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et l'habitant de Sumatra vendange les grappes qui renferment le poivre. De tous côtés , sur les rives de Java , dans les forêts pleines de paons et de pigeons au plumage d'azur, on entend crouler les noix du muscadier. Plus au nord, vers le couchant, les filles de Ceylan roulent, posée sur leurs genoux, la tendre écorce delà cannelle. Mais déjà l'astre du jour inonde l'Asie orientale des feux du midi, et prolonge ceux du matin sur l'Afrique. Voyez l'Arabe de Moka emballer dans des peaux de chameau les fèves de ses cafés , tandis que d'autres Arabes , montés sur des bœufs , côtoient le Zara et viennent nous apporter, de l'embouchure du Sénégal, les gommes de l'Afrique et les parfums de l'Arabie.
Dans le même temps où le chant des coqs de l'Asie annonce minuit sur les côtes de l'Orient, le chant des coqs de l'Amérique annonce le point du jour sur les rivages de l'Occident. L'Indien de la Corée se couche sur ses ballots de coton , celui du Brésil se lève
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pour tordre avec effort le tabac de ses plantages; et tandis que le Chinois patient dort auprès de la corbeille où il a dépouillé pour nous , feuille à feuille , le léger arbrisseau du thé, des troupes d'enfans, au Mexique, ramassent sur les opuntia la cocbenille, de leurs doigts teints de carmin , et les filles de Caracas cueillent sur les bords des fleuves les gousses du cacao , et sur les rochers voisins les siliques parfumées de la vanille!
Il me serait facile, en suivant les nombreux anneaux de cette cbaîne , de montrer comment de simples relations botaniques peuvent donner le tableau du monde : lorsque les mœurs , les lois, la religion séparent les peuples et les irritent, il suffit d\ine plante pour les rapprocher. C'est en dispersant ses productions sur la surface du globe , en donnant une Cérès, une Flore, une Pomone à chaque climat , que la nature a préparé Funion de tous les hommes, par le double attrait du besoin et du plaisir. La France , placée vers le
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milieu de la montagne , abritée de riantes collines, couverte de pommiers, de mûriers, d'oliviers et de vignes , jouit des travaux de tous les peuples de l'Europe, mais à son tour elle leur prodigue ses fruits, les invite à ses vendanges et verse joyeusement ses vins dans leurs coupes !
Ainsi Fhomme est appelé, par ses besoins, à toutes les jouissances , par sa faiblesse , à l'union , et par son union, à l'Empire !
Dans ce système , mélange nouveau d'observations physiques et de vérités morales, tout est nécessaire , tout est à sa place ; les harmonies se développent , les saisons se donnent la main, et les peuples , divisés par leurs passions , séparés par leurs mœurs , se trouvent appelés aux mêmes jouissances et viennent s'asseoir aux mêmes banquets. Ainsi Fauteur peint la nature et sait la faire aimer, car il ne compose pas seulement ses tableaux des descriptions les plus ravissantes, mais encore des observations les plus utiles , ne voulant