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A MONSIEUR HENNIN
Monsieur et ancien ami
La vente de mon livre va doucement. Il y en a tout au plus une centaine d^exemplaires de vendus. Je ne serai tranquille que quand j^aurai payé les frais de mon édition, et il faut pour cela en débiter encore au moins quatre cents.
Vous aurez peut-être vu le compte que vient d^n rendre F Année littéraire. Il me semble que ce journal ne me rend pas justice sur la partie physique de mon ouvrage, mais
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d^un autre côté il me loue si avantageusement que j'ai lieu tfen être très-satisfait. Cependant son annonce ne sera pas, selon moi , celle qui me sera le plus favorable par rapport aux gens du monde , car le vanter du côté de la philosophie religieuse, c'est le leur rendre trèssuspect d'ennui et leur ôter la curiosité de le lire.
Si vous pouviez déterminer les rédacteurs du Mercure et du Journal de Paris à parler de la partie physique, ce serait le moyen, ce me semble, de produire un effet général, car j'ose croire que j'ai appuyé mon opinion sur la cause des marées, de faits authentiques; d^illeurs j'en ai par-devers moi beaucoup d'autres qui démontrent la chose évidemment. Mais il est difficile à un solitaire de renverser une opinion fondamentale soutenue par toutes les académies de l'Europe; j'ose croire que j^en viendrai à bout, en attendant j'ai chargé mes canons jusqu'à la gueule.
J'ai envoyé ce matin douze exemplaires à madame Mesnard qui veut à votre exemple les débiter parmi ses amis. J'ai dîné avanthier chez elle avec notre confrère M. Simonin. Il m'a parlé de mon jardin à venir, mais il
s'en faut bien que j'aie seulement un chou pour y planter, jamais je n'ai été si chargé de dettes.
J'ai à la vérité des espérances agréables. On m'a écrit des lettres où on élève mon ouvrage aux nues. M. le cardinal de Bernis, qui a reçu un des premiers exemplaires, a mandé qu'on lui en renvoyât un second. Tout cela ne m'éblouit pas, mais je serai récompensé si je remplis le sens de l'épigraphe de mon ouvrage.
Je suis avec un parfait attachement et une respectueuse considération,
Monsieur et ancien ami,
Votre, etc.
De Saint-Pierre.
A Paris, ce 19 janvier 1785.
ÎS° 128
A MONSIEUR HENNIN
Monsieur et ancien ami ,
Je ressens déjà l'effet de vos sollicitations dans la marine. M. le maréchal de Castries me demande un Mémoire de mes services à nie-de-France pour m'accorder une pension de capitaine-ingénieur, et M. Blouin m'indique les endroits sur lesquels je dois appuyer. Par bonheur j'ai recouvré deux exemplaires de mon voyage à l'Ile-de-France. Je les fais relier l'un et l'autre , et je vais les envoyer tous deux à M. Blouin, afin qu'il en présente
DK BERNARDIiN DE SA1ÎNT-PIERRE. 21 J
un à M. le maréchal , comme des Mémoires authentiques de mes services dans cette île , l'autre sera pour lui. Je joindrai de plus à cet envoi un exemplaire de mes Études pour mademoiselle de Crémont dont le frère, ancien ( ommissaire-ordonnateur à Bourbon , doit , suivant le conseil de M. Blouin, son ami, certifier l'espèce de naufrage que Réprouvai à la rade de cette île.
J'ai appris par la voix publique que vous veniez d'être reçu honoraire de l'Académie des Inscriptions ; je m'en réjouis puisque cela vous a fait plaisir, mais j'ai dit publiquement que vous méritiez mieux que cela par vos connaissances en tout genre , et parce que vous étiez sans prétention.
Je vais aujourd'hui chez M. de Villedeuil qui m'a écrit , il y a huit jours , pour me remercier de l'exemplaire que je lui ai envoyé, et pour demander que je remette dans ses bureaux , suivant la loi portée dans mon privilège , le manuscrit de mon ouvrage que j'ai laissé, suivant l'usage général, chez mon imprimeur. Dieu veuille que cette demande ne fournisse pas l'occasion de me tracasser sur les sujets que j'ai traités, quoique j'aie été très-
2l8 CORRESPONDANCE
exact à ne rien rétablir de ce que mon théologien avait retranché ; peut-être aussi veut-on connaître quels sont les retranchemens qu'il a faits; de combien d'épines la carrière des lettres est traversée ! La vente se soutieni tout doucement, il y en a maintenant cent six de vendus chez mon libraire. Il faudrait qu'il fût annoncé aux gens du monde par le Mercure et le Journal de Paris ; vous n'y pouvez donc rien.
