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A MONSIEUR HENNIN
Monsieur et ancien ami,
J'écris aux ministres qui m'ont fait du bien . i° au vôtre , pour le remercier de m'a voir porté bonheur le premier, et de m'a voir donné un bienfait du roi qui est le seul qui me soit assuré; 2° à M. le baron de Breteuil, pour l'engager à porter la pension de mon frère à huit cents livres ; 3 ' j'écris à M. de Calonne pour le remercier de son bienfait de quatre cents livres envers ma sœur, l'année passée, et pour le prier de donner de la stabililc à
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celte "ratification ainsi qu'à la mienne. Ce sera L'affaire de M. Mesnard. Je ne m'adresse plus à M. le maréchal de Castries, car il a refusé constamment toutes mes demandes , quoique mon ouvrage intéresse particulièrement la marine. J'ajoute, à la fin de ma seconde édition, de nouvelles preuves à ma théorie des marées et des courans, qui y mettront le dernier degré d'évidence. Les Anglais commencent à la goûter, car, depuis un mois, voilà deux douzaines d'exemplaires pour Londres. Au reste je reçois de tous côtés des lettres et les invitations les plus obligeantes de personnes que je ne connais pas. Madame la comtesse de Coislin m'a fait inviter à la venir voir. Une dame de Normandie, appelée madame de Boisguilbert , vient de m'écrire deux fois pour m'en gager à venir passer la belle saison dans son château , à Pinterville près Louviers. Je repousse toutes ces invitations avec respect et avec le sentiment de mes maux, car j'ai toujours mes indispositions. La reine, le croirez-vous , dînant, au commencement de ce mois, chez madame de Polignac, a cité mon ouvrage à l'occasion des oiseaux des Indes dont quelques-uns ont des poitrines
rouges dans la saison des amours , comme si c'étaient des habits de parade prêtés par la nature seulement pour le temps des noces. Ce suffrage auguste me fait sans doute plaisir, comme venant d'une belle dame et d'une reine. Après celui-là vous pensez bien que je ne vous en citerai pas d'autres.
Ma seconde édition paraîtra, je l'espère, vers la fin de février , et je compte que la première sera alors entièrement écoulée. Ne différez pas, je vous prie, à renvoyer les deux exemplaires dépareillés, sans quoi ils seront perdus ; c'est à présent qu'on peut les raccorder avec les défaits de Fimprimerie. Les frais de la première et de la seconde édition étant payés sur mon bénéfice , j'en emploierai l'excédant à payer mes anciennes dettes contractées dans mes voyages et services au Nord. En conséquence j'écris au prince d'Olgorouki, ancien ambassadeur de Russie à Berlin , à M. de Taubenheim, administrateur-général des finances au même lieu, à M. Duval, négociant genevois à Pétersbourg , afin qu'ils m'envoient les quittances générales de ce que je leur dois vers la fin de février. Il faut que le juste et l'honnête marchent avant Futile. Il
ne nie restera à la vérité presque rien; mais la deuxième édition sera toul entière a moi, et je pourrai songer alors à acquérir un pet il jardin, si toutefois le goût du public se soutient. En attendant, je vous prie de faire parvenir les trois lettres adressées à mes principaux créanciers , et, si vous n'y trouvez point de difliculté, je les renfermerai dans la prochaine.
J'attends votre réponse sur cet objet ainsi que sur ceux de mes lettres précédentes; mais celui qui m'occupe à présent est celui de votre santé et de votre prospérité , pour lesquelles je fais les vœux d'un ami reconnaissant qui vous souhaite tous les biens que la considération publique et le bonheur domestique peuvent réunir sur vous. Agréez les assurances et les témoignages invariables de notre ancienne amitié et de la respectueuse considération avec laquelle je suis pour la vie,
Monsieur et ancien ami,
Votre, etc.
De Saint-Pierre.
A Paris, ce >.0 décembre i-;85.
J'ai reçu , il y a six jours , une lettre de M. Guis de Marseille, auteur du Voyage littéraire de Grèce, qui réécrit , à l'occasion de mon livre, une lettre comme il l'aurait écrite à Platon : on voit bien qu'il ne me connaît pas ; et avant-hier on mV apporté de sa part un superbe exemplaire relié en veau écaillé de son Voyage, en quatre volumes, avec Tannonce d'un autre Voyage, sous presse, intitulé Marseille ancienne et moderne, qu'il me destine pareillement. Je ne reçois aucun cadeau , et j'ai déjà refusé des ouvrages de plusieurs auteurs ; mais, comme je voulais acquérir ce Voyage, et que j'ai de quoi m'acquitter en partie en envoyant à M. Guis un exemplaire de ma seconde édition, j'ai accepté ses présens en me défendant très-fort d'en recevoir d'autre à l'avenir. Ce n'est point par vanité que je vous dis ceci , mais pour vous faire voir que si nos savans des Académies de Paris, dont j'ai attaqué les principes, ne m'ont pas rendu justice et gardent le silence sur mes travaux, d'autres au loin en deviennent les partisans.
A MONSIEUR HENNIN
Monsieur et ancien ami,
Je ne doute pas que vous ne soyez accablé d'écritures puisque j'en suis surchargé, moi qui vis loin des affaires. En attendant votre réponse à mes lettres , en voici trois que je vous prie de faire parvenir à leurs adresses, dans les paquets de la cour. C'est une bonne œuvre dont vous aurez votre part, puisqu'il s'agit de l'acquit de mes dettes. J'ai pris même la liberté de proposer aux trois créanciers ciprésens de charger de leurs créances le mi-