‹ Correspondance, précédée d'un supplément aux mémoires de sa vie par L. Aimé-MartinChapitre 24 sur 119 · XXXVJ APOLOGIE · texte numérisé non relu

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sur le globe pour y entretenir la fraîcheur et la fécondité ; ce temple merveilleux , dont toutes les parties sont vivantes, qui repose non sur des rochers, mais sur la lumière et l'espace, renferme dans ses zones célestes des vertus souvent méconnues et persécutées sur la terre , qu'elles couvrent de bienfaits , mais qui impriment leurs actions en caractères inaltérables et lumineux dans le ciel , dont elles sont descendues.

Voilà les richesses , voilà les contemplations de ce pauvre solitaire qui n'a peut-être au inonde d'autre ami que le chien qui repose à ses pieds !

Mais , disent les savans , vers quelles sciences s'est dirigé son esprit? a-t-il, avec Herschel, surpris de nouveaux astres dans leurs marches? a-t-il, comme Linné, soumis les plantes à d'ingénieuses classifications? est -il entré dans le monde des infiniment petits, sur les traces de Réaumur et de Bonnet ? ou, à l'exemple de Bufton, s'est -il attaché à reproduire

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tous les êtres qui peuplent le globe, dans une suite de portraits pleins de grâce ou de vigueur , mais dont aucun tableau ne montre les relations, dont aucune pensée ne réunit l'ensemble?

Émule de ces grands hommes, Bernardin de Saint-Pierre embrassa toutes les sciences , non pour les rattacher à de nouveaux systèmes , mais pour les ramener à la nature et à Dieu. Un esprit vaste reçoit la lumière de toutes parts et la réfléchit par faisceaux. S'il recueille les observations, c'est pour leur donner de Tétendue; s'il les rapproche ou les divise, c'est pour en thvr des conséquences; il étudie les détails , mais pour arriver à la contemplation de l'ensemble, car l'ensemble des choses est leur seul véritable point de vue. Idée profonde, révélée à Bernardin de Saint- Pierre par l'étude et l'observation et dont il fit la base de tous ses ouvrages. Ainsi chaque plante observée par Linné , il la replace dans son site; chaque insecte observé parRéaumur,

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il le rend à sa plante; chaque animal décrit par BufFon, il le ramène sur son sol natal. Nos vaines sciences avaient tout brouillé , en voulant tout classer; il rétablit Tordre de Dieu même; il rend à chaque chose leurs relations primitives ; il reconstruit le livre de la nature, afin de nous y faire lire successivement les lois de sa sagesse, les prévoyances de ces lois, et les bienfaits de ces prévoyances.

Cette marche si simple, et cependant si lumineuse, étonna les sophistes et blessa les savans : Fauteur écrasait l'athéisme, irritait les vanités, on l'accusa d'ignorance. Il s'en était accusé lui-même dans maints passages de son livre , conservant encore sur ses détracteurs cet avantage de savoir qu'il était ignorant. Mais cet ignorant avait eu sur toutes les sciences des aperçus nouveaux ; il s'était dit : Les savans n'étudient que leurs systèmes, source éternelle d'erreurs; étudions la nature, source éternelle de vérités. C'est en recherchant ses lois, et non en lui appliquant les nôtres, qu'on

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peut se promettre d'être utile aux hommes et agréable à Dieu. Dès-lors , la sagesse de la Providence lui est révélée, et, pour nous borner à un seul exemple, la géographie, science aride et confuse jusqu'à lui , devient tout-àcoup une science divine de proportion et d'ensemble ; où l'on n'avait vu que des ruines, son génie découvre un monument tout entier. En suivant la direction des montagnes, sur le globe, il reconnaît l'intelligence qui posa leurs fon démens; en suivant le cours des eaux, à travers les campagnes , il signale la sagesse qui pourvoit à nos besoins ; en observant les différentes zones des végétaux et des animaux dans toutes les parties du monde, il nous apprend que chaque plante a son site , chaque animal sa patrie , et que Dieu l'a ainsi voulu afin que la terre entière appartînt à l'homme. Tout ce qui paraissait dans la confusion prend un ordre, tout ce qu'on attribuait au hasard devient l'œuvre d'une intelligence. Il y a une géographie des plantes, une géographie des

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animaux , une géographie des fleuves , une géographie des montagnes : c'est un monde nouveau que Fauteur dévoile et semble créer. Et que de prévoyances touchantes, que de relations inconnues entre ces divers phénomènes ! Les végétaux sont comme de grandes familles qui se partagent le globe pour Pembellir et le féconder ; l'air se charge des semences des plantes alpines , qui , semblables à des oiseaux , sont pourvues d'ailes légères ; l'eau emporte les graines des plantes aquatiques qui voguent sous leurs voiles comme des nautiles , ou glissent sur leurs nageoires comme des poissons. Le point où elles croissent , celui où elles s'arrêtent changent les mœurs et les habitudes des peuples. La géographie botanique donne à notre observateur le tableau de toute la terre : ainsi pendant que la nuit couvre encore nos rivages , le soleil selève sur les archipels des Philippines, des Moluques et des Célèbes. Déjà le noir insulaire de Gilolo secoue les clous du giroflier,

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