XXXVJ REFUTATION
Ici mon vieil ami ferma le livre avec impatience. Quoi! me dit- il, vous ne nVinterrompez pas? Qu^est devenu le disciple de Bernardin de Saint -Pierre, et cpie faut-il donc pour l'émouvoir ? — Le mépris , lui dis-je, est sans colère. M. Durosoir accuse Bernardin de
ainsi sans doute que l'entrepreneur Michaux parle à ses garçons faiseurs ; mais la brusque malice de Buonaparte avait une autre expression. On peut en juger, voici le fait : Le premier consul recevait l'Institut; il aperçoit Bernardin de Saint-Pierre au milieu d'un groupe de savans, écarte la foule, et va droit à lui. « Je viens » de relire votre roman de Paul et Virginie, lui dit-il, » vous devriez placer de semblables héros sous les glaces » du pôle » (faisant allusion à la théorie des marées, et croyant flatter par cette épigramme les savans qui la combattaient). Son intention fut saisie , et Bernardin de Saint-Pierre , éclairé par le sourire ironique des savans , répliqua aussitôt en les désignant d'un regard : « Général , ce n'est pas moi qui ai fait un roman des » glaces du pôle. » Le premier consul , peu accoutumé à des réponses si serrées, fit une pirouette sur le talon, et s'éloigna. Voilà ce que n'a pu comprendre M. Durosoir, et en vérité qui oserait lui en faire un crime? il est tout naturel qu'il fasse parler Buonaparte comme il fait agit Bernardin de Saint-Pierre. Le pauvre homme, il n'a qu'une mesure et il l'applique à tout.
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Saint-Pierre d'avoir publié une édition de Paul et Virginie : voulez- vous que je nie ce crime? C'est un fait avéré, que Bernardin de Saint -Pierre a publié ses ouvrages : mais ce livre fut publié dans un temps de prospérité. Autre crime que je ne puis nier : c'est un fait également reconnu, qu'un père de famille qui possède 3,4oo francs de rente, et qui se fait imprimer, est digne de la critique de M. Durosoir. Tout ce que vous venez de lire témoigne le même bon sens , la même bonne foi, le même amour de la vérité. Que dirai-je des autres accusations de bassesse, de cupidité , de flatterie! Vous êtes des imposteurs, mes Pères, disait Pascal aux jésuites, après avoir accumulé les preuves de leurs mensonges. Ma réponse aura la même énergie et la même brièveté. Vous êtes un imposteur , diraije à M. Durosoir; car quel autre nom puis-je donner au rédacteur d'un libelle qui renferme tant d'erreurs faites sciemment? Mais, je le demande, à qui cet homme prétend -il
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persuader sur sa parole, sans la moindre apparence de preuves et avec toutes les contradictions imaginables , qu'un auteur dont les ouvrages respirent l'amour de Dieu et de rhumanité , qu'un moraliste dont la vie entière s'écoula dans l'étude des merveilles de la nature et des bienfaits de la Providence , était un monstre d'hypocrisie et d'ingratitude. En vérité, M. Durosoir, vous avez, fait là une belle découverte ! Combien il est avantageux au public d'apprendre que ceux dont le génie fait autorité en morale étaient des ingrats et des hypocrites ! Combien il est heureux pour la religion d'entendre accuser les hommes qui lui consacrèrent leurs veilles, de libertinage, de cupidité et d'ambition! Cet excellent M. Durosoir , il ne pouvait certainement rien écrire de plus utile à la patrie, déplus consolant pour le genre hu-
main !
Et voilà les absurdités auxquelles vous voulez que je réponde ! voilà l'homme que , selon