‹ Correspondance, précédée d'un supplément aux mémoires de sa vie par L. Aimé-MartinChapitre 77 sur 119 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

que cette offre venait de sa femme, et s'est offert d'en prendre cent exemplaires à 7 livres 10 sous pièce; j'ai refusé à mon tour. Employez, je vous prie, l'influence que vous pouvez avoir sur quelques journalistes tels que celui de Paris , du Mercure , du Courrier de l'Europe , de Fréron,des Savans, des Petites Affiches; ce dernier en a dit un seul mot, il le qualifie d'intéressant; à la vérité il promet d'y revenir.

M. Mesnard ne partira de Touraine que vers la fin de cette année. Il m'a prié de lui envoyer un de mes exemplaires en brochure. Tl est ainsi que madame très-content de la pension de 5oo livres que M. de Vergennes m'a accordée.

Je suis sensible au souvenir de M. de Rulhière; il se plaint que j'ai suspecté les sentimens de son amitié, voyez si j'ai eu tort : dans le temps que tout me devenait contraire, il s'amusait à faire sur moi et sur Jean- Jacques une comédie intitulée le Méfiant. Je conviens qu'il m'a autrefois donné des marques d'amitié, mais c'était lorsque j'étais heureux; je ne doute pas qu'il ne revienne à moi si je Je deviens. Quoiqu'il en soit, je ne lui veux

point de mal, et je lui ai obligation en partie de la portion de bonheur que j'ai trouvée dans la solitude.

Au reste, recevez mes remerciemens pour votre amitié constante et déjà ancienne de plus de vingt années. Puisse cette année vous être aussi agréable que vous m'avez rendu heureuse celle dVm nous sortons. Mes respects, je vous prie , à madame Hennin et toutes sortes de prospérités à votre chère famille.

Je suis avec un véritable attachement et une respectueuse considération, Monsieur et ancien ami ,

Votre , etc.

De Saint-Pierre.

A Paris, ce 27 décembre 1784.

Comme vous aimez beaucoup les arts ■ j'ai grande envie de savoir comment vous trouverez ce que j^en ai dît dans mon livre.

Je vous fais mes complimens de bonne année un peu de bonne heure parce que nous sommes véritablement entrés dans le commencement de Tannée naturelle, le soleil commençant à revenir vers nous du solstice, dès le lendemain de la Saint-Thomas.

Je viens de recevoir ma soumission que vous me renvoyez. Votre lettre est datée du 24? et elle n^est parvenue avant-hier au soir 25. Je suis bien sensible à toutes les sollicitudes de votre amitié. Mon libraire vous fera incessamment Tenvoi de douze exemplaires; vous en avez donc vendu dix , et trente-six qui Font été dans le magasin de M. Didot , voilà déjà plus de 4oo livres de rentrées en quinze jours. Je date de la veille de Noël, je ne sais s1ils en ont vendu ces fêtes. Vous débitez presqu'autant qu\m libraire ; mais ne prenez point à cet égard de soins embarrassans , j^espère que la vente va s^animer un peu , surtout si quelque journaliste en parle.

Ne manquez pas, je vous prie, de me faire savoir avec votre jugement celui de M. le comte de Vergennes.

DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE. 2l3

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