et épiciers, qu’est-co que ça peut savoir de l’Orient? M. Thiors et M. Villemnin sont sans doute de, bien habiles orateurs, mais vraiment, comment pourraient-ils sentir le saint lieu de la beauté et de la grandeur, le pays de la femme et du soleil!
J’en veux à Lamartine de présenter sa rejonction des deux mondes, comme une espèce de conquête à l’instar d'Alexandre-lc- (irand, de glorieuse mémoire; c’est bien assez d’Alger, et jV-père (juo c'est la dernière et triste parodie du vieux procédé do eivilhition, la conquête. Mais je lui en veux surtout d’avoir grisé son auditoire, pour lui faire avaler sa pilulo orientale, en lui versant fom rasades de co champagne patriotique du Rhin et des Alpes, Puisqu’il sait qu'on l’accuse de se préoccuper trop des intérêts génêrinu de h II on pour un patriote, il faut qu’il en prenne „n: parti et qu’il ne donne pas aux amoureux transis do la patrie h d la gloire, le plaisir de chatouiller leur passion surannée et fanée.
Je m’aperçoisque je fais comme tout le monde ; je. raisonne connu si nous n’avions qu’à donner à ces barbares musulmans, cl rien .1 recevoir d’eux. Nous avons des scntiir.cns si élevés, une rai-nu -i droite, des arts si nobles, si grandioses, qu’il nous semble, fats que nous sommes, avoir tout à enseigner et rien à apprendre ! C’en la thèse inverse que j’aimerais à voir soutenir à la Chambre et dan- la presse, par un Français un peu Bédouin, un peu paysan, non du Danube, mais de l’Euphrate et du Nil, ou bien un peu pacha. \li ! comme un Abd-el-Kader ou un Méhémet-Ali arrangerait nos alnrieux avocats et nos vaniteux épiciers, s’il parlait français comme Lamartine 1 Nous qui me dites : Je nous fais pitié ! que diriez-vousi vous étiez Arabe? Comment cette pensée ne naît-elle pas de suite, chez un homme qui vit depuis plusieurs années dans la Chambre
,|.s députés et qui a vu Constantinople, SmjTnn, cl la Svrio? Cerlainenienl Lamartine n’a pas rencontré un cbeiclt du plus petit village, qui n’ait plus de dignité personnelle. de tenue, d’aplomb, de calnie, plus de goftt sur sa personne et dans ses plaisirs, plus de nnhlisse, enfin, dans ses manières et dans sa parole, (pie tous nos ■.mis-préfets, préfets, députés (députés surtout) et ministres.
[.es fraisés ont voulu délivrer le tombeau du Dieu d'abstinence si de pauvreté, ils en ont rapporté lu goilt du luxe et des plaisirs ; i|ue rapporterons-nous de l’Orient, nous, apôtres de l’indépendance, de ta liberté, de l’incrédulité'? L’obéissance, l'ordre et la foi.
POLITIQUE ÉTRANGÈRE-