‹ Correspondance, précédée d'un supplément aux mémoires de sa vie par L. Aimé-MartinChapitre 76 sur 119 · TOME II. i · texte numérisé non relu

TOME II. i

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démarches, j'aimerais mieux que ce fût auprès de quelque grand ou ministre auquel je n'eusse jamais témoigné détachement, persuadé que ce serait celui dont je tirerais le plus de service. Tel serait, par exemple, M. le marquis de Ségur, ministre de la guerre. A la vérité j'ai servi autrefois son département , infructueusement comme à mon ordinaire, mais je n'ai jamais eu auprès de lui aucune relation directe ou indirecte. Au reste , je m'en rapporte à tout ce que vous ferez à ce sujet, car vous connaissez mieux les affaires et le monde que moi ; vous me mandez qu'au moyen de ces avances, vous espérez que je trouverai tout crédit auprès de mon imprimeur. Je Pavais déjà trouvé par celles que vous et M. Mesnard m'aviez faites et devez encore me faire. Si cependant vous étiez dans l'embarras à cet égard , je tâcherais de pourvoir à tout avec les avances ministérielles pourvu toutefois que M. le contrôleur-général remplisse sa parole. Je perdrais à la vérité, dans ce cas, les remises que mon imprimeur me fait pour l'argent comptant que je lui donne au-dessus de nos premières conventions. Ne me laissez pas dans le doute. Je suis au moment de lui faire

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un paiement de o*oo livres que je réserverais pour remplir mes obligations. J'ai à peu près la moitié de mon premier volume d'imprimé. Cela va aller grand train, et les fonds ne chômeront pas dans mon secrétaire.

Je suis très-sensible et plus que je ne peux vous le dire aux préjugés favorables que vous donnez aux journalistes, de mon ouvrage; je n'épargne rien pour qu'il mérite l'intérêt du public. Je le corrige du matin au soir, je fais quelquefois des additions, mais c'est sur les objets physiques. D'ailleurs j'en envoie les feuilles, à mesure qu'on les tire, à M. Sage, mon censeur. Je suis fort pressé dans ce moment-ci, car les épreuves abondent, et je trouve souvent à réformer ou à ajouter à un ouvrage auquel j'aurais dû employer deux ou trois années de plus pour lui donner l'ensemble et la perfection dont il est susceptible.

Je suis avec un véritable attachement,

Monsieur et ancien ami ,

Votre, etc.

De Saint-Pierre.

A Paris, ce 3i juillet «784.

iq6 COKRESPONDANCK

A MONSIEUR HENNIN

Monsieur et ancien ami ,

J'ai reçu de monsieur votre beau-frère i65 livres et le lendemain 8^5 livres au Trésor royal. J'ai sans doute de quoi faire face à mes engagemens en me réservant même une centaine de pistoles pour les frais de brochure , de reliure, d'impression de gravures, etc., qu'il me faudra faire argent comptant .

J'ai déjà déboursé environ i5oo livces; si vous êtes gêné pour les 25 louis que vous m'avez promis, je peux m'en passer; je perdrai

une remise et peut-être un peu de crédit, mais mon affaire ira son train.

Il s'en faut bien que j'aie de quoi avoir , de sitôt, un autre jardin que celui qui est sous mes fenêtres. Mon édition me coûtera 800 livres de plus que je ne comptais ; je l'ai augmentée de près d'une douzaine de feuilles, de sorte que mon premier volume a six cent vingt-quatre pages. Je n'ai pu faire autrement.

Je puis vous assurer qu'il faudra que j'aie vendu mille exemplaires de mon ouvrage avant que je mette dans ma bourse un écu qui m'appartienne. L'article seul des présens sera de près de i5oo livres, auquel il faut joindre les frais de brochure, de 5oo livres.

Il me reste à vous réitérer mes remerciemens pour vos bons offices ; je désirerais que vous m'en rendissiez encore un, ce serait de vous faire informer par M. Blouin de l'état de la tête de mon malheureux frère , parce que si mon ouvrage venait à avoir quelques succès, j'aurais peut-être le crédit et les moyens de procurer à mon frère une retraite plus agréable si sa tête en était susceptible.

