APOLOGIE. CXX1X
pour lire dans sa pensée ; et se voyant observé par un homme qui savait lire aussi dans le secret des cœurs , il détourna les yeux et son sourire s'évanouit. En échangeant ce regard, ces deux hommes comprirent qu'ils n'étaient pas faits pour s'entendre : l'ambitieux et le sage s'étaient jugés!
Peu de temps après, M. de Saint-Pierre alla dîner chez Buonaparte qui avait renouvelé son invitation. Tout alors était modeste et sans faste, chez celui qui devait bientôt subjuguer l'Europe et habiter le palais de nos rois. Sa table était frugale, mais une femme pleine de grâce en faisait les honneurs , luimême cherchait à plaire ; il avait des éloges pour tous les talens , et chaque trait de sa louange renfermait une pensée! L'auteur d'Agamemnon , le père d'Othello, le peintre de Mari us, les grâces modestes de Collin d'Harleville , les inspirations touchantes de Paul et Virginie recueillirent tour à tour les plus flatteuses paroles. On parla ensuite des campa-