TOME I
XCVllj APOLOGIE.
mais aussi le plus dangereux qu'ait jamais remporté le génie !
A la suite de Fénélon et de Rousseau se présente Bernardin de Saint-Pierre. Moins exclusif que ses modèles, il ne trace aucun plan, ne rejette aucun système. L'homme appelé à vivre dans tous les climats, lui semble né pour tous les gouvernemens ; royaume ou république, n'importe; son but n'est pas de renverser les institutions, mais d'y faire régner la justice.
Persuadé de cette vérité que l'ignorance est le partage des individus; l'erreur celui des nations et la science véritable celui du genre humain, il en tira cette conséquence, qu'il n'y a de vérités morales que celles qui conviennent aux intérêts non d'un homme, non d'un corps, non d'un peuple, mais au bonheur du monde entier. Principe admirable qui appartient à l'Evangile et devant lequel s'évanouissent les superstitions, les erreurs et les préjuges qui se partagent l'univers. L'auteur en fit la base
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de toutes les espèces de gouvernemens, c'està-dire le point de perfection vers lequel ils doivent tendre.
Tous nos maux, disait-il, viennent de notre faux savoir. La science véritable nous conduirait au bonheur, car elle comprend les convenances de la nature , et les observations du genre humain. Législateur, que veux-tu faire? des Grecs, des Romains, des Anglais : fais mieux encore, fais des hommes; tu prétends mesurer tes institutions sur les intérêts politiques qui isolent les gouvernemens, et moi je te propose de les fonder sur les vertus morales qui unissent les nations.
L'histoire de tous les siècles appuie ces principes. Le genre humain est solidaire : une injustice commise à Londres ou à Moscow peut ébranler le monde. Une doctrine ambitieuse soutenue à Rome peut renverser les rois et détrôner la religion. Voulez-vous savoir si une loi est morale, si elle est juste, ne consultez ni Athènes, ni Sparte, ni Rome, e\;«