Souvenez-vous que ni M. le comte de Vergennes ni vous , ne m'avez point encore écrit pour la bonne année en réponse à mes lettres. A la vérité , vos services valent mieux que des complimens , mais vos lettres cependant me dissipent dans ma solitude.
Agréez les assurances de mon sincère attachement , et de la considération respectueuse avec laquelle je suis,
Monsieur et ancien ami ,
Votre, etc.
A Paris, ce u6 janvier 1785.
A MONSIEUR HENNIN
Monsieur et ancien ami ,
Point de nouvelles de M. Blouin à qui j'ai écrit il y a trois jours. Je commence à ne plus rien attendre de la marine. J'ai d'ailleurs bien lieu d'être satisfait de la manière dont le public reçoit mon ouvrage. Je reçois des lettres où on m'élève infiniment au-dessus de mon mérite. Il faut que j'aie fait quelque chose de rare. Je n'ai cependant embrassé que les ombres de la réalité. C'est peu de chose ; c'est l'ouvrage d'un homme. Le plus doux fruit que j'en attends , c'est l'amitié de mes amis et des gens de bien.
J'ai grande envie de loger à terre dans un petit jardin. Je trouve en tout genre la dernière place préférable à la première. Je dis ceci à cause du froid excessif que je souffre dans mon donjon. Hier au soir j^us un frisson très-vif en me mettant au lit. Ce matin les augets de mes oiseaux étaient gelés quoique j'eusse fait du feu toute la journée au point qu'il a pris dans le tuyau de mon poêle ; ce qui m'a inquiété quelques momens. Le froid à mon thermomètre était ce matin à huit degrés et demi. Je crois que vous devez le trouver encore plus considérable à Versailles.
Donnez , j e vous prie , un petit coup d'épaule à M. Blouin , et mandez-moi pourquoi il ne me répond pas.
Je vous souhaite toutes sortes de prospérités à vous , à madame Hennin et à votre chère famille. Agréez les assurances de la sincère amitié et de la respectueuse considération avec laquelle je suis pour la vie , Monsieur et ancien ami , Votre, etc.
De Saint-Pierre.
A Paris, ce Ier mars in8f).
A MONSIEUR HENNIN
A Paris, ce /f mars 1785.
Monsieur et ancien ami
Vous jugerez , par la lettre ci-jointe , du service que j^ttends de vous. JVnvoie en même temps à M. Blouin les numéros un et cinq de T Année littéraire, afin que M. le maréchal de Castries puisse avoir quelque témoignage de Topinion publique en faveur de mon ouvrage. Je reçois aussi des lettres par-
ticulières de personnes avec lesquelles je n'ai pas de relation , mais qui in exaltent trop pour pouvoir les communiquer ; telle est entre autres celle que m'a écrite M. Dusaulx, votre confrère.
Je vous prie de ne pas différer de vous concerter avec M. Blouin dans une circonstance aussi critique que celle où je me trouve. Je suis dans le moment des éloges , celui des satires et des persécutions viendra, si j'ai dit la vérité. Il nV a pas un moment à perdre si vous voulez que j'aie un jour un jardin où je puisse vous recevoir et sortir de mon donjon, où j'ai pensé être gelé plusieurs fois. Donnezmoi cette nouvelle preuve de votre ancienne amitié ; vous avez la main heureuse pour moi cette année. La Providence qui vous avait placé ministre en Pologne lorsque je courais après la gloire , vous a mis en faveur à Versailles afin que vous me procuriez un peu de repos. Songez que j'ai d'anciennes dettes du service à acquitter , une famille misérable à aider , que la seule personne dont le crédit m'a soutenu depuis douze ans, s'est retirée des finances, et que je n'ai rien d'assuré que les cinq cents livres de pension que vous
nrfavez fait obtenir de M. le comte de Vergennes.
Je suis avec une vraie reconnaissance et une respectueuse considération ,
Monsieur et ancien ami ,
Votre , etc.