‹ Correspondance, précédée d'un supplément aux mémoires de sa vie par L. Aimé-MartinChapitre 81 sur 119 · TOME 11. l · texte numérisé non relu

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faisait mal. J'ai commencé les bains, et jusqu'ici je n'en éprouve pas de grands effets. Enfin j'espère que Dieu, qui vient à mon secours si visiblement cette année, en me soulageant du poids de ma famille , me rendra aussi la santé sans laquelle il n'y a point de bonheur parfait. Je vous remercie des soins que vous ne cessez de prendre à mes intérêts, et dont j'apprends le succès plutôt que la nouvelle. Je vous prie, si vous avez occasion de voir M. le baron de Breteuil, de me rappeler à son souvenir, et de l'engager à recommander mon frère au supérieur de son couvent futur où il aura d'ailleurs la liberté de se promener aux environs. Mon frère n'est égaré que sur un seul point , mais il l'est complètement. D'ailleurs il est d'un caractère fort honnête et fort doux. Je vous prie d'excuser les négligences de ma lettre. J'en ai écrit plusieurs aujourd'hui à ce sujet qui ont redoublé mon mal de tête.

Je suis avec une vraie reconnaissance et une respectueuse considération ,

Votre, etc.

De Saint-Pierre.

A Paris ^ ce 19 septembre 1785.

l)F. BERNARDIN DE SAINT-PIERRE. 275

A MONSIEUR HENNIN

Monsieur et ancien ami ,

Dimanche dernier, M. Henry, inspecteur de la librairie, passa chez moi, et m'annonça qu'il était chargé de conduire mon frère à rile-Bouchart en Touraine. Il me fit part des arrangemens qu'il se proposait de prendre à cette occasion, et je ne trouvai rien à ajouter ni à retrancher au plan de prudence et domina nité qu'il me communiqua à ce sujet. Il devait partir en poste mardi dernier, et n'employer que trente-six heures pour se rendre à

l'Ile-Bouchart , quoiqu'il y ait d^ici soixantequatorze lieues. Je me suis félicité de ce que radministration avait donné à mon frère un conducteur sur et honnête , car lundi dernier mon frère m'écrivait, à l'occasion d'un habit noir que je lui avais envoyé la veille , comme un homme décidé à se retirer, sous huit jours, à Glermont en Auvergne, si on ne faisait revenir à Paris une de ses prétendues qui demeure aux environs. Cependant , par une autre contradiction , il me prie de ne pas perdre l'Ile-Bouchart de vue, parce qu'il est persuadé que M. le baron de Breteuil lui prépare quelque bon établissement dans le voisinage.

Enfin Dieu m'a délivré de cette longue et cruelle peine! vous y avez beaucoup contribué par vos bons oiîices auprès de M. le comte de Vergennes; je vous en réitère mes remerciemens. Une me reste plus qu'à désirer le retour de ma santé. Depuis quinze jours je suis fatigué d'un gros rhume qui pourtant commence à s'apaiser. Je crois qu'un mal chasse l'autre, car j'ai perdu depuis quinze jours le mal de tête et de gorge que j'avais depuis l'équinoxe du printemps; cependant j'ai toujours

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de la faiblesse dans les genoux, et ma vue s'alla iblit et se trouble surtout vers le soir. J'ai besoin que la fortune me donne bientôt les moyens de défrayer un compagnon ou une compagne dans ma solitude.

D'un autre côté je n'ai que des consolations de mon ouvrage; il m'en reste encore environ trois cents exemplaires, car mon libraire en vend peu depuis que le bruit s'est répandu dans Paris que j'en faisais une seconde édition; mais la province en tire toujours beaucoup ; avant-hier vingt-cinq pour Strasbourg et autres lieux. Je compte que tout sera écoulé avant que la nouvelle édition paraisse, qui va fort lentement.

Hier M. l'abbé de Vigneras, qui a mis mon explication du déluge dans sa majeure de Sorbonne, m'est venu voir. Il me dit que mon opinion avait éprouvé d'abord beaucoup de contradictions parmi ses confrères, mais qu'elle les avait à la fin gagnés; qu'elle était soutenue dans plusieurs écoles de théologie , et qu'il connaissait déjà quinze de mes partisans parmi ses camarades. Il a ajouté que madame Adélaïde avait demandé deux fois mon ouvrage à une personne de sa connaissance , et il m'a

insinué que je ferais une chose agréable à cette princesse si je lui dédiais ma seconde édition. Je m'en suis excusé par plusieurs raisons. Ce n'est pas que je ne m'y déterminasse si j'étais sûr qu'en effet elle désirât cette dédicace, mais je ne solliciterai pas cet honneur. Les puissances de ce monde m'ont trop souvent repoussé, je ne leur demande plus rien qu'une solitude un peu mieux meublée que celle qui est au frontispice de mon livre ; c'est là où j'espère, en paix et surtout en liberté, achever de dégager ma Minerve de son arbre, et mettre un globe à ses pieds.