Je n'ai pasle temps de vous écrire fort au long

ig8 CORRESPONDANCE

aujourd'hui; imaginez-vous un solitaire obligé de courir de tous côtés, tantôt aux caisses et tantôt à l'imprimerie. On me fournit actuellement une feuille nouvelle chaque jour; il faut la corriger, préparer le manuscrit, y faire des réformes et des additions, aller chez le graveur, etc. J'espère bien quand je serai tiré de cet embarras, ce qui arrivera s'il plaît à Dieu vers la fin d'octobre, que j'aurai le plaisir de vous voir ou chez vous ou chez moi, avec madame votre épouse.

Je vous réitère mes remerciemens pour vos bons offices et suis avec une sincère amitié et une considération respectueuse,

Monsieur et ancien ami ,

Votre, etc.

De Saint-Pierre.

A Paris, le 3o août 1784.

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RÉPONSE DE MONSIEUR HENNIN

Ne vous inquiétez pas, Monsieur et ancien ami, de mes 600 livres. Vous me donnerez des exemplaires pour cette somme , et j'espère

pouvoir m'en défaire. M , secrétaire de

M. le baron de Breteuil, m'a remis 5o livres pour six exemplaires.

Vous mitonnez fort en me disant que Tarticle des présens va à près de 1 5oo livres hors ce qui est dû pour le privilège. Je ne sais pas à qui vous avez à en donner. Prenez garde de faire le magnifique. Un exemplaire relié pour M. le comte de Vergennes et un

pour M. le maréchal de Castries, voilà tout ce que vous devez. La brochure ne peut pas coûter 5oo livres; refaites vos calculs, car ils me paraissent exagérés.

Je n'ai pas pu joindre M. Blouin pour lui parler de monsieur votre frère : je le chercherai au premier jour, et vous dirai ce que j^pprendrai de lui.

Courage, mais ne vous excédez pas. J'ai autant et plus d'impatience que vous, de vous voir hors de peine et occupé à recueillir le fruit de vos travaux.

J'ai l'honneur, etc.

Hennin.

A MONSIEUR HENNIN

Monsieur et ancien ami,

Vendredi prochain , sil plaît à Dieu, je ferai mettre à votre adresse à la messagerie de Versailles un ou deux paquets de librairie , contenant mes présens d\ine part et de l'autre les vingt-cinq exemplaires pour lesquels ont souscrit M. le comte de Vergennes et M. le baron de Breteuil.

Samedi donc au soir , j'espère être chez vous, et présenter le lendemain mes exemplaires bien reliés aux trois ministres qui

n^ont honoré d'une souscription forte et aux personnes qui les y ont engagés. Ensuite je partirai de Versailles le dimanche après-midi, et je ferai mes présens dans Paris, à mes amis, aux journaux, etc. Croyez que cet article me coûtera plus de 5o louis. C'est de quoi je vous convaincrai à notre première entrevue. Je logerai à mon ordinaire à la Croix de Lorraine, S'il y avait dans toutes ces dispositions quelque chose qui ne vous agréât pas , mandez-le moi, autrement je prendrai votre silence pour un consentement. Je fais adresser mes livres chez vous , afin que vous ayez la complaisance, le dimanche matin, de les faire mettre dans votre voiture, et porter au bureau des affaires étrangères où je les irai prendre pour les distribuer en commençant par celui des ministres qui 1 • premier m'ouvrira sa porte. De retour à Paris, j'en enverrai à M. Lenoir et à son secrétaire pour les peines qu'ils ont prises à l'égard de mon malheureux frère. Ces jours passés il était à la veille de sortir, M. Emangard ayant envoyé à M. le maréchal de Castries un rapport où il lui mandait qu'il avait vu à ce prisonnier la tète légère à la vérité, mais tranquille; il

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concluait à ce qu'il fût renvoyé dans sa famille.

N. B. M. le maréchal de Castries a envoyé ce rapport à M. Lenoir, en le priant de ne rien faire à cet égard sans me le communiquer. J'ai donc ouvert un tempérament en proposant de donner à mon malheureux frère la liberté aux environs de sa prison, dansl'espérance qu'étant à l'abri de l'indigence et de la captivité, ces deux grands mobiles d'inquiétude, son ame se calmerait peu à peu. J'ai rendu compte par écrit à M. Lenoir de ma lettre et de mes vues, que je proposais moins pour être suivies que pour faire naître au ministre et à lui de meilleures idées. Les choses en sont là; que de sujets d'alarmes! Quand mes deux mille enfans vont courir le monde, ils m'en donneront peut-être d'autres. Ce n'est que dans la solitude que je respire. Je me console en pensant que j'ai fait tout ce qu'il était en moi pour être utile à ma patrie et à ma famille.

