‹ Correspondance, précédée d'un supplément aux mémoires de sa vie par L. Aimé-MartinChapitre 93 sur 119 · H»^^^4^^^4^^^^<H^^^^«H>^^^4^<MM^H · texte numérisé non relu

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A SA PREMIERE FEMME

Vos sentimens, ma chère Félicité , me remplissent pour vous de la plus parfaite estime et de la plus tendre amitié. Vous avez mal jug des miens. Je vous proteste que je vous ai fait entrer pour une portion de mon bonheur dans les plans de retraite et de repos dont j'aimais à embellir mon avenir. C'est dans cette intention que j'ai désiré une correspondance intime avec vous , afin que nos âmes pussent se connaître et se convenir. Mais les malheurs publics portés à leur comble m'empêchent de m'occuper de mon bonheur particulier. Je

DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE. Il3

vais à Paris pour tâcher de sauver quelques débris de ma faible fortuue d'une anarchie dont les progrès augmentent chaque jour ; je pourvoirai aussi aux devoirs de ma place , et si je peux me préparer quelques semaines de repos, je viendrai en jouir dans votre retraite. Je vous exhorte, en attendant, à rester ici, et à servir de consolation à votre bonne maman : faites -lui quelque lecture amusante. Si vous aviez votre harpe , ce serait pour vous deux une agréable distraction ; mais votre propre tranquillité sera le plus agréable concert que vous puissiez lui donner. Calmez-vous, et soyez sûre que la Providence qui veille aux destins des moineaux , veille aussi à ceux des empires.

Je saisirai les moyens les plus convenables pour vous donner de mes nouvelles , et soyez bien persuadée du plaisir que me feront les vôtres. Comptez invariablement sur ma plus tendre amitié.

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