M. l'archevêque d'Aix a dit que je ressemblais à Jean-Jacques, que je refusais ma fortune, et que je n'avais pas voulu d'une pension du clergé. Ce propos a été répété dans une compagnie où il y avait plusieurs membres de l'assemblée du clergé ; heureusement il s'y est trouvé un grand-vicaire de mes amis qui a rendu compte à ces messieurs de ma conduite en cette occasion ; ils l'ont approuvée d'une voix unanime. Je ne sais pas s'ils auraient applaudi à celle de M. l'archevêque d'Aix , s'ils avaient su qu'ayant eu l'honneur de lui écrire pour l'informer des raisons de

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décence qui m'empêchaient de rien demander au clergé, il ne m'avait pas fait celui de me repondre.

Portez-vous bien dans le nouveau séjour où je vous suppose , et croyez que votre réponse sera très-agréable à un solitaire , à un malade et à un ami.

Je suis avec un sincère attachement et une respectueuse considération ,

Monsieur et ancien ami ,

Votre, etc.

De Saiint-Piekre.

V Paris, ce i5 octobre 1786.

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A Paris, io novembre 1785.

Monsieur et ancien ami

Vous ne m'avez point donné de vos nouvelles pendant tout le voyage de Fontainebleau. Je vous ai marqué l'arrivée de mon frère à Flle-Bouchart où il se déplaît bien fort quoique ce soit un lieu très-agréable. 11 m'a écrit deux lettres avec les copies de deux autres qu'il a envoyées à M. le baron de Breteuil.

Ce ministre en agit à son égard avec beaucoup d'humanité et de sagesse, car il a réitéré ses recommandations au supérieur des cordeliers de cette île, en lui enjoignant d'avoir toutes sortes de ménagemens pour mon frère, et de prendre toutefois les précautions nécessaires pour qu'il ne s'évade pas. C'est de quoi il a eu la bonté de m'instruire dans un grand détail. J'ai donc de la tranquillité de ce côtélà , et je le dois à vos bons offices.

D'un autre côté j'ai de la satisfaction de mon ouvrage; il n'en reste plus à vendre que deux cent vingt exemplaires, mais je n'ai encore que douze feuilles de la nouvelle édition. J'ai fait graver dans celle-ci une figure qui démontre sensiblement l'erreur de nos astronomes qui se sont évidemment trompés en concluant de leurs opérations que la terre était aplatie aux pôles.

Si, dans le tourbillon d'académiciens qui vous environne, quelqu'un s'était aperçu que je me trompe moi-même, vous me rendriez le plus grand service de m'en avertir, car j'aurais un grand tort d'avoir tort sur ce point, et je ne l'aurai pas moins d'avoir raison. 11

faut donc que je rende ce que je dois à la vérité, et que je me hâte de faire ma moisson avant que le temps des persécutions arrive , qui sont les récompenses les plus ordinaires de ceux qui ne veulent pas flatter les erreurs accréditées.

M. Mesnard me mande qu'il a été malade. Il part de la Bonnière pour Paris le lendemain de la Saint-Martin avec madame et mademoiselle. Mon rhume est passé sans médecin et sans médecine, et, par la grâce de Dieu, a emporté mon mal de gorge qui m'a duré d'un équinoxe à l'autre. Pour mon rhume, il a duré autant qu'un voyage de Fontainebleau : six semaines. Mes genoux se renforcent, et mon mal de tête se dissipe. L^exercice et le froid me sont favorables; mais je ne peux guère me promener que l'après-midi . car je u'ai point de serviteur. Dieu a répandu ses bénédictions sur mon travail, ma fortune, celle de ma famille, mes amis, mes patrons, ma santé, tout s'améliore de jour en jour. Je vous excepte du nombre, car vous avez toujours eu pour moi le même fonds de bonne volonté. Je vous prie donc de m'en donner

des preuves eu nVenvoyant de vos nouvelles ainsi que de celles de madame Hennin.

Je suis avec une sincère amitié et une respectueuse considération ,

Votre, etc.

De Saint-Pierre.

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