M. Mesnard n'est point encore ici. Il reviendra avec des atteintes de goutte. Il trouvera mon livre chez lui à son arrivée.

Excusez mon griffonnage. J'ai des affaires par-dessus la tête , une mère qui met au inonde son enfant n'est pas plus embarrassée. Ce qui me console et me fait croire que les personnes qui m'ont prêté des fonds ne tarderont pas à être remboursées, c'est que tous ceux qui jettent les yeux sur mes exemplaires, dont on assemble les feuilles chez mon libraire , après en avoir lu quelques pages , disent à madame Didot: Des qu Hls paraîtront , donnez-iiî! en an.

Je suis avec une sincère amitié,

Votre, etc.

A Paris, ce -jg novembre 1784.

DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE. '2û5

A MONSIEUR HENNIN

Monsieur et ancien ami ,

Vous avez certainement oublié de me faire annoncer dans la gazette de France vendredi dernier, car elle n'a point parlé de mon ouvrage. Je vous donne à moi seul autant d'embarras qu'un département du royaume étranger; n'est-il pas vrai? La confiance que j'ai en votre amitié dont vous m'avez donné en dernier lieu de si fortes preuves me rend peutêtre indiscret, mais j'espère que vous ne trouvez pas mauvais si je vous rappelle votre pa-

rôle. Je ne veux pas perdre non plus l'occasion de vous mander deux nouvelles qui me sont fort agréables.

L'une est que M. Mesnard est hors de danger après avoir été dangereusement malade, c'est ce que me mande de sa part et de celle de madame un de ses cousins, M. de Martigny; ils comptent être de retour à Paris dans une huitaine.

L'autre nouvelle est que madame Didot me proposa hier de la part d'un libraire de céder deux cents exemplaires de mon ouvrage en faisant une remise de dix sous par volume et en recevant en paiement de bons billets, que M. Didot s'offre de recevoir pour argent comptant en défalcation des avances qu'il a faites pour mon édition. Elle m'a dit que M. Panckoucke en voulait avoir autant. J'ai pensé que ce serait une bonne avance pour la vente, et que mon livre se répandrait dans les provinces sans que je courusse aucun risque; j'ai donc accepté. Ainsi voilà à peu près six cents exemplaires de mon édition dont je suis débarrassé avant qu'elle ait été annoncée. Je ne conçois pas d'où vient aux gens l'envie d'avoir un livre qu'ils ne connaissent pas encore. Quel

que bon vent me pousse. C'est vous qui avez détourné sur moi un petit rayon du bonheur de M. le comte de Vergennes, car je n'attribue , après Dieu , qu'à la grâce que ce ministre m'a faite, la bonne opinion que le public prend d'avance de mes faibles productions.

Je crains de manquer l'heure de la poste. Je n'ai que le moment de vous assurer, ainsi que madame Hennin, du sincère attachement et de la respectueuse considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être,

Monsieur et ancien ami ,

Votre, etc.

De Saint-Pierre.

A Paris, ce 12 décembre 1784.

J'ai été voir ce monsieur et cette dame qui m'ont ramené de Versailles, je n'ai trouvé personne; le mari était absent et la dame malade: me voilà quitte de cette visite.

Comme madame de Céfonds n'était point à Versailles lorsque j'ai distribué mesexemplai-

res, je vous prie de lui en envoyer de ma part un des deux qui se sont trouvés r appareillés. Vous renverrez l1 autre à la prochaine occasion. JV joins le billet dVnvoi.

A MONSIEUR HENNIN

Monsieur et ancien ami.

Quoique mon libraire dise que la vente de mon livre va bien, je trouve qu'elle va lentement. Tant que les journaux ne parleront pas, il est difficile que le public soit instruit de l'existence de l'ouvrage d'un solitaire. Un libraire m'avait fait offrir, comme je vous l'ai mandé, d'en prendre deux cents exemplaires à crédit moyennant une remise de dix sous par volume broché; j'y avais consenti pourvu que ce fût comptant. If s'est dédit, en disant

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