‹ Correspondance, précédée d'un supplément aux mémoires de sa vie par L. Aimé-MartinChapitre 27 sur 119 · APOLOGIE. XCV · texte numérisé non relu

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pie comme une suite de familles gouvernées par un père, et le genre humain comme une suite de nations gouvernées par un Dieu. Remontant ainsi de la famille aux peuples, des peuples au genre humain et du genre humain au père de tous les hommes, il trouva l'origine de la royauté dans le ciel.

Laisser à la terre le modèle d'un grand roi, telle fut l'auguste mission de ce génie évangélique. C'est à la sagesse d'un seul qu'il rapporte le bonheur de tous. Il veut que les vertus

descendent du roi au peuple, comme elles descendent du père à la famille, de Dieu au genre humain. Cette pensée occupa sa vie, dirigea ses études , inspira ses ouvrages ; on la reconnaît dans ses Dialogues , dans l'Examen de conscience, dans les Lettres sur la religion : elle fait la base du Télémaque, livre que Montesquieu appelait si heureusement le livre divin de son siècle.

Plein d'amour pour les hommes, mais avec une ame moins tendre , une vertu moins ele-

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vée, J.-J. Rousseau se fît le précepteur des peuples, comme Fénélon l'était des rois. Il savait que la réforme des choses ne conduit à rien de bon , si elle n'est précédée de la réforme des mœurs : car ce n'est pas par des institutions qu'on arrive à la liberté , mais par la vertu. Cette pensée fit naître l'Emile, livre véhément dont la société tout entière éprouva l'influence, et dont peu de lecteurs devinèrent le but. Pour faire une nation il faut avoir des hommes , pour avoir des hommes il faut les instruire enfans '. J.-J. Rousseau avait senti que les utopies fondées sur la vertu ne sont inapplicables que parce qu'elles supposent des peuples parfaits disposés à les recevoir : il songea donc à faire un peuple avant de lui donner des lois. Ce fut le trait marquant de son génie , et le véritable but, le but secret de l'Emile. Et comment n'aurait-il pas rempli ce but ? Comment n'aurait-il pas maîtrisé son

1 Discours sur l'économie politique , OEuvrcs de Rousseau , tome Vil , p. 297, édition de Poinçot.

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siècle? Il offrait à la jeunesse les nobles images des vertus antiques, aux femmes les tableaux touchans delà famille et de la maternité; il vivifiait les aines par l'attrait invincible des sentimens naturels, il remuait les passions par les idées sublimes de liberté. Ainsi , quoiqu'il ne donnât que des préceptes individuels, il s'adressait à la nation entière, il l'animait d'une seule pensée, il la poussait en masse vers de nouvelles institutions; il devenait le père, l'instituteur de la génération naissante? Platon n'avait fait qu'étendre à tout un peuple les devoirs d'un homme , sa République est un admirable traité d'éducation ; J.-J. Rousseau montra dans un seul homme le modèle idéal de tout un peuple : son Emile est une magnifique introduction à tous ses traités de politique. Mais en inspirant l'enthousiasme, trop souvent il oublie d'éclairer la raison ; il ne s'aperçoit pas que la destruction des préjugés ouvre une vaste carrière à l'erreur; et là s'arrête son triomphe , le plus beau sans doute ,

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